XX. — DEVOTE ORAISON À SAÏNCTE REYNE
Voici un cantique très-populaire dans le pays de Sétnar. Il est ett rbonueur de sainte Reine, vierge martyrisée à Alise en 253, soM le préleur Olibrius. Alise est sans contredit Taneterfue forteresse Alexie, si célèbre par le siège héroïque qu'elle soutint contre les Romains, commandés par Jules César^ et non moins par rantiquité
142 LE CABINET HISTOBIQUE.
d'origine que lui recontiatt DIodore de Sicile, qui la dit avoii^ été fondée par Hercule lui-même pour être la capitale des Mandubiens, et la métropole ou le lieu d'assemblée de toute la Gaule. « Les ruines d'Alise, nous écrit M. Ph. Beaune de Vitteaux, à qui nous devons le cantique de sainte Reine, ces ruines tant de fois visitées, tant de fois décrites, sont célèbres par de nombreuses traditions, par les ex-voto, les flgurincs d1sis que Ton trouve fréquemment près des fontaines du voisinage, et aussi par des restes du culte druidique qui seroient les meilleurs commentaires des Commentaires de César. »
Flonis assure qu'Alexie fut détruite de fond en comble par César, mais il est constant qu'elle fut réédifiée depuis, puisque nous la voyons donner 8on nom au pays circonvoisin, Pagus Aledensii, dont il est fait mention dans quelques titres de la première et de la deuxième race. Alise, bâtie au pied de la montagne d'Alexia, prit bientôt le surnom de Sainte -Reine, que lui valut le pèlerinage qui s^élablit au tombeau de la vierge martyre et que rendirent fameux les eaux minérales du lieu, dont les bons elTets furent attribués aux mérites de sainte Reine. La fontaine ta plus célèbre éloit celle des Cordeliersque la renommée du saint pèlerinage avoit attirés en ce pays. C'éloit un réservoir d'environ deux pieds et demicarrés qui se trouvoit dans une cbapelle de Téglise de ces religieux. Quoique cette fontaine ne fût pas abondante, on disoil qu'elle ne pouvoit être épuisée. Dans un champ voisin et plus rapproché même du lieu où la tradition place le martyre de sainte Reine, se trouvoit une autre fontaine beaucoup plus grande et plus abondante que celle des frères Cordeliers, l'eau en é!oit plus fraîche, plus légère et meilleure. Mais les enfants de Saint-François, qui avoient quelque intérêt qu'on ne quittât point la leur, décrièrent si bien l'autre que les buveurs étoient persuadés qu'on ne pouvoit sûrement guérir qu'en buvant l'eau des Cordeliers, et aujourd'hui même encore celte opinion a si bien prévalu^ que les pèlerins boivent encore à la fontaine d'Alise et délaissent celle de la montagne.
La Bourgogne entière a toujours marqué une grande dévotion à sainte Reine, dont les reliques étoient partie à Tabbaye de Flavigny (chcMieadu canton) et partie chez les Cordeliers d'Alise. Sa légende est dt'Vt nue le sujet de tragédies, de poèmes et de romans populaires. La complainte que nous donnons ici est extraite, nous dit H. de Beaune, d*un manuscrit du xy* siècle, en tête duquel se voit une vignette représentant la ville d'Alise, sous la forme d'un donjon du
moyen Age: elle se chante encore, quelque peu modernisée, par les pèlerins qui affluent chaque année à la -fonlaine miraculeuse de Sainte-Reine, le 7 septembre, jour de la fête de la vierge martyre.
A toi Reyne vierge très digne Amie de Dieu le créateur Humble pèlerin pauvre indigne»
Sur tous autres grand pécheur Affiu que je puisse estre pur, Et lavé de chose mondaine Suis venu à ceste fontaine.
Vray est, selon ceste escriplure.
Nourrie fus en finaige, Et 4ès quinze ans tu mis ta cure A Dieu servir de bon couraige :
Tu renonceisis avoir lignaige, Pour ensuyre la joie haultaine Dont est sortie ceste fontaine.
Tu souffris dedans la cité D'Alizé plusieurs grands martyres :
Ton martyre a Dieu visité, Sans vouloir avoir autres myres.
Les payens nuls ne furent pyres, Descendant de ceste niontaigne T'ont traynée à ceste fontaine.
Ou ceste fontaine est sordue Vierge tu y fus decolée A Jhesus icy t'es randue,
144 LE GÀBiimt âistoiUQim.
Qui ta prière à exaulsée :
Et aj^t'èd que tu Tus trépassée, Par miracle chose est certaine Ton sang randit ceste fontaine.
Fontaine d*eau miraculeuse, Lave-moi dedans et dehoré :
Et par toy vierge bieft heUt*eu&é, MainliéUs la sàntë dé mon éoi^ps ; Et quand du môhdë ^erây hors, Conduis mon aùié A là môntaigtié Ou est la Toye de ta fontaine.
Prince par vierge saincte Règne Avec elle fas que je régné, Appoise en moy là soif mondaine Par vertu de ceste fontaine,