AU ROI
Au Roy mon souverain Seigneur.
Sire, ce jourd*huy après avoir reçu vos lestres, ay conclud le marché de rentrée des draps de soye, demandé auparavant l'ad* vys au général de Languedoc. J*ay ordonné au trésorier de Tespargne de parler à Turquan : je donueray demain ordre pour envoyer Tautre moitié du moys de Mars à Mons' de Lautrec ; et le surplus luy sera envoyé en avril et raay. Je feray aussy payer les mortes payes pour ung quartier qui se prandra des finances de ce quartier de janvier.
Au demeurant, sus mons' de Guyse m*a faîct présenter ung roUe de ce qu'il demande pour Ghampaignie : ce n*est pas à moy à y pourveoir, mais d*obeyr à ce qu'il vous plaira me commander ; à ceste cause le vous envoyé enclos en ce pacquet.
Ceuh du consille de ma province besognent chacun jour toute la matinée. Il y a des plus gros et savans personnages du royaulmequi, parparolles évidentes fondez en la saincte escriptnre, confondent clairement la perverse doctrine de Luther. Il
(1) CeUe troisième lettre témoigne du zèle et deractivilé d'esprit que dëptoyoit en toute matière le cardinal du Prat Quoiqu'on i[)rélf nde que Varchevéque de Sens n entra jamais dans son église cathédrale que pour y recevoir Vintaumation, il est certain que, de près ou de loin, 11 s'occupa activement des aflliires de son diocèse, et cette lettre-ci tend à le prouver.
n'y a poinct encore esté faict livre qui plus sublillement ne ouvertement confondent ses œuvres. Ce sera ung acte fort utille et prouffitable à toute la chrestienté : mes qu'elle soit parachevée, la fault envoyer au Pape. Il y a quelque malyn esprit qui les a voulu destourner de leur bon propos ; pour ce faire et pour y parvenir, on dit que estiez mal contant de ce qu*ils procédoient contre Luther. Je leur ay maintenu le contraire. Si vous plaisoit, Sire, leur escripre quelques bonnes lettres pour les exhorter de continuer leur bon vouloir, ce seroit œuvre fort méritoire. — Sire, le prévost de Paris m'a parlé ce soir de la somme que on doit demander à Paris. Il semble que combien que faille les entretenir et avoir plustôt quelque chose d'eulx à bon grée que plus avant par la force^ neantmoins suis d'advis, parlant subs correction, que deviez demander cent mil escuz, car ils niettront peine d'en rabattre ce qn*ils pourront; et si vouâ sauront meilleur gré du rabais. qUè de leiir avoir demandé au commencement. D'autre part, ils pâyel^erii cent iîiH t^m du tems du roy Jehan, non pour le rach6lf^, mâiâ plour faire la guerre 5 les autres villes y prendront exeitïple, et en tirereî beaucoup moins que ne pensez, si rabatez des cent inil escuz. Et sy y a'plus, car si les deniers sont bien deppartiz à Paris, le plus grand lie sçaura payer 50 escuz; on les joue bien à un soii' aux cartes ou aux déz, et davantage. Les altairés qUe avez à eôn« duyre sont grants, et sy on ne vous àyde, il est impossible d'y fournir.
Sire, après me estre recommandé tant et sy très huttibleni€fnt que faire je puis, à vôstre bonne grâce, priray le benoist fils de l)ieu vous donner très longue vye, santé et prospérité. A Paria, le 25 jour de février.
Vostre très humtîe et très obéissant subject et serviteiiré
Le CAlioiNAi t)E SfcNS, chancellier.
BALADE A LA LOUANGE DE MOIS*' DU PRAt, MIL Y". XXTllI.
Nous publions cette pièce comme un curieux spécimen de la yersificalion alambiquée et pleine de figures, qu'avoit léguée le XY^ siècle aux poêles du xvF. La grande (inesse de celle ballade métaphorique est sans doute dans le refrain qui montre ta ville de Sens échangeant la mitre de son archevêque contre le chapeau de cardinal. Quoi qu'il en soit, en lisant de pareils vers ou n'est pas fâché que Marot^ et Ronsard lui-même, ne se soient pas trop fait attendre.
Auprès d'ung pré, clos d'arbres fructueux, Remplyde fruicts, feuilles etflorectes, Me suis trouvé, où plusieurs vents venteux Eurent désir de ce pré vertueux Adnichilier, et seclier Jes herbettes :
Or veis venir dessus'èes ënt^èfaictes Une. vertu que prudence disons, Qui résista encontre les poisons De ce dict vent, voulant prendre saisine Des dites fleurs : dont fist par ces raisons Chapeau, par Sens, tainct en couleur sanguine.
Erreur cuida par faiz sedicieux .
Semer dedans zizanie et noisectes, Voulant du tout le faire infructueux Par malle bouche et buissons espineux Le pulluler offusquant les feuillectes : Ce voyant soy par œuvres magnifestes Vainqiiist erreur, préparant des tisons Pour TaboUir et brusler ses blasons Et puis cueillit la mectant en ruyne La tresse au pré faisans en oraisons Chappeau, par Sens, tainct en couleur saiiguyrié.
Follie estoit avec ses envieulx Qui caquetoit, disant plusieurs sornettes : Mais tempérance arriva sur les lieux ; Justice y vint clore leur bouche et yeulx. Abolissant parolles indiscrettes.
Lors espoir a voulu faire aprester Avecq ses seurs en temps et en saisons De recueillir les fruits des arbres bons, Les préservant de mordante vermyne, Faisant d'iceulx teracynant buissons Chappeau, par Sens, tainct en couleur sanguine.
Des deux chemins le meilleur eslisons El gardons charité très bénigne Qui faict des fruicts dont a faict garnisons Chappeau, par Sens, tainct en couleur sanguine.
ALLELUTA.
{S. Gertn. fr. 1557.)