‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 63 sur 170 · A MADAME DE MONTBELLIARD · texte numérisé non relu

A MADAME DE MONTBELLIARD

Le 2 de may 1766.

Pourquoy me laissez-*vou8 dans l'incertitude, Madame, sur votre grande opération? Je ne sais où vous prendre. Êtes-vous à Ghevigny (2) ? Âvez-vous déterminé le temps; le jour de Tinor

(1) Femme de M, Guenau de Montbelliard que BufTon avoit associé à ses travaux.

(2) Chevigny (près de Sémur), c'étoit la maison de campagne où M. de Montbelliard alloit se reposer de ses études, cultivant seç vignes avec la même passion que Thistoire naturelle.

cuhition ? Si je ii*ayois pas d'enfant je sàurois tout ce qui tous intéresse sur cela, car j'aurois été à Cheyigny vous en deman« der des nouyelles, et je vous supplie de m'en donner si vous avez un moment où vous ne soyez pas occupée après votre enfant. Je vous félicite de votre courage, je plains tendrement vos inquiétudes, et je souhaite ardemment de savoir tous les détails qui vous concernent : je vous les demande avec instance. Voilà une lettre pour madame de Prévost que j'attends ici tous les jours : si vous êtes à Chevigny^ je l'enverrai prendre à Semur, si (Delà vous convient : eUe n'aura qu'à me lé faire dire.

A MONSIEUR GUENEaU DE MONTBELLIARD, AU CHATEAU DE SEMUR,

EN Auxois (Bourgogne) (

Réias ! mon très-cher Monsieur, je ne croyois pas que vous dussiez perdre encore de sitôt la chère personne qui cause aujourd'hui vos regrets douloureux (i). Il n'y a aucun de vos amis qui neconnoisse votre âme, mais je crois connoitre mieux qu'aucun sa noble et tendre sensibilité^ aussi nous vous avons plaint et TOUS plaignons de tout notre cœur. La santé de notre pauvre convalescente n'est pas encore assurée» ses forces reviennent bien lentement et même ne peuvent toutes revenir dans l'état où elle est. Nous avons vu M. de MontbeUiard, sa santé est bonne et ses yeux meilleurs, et j'ai eu bien du plaisir à raisonner fer avec lui.

J'ai dit à Panckoucke que vous ne pouviez guère luy donner de l'agriculture avant dix-huit mois ou deux ans, et il attendra

U) Cette letlre sans dale est de 1767 ou 1768. Nous ne savons' queUe perle ?enoit d'éprouver M. de MontbeUiard : mais le chaxfMM mouton est madame de MontbeUiard elle^même«

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voIontieFS le temps qui vous eonviendrsi. J'autûis été eneliaiiti de recevoir un beau coq pour étrennes, mai^ en quelque tempa qu'il vienne il sera toujours bien reçu.

Je ne connqis riefi de neqveap dans la littérature que la Pbf » eiocratie de M. Quesnay. Il a (ait autrefois de la médecine pour les individus, ceci est la médecine dtf gouverneinent, c^es{;-à« dire de Tespèce entière. Je vous en gard^ un exemplaire que je vous enverrai ou donnerai à mon retour.

Nos poètes Se percent d^épigrammes : en voicy^ une bieii courte et bonne (si vous connoisse? Fhemme) de Piron ccHtre Poinsinet.

Pégase constipé s'efTorçoit un matin :

Le petit Poinsinet fut son premier crotin.

Bonjour, mon trèsrpher l^onsieur, ipille tendres respects au charmant mouton ; ne m'oubliez pas aussi auprès de mademoiselle gpttcbpron (1) et Ip beau Fjiiftp (2). Maçlpmpisellp dp Mpssy n'est pas encore guérie 4e spB pied hfplé. r- ?0 jç^npier.

AU mAme.

Cher bon ami, dont je m» fais honneur i^éive en même temps le bon voisin, j'ai lu les Ortolans avec plus d^ plaisir que je n^ les aurois mangés. Cependant je les ai envoyés tout de suite à la broche de l'Imprimerie royale, et si les bruants et les bouvreuils sont déjà un peu avancés, vous aurez du temps pour les autres, car ceux de ma composition qui suivept immédiatement le bou-

(1) Cette demoiseUe Boucheron qui figure souvent dans les lettres intimes de Buffon n'^st morte q|ie vers 1852 dans un petit village de l!arrondissen^ent 4e Çeaune.

(2) Fintin^ Tenfant de M°>e de Montl>(SlUard qui f|it le condisciple de BufTonnet le fils^enilustre écrivain. v ^

Treuil fepoBt cent pages d'impression, en y comprenant les eottingus qui sont de la TÔtre et qui me paroissent entièrement achevés.

Je vous sdurois bien-bon gré de profiter de ce petit loisir pour achever la traduction des l^rogrès dé Tesprit humain. Le prince de Gonzague en pétille de joie et d-impatienee, et à tous égards il mérité qu'on fasse pour lui ce qu'il désire. Il est enchanté de vous et de ma bonne ^mie, il en parle avec enthousiasme et me charge même de joindre ses hommages à mes respects pour elle : mais vous devriez tous deux faire la partie de nous venir voir ; sur cela, je vous embrasse et lui baise les mains. — Uontbard^ eei aoust 1777.

Puisque vous avez mis un mot pour la petite bête dans la lettre du grand homme, elle vous remerciera dans sa lettre même et vous dira tout le plaisir que j'ai eu de vous revoir bien portant et si gai. Je vous renvoie la lettre que j'avois emportée hier : en lisant tout haut les caractères de la Bruhère (sic), nous avons trouvé deux phrases qui alioient à merveille à notre Apollon. Les voicy : qu'en pensez-vous?

{Le reste manque.)

■aer

i MADAME DE M OMTBBiXIAaD •

Je suis enchanté, ma très-chère et respectable commère, de notre nouvelle alliance : ce sont les seules noces qui conviennent à mon âge et je vous promets fidélité pour le reste de ma vie : le succès a été complet puisque ]'§imable accouchée et sa bonne maman désiroient un fils. Chargez-vous, je vous supplie, de mon compUment pour elles et je prens en effet grande part à leur satisfaction. La mienne seroit complète si je savois notre cher bon ami en santé parfaite, mais puisque cette toux si opiniâtre

est fort diminuée, il y a toute espérance qu'elle cessera et qu*il sera rétabli tout à fait : je le désire plus ardemment que personne et je vous supplie de m'en donner de temps eii temps des nouvelles.

J'ai bien soutenu la fatigue du voyag:e pendant les deux premiers jours, mais le roulement sur le pavé depuis Fontainel)leau à Paris m'a fait rendre du sang, et je vais rester dans ma chambre 8 ou 10 jours pour ne pas m'exposer à de pareils accidents sur le pavé de Paris, que je ne fréquenterai d'ailleurs qu'avec précaution et moins souvent qu'il me sera possible (i).

J'ai signé hier avec H. de la Rivière le contrat d'acquisition de la terre de Quincy : je vous serai obligé. Madame, d'en ii|former M. l'avocat Labbé qui a pris part à cette affaire.

. J'ai fait vos amitiés à mes enfants, ils m'ont chargé de vous en témoigner leur reconnoissance ; ma petite belle-fille est toujours dans un état de langueur qui me fait peine, et je ne crois pas qu'elle imite de sitôt les procédés^de madame de Chazelles. Adieu, ma très-chère et respectable commère, il m'est sans doute permis de vous embrasser aussi tendrement que je vous aime.

Le COMTE DE BUFFON. Au Jardin du Roy ce 7 noTembre 1184. '

(1 ) BufTon, à la datè-de celte lettre, était âgé de 77 ans ; et nous rappellerons qu'il mourut à Paris le 16 avril 1788.

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