‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 43 sur 170 · XXII.— -UNE FEMME VENDUE AU DIABLE · texte numérisé non relu

XXII.— -UNE FEMME VENDUE AU DIABLE

Inscription d*un tableau t/e l'Eglise de Notre-Dame de MarêUly^ concernant les seigneurs de Noyers.

Les seigneurs de Noyers, qui n'avaient point d*autre nom, etoient d'une maison très-illuslre dans les fastes de la Bourgogne. 'La chronique la fait remonter aux temps primitifs de notre histoire. Les seigneurs de cette maison portèrent la plupart ce simple nom de Mies de Noyers : cela venoit, disoit la tradition, de ce que l'un d'eux avoit battu et baptisé vingt chevaliers, et qu'un sire de Noyers fut écuyer de la reine Clotilde. Le plus grand nombre des sépultures des seigneurs de Noyers se trouvoient^dans l'église de Vabbaye de Marsilly qu'ils avoient fondée au xiii" siècle. C'est dans cette église, à côté des pierres tnmulaîres des sires de Noyers, que se trouvoit inscrit, en un tableau, le récit suivant que nous fournit le manuscrit 9873 du f» Delamarre,

A costé du grand hostel de ladilte église est un autel, du costé de révaDgile,.où se voit une noble dame qui fait quantité de miracles sous le nom deNostre Dame de bon Repos, avec un tableau attaché contre la muraille où se lit Thistoire qui s'ensuit

« En Tan mil deux cent, sous le reigne de Philippe Dieudonné, un nommé Geofroy Lebrun, maislre d'hostel du roy, estant disgracié de la cour et sans aucun moyen, comme il passoit au travers de la forêt Damois, autrement Darnaux, le diable lui appa* rut qui luy promit de grandes richesses, à condition qu'il luy livreroil sa femme: ce que ledit Lebrun luy promit; et à cet effet luy en donna une cédule signée de son sang. Ce que voulant exécuter, il monta à cheval^ mit saditte femme en trousse, et se mit en chemin pour s'en aller au rendez vous, qui estoit dans la susditte forêt; et comme son chemin (;stoit de passer au devant

de réglise de Nostre Dame de Marcilly, la veille de TAssomptionde Nostre Dame, laditte femme entendit sonner une messe, et demanda à son mari d'entrer dans l'église, et comme ledit Lebrun voulut sortir pour achever son voyage, la Vierge prit la figure de sa femme, monta sur la croupe de son cheval derrière luy ;— el estant au rendez-vous, on entendit un grand bruit qui se faisoit dans la forêt, et en mesme temps la Vierge enleva d*entre les mains du diable la cédule dudit Lebrun el la rendit à sa femme^ laquelle fut trouvée dans laditte église où elle s'estoit endormie, et la Vierge luy ayant apparu luy ordonna de prier pour la conversion de son mari, et disparut. »

XXIII. — ^Al^TOINB PU PRAT, ARCHEVEQUE DE SENS, CARDINAL ET CHANCELIER DE FRANCE.

Antoine du Prat, qui tint un si haut rang sous le règne de François l«% a été assez maltraité par les historiens qui n'ont guère vu en lui que l'agent aveugle et passionné de la reine-mère, Louise de Savoie. I^a révocation de la Pragmatique, la vénalité des charges, la disgrâce du connétable de Bourbon et le supplice de Semblançay, sont autant d'événemenls, dont ils lui ont infligé la responsabilité. L*archevêque de Sens prit, il est vrai, une part active à tous ces grands faits du règne de François I^^ ; mais on n*a pas assez tenu compte des emfiarras des fînances, des difficultés du temp^ et de mille et une circonstances qui échappent aux yeux des historiens prévenus, ou qui n'écrivent qu*à l'aide de témoignages isolés et sous rinfluence de traditions peu sûres. Les nombreux documens que nous avons retrouvés dans les recueils de la Bibliothèque impériale et ses Mémoires inédits et à peine entrevus, sont destinés à jeter un nouveau jour sur l'histoire de ce régné et le rôle qu'y joua le chaneelier. Déjà M. le marquis du Prat, petit neveu du cardinal, a tiré grand parti de ses propres découvertes dans le champ de l'inédit^ et

des pièces curieuses que nous avpns pu nous-même lui signaler, dans son remarquable Essai sur la vie d'Antoine du Praf. L'élude sérieuse que continue M. du Prat des Mémoires et de la correspondance de rarchevéquc de Sens, nous permet d'assurer qu'une riche et nouvelle composilion sur celle grandç figure hisloritjue, ne tardera point à venir, compléter les imporlanles publications que nous possédons déjà sur la première moitié du règne de François I«^

LE GinpiNÀ|. pu PfiAT 4U ROI.

Au Roy, mon souverain Seigneur.

Sire, j'ay receu sur le chemin ung pacquet venant de Suysse adressant à raoy : Il y a lettres à vous et à moy. Boisrigault me mande veoir les vostres : et aussy il y a lettres adressans à mons'. le Grant Maistre, à Lamelz et à Pauyet (PoyeQ, et quelques autres escriptes en alemant, que les Suysses, ainsy que mande Boisrigault escrîpvent, que j'envoye à Bayart pour leur faire tenir. J'ay trouvé, dans icelluy pacquet ung livre que icelluy Boisrigault m'envoye, et le nom de celkiy qui Ta envoyé en Suisse, comme vostre jjon plaisir sera de faire veoir au premier feuillet tourné d'icelles lettres qu'il m'escripvit. C'est ung livre hérétique, luthérien et malicieusement composé contre vostre honneur; et est en françoys, soubs le nom de Béda (1) qui dict que vou.4 luy avez pardonné, pour ce qu'il a délaissé l'erreur où il estoit par çydevant et est retourné à entendre et cognoistre la vraye fqy.

(1) Les biographes représentent Noël Béda comme un fougueux catholique, et le font le principal moteur des poursuites et persécutions qu'essuyèrent Erasme, d'ElapIes et llnfortuné herquin. Sa fougue alla si loin, dit on, qu'a dénonça même un li\re de Marguerite de ^avarre, et qu'il fallut punir, par une sévère condamnation, son zèle inconsidéré. Voici pourtant une lettre qui doit modifier en quelques points l'opinion des Réformés sur Koel Beda, car nous le voyons lui-même repris d'hérésie ! £st*ce réellement pour son trop grand caiholici^me ou pour son hérésie qu'il eut à subir le bannissement? Le fait npus paroît douteux après celle lettre.

Ce livre est très scandaleux et n*est besoing le communîcqucr à beaucoup de gens pour les faulces persuasions qu'il contient. Je ne scayst Sire, s'il vous recorde que vous dicts, à Rouen, comment fut trouvé à Paris, chez ung libraire plusieurs livres luthériens qiC^l avoît imprimejc. Aussi furent trouvées lettres missive^ de quelqu'un 40 Suysse pour faire aller par delà ung imprimeur en françois. Icel{uy libraire fut inis en prison pour biy faire sou procès. Il seroit bon, parlant soubz vostre correc^iop, scavpir avec Cbauderon et Mesnager qu'est dsvpnu ce prisonnier et vcoir sa confession. Pareillement seroil expédient envpytr icelhiy livre au premier président de Paris, pour se informer da celluy qui se intitule au coinmcncement di) livre l'avoir imprimé à Paris, et ^ussi de celluy qui l'a envoyé en Suysse, pour faire prendre lung et Taultre : semblablement seroit besoing envoyer icelluy livre à Béda, pour scavoir s'il l'advoue ou non, et s'il Tadvoue le fault e^iprisonner et fairp SQn procès : s'il le désadvoue, fauldra faire ung épigramme bien composé, en latin et en françois, sur icellny dçsadveu, et après qu'il sera imprimé l'envoyer partout, Fauldra aussi, soubs vostre correction faire brasier icelluy livre et tous les aultres semblables qu'on trouvera, sur les dix heures, à Tissue du parlement en la court du Pallais, avec le cry en tel csis nécessaire, affin que chascun sache que c'est : et escripre à Nostpe Sainct Père et aux Cantons chrestiens ce que sur ce aura esté faict, et mander à Boisrigault qu'il fichepte tous les livres qu'il trouvera par delà, semblables à cestuy pour les vous envoyer.

Sire, après m'estre recommandé tant et si humblement que il m'est possible à vostre bonne grâce, prieray le benoist fils de Dieu vous donner très longue vie avec santé. — A Tornus, ce matin, 24 de décembre.

Vostre très humble et très obéissant subject et serviteur, -

À. Cabdinâl de Sens.

{Béth. 8530, p. 104.)

162 LE CABINET HISTOHIQUE.

A M. LE GRAKD MAITRE (1).

Monseigneur, parce que escripts au Roy, entendrez ce que avons faict avec le Cardinal en voslre absence, que ne rapporteray, pour ne user de redicte.

Au demeurant, Monseigneur, j'ay reçu vos depesches, par les» quelles on me mande que madame de Semblançay s*est rendue religieuse à Uyerre, et que feu le s' Semblançay, son mary, fut despendu la semaine passée d*armes envyron à mynuist, et fut enterré aux Gordeliers ou Aygustins : ce qui ne se peult faire par autorité et commandement d*autre que le Itoy. Si telles choses sont souffertes, Ton en entreprendra bien de plus

grandes; j*auroys advisé s*il plaist au Roy que l'on feit aug

que s'il y a aucun de ceste conjuration qui veieille révéler ses compaignons, il aura pardon et 50 escuz : et après avoir trouvé ceulx qui l'auront faict, le fauldra pugnyr selon l'exemple du cas^ et mesmement le désenterrer et rapporter où ils l'ont prins.

Monseigneur, quant à ce que m'avez escript que les commissaires de Paris qui font très bien leur devoir ne se despartissent, je vous advise que longtemps auparavant la rescription de vos lettres, éstoient depparlis. C'est as'savoir : maistrc Ambroise de Florence, avec monseigneur de Lautrec, le président Pat... de Savoie par congé de Madame, en son pays, Deyveau en Poictou ; j'ay subrigé d'autres en leurs lieux qui, à mon jugement, sont des gens de bien.

(1) Voici unelellre qui réveille le souvenir d'une histoire lamentable et sur laquelle il est resté bien des incertitudes que cette pièce ne dissipe pas : mais elle a l'intérêt de flxer d'une manière formelle Tépoque de rexéoilion de Jacques de Baune, baron de Semblançay, qu*oo savoit avoir eu lien en 1527, sans rien de plus précis.

Et sur ce, Monseigneur, après m*estre recommandé de très bon cœur à Tostre bonne grâce, prieray le Créateur vous donner bonne vie et longue. A Amyens, ce 26* d*aoùt.

Votre bon serviteur et amy.

Gard, de Sens, chancellier de France,

(Béth. 8573, p. 75.)

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