‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 42 sur 170 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

1>BS mvt PttLEB M GltANGKT ET DE LfitRS ALUAKOBS.

La première fille du sire de Grancey, lequel Tauteur feint avoir esté fils du roy de Bohême, fut^ mariée, dil-il, au seigneur de Tliilen Auxois: je le distingue par là d*un autre Thil, qui est en Champagtie, prèsdeTremilly, à deux ou trois lieues de Bar-sur- Aulbe.

Les geigtietirs d$ Thil ont fondé, à ce qu'il dit, le céfèbrc prioré de Saint-Thiebault, qui est sur leur terre; il fait ce saint prestre et hermite de leur lignage, où de leur alliance, et issu du sang de France. Ses légendes et d^aulres chroniques le font encore proche garent des comtes de Champagne. Nous parlons de cette haute et indubitable noblesse en sa vie. Il y a, poursuit Tauteur, alliance entre la maison de Tliii, et les maisons de Ch&ppes, de Chanley, de Rochefort et de Haiïres: ee que je ne puis ny vérifier ny aussy rebuter. Nous en produirons seulement 0à il faudra quelques indices ou conjectures.

La seconde fille de Grancey fut alliée au vicomte de Dijon.

Nous fournissons ailleurs la liste, et quelques articles de la généalogie de ces vicomtes. Ce furent eux, dit-il, qui donnèreïit aux chanoines de Saint-Etienne de Dijon la place dansCutigny, où ils fondèrent leur nouveau monastère (vers Tan mil). Usvesquirent quelques années dans cette nouvelle reforme ; depuis retournèrent en leur abbaye de Dijon. Ce qui est certain par la chronique de cette abbaye, laquelle Tescrivain n*ignoroit pas, quoiqu'il la déguise un petit par son narré, disant que le monastère de Dijon fût estably par les chanoines réguliers duprioré de Cutigny, ce qu'il faut entendre de Testablissement de la nouvelle règle, et non des bastiments ; le monastère de Dijon estant six cens ans plus ancien que celuy de Cutigny, ce que nous éclaircissons en la 11* partie de nostre Décade, et se trouve chez le vénérable Claude Robert en sa Gaule, et en un petit traitté que le R. P. Chifflet a fait de ce monastère.

Les vicomtes de Dijon ont alliance, dit-il, avec ceux de Melun ou de Maillant, avec les comtes de Bologne, et avec les vidâmes de Cbalons. Nous aurions peine de justifier cela, et partant ne Tenlreprendrons pas. >

, La troisième, dit-il, fut dame de Fontaine, près de Taldnt : il devoit dire piès de Dijon, qui est plus connu que Talant; de laquelle, et dudit seigneur de là, son mary, vindrent par degré saint Bernard et ses frères. (Nous produisons en quelque part leur généalogie.) De cette race sortit une dame qui eut un jour une extraordinaire vision. Cette vision, comme l'auteur la rapporte, est parlye vraye, partye feinte, llluy sembloit porter en son ventre sept petits chiens blancs, marqués de noir sur le dos et sur le ventre; de quoy estant en peine, un ange luy vint révéler, de la part de Dieu, qu'elle seroit hière de sept enfants, tous religieux, vestus d'un habit blanc, avec un froc, ou un scapulaire noir dessus; qui, comme bons chiens et fidèles, japperoient et crieroient après Ijs méchants. Ces sept enfants, sçavoir saint Bernard et ses frères, tous de Tordre de Cisteaux, ont fondé

plusieurs monastères, entre autres Clerraux, le plus renommé de tous.

Cette maison de Fonteînes a eu alliance avec celles de Malay (il a voulu dire Malain), de Meu-vy, de Rougemont et de Marigny (il ne devoit point oublier Monlbaro).

Nous en produisons ailleurs Tarbre généalogique, qui en sera ou la preuve, ou le contredit.

La quatrième fille de Grancey fut espouse du seigneur de la Chapelle, près de Mascon ; et d'eux deux sortit un chevalier seigneur de ce mesme lieu, qui chassant un jour, trouva dans sa forest de pauvres hermites, fort gens de bien, dans la chapelle desquels ayant setiti beaucoup de dévotion, durant le service divin, il leur donna tout ce quartier-là de bois, et les villages d'alentour; puis s'en revint un peu tard au logis. Sa femme estonnée de ce qu'il n'esloit pas retourné à son heure accoustumée, lui demanda où donc il s'estoil égaré; et ayant appris comme si promptement, et sans luy en avoir rien communiqué, il avoit fait une si grosse donation : Voilà, s'écria-t-elle (à ce que dit le conte), un lourd-don, parce que parmycelà, il y avoit un excellent chasteau, basty en une situation très avantageuse, et commandant à tout le pays, auquel depuis est demeuré le mot de Lourdon. Vint puis après, de celte mesme race, un comte nomme Guillaume le Pieux, lequel leur offrit son comté, et fit bastir un monastère pour trois cent cinquante religieux ou moines noirs, qui est aujourd'hui la magnifique abbaye de Cluny, où il prit lui-même Tbabit de religieux.

Lors, adjousle nostre chroniqueur, que quelqu'un de celte maison de la Chapelle vient à décéder, on rend son corps à la porte du monastère, et les religieux sortent en chappes, viennent le recevoir, et le vont inhumer honorablement en la chapelle de ces seigneurs, luy faisant un service^ comme à un fondateur de l'abbaye. Ces messieurs se trouvent avoir alliance avec les seigneurs de Montaigu, eu Bourgogne, de Som^ernon,

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à quatre lieues de Dijon, de Maruay (qui est une petite ville entre Bezançon et Grey), et autres. Je n'ay pas des mémoires uy des titres certains pour justifier ces alliances ; Ton en croira ce que Ton voudra.

Passons à la cinquième dame, sortie de la maison de Grancey» laquelle nostre autheur asseure avoir esté femme du seigneur de Conflnns en Champagne, maison illustre et puissante, à laquelle Tabbaye de Vertu, qui est près de ce cbasteau, rapporte sa fondation. Un évesque de Cbalons; qui en estoit sorty, fonda semblablement dans Cbâlons, ou auprès, Tabbaye ditte de Toussaints, en lllie, où il mit des chanoines réguliers. Cet évesque méritoit bien d*estre nommé.

Le chroniqueur raconte puis après, une histoire fort longue, qui n'est ny toute vraye, ny toute fausse, de trois pauvres gar* çons, qui devindrent grands personnages, par le moyen d^ Tes* tude, et à Toccasion des seigneurs de cette maison de Conflans.

Un seigneur de Conflans, dit-il, avoit trois fils de grande espé* rance, lesquels il envoya soùs un excellent majtre au collège de Chalons, et les logea près d*une pauvre vefve, qui avoit trois fihs de leur à^. Les trois pauvres garçons portoient en classe les livres des tfjois petits gentilshommes, et leur rendoient d autres services, pour avoir, par leur moyen entrée au collège, de qiioy vivre du demeurant de leur table. Comme ilsestoient toug .en train de bien apprendre, la mort qui ne considère pas plmt le savant que Tignorant, leur enleva ce brave homme qui tes instruisoit ; et celuy qui fut substitué en sa place, ne luy res« sembloit ny en adresse, ny en charité, ny en sçavoifr Ces petits seigneurs /luittèrent les estudes, et les trdis pauvres fils de 1a vefve, demy désespérés, ne sceurent que devenir, La mère leur dit qu'il failoii quitter un tel métier qui n'est que pour ceux qui ont de quoy vivre, et en apprendre un autre. Les enfants ne respondirent à cela que par leurs larmes et leurs sanglots. Le seigaeii^ de Conflans, touché de çompassiim, teur envoya dire

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qii^il les assisteroit, et qu'ils poursuivissent leurs études, puisqu'ils avoient si bien commencé. Mais, en considérant qu'ils ne feroient pas grande fortune en leur pays, et se souvenant de la parole de Nostre Seigneur, que nul n'est prophète parmy les siens, luy déclarèrent que leur intention estoit d'aller voyager, et voir les universitez. Le. gentilhomme loua leur dessein, leur donna à chacun dij[ livres, qui estoit beaucoup alors, pour sortir de leur pays. Ces trois jeunes hommes estant arrives (il ne dit pas où), mais enfin loin de leur lieu natal, résolurent ensemble de se fier à la providence divine, et d'un accord sans contredit, donnèrent le peu d'argent qui leur restoit aux pauvres, h Vin* t^ntion d'obtenir de4)ieu quelque ^rfice pour ce noble et libéral dievalier qui les avoit tant obligés. Mais, parce qu'en deman? dant tous les jours leurs aumosnes, ils reconnurent qu'ils s'afr famoient Tun l'autre, et que tel eust été porté h avoir soin d'un, qui n'eust pas voulu S0 charger des trois, ils résolurent do se séparer, ce qu'ils ne peurent faire sans s^embrasser plusieurs fois, et pleurer sur h eol Fuq de l'aiitre. Ils continuèrent ebar cun avec beaucoup de peine leur^ estudes en divers pays, et il arriva après beaucoup d'années que, ^ans sçavoir rien l'un de l'autre, ils furept merveilleusefmsnt avances. Celui que le sort 0Foit tjroeu Italie, y devin i pape. Le deuxième fut fait arcbevesqui de Seus, et le lrpi«ième eut par élection l'^yescbé de CbQflf^» Leur pauvre foère, réduite en extrême nécessité, ^ de malar die et d^ pauvreté» se faisoit porter tous les jour^ à la porte d(f la grande f^gUse de Cliàinns, afli) qu'avec l'aumosne que !'£« yesque luy faisoit donner, elle eust de quoy vivre. Et il arrivait sauvent qm U bon Prélat, au logis duquel elle avoit mmlm a^rVy H^ blanchisseuse , la consohât de quelqua bon mot, Une foiSf entr^ autres» il luy demanda si elle n'avoit pas des gar? çons, et ce qu'ils esloient devenus. La pauvre femme luy resr pondit ; Ouy» ^Monseigneur» ïf^n 91 ei) trois, que Dieu avoU fmi^i d'un asfioUent naturel, et qui avoiem de l'esprit *> i' f P^

je ne sais combien d'années qii*ils m*ont quittée, et je ne sçay ce qu*ils sont devenns ; je les pleure assez souvent, et m'imagine bien qu'ils sont morts, parce que , depuis qu'ils se sont séparez de moy, je n'en ay appris aucune nouvelle.

A quelques jours de là, le Reverendissime Evesque eut advis que Sa Sainteté venoit en France ; qu'elle devoit passer par Châlons, comme en effet elle y arriva avec un grand équipage et nombre de Cardinaux, d'Archevesques et d'autres Prélats. Le Roiy et la Cour s'y rencontrèrent aussi ; et comme le Saint-Père, qui estoit logé chez Monseigneur l'Ëvesque, après avoir visité ITglise, prenoit sa réfection en la salle, un des gens de TEvesjque luy vint dire à' l'oreille (si ce fut discrètement ou non, je m'en rapporte) que sa mère venoit d'expirer ; à quoy le Prélat ne respondit qu'en deux mots, sans s'esmouvoir beaucoup: Dieu lui fasse miséricorde! Le Pape, qui avoit oûy ce que le valet avoit dit, et ne voyant aucun signe de tristesse sqr le visage du Prélat, admirant sa constance en cet accident, luy demanda si on ne luy venoit pas d'apporter la nouvelle du trespas de sa mère. Sur quoy TEvesque, en se souzriant, lui dit : Saint- Père, ce n'est pas de ma propre mère que mon homme a parlé ; je ii'ay pas une si haute vertu, que je puisse supporter une telle séparation sans douleur : il m'a parlé d'une pauvre femme, qui languissoit il y a longtemps, et que j'appelois ma mère à cause de son âge, selon la mode de ce pays, et parce que, dès ma plus tendre jeunesse, elle avoit blanchi mon linge. Le Pape ayant la pensée que, n'estant pas la mère de l'Ëvesque, ce' pourvoit bien estre la sienne qui avoit esté la blanchisseuse de sa maison, voulant s'en asseurer, poursuivit à le questionner làdessus, lui demandant : « Eh quoy ! cette femme ne laisse-t-elie point encore d'orphelins ?» Le Prélat fit response en sorte que le Pape ne douta plus que ce ne fust sa mère. « E!Ie avoit, dit-il, trois petits clercs fort joiys, qui apprenoient à merveille, mais que la pauvreté chassa de leur maison. On ne sçayt ce qu'ils

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sont devenus, et il y a grande apparence qu'ils auront beaucoup souflert, et peut-estre sont-ils morts de misère. Ils ne pouvoient avoir pié en leur logis. Cette pauvre créature, avant que de mourir, les a pleurez beaucoup de fois. » A cette parole, le Pape^ changeant de couleur, et tournant un petit le visage en arrière, essuya quelques gouttes qui lui tomboient des yeux et qu'il ne put réprimer. L*Ârchevesque de Sens^ qui estoit à la

mesme table, se trouva en mesme desarroy. L*Evesque de Chartres^ qui y estoit aussy, fit paroistre une semblable émo* tion. Mais chacun creut que ces mouvemens, bien qu'extraordinaires, venoient à ces bons Prélats, ou d'une compassion naturelle, ou d'une tendresse de dévotion et de charité envers le prochain.

Monseigneur de Châlons, s'apercevant que le Pape ne mangeoitplus, eut crainte que les viandes ne fussent pas assaisonnées à son gousty de quoy il se montra estre en inquiétude, et dit à Sa Sainteté : « Saint-Père, nous n'avons rien de bon f » Le Pape, au contraire, luy dit qu'il avoit bien mangé, que l'on pouvoit lever la table. Les grâces dittes : « Différez, je vous prie, dit-il à son hoste, de donner sépulture au corps de cette pauvre femme : donnons le reste de îa journée à nostre joyeux advesnement. »

L'Evesque, s'emerveillant de tant de soin, lui repartit : « Cet objet ne vault pas que Voslre Sainteté s'y arreste davantage ; je m'en vay envoyer deux de mes chappelains pour enterrer ce corps : n'y pensez ]>lus.— Non, repart le Pape, je lui veux moymesme demain donner la sépulture; le corps d'un Roy n'est pas d'autre estoffe que celui d'un mendiant, et les âm< s des fidèles sont également précieuses devant Dieu, qui les a créées et rachettées bien chèrement. » Le reste de la journée se passa, comme Ton peut se figurer, à recevoir des accueils et oûyr des harangues.

Le lendemain venu, le Pape ne s'oublia pas de son bon pro**

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pos; il voulut luy-mesme aller à la pauvre petite maison do la defuncte, laquelle Monseigneur TEvesque avoit fait parer au mieux qu'il avoit peu. Les Prélats, Abbés et autres ecclésiastiques en grand nombre, force noblesse de tous p ^ys, de Flandre ft d'Allemagne aussy bien que de France, une foule de peuple innombrable ^e trouva à sa suitte. Le Pape commanda à quatre chevaliers de porter ce eorps sur leurs espaules à Tflglise. Les prières dittes autour, et la recommandation de Fâme faitte avec les cérémonies ordinaires, le Pape, voulant luy donner sa deiN nière bénédiction, se leva, et faisant signe de la main pour estre ouy avec plus d'attention, commença à parler frauçois, ce qu'il n'ayoit point fait jusqu'alors, et dict tout bault: «Mon Dieu, donnez votre paternelle bénédiction à l'âme de ma mère, ^t \^ mettez en votre paradis ; Peuples, voylà le corps de oelle qui m'a mis au monde ! 9 Et luy versant de l'eau bénite pour ^e rer tirer, l'Arcbevesque de Sens s'avançaut, comme ppur prendre Taspersoir de sa main, dit, de mesme ton : • Saint^Pèi'e, assistant, sç^cbei que c'est aussy ma mère ! » — LX vesque de Cbartre^t encouragé e( touché de mesme sentiment, fend la presse, et cria eussy tout bault ; « Je suis le troisième AU de cette pauvre de;* functe! »

Là-dessus, il s'esleva un doux murmure meslé d'une ffepéral# admiration, qui faisoit que chacun regardoit sans parler ceux qui e^toient près de luy, et s'esjouissoit de s'estre trouvé à tel enterrement. Les trois frères, se reconpaissant alors, s'embras^ aèrent à la veue de tout le monde, et commencèrent à estra considérez comme trois hommes venus du ciel plMstPst que A^ la terre, où ils n'avoient aucune parenté, ou pomme trois unge^ incarnez, s'il en pouvoit estre. On n'en demeura pas là. L# Pape sortit avec sa suitte pour bénir la terre qi|i deyoit recevoir et couvrir le corps de celle qui luy avoit donné la vie. Le ^m^" tière nouveau,, dit l'auteur, est hors la ville et s'appelle I0 Ji^d*

Là fut inbiuné le eorpe de cette mi^ 4p ffff^^ 9(m\Mf^^ ^

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fit célébrer plusieurg service» et aumosna beaucoup d'argent alix pauvres. Au retour du coavoy, Sa Sainteté s'isforma si les Me^rsieurs de Conflans n'estoiepl pas par là ; il se les fit venir et les caressa, les nommant à quelque ot'ûce en cour de Rome, et leur accordant les grâces qu'il luy demandèrent ^ puis s*escriaot s 9 Ho ! dit-il, que j*auroiB pris de plaisir à recompenser QostrQ bon maistre, s'il estoit resté en vie ( » il prit avec soi un des enfants du vieux seigneur, le mena» avec ses frères, à Rome, et les fit Cardinaux ; et il ne se trouva personne de ceux de qui il avoit reçu quelque plaisir qui ne lui rendist au centuple,

Voilà un roman entier et parfait, qui n'est toutefois qu*UDO bien petite partie d*un autre. I| y a du vray, il y a du faux, L'avancement du Pape Urbain lY, Champenois et Troyen de naissance, fameux au siècle auquel l'autbeur escrivoit, et arrivé seulement soixante ans auparavant duquel il parlera puis après, luy a ilonné sujet d*Jnventer cette fiction du Pape, qull n'^ point mal conduitte. Michel et Pierre de Corbeil Irères (opinar)^ 4p petite et pauvre extraction, quoique le Pape Innocent III, qui avoit esté leur disciple dans Paris, les qualifle nobles, 4e« venus par leur grand savoir, leur probité, Tun après l'autre, Ardievesques de Sens ; ou bien Henri $ surnommé la Cornu, Ardievesque de la mesme métropolitaine et frère de Robert et d'Alberic* £vesques de Chartres ^emblablement Tun après r^iutre; ou enfin Pierre de Cbarny, lepr précepteur, eslevé de? puis à la dignité Archiépiscopale» quasi tous deux dans le siècle d*tJrfaain IV« qu'on peut à ce sujet appeler le siècle ded estudes fortunées, ou la gloire des lettres, luy ont peut-estre fourny Fid^ie de ces deux autres personnages, frères du prétendu Pape. On peut croire encore qu'il a eu en veûe Pierre Lombard et peux qu'on lui donne pour frères, tous savans personnages sortiis de bas lieu. Quoy qu*il en soit, si le conte n*est point vérîtabloy c'mi au moins une agréabte moralité*

iSi ^LE CABINET HISTORIQUE.

Il fait sortir Saint-Menge, nommé en latift Memius^ premier évesque de Chalons^ de la race des seigneurs de Conflans, par la règle <)ue nous avons expliquée cy-dessus ; et les allie avec les comtes de Saint-Paul, les seigneurs de Bos-Jean qur est une terre sur les confins de la Bresse et du comté de Bourgogne; et les comtes de Saint-Aulbin. Il y a, en cela, quelque chose de vray et quelque chose de douteux, que nous demeslerons par les tables de généalogie.

La dame de Conflans estant vefve, dit-il, espousa eh secondes nopces le seigneur d'Arcies ou d'Arcy-sur-AuIbe, et en eut plusieurs enfants. On envoya les garçons estudier à Troyes : ils eurent pour précepteur un pauvre garçon de la ville, fils d'un savetier, qui avoit assez bien estudié et auquel il conte qu'il arriva par bruit commun Tadvanture que }e vais rapporter. Ce pauvre garçon, demandant un jour du pain par aumosne à une femme qui estoit fort rude et incivile: c«tte sotte le voyant tout drilleux, en voulut faire son jouet et luy demanda s'il n'estoit pas cler; en son langage, c'estoit-à-dire, estudiant ou escolier. Le jeune homme respondit modestement: « Ouy madame, c'est ma profession . »— « Il me le sembloil ainsy , » repart la femme; « tiens donc, voilà un morceau de pain, à condition que tu renonceras à la papauté. • L'escolier, honteux et piqué de se voir ainsy baiïoué, prit le pain et le jetta dans la boue, et au lieu de se décourager, s'attacha avec plus d'affection que devant à Testude. Il fust donc donné pour maistre aux jeunes messieurs d'Arcies, lesquels puis après le pourveurent en reconnaissance d'un bénéfice. C'est le propre, adjouste-t-il^ de la vraye noblesse, d*en user ainsy. D'un petit bénéfice il passa à un plus grand, et enfin donna jusques à la papauté, à laquelle il n'avoit pas voulu renoncer. Ce fut cet Urbain IV, duquel j'ay parlé cy ^dessus et qu'il ne nomme pas, l'ayant divisé en deux personnages; lequel j'ay trouvé en quelques mémoires, avoir esté curé d'une paroisse dans la ville de Verdun. Ce ban

pape, dit-il, ennoblit tous ceux de sa race (je ne connois personne qui s'en Tante), et il fist bastir dans Troyes, en la maison, dit-on, où il estoii né, Téglise collégiale et paroissiale qui y est sous le titre de Saint-Urbain, laquelle semblablement il dota de revenus/

. Les seigneurs d*Arcies, dit-il, sortis de la fille de Grancey, confinent les seigneurs d'Autigny, d*Eschandy et de Bue ou de Luce, je ne scdy pas^ bien de quel costé : et ils ont d'autres alliances plus asseurées; pourtant celle de Grancey est vraye, comme nous le justifierons, mais vous diriez à Touyr quelle est de cinq cents ans auparavant.

Cet authegr n'oublie rien de son dessein. Le comte de Blammont, dit-il, espousa la sixième fille de Grancey et entre autres enfants, il en vint un très-devost chevalier qui s'estant jette, desjà avancé en âge, en un monastère de Tordre de Cisteaux^ fut mis entre les mains d'un cliaritahle et sçavant religieux qui, par tous ses soins, ne luy put rien mettre dans la teste. Il ne put pas seulement luy faire apprendre son Pater nosier^ et tout ce que ce vieux novice put retenir furent les deux premiers mots de Y Ave Maria^ lesquels il réiteroit sans cesse. L'abbé se contentant de cela, luy dit qu'il ne se mist point en peine d'en sçavoir davantage, qu'il ne récitast que ce peu de paroles et celte courte prière durant que les religieux psalmodiraient au chœur. Lé bon homme récitoif^ cette prière mille fois le jour et autant de fois la nuit, avec des sentiments de dévotion in* croyable et il plust à Nostre Seigneur l'appeler à soy. 11 fut inhumé au cimetière ordinaire des religieux. Et comme longtemps après on rreusoit en cet endroit pour y faire une nouvelle fosse, on trouva le corps de ce noble et sainct idiot, entier, comme le jour qu'on l'y avoit mis et répandant de soy un parfum de très-bonne odeur. Il se descouvrit mesme qu'un lys avoit sa racine de sa bouche et que sur les feuilles de ce lys estoit escript (d'autres adjoutèrent en lettres d'or), Ave Maria^ Ave

456 LE GABlKtT filSTOltlQUE.

Maria* On regarda tout autour et fiist encore trouvé bous sfl teste un billet, qui contenoit en ce peu de mots le nom et Tespitaphe de ce bienheureUlt cavalier: Cy gist le sainct homme Guillaume qui a seryy la vierge Marie d'un grand cosur. Ce qui nous apprend que Dieu a plus d*égard à la volonté qu*à i^elTet^ et que la bonne aiïection est souvent réptitée effectuée. Cette découverte fiit Suivie dé miracles, et une telle sainteté attestée par les signes qui ne peuvent venir que dii ciel.

Les comtes deBlammontoU Blamont» c'est en là Vosge, ont. de tout temps, dit-^il, été portez aux œuvres de miséricorde, el à fonder desiiospitaux et autres maisons de Dieu* Ils sont alliés, adjouste4-il, avec les comtes tant de Savoye que de Genève et de Montbéliard. Ce qUe je sais de leur généalogie les fatt cadets des comtes de Salmes et leur donne des femmes des maisons de Bar et de Vaudemont, mais non pas deSavoye, ny de Mont> beliard, bien que Je croye en ce point le chroniqueur, comme je le tiens pour véridique en Talliance de Grancey, ce que Tarbre de cette maison justifiera.

La septième fille de Grancey M donnée aU comte de Sar» bruk, ou Sarbruche près de Trêves; l'autheur raconte une his* toire d'un seigûeur de cette maison qui est rapportée aussy ailletu^s.

Il dit que ce seigneur sWant un jour mis en chemin avec deux gentilshommes pouk* venir en France, et passant par un Village, entra en l'église, après avoir mis pied à terre, et en* tendit la messe tout du h)ng et fort dévotement : de laquelle les deux autres cavaliers se dispensèrent. La messe ditte, ils pour«^ suivirent ensemble leur chemin, et tomme ils estaient au mi<lieu des champs par une grande chaleur, parce que c*estoit en été, vint un tonnerre, et un carreau de foudre tua les deux chevaliers qui accompagnoient le comte, sans luy faire autre mal, sinon que son cheval en fut un peu effrayé et se mit à eôUrir çà et là. Comme il alloit & travers champs, ayant prb le

frein aux dents, le seigneur s'aperçut qu'il y avoit à son dos un diable armé d*un marteau d'armes qui s'efforçoit de le frapper, auquel un autre qui estoit en Tair crioit : « Frappe donc! que tardes-tu? • Auquel l'aUtre i^èspobdoit : « Je ne sçauroié; il a aujourd'hui entendu in principio trat vetbum, i^ ce qui sauva le seigneur.

Ces messieurs, ddJoUste nostre écrivain, ont tous esté brades gensi,et out fôit beaucoup debelles actions. Ils ont alliaUce àtec les ducs d'Àustriche, les comtes de Grand-Pré et de loyers. Qui auroil leur généalogie bien recherchée, j^ay opinion qu*il pourroil vériOer cela. Elle n'esta de mon sujet, qu*en ce qui regarde Grancey. Nous tie lairrons d'en rapporter quelques pièces en . d'autred rencontires.

La huictième dernière fille (il ne les fault pas^ toutefois^ prendre toutes pour estre sorties d'un mesme père et de mesme . mère) fut conjoincte en mariage avec lé cUmté de Bouriémont» On escrivoit comme on prononçoit alors, BoUemont, ainsi qu'il Tescrit^ ce que j*ay observé en divers titres de la maison : d*où Ton corrigera le mot de Bello-monte, et de Beaumont que Ton à substitué au lieu de Boilemcmt ou Borlemont. Ce chasteàu, qui se sent de sa bonne maison, est en une éminence près de la Meuse, de la mouvance et du costé de la Champagne^ bien qu*à une lieue seulement dit Neufchasteâu, que Ton dit en Lorraine.

Les anciens iseigneurs dé ce lieu ont fondé, dit-il. en leur Toîsinage» une abbaye de l'ordre de PreiUonstré, nommée MureaUy en latin Mira Vallii : et dans leur propice héritage, lé ptîoré de Saint-Jacques-du-Mont, autrement de Sion, et se sont réservé le patronage, la garde et la protection de ces deux églises. C'est ce qui est vray. Mais t^e qui suit, a besoin de modification et de favorable interprétation pour n*estre point jugé faux...»i

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