‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 28 sur 170 · MEMOIRES DE ROGIER · texte numérisé non relu

MEMOIRES DE ROGIER

La ville de Troyes, malgré les efforts de ses historiens à la représenter comme peu attachée an parti anglois, repoussa avec mépris les sommations de Charles VII et de la Pucelle. Il en fut ainsi de la ville de . Chàlons et de la ville de Reims qui, les événements accomplis et Théritier légitime rétabli, se hâtèrent de proclamer à l'envi l'une de l'autre, qu'au fond et dans le cœur, leurs habitants un instant égarés par la ruse et la violence, n'avoient jamais cessé d'être fidèles, et de souhaiter le rétablissemenl de Charles. — C'est de cette façon^ qu'en agissent les meneurs de tous les temps. Leurs actes politiques sont

, (1) Peut-être Sainle-Savine, à peu de distance de Troyes.

toujours l'accomplissement d'un devoir impérieux, d*une conscience et d'une conviclion profondes. Mais les éTénements donnent-ils un démenti à leurs doctrines? ils n'éloient pas libres d'agir, ils ont eu la main forcée, elc. Les hommes se ressemblent à toutes les époques. Voici ce que nous trouvons dans Rogier, historien de la ville dcReims, dont les mémoires inédits se trouvent à la Bibliothèque impériale.

« De tout ce que dessus^les habitans de la ville de Troyes baillèrent advis aux habitans dudict Reims, en leur envoyant copie des dessus dictes lettres, comme on veoit par leurs leftres escriptes le mesme jour cioquiesme dudict mois de juillet, man* dant comme ils attendoient cest jour les ennemys du Roy (Henry VI) et du duc de Bourgoingne, pour estre siégez par eulx, à l'entreprise desquels, quelque puissance qu'eussent lesdicts ennemys, veu et considéré la juste querelle qu'ils tenoient et les secours de leurs princes qui leuj avoient esté promis, qu'ils estoient délibérés de se bien mieulx garder, et ladicte cité, en Tobeissancedu Roy et du duc de Bourgoingne jusques à la mort, comme ils avoient tous juré sur le précieux corps de Jésus- Christ: pryans lesdicts habitans de Reims^d'avoir pitié d'eulx, comme frères et loyaulx amys, et d'envoyer par deVcrs monseigneur le Régent (Betford) et le duc de Bourgoingne, pour les requérir et supplyer de prendre pitié de leurs pauvres subgects et les aller secourir. —Et par aultres lettres escriples du mesme jour à cinq heures après midy, sur les murs de ladicte ville, lesdicts habitans de Troyes baillent advis à ceulx de Reims, comme l'ennemy et adversaire en sa personne, avec sa puissance estoit arrivé ce dict jour, environ neuf heures du matin, devant leur ville et les avoit assiégé : et qu'il leur avoit envoyé ses lettres clauses signées de sa main, scellées de son scel secret, contenantes ce qui est cydevant trauscript : lesquelles lettres après avoir esté leues au conseil, par délibération d'iceluy,avoitesté respondu aux heraulx

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qui icelles avoient appoi*tées, sans qu'ils eussent entré eii fadicte ville, que les seigneurs chevaliers et escuyers, qui estoiént en ladicte yllle de par le Roy et le duc de Bpurgoipgne , avoient avec euk habitans, juré et faict serment de ne souffrir eptrer en ladicte ville de Troyes aucun qui fust plus fort qu'eulx, sans l'exprès commandement du ducdeBourgoingne; obstant lequel serment ceulx qui estoient dans ladicte ville ne luy oseraient boutter; et oultre plus, pour Texcusation de eulx habitans, avoit esté joinct à icelle response que quelque vouloir qu'ils eussent) obstant la grande multitude de gens de guerre qui estoient en ladicte ville plus forte qu'euh. Laquelle response ainsy faicte^ung chacun d'eulx s'estoit traist sur les murs en sa garde,,en intention et volonté ferme que si on leur faisoit aumn effort, de résister jusques à la mort; et leur semblolt que au plaisir de Dieu ils rendroient bon compte de ladicte cité, i'equerant derechief lesdicts habitans de Reims à ce qu'ils eussent à envoyer par devers lesdicts Relent et duc de Bourgoingne remonstrer leur nécessité.

. Ils mandoient aussy comme ils avoient receu lettres de Jehanne la Pucelle qu'ils appeloient Cocquardej laquelle ils certifioyent estre une folle pleyne du diable, et que à sa lettre -n'y avoit ny ryme ny raison, et qu'après avoir faict lecture d'icelle, et s'en estre bien mocqués, ils Ta voient jectée aii feu sans luy faire aucune response, d*aultant que ce n'estoit que mocquerye. Ils mandoient aussy que aucuns des compagnons de ladicte ville avoient pris un cordelier lequel ayoit cogneu-, confessé et juré en paroles de prestre, et soubs le voau de la reUgion, qu'il avoit veu trois ou quatre bourgeois qui se disoient estre de la ville de Reims , lesquels disoient entre aultres choses à iceluy daulphin qu'il allast seurement à tleims^ et qu*ils se portoient forts de le mettre dedans ladicte ville : et mandoient lesdicts de Troyes à ceulx de Reims, que sur ce ils prinssent advis pour prendre garde à qui on se floit.

GIIAMPAGNE. 7S

Les hfibUans de U ville d^ Chalons aya^t receu pareil advîs desdicts habitans de Troyes toupbaQt la venue ai arrivée (}udipt daulphifi et d'abondant que les lettre» de Jehanne la PiKHS^Ue ayoient esté portées audict Troyes par ung nommé frère Hii^bard le prescheur, en baillèrent, adris aux habitans de Reims, leur mandant qu'ils avaient esté fort esbabys dudiet frère Richard i d'aultant qu'ils cuidoient que ce fustungtr^-bop preiidbomme, mais qu'il estqit devenu sorcier : ma^doienVaussy que lesdict^ ' habitans de Troyes faisoieqt forte guerre aui^ gen^ dudiet daulphin avec plusieurs ayltres paroles de bravade ; et que, sur ees nouvelles, ceuk de Cbalon; avoient intention de tenir et résister de toutes leurs puissances à rencontre desdicts ennemys.

» De toutes parts on escrivoit aux habitans de Reims, affîn de les encourager à se maintenir en l'obéissance du Roy et du duc de Boqrgoingne : pomme C. de Mailly, bailly de Vermandois, qui escrivit le dixième dudiet mois de juillet que le duc de Bourgoingne et messire Jehan de Luxenbourg debvoient entrer dedans Paris le jour précèdent la date de ses lettres : que les Anglois en nombre de huict mil combattans, estoient descendus en la conté de Boùllongne et que de bref il y nuroit la plus belle et grande cdmpaignie pour résister aux ennemys qui ait esté, sont passez vingt ans en ce Toyaulme : et que le duc de Bourgoingne avoit envoyé son armée aux passages par où estpiept yenus lesdîpts ennemys, pouf leur empespher leyr retpur et qu'ils ne s'en ratourqeroient pas tous en leurs Ueui^.,.

» Jehan de ChastiUon, seigneur deTroissy, frère du capitaine de Reims, par sa lettre escrîpte à Çhastillon le onzième dudiet mois dp juillpt, mandoit aux habitais de Reims qu'il ^vpit cnteiidu que l'entrée du Roy en la ville de Troyes n'avoit esté du eonsentement.dés seigneurs de Rochefort et de Plancy, ni des aultres seigneurs, chevaliers et escuyers de ladicte ville^ et que ladicte entrée avoit esté faicte par la séduction de Tevesque et du doïen dudiet Troyes, par le moyen d'ung cordelier nommé

frerc Ricliai^d ; que le commun de ladicte ville alla ausdicts seigneurs chevaliers et escuyers en très-grand nombre leur dire que, s'ils ne vouloient tenir le traicté qu'ils avoient faict pour le bien publicque, qu'ils metiroient les gens du Roy dedans ladicte ville, voulsissent ou non. Ledict de Cliastillon mandoit aussy que les ennemys n'avoient faiet aucun effort, et qu'ils n'avoient quoy. manger, et estoient prests de passer oultre : que lesdicts chevaliers et escuyers eistoient sortys de ladicte ville par traicté, leurs corps et leurs biens sauf, que de tous prisonniers qu'ils avoient pris, ils debvoient avoir chacun ung marq d'argent ; et que celuy escuyer quiluy avoit apporte ces nouvelles, certifîoit avoir veu Jehanne la Pucelle, et qu'il estoit présent quand les seigneurs de Rocbefort, Philibert de Molan et aultres l'interrogèrent, et qu'il leur avoit affermé par sa foy, que c'estoit la plus simple chose qu'il vit oncques , et qu'en son faict n'avoit ny rime n y raison, non plus qu'en le plus sot qu'il vit oncques : et ne l'accomparoit pas à si vaillante femme comme madame d'Or^ et que les ennemys ne se faisoient que mocquer deceulx qui en avoient dbubte... »

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