‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 29 sur 170 · LETTRES DE HENRY VI · texte numérisé non relu

LETTRES DE HENRY VI

Copie de la letlre de Jehanne aux Troyens avoit été envoyée aux Rémois : malgré les efforts des Troyens el leurs railleries sur Jehanne la pucelle, celte ville, naguère si dévouée àTAnglois, se sent ébranlée dans son zèle: le haut clergé, cédant aux inspirations de son archevêque Reguault de Chartres, le fidèle conseiller du roi Charles, menace l'hôtel de ville d'une défection. C'est dans ces circonstances qu'Henri, de son palais de Westminster, où il vient de se faire couronner une seconde fois, voyant avec anxiété l'état de ses affaires sur le continent, écrit aux Rémois pour les raffermir dans leur dévouemenl à ses intérêts :

LETTRES DE HENRY VI, ROY d'aNGLETERRE, DATEES DU m'' JOUR DE JUILLET 1429.

De par le Roy,

-Cliers et biea amez, nous avons entendu et somes bien informez» comment depuis les adyersitez qui nagueres par les entreprinses de nos adversaires sont à nos gens advenues en maintes manières, ce quenostre Seigneur, par adventure, a voulu permettre, pour nos dictes gens, soubz crainte de lui réduire à meilleur aiToy et gouverne, vous estes très-loyaument maintenuz et maintenez, coine nos bons et vrays subgez, avec nostre

. trcs-chier et très-amé oncle le Régent nostre royaulme de France duc de Bedford, au bien de nous et devons, confirmation de nostre seigneurie et Tentretenement de nos loyaulx subgecs, aussi de la bonne police et gouverne qui est entre vous : et en avons eu grant plaisir et somes très-content. Et pour ce, cbiers et bien amez, que assez pouvons croire que nos dicts adversaires pour tant que fortune leur a pieu et faict lever en orgueil, qui à la parfin déçoit et met jus son maistre, s*avancent le plus que ils peuvent pour vous et nos aultres loyaulx subgez nuire et grever; pour voslre confort, vous laissons sçavoir que Tarmée que avons faict preste en grant puissance et qui est en passaige de mer, avons feict avancier avec une aultre notable puissance, qui briefvement seront devers nostre dict très-amé oncle, le Régent et vous: laquelle moyennant l'aide deDieu nostre créateur, devons et aultres nos bons subgez, fera du bien et sortira grant effet, à la confusion d'iceuk nos adversaires et relèvement de vou& et nos dits . subgez. En attendant encores une aultre notable année de grans seigneurs de pardeça, que, après culx, somes appoinctez dedens brief y eQvoier, et nous en personne y serons en toute la haste

■ que bonnement faire se pourra , selon ce^ que autreflbis vous avons escript. Si veuilliez de vostre part faire devoir et tenir

16 LE GABlNfit âîStORIQUE.

tousiours la main que bonne police et gouverae demeure avec vous j eti donnant assistance et faveur dé tdut vostre povoir, come avez, à noslre di^t bel oncle) au bien de nous et de vous, conservation de nos royaulme , seigneurie et sugecs , ainsi que en vous en avons parfaicte fiance : tenans de vtay et pour certain que en temps advenir ce ne partira de nostre mémoire, mais en aurons telle et si bonne cognoissance que Dieu y prendra plaisir, et vous et aultres qui ainsi envers nous se maintiendront, supposé que un peu de temps leur conviengne porter peine , seront très-joyeux d*avoir ainsi longuement persévéré. Nous signifiez adez de vos estais et celui de nostre bonne ville , car nous en aurons très-grant plaisir. Chiers et bien amez, nostre Seigneur soit garde de vous^ Donné soubz nostre privé scel en nostre palays de Westmenster le m® jour de juillet.

( Eh maf-ge : Angleterre 1429.)

LE ROT CHARLES VIF, AUX GENS D ESGLISE , ROURGOTS,. MANANS ET HARITAMS DE REIMS.

Mais Charles triomphant entre dans Troyes, et rarchevêque Regnault de Chartres presse l'expédition de la lettre qui suit, qu'il se charge de porter lui-même aux habitants de Reims. — Soii arrivée à Reims éineilt toiis les esprits. « Les seigneurs de Chastillon et de Sa-veuse, capitaines de Reims, dit Thistorien^Marlot, usant de leur rhétorique, remonstrèrent le deshonneur qu*il y avoit d'estre infidèle à l'Anglois, et que la Pucelle dont on publioit si haut les merveilles, n'estoit pas envoyée du ciel comme il se disoil; mais ils en eurent responsés dures et assez eslranges.— Le cardinal d'Ossance ajoute que l'armée estant arrivée à quelque demie lieue de Reims, qu'il y eut émotion dans la ville, et que les Anglois, qui estoient les plus forts, voyant un si subit changement dans les volontés , songèrent à leur retraite, s^ doùbtant que l'approche du souverain hausseroit le coufUgt aût habitons pour les chasser à vive force hors la ville. Quel-"

qoes-uns dn parti anglois furent d'adris d'emporter la saiûte Ampoule dont on a acconstuiné de sacrer les rois , afin que si la Ttlle se per^ doit pour eux, Charles ne piist estre sacré comme il esperoit ; mais ils ne purent oncques le faire, en estant divinement empesché^. »

Voici l'itérative sommation du roi Charles VU, remise aux Rémois par leur aircheTêque.

11 Juillet 1429.

De par le Roy^

Chiers et bien amez, nous tous avotis nagderes envoyd nos lettres pat* Guienne, liostre herault, par lesquelles vous signifions que nosti^e entencion estoit d*estre briefvement à Reims, pout* y recevoir nostre sacre et couronnement, en vous mandant, sommant et requérant que vous disposissiez pour nous y recevoir ainsi que tenus estes de faipe : lequel nostre herault est retourné par devers nous sans ce que par lui vous ayez faict aucune response à nos dites.lettres : dont ne sommes pas content et ne savons se aucuns particuliers d'entre vous auroient retenu nos dites lettres sans les monstrer à la commuiiâUlté. Et pour ce renvoyons par devers vous nostre dit herault, en vous signifiant derechief que présentenK^nt pattons decy, et est nostre intentioti, au plaisir de bien , d'aller en la dite ville de Aeims, pour illecq recevoir nostre sacre et couronnement, ainsi que nos prédécesseurs ont accobstumë de faire. Et desjà fussions bien approchëZi si ne fiist là demeure que avons faict eti nostre ville de Troyes^ eii laquelle avons esté grandement et honorablement recéus ; et nous ont, nos bourgeois et subjécls d'icelle ville, rendue et faicte toute obéissance, ëiiisi que bons subgiects doibveht faire à leur souverain et naturel seigneur. Et vous mandons , sommons et requérons encore aultre fois, sur la loyaulté et obéissance que nous devez, que vous disposez à nous recevoir en icelle ville de Reimsj ainsi que tenus y estes et que en tos seiîiblablë votis

avez accoastumés de faire à nos prédécesseurs, sans pour occasion des choses advenues et passées y faire aucune difficulté , pour la double que vous pourriez avoir que icelies choses eussions encore eh nostre mémoire : car nous vous cerlifions que en faisant vostre debvoir envers nous, vous traicterons comme bons ioyaulx subjects et aurons tousjours vous et la ville en espéciale recommandation, et comme autrefois vous avons escrit. Se, pour avoir plus ceiiainement nostre intention, voulez venir les anciens de vous audevant de nous, noqs en serons bien content et y pourrez venir sûrement avec nostre dit herault en tel nombre que bon vous semblera, sans ce que aucun destourbier ou empeschemenl vous soit faict à quelqu*occasion que ce soit« Et à cette fois, nous faictes response par icelluy nostre hérault. Donné en ceste nostre ville de Troyes, le xi^jour de juillet.

Signé: Charles.

Et plus bas : Coignet.

DOCUMENTS SUR JEHANNE d'aRG.

Voltaire n'a pas eu rinitiative de la diffamalion à l'égard de l'héroïque vierge de Vaucouleurs et deDomremy. Avant lui quelques écri* vains téméraires, ignorants ou mal instruits, n'avoient déjà voulu voir dans la mission de Jehanne qu'une intrigue de cour arrangée par les ennemis d'Agnès Sorel, qu'il s'agissoit de supplanter près de l'indolent Charles VII. D'autres ont dit plus, et ont traité dé pur roman les hauts faits de la Pucelle, et peu s'en faut que, comme l'a fait en raillant un spirituel écrivain, en parlant de Napoléon, on ne soit allé jusqu'à nier purement et simplement l'existence de Jehanne d'Arc. — Un manuscrit de la Bihlioih. Mazarine (n« 2762, tome I«0 nous fournit la note suivante :

Tout le fait de la Pucelle d*Orléans n'estoit qu'une finesse

politique inventée par les courtisans de Charles VII, pour retirer ce prince de ses amours avec Agnès Sorel, et d*aultant que cela se fist au nom de la religion et comme par mirade, tout le peuple y acconrust comme au feu.

La plupart des écrivains touchez du miracle ont tenu son parti, mais les plus sçavants, guéris de cette maladie populaire, et qui sçavent bien que ces miracles ne sont que suppositions et inventions pour tromper le peuple et le mener par le nez en luy faisant, payer la taille, ont advoué là fraude : tels ont esté Bern. Girard, du Haillan, Lambin, Ltpsius, Vignier et Paradin.

Tout se qui se lit dans les historiens ordinaires de la Pucelle d^Orléans, n'est qu'un romant, en quoy il n'y a pas plus d'apparence de vérité qu'en tout ce que l'on dit de la papesse Jeanne.

Ce l" de mai 1649.

Pour la notoriété des faits de la vie de Jehanne d'Arc, nous nous contenterons de renvoyer à l'excellent travail de M. Quicherat (Proeès de la Pucelle)^ et aux opuscules de M. Vallet de ViriviUe, qui recueille si pieusement toutes les traditions qui intéressent l'héroine de Domremy. Dans ses Nouvelles recherches, notre érudit compa* triote s'est attaché à signaler tous les textes imprimés et manuscrits qui traitent de l'histoire de la Pucelle. Voici quelques nouveaux documents destinés à grossir sa précieuse nomenclature :

Etat de quelques despenses faites, lors du sacre de Charles Fi/, par plusieurs seigneurs ^ et particulieremeni par le père ue Jehanne la Pucelle, et payées aux frais communs des liabitans de la ville de Reims,

Compte de M. Pierre Sauvage, e^ Jesson de Chaalons , receveurs des deniers communs de la ville de Reims, pour l'an

commençant aii jour St-Remy^ etk octobre l'an mil quatre cent vingt^huit et finiêsant au dit joUr l'an mil quatre éent vingtneuf, et finissant au Teuillet Yingt-deuxleme, page première; — Attendu aussi les grosses charges qu'on a eu à sup-* porter à cette présente année, que sans préjudice atisdîts gens d'église I ne atisdits dectiliers et à leufs successeurs, lesdits comptes' soient passez et signez , nonobstant que en iceui ne soit fait mention desdits deux ceUs livres tournois. Faict le vingt-neufiesme jour du mois de septembfe, TaU rail quatre ceiit trente un, tesmoin le seiug manuel de inoy Jeati Maubrouet , clerc juré de ladite rille cy mis. Signé Maubrouet, Joffredy , Dechehery, La Barbey Chalon, Le Breton. Du quel compte, feuillet deuxième, page seconde, et onzième, page seconde et douziemei page première, a esté extrait ce qui ensuit.

« Autres deniers baillez par mandement du dit Thomas de Bazoches, nagueres lieutenant de mon dit sieur de Chatillon, et à présent lieutenant de noble homme Antoine de Hollande, escuyer seigneur de Het^àutillé^ vallet treuchatit du Roy notice sire, cdpitaiUe de la ville! et cité de Reims et du pays d*euviroû, tant pour dons et presens faits à aucuns seigneurs et autres gens, comme pour despense par eux faite en aucunes hostelleriee et ailleurs en là dite ville^ et autres fruits faits à ces occasibns et autres dëclafëî éz âits mandeiuens.

A Alis, vefve feu Aaulin Morlau , hostesse de TAsne rayé, pour despense faite en son hoslel par le père de Jeanne la Pucelle, qui estoit en la compagnie du roy quand il fut sacré en cette ville de Reims, ordonné estre payé des deniers communs de la dite ville, la somme de vingt-quatre livres parisis ^ comme il appert plus à plain par le mandement du dit lieutenant , donné le dix-huitiesme jour du mois de septembre l'an mil quatre cent vingt-neuf et par quittance de la dite Alis, escrite au dos d'icelui mandement , cy rendue poUr ce. .* ^ ... xxiiy.l. p. . A Jacquetlei vigneron demeurant à Reims, là somme de cin-

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qùBHte-deux lirres dix-sept sols huit deniers parisis, pour despensé faite en son hôstel par Monsieur de Chasiillon , ses gens et plusieurs autres seigneurs^ et autres notables personnes de cette cité et de dehors, ordonnez estre payet leur despense des deniers communs des susdits : éi {lour quatre muids, et quatre septiers de rin , tant de fiiailne comme françois , prins en son dit hostel en diverses parties et journées, pour présenter à plusieurs seigneurs et autres gens notables, ausquels il appartenoit de faire pour l'honneur de la dite ville de Reims, quand ils sont

et ont été en icelle ville lij. 1. xvîj. s. viij. d. p.

A Jesson de Chaalons, pour une fine nappe large a lui achetée, donnée au Roy notre sire, après ce qu*il fut sacré en cette ville, la somme, de deux cens quarante livres parisis, comme il appert par mandement du dit lieutenant , donné le vingtièsme jour de juillet, Tan dessusdit mil quatre cens et vingt-neuf, et par quittance du dit Jesson de Chaalons, escrite au dos d'ice^uy mandement, cy rendue, pour ce ij. c. xi. 1. p.

CoUationné à son original par înoy Nicolas Bergier^ advocat au siège presidial de Reitns, adjoint aux enquestes pour le Roy au dit siège, et procureur sindic des habitans de la dite ville de Reims. Fait le vint-huitiesme jour d'octobre mil six cens et treize. ^ ^

N. Beugier.

JfiHANNE LA PUGELLE AUX GENS d'eGLI9E, ESGHEVINS,

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