‹ Le Cabinet historique (volume 4)Chapitre 65 sur 170 · BONAPARTE · texte numérisé non relu

BONAPARTE

(Bibl. Imp. Suppl. fr. 3208.)

De Lazare Hoche, général en chef de Tarmée de Sambre-et- Meuse, à Napoléon Bonaparte, général en chef de l'expédition d'Italie, la transition n'est pas trop forcée. Voict quelques lettres récemment rapportées d'Italie par M. Mas-Latrie, qui en a enrichi la Bibliothèque impériale. Le savant paléographe les a tirées, avec d'autres documents historiques infiniment curieux, mais plus anciens, des archives de la république de Venise et du fameux conseil des Dix : c'est dire qu'elles ont toute l'autenlhicité désirable.

On a préseates à la mémoire les circonstances de cette prodigieuse expédition : nous n*avons pas à en faire le résumé en manière de préambule à ces lettres. Nous nous contenterons de rappeler que les premiers coups du jeune généralissime furent dirigés contre le Piémont qui, de concert avec les Autrichiens, avoit menacé la France d'une invasion redoutable. Après la soumission du Miianois, Bonaparte voulut atteindre et punir Venise, dont le gouvernement sous couleur de neutralité avoit osé prendre parti contre la France.

Après le provédileur Foscarelli, qui n'avoit su sauver à Vérone Toceupation françoise, la république astucieuse dépécha vers Bonaparte

deux autres sénateurs^ Erizzo el Baltaglia, que le jeune général ménagea davantage. « Ce que la France m'envoie faire dans vos contrées^ leur dil-H, est tout dans Tinlérêt de Venise. Je viens chasser les Autrichiens au delàdes Alpes; peut-être constituer la Lombardîe en état indépendant... Nous né faisons la guerre à aucun gouvernement.. Nous sommes les amis de tous ceux qui nous aideront à renfermer la puissance autrichienne dans ses limites. » Les deux Vénitiens sortirent frappés du génie de ce jeune homme, qui tour à tour menaçant et caressant^ impétueux ou souple, et parlant de tolis le^ objets militaires el politiques avec autant de profondeur que d'éloquence, annonçoit que l'homme d'État éloit aussi précoce en lui que le guerrier. « Cet homme « dirent-ils en écrivant à Venise, aura un jour une .grande influence sur sa patrie. » Cette, prédiction , dit M. Tbiers, est du 5 juin 1796.

« Cependant Venise, ajoute M. Thiers, détestoit les François, surtout depuis qu'elle les voyoit sur son territoire. Elle ne s*én tenoil pas à la neutralité désarmée ; elle armoit avec activité. Elle avoit donné ordre aux commandants des lies d'envoyer dans les lagunes les vaisseaux et les txoupes disponibles. Elle faisoit venir des régiments esclavons de Tlllyrie; le provéditeur de Bergame armoit direclemeat les paysans superstitieux et braves du Bergamasque... »

Les lettres qui suivent jettent un grand jour éur la situation. Nous doolons que M. Thiers, qui a raconté avec tant d'en trainemeni cette première phase de la vie militaire du héros, en ait eu connaissance^ — Quoiqu'il en soit, nous les recommandons à la commission chargée de recueillir et publier les œuvres de l'empereur Napoléon.

1. — Au quartier général KoverbeUo, le 10 messidor an iv de la République une et indivisible.

BoifÂPAUTEL, général en chef de l'armée d'Italie, à Mons, le provéditeur général de la République de Venise.

Je reçois, Monsieur, plusieurs rapports d'assassinats qui ont été commis par les habitans de Pont-Saint Marco et dé Lonàto contre des Français. Je ne doute point, Monsieur, qire vous n'y

338 LG GÀBINCT HISTORIQUE.

mettiez ordre le plus tôt possible, sans quoi ees villages se trou* teraient exposés aux justes ressentimens de Tarmée et je ferais sur eux m exemple terrible, •

ilais je me flatte que vous* ferez arrêter les çoiipab)eSy que TOUS placerez de nombreux détachemens de vos troupes dans ces villes, pour assurer la communication. Je suis, Monsieur, ^veç i^sti^ie et considération,

Vo^e etc , etc. . Bq»4Pabt]^.

Page 1