XIX. — LETTRES DE MARIGNT
A Paris, le 7 d'aonst 1662.
Par Toslre lettre du 1«' de ce mois, j'apprens Tembarras dans lequel vous vous estes treuvé pour l'élection de vos jurais; il n*a tenu qu*à vous de m*en demander les noms, puisque la cérémonie cstoit faicte devant que votre courrier partit ; je les ay sceus par S. A. et j'en feray mes compliments au premier jour à M. le jurât Légé ; vous avez maintenant une paire de jurats aussi honnestes gens et aussi braves que l'ou en puisse choisir dans toute la Gascogne. Je ne sçay si l'artifice dont on s'est servi pour obliger et le Parlement et l'armée ne les déso* bligera pas tous deux — Clii ha tempo ha vila. — Je puis tous assurer que S. A. se loiie fort de votre conduitte et qu'hier il parla à son sou pper très-avantageusement de vous; j'avois l'honneur di estre ; vous croiez bien que la balle ne tomba pas à terre. — S. A. avoit été au camp pour faire rendre ce qui avoit esté pris à des marchands de Paris qui crioient contre la licence et le désordre des trouppes, et ils avoient raison, car on leur avoit volé la valeur de 30 ou 40 mille escus. S. A. fit si bien qu'après avoir fait prendre quelques officiers et soldats allemands auxquels elle promit la vie en cas de restitution, ou six pieds de corde en cas de refus, l'on retreuva tout ce qui avoit été dérobé. Quand S. A. partit (lu camp la meilleure partie avoit été déjà restituée. Après le disner nous fismes faire un ban par le provostde l'armée et ensuite lire à la tète des trouppes le tarif que je vous ay envoie, et quand S. A. sceut cela elle s'en divertit assez et S. A. R. aussi. Ma foi nostrc armée est petite, fort petite, s'il y a trois mille hommes c'est tout au plus. Je ne crois pas
LETTRES DEMABI6NT. 285
que Ton presse comme l'on devoit la levée des taxes. On ▼end quelques statues du Mazarin à grand prix. Les Espagnols reculent plutost que d'avancer, et je pense que comme nostre cayalerie de Guyenne estoit montée s*ir barbets propres à passer rivières, la leur est montée ou sur des tortues ou sur des escrevisses; il semble qu'il y ait un charme à Fismes ou quelque remora-Mazarin qui les arreste. Rethel est de retour d'auprès du duc de Lorraine qui retourne du costé de Mouzon pour faire, dit-on, son traité à part. La cour est tousjours à Ponthoise ; sur la déclaration que le Roy a envoyée au Parlement pour sa translation on a ordonné comme en 48 qu on la mettroit au greffe sans délibérer dessus, jusques à ce que le Mazarin fust hors des terres de l'obéissance du Roy. Aiijourd'buy se devoit faire Touverlure du Parlement de Ponthoise qui est ma foy assez joli. Il y aura avec le premier président, le président de Novion et le Coyneux et onze conseillers. Le Mazarin leur a fait croire qu après leur establissement il s'en iroit à Metz où il négocieroit Ja paix générale. Les affaires de la cour vont bien en Provence, et Tboulon s'est accommodé de sorte que ceux que l'on y a envoies arriveront peut-estre trop tard. Vous avez raison de dire que vostre chifre est fort importun et incommode prenez vous en à M le Vacher qui l'a fait; faites-en faire un autre. Vous ne me mandez que le gros des nouvelles que tout le monde s^^it, et quand je pense quelquefois en régaler de vos amis, ils me disent des particularités que vous ne m'avez pas écrites et qui se treuvent vrayes. Je veux croire que vous n'avez pas le loisir, mais cette amie à qui vous en faites part ne m'en dit pas un pauvre mot. Je ne doute point que Ton ne caballe avec le thoulousain, vous devez vous tenir alerte. On a écrit icy des lettres dans lesquelles on veut vous entasiiier par quelque raillerie, ce sont des préparatifs à d'autres offices ; vous con- Doissez vos gents, prenez-y garde. Vous deviez bien nous avoir mandé les beaux endroits delà harangue du gros baron de Gerzé
qui s'est laissé prendre à Châteauneuf. Mandez-moi si tous avei receu mon pacquet du 24 du mois passé, car j*en sois fort en peine, et si vous avez fait donner à H. de Balquigny cela y que je luy adressois de la mesme datte. Faites bien ma cour aux Altesses, A las damas mil rei^ados y a los amigos : y por los denas que se voyan...
Au dos : M. de Harigny, le 7 aoust.
A monsieur, monsieur Lenet, conseiller du Roy en ses coa-
seils à Bordeaux.
{Supp. ft, 3,000», 1^ 49, ptèet 30.)
A Paris, le 21 d'aoast.
Je vous écrivis par rordin:iire dernier une lettre assez boonestoment longue, et je pense qu'elle vors aura pleinement instruit de Testât de nos aflr.iir*s, et que vous serez de mesme opinion «pie moy touchant la paii que je tiens plus éloiçmée que jamais. Le Caniinâl, qui est enûn parti avec la plusgrande joye ilu monde de ni^us avoir bien brouilles rt bien divisés. Cl oit que pour ternint'r nos tnuibles on sera confraint de négtvîeravec lui et que ce sera un moy^n de "e rolablir et plus puissant qui!' jair.ais. i.ar t ntin !e Parlt m«^nt de Ponthoisr, dunt les chefs sont fort emportêi>« prrnant la modération de celiiy-^ cy jHMir une faiblos>e, pousse !e< choses à reiirêmtlë, et a donne arresl par lequel il SMpprme toutes les chaises du Parlement de P^ns en cas que dans h rit jours il nVbêisse n ne vienne i l\>uihoise. !.• cor* a^oîi eu qur!que pensée de ne pr\Mion\vr cetie suspensif-.» qw* contre cinq ou six de* plus vijSouîe«\ <îe cet;e 0 wj^aime. Je vous Uis» à j .:£er si elle snp- |HMlerA pjit eivwcnVort eer.iîe; r se rer<ad>rit les plus^ensés s^MU d'jixï;^ d;^ :A-re vr. ^vv.î *',Vr •n'^. r *e r«:oar de* 24 schism ti jues* e; ;;* i*,* scji) m .^.r ve •* r; v^.'s^ :-» roi aï de de^^^ècherà U w^i* W «'i, IM^e^U' i; ^.f y.sK:f,c>. si\îl i^int assiste à jiUvMK \Wït<rMKMf;. jsv^r xh^n:V<r cïhOqre lemperamcnt et
M. de Latîemas : ce pondeur juré étoit dépositaire du petit sceau, comme un des anciens maistres des requestes; un homme se disant commis de M. de Guénégaud luy vint demander de la part du Roi, et il le donna. La chose ayant été sceûe il fut mande et hourré furieusement 11 y eut bien des voix à l'entendre, enfin il passa par un advis plus doux qui fut que dans trois jours il rapporteroit ledit-sceau, à faute de quoi on délibércroit tout de nouveau, cependant que Ton se serviroit du sceau qui est aux requestes de Thostel. Le mesmejour M. de Reaufort traittn M. de Brousse!, prevost des marchands, les nouveaux échevins et toutsles conseillers de ville. Il nous invita à ce festin, M. de Fontrailles de la llière et moy. Onne peut dans la saison traitter plus magnifiquement. On y beut fort à la banté du Rov et de toute la maison rovaie, on v chanta, enfin on s'y diverlil fort agréablement. Après cela j'allay veoir Son Altesse Royale qui me fit l'honneur de me penser faire bouillir la cervelle au soleil, et il fallut rire sur le départ du vilain et et chanter, et afin que vous en ayez votrepart, voici ce que je fis sur l'air que Ton chante en votre Guyenne; — Fille^ ia légèreté, etc.
Fronde au croc si le vilain S'en va tout de bon demain ;
Mais s'il va plonger
De peur du danger Et qu'il revienne sur l'onde, i*ar ma Toy, sans beaucoup songer, Je reprendray ma fronde.
Le soir nous souppasmes dans le cabinet de M. le Prince ; Je le trouvay fort gai, on y rit et on y chanta. Cela me fait croire que ses aff.iiros vont selon son désir. Notre ami, qui fait le Mazarin à la Charilé, m'avoil mandé par des lettres du 15 de ce mois la prise de Montrond. On disoità l'hostel de Condé des nouvelles toutes contraires. Je luy fis hier force railleries sur
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VA sujet et mille amitiés de votre part, et le soir chez son Altesse, après avoir veu la relation espagnole du combat naval, on parla fort du départ du Cardinal, et un ami se trouvant en bonne humeur au soupper s'écria sur le second volage du pèlerin Hazarin :
Pèlerin, beau pèlerin, Remettés-vous en chemin ;
11 faut que Gaston
Et noslre Buurbon Demeurent tous deux les maistres :
Et pour vous, pauvre (1) pantalon, Que vous tiriés vos guestres.
11 faut que vouspreniés patience en lisant ces folies. 00(Marigny) a tout sujet de se louer de M. le Prince qui se loue tout à fait de 100 (Lenetj. Les railleries que Ton a mandées de ce paîs et dont 00 vous a parlé sont ridicules. Une dame de mes amies, qui m'a prié de ne la point nommer, ma dit qu'elle avoit veu une lettre de 46 (M. de Longuevillcj. h une dame, dans laquelle pariant deson intendant à Bordeaux, il disoit que le bon et agréable entretien d'un Gascon et d*autres étoit capable de charmer les plus grands chagrins. Marigni dit, lorsqu'on luy fit ce beau récit, que de l'humeur qu'il connoissoit Lenet, il ne pensoit pas qu'il se mist beaucoup en peine de consoler les gens. Vos petits ministres ont écrit aussi quelque chose à leurs corres* pondants, mais je ne puis vous en rien dire, car ils se cachent de moy. Je vous a y envoyé une lettre pour 38, vous me ferez sçavoir comment il Taurareceùe. Continuez, s'il vous plaist, à me rendre de bons offices auprès de madame la Princesse et de mon petit Prince. « A las damas de palatio, a las amgas al senor Baron mil y mil recadoi y por los de mas cuernos. (?)
(1) Ou bien foulu^ il me semble qu'il est meilleur.
(Noie de Vauleur,)
290 LB CABINET HISTOBIQUE. *
A 11 heures du soir.
Sous peu TOUS entendrez dire que Monrond sera pris oa secouru ; le chevalier de Barradas a apporté à la cour nouTcUe de la capitulation. M. de Persan doit sortir tambour battant eteetre conduit luy et tous ceux qui sont dans la place où bon il leur semblera, avec une bonne escorte, et doivent être fonixis des chariots pour conduire à Ghâleau-Roux les meubles de M. le Prince, à la réserve de Tartillerie qui demeurera au Roy, si dans le premier du mois prochain li place n'est secourue. M. le Prince a receu un courrier pour luy apprendre cet advis ; il a fait partir en mesme temps M. de Briol avec sept ou huit cens chevaux, composés de la brigade de Condé et des Allemands. L'important est de passer la rivière de Loire devant que d'estre joint par la cavalerie que Ton a détachée après luy; il a quinze ou seize heures d'avance ; cette affaire est de la dernière importance. Ce soir, le bruit couroit chez madame la comtesse de Fiesque que le Mazarin étoit retourné de nuuveau, que son escorte avoit esté battue ; si cela étoit vray il y auroit de quoy rire. La Cour fait des levées de tous côtés, elle est Qère. Le Prince Thomas, durant Vabsence du Cardinal, fora la fonction de premier ministre; iln*en a pas la qualité, mais il est certain que les secrétaires d'État ont ordre d*aller chez luy pour recevoir les siens. Les Princes iront demain au Parlement, à la Chambre des comptes, à la Courdes aides faire leur déclaration. Il faut se lever de bonne heure, c'est pourquoy bonsoir et bonne nuict.
Ei avL dos : A Monsieur, Monsieur Lenet, à Bordeaux.
iSuppl, fr, 3.008», f» 146.)
LES GBNiiALOGTES DU 8IB0R OUILLARD. 29f
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XIX. •— EXAMEN ET REFUTATION DBS GElfRALOGIBS DU 8IBUR GUILLARD, PAR M. LB MARQUIS **^.
(Suae. Vint' t T, p. 205.)
CoETQUEif. — Il n'y a point eu de substitution, ou comme le ditGuillarJ, ù'émouehemeni delà mdhon de Coêtquen. Les marquis de Coèlquen, du temps de Guillard, descendoient bien et duement des vieux Coêtquen, vivant dans le xu® siècle, aimant déjà leur Bretagne, et plus flers de leur duché qu'ils ne le furent ensuite de devenir François. Ils ont un peu boude la cour et ce fut Tobslacle à une plus grande élévation. Mhjs leur antiquité est incontestable.
Louis, marquis de Coêtquen. comte de Combourg, gouverneur de Saint-Malo. avoit épousé Henriette d'Orléans, fille de Françuis d'Orléans, bâtard et marquis de Rothelin. Ce marquis de Coêtquen étoit le vingt et unième degré de sa famille, à partir de Raoul, son premier auteur connu. 11 fut le père de celui dont parle Guillard comme d*un fifourmand et d'un faux monuoyeur; n'ayant point reçu sa confession, je ne sais rien de ses péchés. Sa femme qui le mesprisoit beaucou^t, toujours au dire du même pamphlétaire, étoit Françoise Giffart de la Harzcliére, fille aînée et principale héritière de François Giffart, manfuis de la Marzelière, et de Françoise d'Harcourt. La naissance de ces GifTart éfoit ni plus ni moins distinguée que celle des Coêtquen; le nom datoit du xi* siècle et pouvoit en tous points marcher de paire avec celui de Coêtquen, mais non pas le premier.
Les deux enfants de ce ménage bien assorti selon la nature, mais fort mal combiné comme caractère, furent Malo, marquis
de Coêtquen , marié à Marguerite de Rohan-Chabot , fille da duc de Rohan, et Henri, comte de Combourg, dont la femme éloit Madeleine Belin ; c'est elle que Guillard, à tort on à ni» sou, traite de tille de marchand : en tout cas elle n'ëtoUui une Kolian ni uneGifîart. Ses enfants furent unfilsdontjMgnore h destinée, et une fille, Françoise-Renée de Coêtqfuen , mariée en 1685 à Henri-Charles de Mornay, marquis de Hontchevreail, colonel tué au siège de Manheim, en 1688. Elle demeura veave sans enfants, et mourut à Paris à soixante et onze ans.
Le tabouret étant beaucoup pour le témoignage de la faveur, mais rien comme signe d'antique noblesse, je ne vois pas pourquoi la marquise de Coêtquen se plaignoit de son nom et do son sort entre les princesses de Soubise et d*Espinay, ses sœurs. En Bretagne, son rang avoit le respect public, et je préfère la considération séculaire de la province au tabouret chancelant et à l'encens éphémère de la cour.
Pour le bon sens de la marquise de Coêtquen, j'aime mieux peuserquele trouble de son intérieur venoit des amours de son mariavecmademoisellede Bouille, dite mademoiselle de Créance» parce que son père étoit comte de Créance : au reste, elle s'en vengeoit en se laissant distinguer par M. de Turenne, et elle se dédommageoit de n'avoir pas le tabouret en ayant un honoète empire sur l'esprit du roi.
Le fils du marquis de Coêtquen et de mademoiselle de Rohan fut lieutenant général des armées. 11 épousa la fille du duc de Noailles. dont Saint-Simon cite la laideur horrible. 11 en eut un iils marié h mademoiselle de Nicolay, et ceux-ci ne lais* sèrent qu'une fille, mariée : l^au duc de Rochechouart, S*" au comte de Bricnne, de la maison de Lorraine.
Ct:tte illustre maison de Coêtquen avoit pour devise : Que mon supplice est doux !
La Suze. — Le nom des comtes de la Suze , et celui des
marquis de Villaines, leurs cadets, est en effet Champagne : ils sont originaires du Maine et de l'Anjou, datent du x' siècle; il ne faut pas les confondre avec les comtes de Champagne : mais si ces seigneurs n'égalent pas ces princes en souvenir de souveraineté, ils ne leur cèdent en rien en honneur d'antiquité.
La comtesse de la Suze, dont parle Guillard, étoit Henriette deColigny, fille de Gaspard, comte de Coligny, duc deChâtillon, pair de France, et d'Anne de Polignac. Elle a voit été mariée en premières noces à Thomas Hamilton, comte de lladington, Écossois. La seconde femme que le comte de la Suze épousa, en 1662, ne fut point du tout une bourgeoise de Calais, mais bel et bien une fille de grande maison, toute cadette que fût sa branche; c' étoit Louise de Clermont, cousine germaine de sa ' première femme, fille de Henri de Clermont, marquis de Gallerande, et de Louise de Polignac. Louise de Polignac, marquise de Gallerande, étoit sœur d*Anne de Polignac, duchesse de Chàtiilon, d'où il suit que Louise de Clermont et Henriette de Coligny^ filles de ces deux dames, successivement épouses du comte de la Suze, étoient bien proches parentes entre elles.
Quant au marquis de Villaines, cadet de la maison de Champagne et cousin germain du comte de la Suze, dont il vient d*être question, il avoit épousé : !• Louise d'Arcona, sœur de la marquise de Tilly-Blarue, et 2® Catherine Fouquet de la Varenne. J*ignore si elle étoit borgnesse, défaut que Guillard aime à trouver en plusieurs des dames qu'il décrit. J*ignore aussi si elle éloit sans biens ; en tous cas , elle n'étoit pas absolument dépourvue de naissance : son père étoit René Fouquet, marquis de la Varenne , gouverneur des ville et château de la Flèche en Anjou*
GoNoi. — Corbinelli a écrit en 2 volumes in-folio la généalogie de cette maison. Elle est de Florence : elle a toujours
marqué par ses hautes dignités et par son influence dans ThiE* toire de cetto république. Bien que le Père Anselme n'en codh mence la filiation que dès le xiv' siècle, elle remonte eu xm% époque à laquelle elle se lit connoltre sous le nom deClondi. Jusque-là et depuis le vu" siècle, elle s'étoit appelée Philippe; c'est môme sous ce nom, si l'on s'en rap[)orte à Cortinelli. qne Charlemagne avoit fait chevalier l'un de ses auteurs.
Elle mcritoit donc bien que Ciatherine de Médicis ornât se cour de Tun de ses membres, d'autant plus que les Médicis et les Gondi étoient alliés comme il suit. Sylvestre Gondi avoit eu pour fils Simon Gondi, dont la fille Madeleine Gondi épousa, en 1455, Jean Salviati, etde là, Jacques Salviati, marié à Lucrèce de Médicis, sœur du pape Léon X, et grande*tante de 1e reine Cathenne de Médicis.
Les grands honneurs et le grand crédit dont les marquis de Gondi furent favorisés, le bâton, la pourpre romaine, etc.i trouvent leur explication dans ces liens : leur mérite pot aider leur élévation, mais il ne fut pas le seul à en suggérer Ui pensée.
Les ducs de Retz, illustrés par tout ce que la puissance royale peut accumuler sur une maison, forment la branche Ciulelte de la maison de Gondi. C*est elle qui fournit le maréchal de France, le cardinal, les généraux de galères, lescheFaUers des ordres, un grand chambellan, etc.
Le maréchal de Rets n'acheta point la terre de Rets, comme le dit Guillard. Glaude-Galherine de Glermont, sa femme, avoit épousé en premières noces Jean^ hnron d*Annebaut, de Retz, etc., fils de Claude, seigneur d*Annt?baut, maréchal de France, etCi et de Françoise de Tournemine, baronne de Retz. «FascheuZi dit de lui Marguerite de Valois, iqdigne de posséder un subject si divin et si parfaïct. » Ce fut à la bataille de Dreux que le bâton d Annebaut fut tué et «qu'elle obtint la grâce et fortune df> cette délivrance.» Claude-Catherine de Glermont, veuve
sans enfants, hérita à titre de douaire de la baronnie de Retz, possédée par son premier mari; elle la porta à Albert de Gondi» pour lequel elle (ut érigée en duclié-pairie l*an 1581 .
l.a calomnie n*a jamais ménagé cet Albert de Gondi, maréchal de France. Papyrius Masso dit qu'il fut le principal favori de Charles IX, quil lui apprit à jurer le nom de Dieu, etc. Ce furt^nl là de graves et de pitoyables accusations inventées par ses ennemis. Quant à avoir fait la banque à Lyon , on ne peut en disculper son père : les Médicis eux-mêmes y avoient pris part, et les traces subsistent encore du concours qu'ils lui avoient prêté.
La branche des ducs de Retz finit en une Ûlle, héritière du duché de Retz, mariée à Jean-François de Ronne de Crequy, duc de Lesdiguiéres ; elle n*en eut pas d*enfants et sa fortune revint à Marguerite de Gondi, sa tante, mariée à Louis de Cessé, duc de Rrissac; elle eut enfin pour héritière leur fille unique, ma** née à François de Neufville, duc de Villeroy, pair de Finance.
La branche aînée de la maison de Gondi, attirée en France par la protecUon dont ses puinés étoient comblés, y furent associés, grâce à sa protection, dans une mesure plus restreinte ; elle ne tarda pas à avoir ses chevaliers des ordres du roi, ses chambellans, ses introducteurs des ambassadeurs et même ses ambassadeurs à Madrid , à Venise et à Rome. Cela figure mal avec la déposition du sieur Guillard : Ces gens-là ont toujours dégénéré. Tels furent les titres et missions diplomatiques de celui que le pamphlétaire traite de maltoUier.
Le dernier de cette branche, Jérôme de Gondi, nomméf comme son père et sou aïeul, baron de Cudun, retourna mourir à Florence. Le titre de maraua que lui donne le folliculaire n*a pas de raison d'être» et celui plus abject encore dont il qualifie sa femme manque également de fondement : elle a'appeloit HippolytedeCumont; elle apparteaoit à cette antique fomille de Curaont, encore existante, dont le Périgord fut le
berccnu, dont la Saintonge, l'Anjou et le Poitou se sont partage les rameaux, et qui, sans prétendre échapper, depuis six cents ans qu'elle est connue et dans tous les membres qn^elle a produits, aux fragilités humaines, les a du moins subies avec honneur et conserve le droit de repousser fièrement tonte injure.
AuMo^îT. — Si je suis le sieur Guillard dans ses bonds irréguliers de famille en famille, il nfest permis de Tabandonner dans ses retours sur lui-môme. L'article 14 n déjà discuté son opinion sur la maison d*Aumont : son article 24 ne fait que nous ramener sur le même sujet, que répéter la pbisanterie de Tar^juift lo Superbe^ ressasser le peu de cas qu'il fait des AmeloL, des FouquH^ etc. Je ne prendrai point fait et cause dans les querelles de ménage* les traitemeuts de marâtre, les soufllt^ homioidos et les (Kiroles otTensantes dont il fait collection ; ce sont de curieux pnx^'s dans lesquels il faudroit la sagesse de Salomon |Hnir pnnumcor, et o*esU soit dit au ligure, un terrible dtnlalo dans lequel U' tll dWriane seroit indispensable pour retivurer la i\>ute du vrai, s^^uveiit abandonnée.
ilO^^Rl^. — l.o singe de U fable, en prenant le nom d'un |H>rt pour un nom dhom.ne u'a pas autrement fait que Guîl- LirxL Mais w«j:o; tous Ls ileu\
l«oudriu est K^ tunu d^lne wlUvi quatre lieues deCondom; PanlAiIian est [c \rai nom do la [ua:son i!ont l • pamphlétaire a ^v»ulu parier. Il s'ovoius? en se ;»:ai^i.»ui de tous ceux qn'eUe a jvrti^s. Il ost ^vnutaut aîs^' o^ s'y rtwunoilrv, car près des lUrvs ^le luarvjuxs kîe M^*:^::s;*ai!. d- ::: jt^u-s de liondrin, de duv's d' Vu: ut» d\^ îi*arv;*,:ts de tVr*.:^. eCv: , .^-ùî seaibUnt donner ca^M'u à iUiûiaiV e; v;;:: a:; d n.:-.*4:v': .:> jsid ou douze brain* chvs vîv' \v> M*^ucu5x il» ou; .or.^' ^i^i: et; «•«W'^fKe et bien
LES GÉNÉALOGIES DU SIËUR GDILLABD. 297
Je ne vois nulle part que MM. de Pardaillan aient commis à l'égard du pays d'Armagnac, qui les réclame et qui s'en honore, Tinjustice de chercher et d*iraaginer en Espagne leur berceau.
Dès le XI® siècle, je trouve' un Pardaillan, seigneur de Gondrin, s'alliant à la maison de Lupé qui n*a rien à lui envier.
Je rencontre ses ûls prenant part, dans tous les siècles, aux assemblées de la noblesse et figurant aux États d*Armagnac de Languedoc.
Je trouve Pons de Pardaillan passant toute sa vie, dans le xv« siècle, à faire la guerre aux Anglais ; Jean, son ûls, reçoit la seigneurie de Busca en récompense des services qu*il a fendus à la guerre ; Arnaut, qui suit, commande cinq mille hommes envoyés par Louis XII au roi de Navarre contre les Espagnols ; Antoine, qui vient après, est prisonnier à la bataille de Pavie> assiste au siège de Naples, concourt à la conquête d*Urbin, commande Tarmée qui, après avoir secouru Toulouse, court délivrer Rabasteins. Ce fut ce grand seigneur qui, en épousant Paille d'Espagne, dame deMontespan, fille d'Arnaud d'Espagne, seigneur de Montespan et de Madeleine d'Acre, introduisit dans sa maison cette terre et ce surnom que, deux cents ans ]dus tard, la marquise de Montespan, née de Kochechouart Mortemart, devoit rendre scandaleusement célèbre.
Je pourrois poursuivre, et trouvant encore dans cette grande maison des prisonniers, des blessés et des morts faits sur les champs de bataille, je prouverois à Guillard quil ne s'entend pas plus en fine lame qu'en vériiable exlraciiony et lorsqu'il dit que jamais race ne fut plus gascone et moins brave quelle^ jamais homme ne fut plus hâbleur et plus ij^norant que lui.
Guillard rend du moins justice aux grandes alliances de la maison; Lupé, Castillon, Lomagne, Narbonne, Rochechouart, Montmorency, Noailles en sont les plus signalées.
L'alliance avec mademoiselle de Noailles est celle qui donna lieu au rapprochement le plus curieux.
8« Année.— Doc. 90
^98 LE CABIiNET HISTORtOUB.
Loiiis^ Antoine (le Parclailinn, premier duc d*Antin, éCoii le fils légitime de la Irop célèbre marcfuise de MootespaD, dont le comte de Toulouse étuii le fiU adultérin, et lorsque Marie-Vietoire-SophiiMle Noailles, veuve du marquis de Gondrin et Mieniie du <hic d*Aiilin, épousoit en deuxièmes noces le comte de Toulouse, elle devenoit femme de Toncle de son premier mari et rendoit légitimes, en clian<j[eant leur degré, des liens que le crime avoit formés.
Le dernier duc d*Antin fut aussi duc d*Épemon : cette grandeur lui vint par la bizarre alliance que Roger de Pardaillan, son bisaïeul, avoit contractée avec Marie-GbristineZamet; elle éloit ni(>ce de Févèque de Langres, fille de Jean Zamet, baron de Murât, maréchal de camp. Mais Sébastien Zamet, son grandpère, amené <le Florence par Catherine de Médicis, avait été riche financier; fils d'un simple cordonnier, il éloit arrivé à la plus haute faveur. On disoit cjue Gabrielle d'Estrées éloit morte par TefTet de ses poisons, et pour éviter au roi Henri IV une femme inacceptable et une reine fatale à la France. Quoi qu'il en soit, le père de la marquise d'Antin avoit épousé Hélène de Nogaret, fille de Louis deNogarct, duc d*Epernon, et c'est ainsi que le mariage avec une Zamet apporta de beaux titres et de grands biens aux Pardaillan.
Gramoiht. — Gramont, précédemment d*Aure, et primîtÎTement de Commingcs, devenu Gramont en 1525 par le mariage de Renaud d'Aure avec Claire de Gramont, la dernière de son illustre race, déjà devenue dWure en 1150 par le mariage de Guy de Comminges avec Bertrande d*Aure dont il dut prendre le nom.
Au reste, Gramont, d*Aure, Comminges sont trois maisons issues d*une même souche, c'est-à-dire des ducs de Gascogne et d*Aquitaine.
L'illustre i)iaison de Gramont, de quelque côté qn*on la
LES GBNBAL06IB8 DU SIBOR GDILLARD, S99
prenne, n'a souffert. d*aucune bâtardise. Sa ligne masculine est pore de toute taclie : la barre ne ternit le blason d'aucune des mères qui lui ont apporté leur nom, leur fortune et leur rang. Rien nVst plus faux que de soutenir une autre opinion.
L'histoire a consacré les amours de Corisande de Gramont et d*Henri IV. Il e<^t impossible de les nier. De là la présomption que le Gis de Corisande étoit fils d'Hvnri IV. Le Roi voulut le rcconnoitre. On regartloit alors c«*lte origine comme un honneur, Le jeune homme, avec un juste orgueil qui étoit celui de son nom bien plus que celui de son temps et de la cour, répondit que mieux valoilétrê le /if s d'un gentilhomme que le bâtard d*un roi. Telle est la seule trace de bâtardise que présente la maison de Gramont ; mais cette bâtardise n'existe même pas.
Louvigny et non pas Louvignies n*a jamais été pour la maison de Gramont un changement de nom. Louvigny étoit uu Uef comme Guiche« Lesparre, Seiméac, Aster, les Angles, etc., d*oiï naissoient autant de titres. Bidache, enfin, étoit une souveraineté dont le chef de la famille étoit toujours prince. Les ducs à brevet de Louvigny, comme ceux de Lesparre , comme les ducs de Guiche eux-mnmes, comme les comtes d*Aster. les marquis de Seiméac et de Tboulongeon, les barons des Angles et d'Hagetmau, n*ont jamaûi hessé d^ètre avant tout comtes de Gramont, et ces titres de fiefs ne peuvent leur être imputés comme changements de nom.
La maison d'Aster originaire de Sanche, vicomte d'Aster en 845, n'est nullement bâtarde des Gomminges ; elle s'est fondue chez les d'Aure en 1225 et lui a porté ses biens. Le vicomte d'Aster passant à la noble famille dont il est ici question, a formé et forme encore, non pas le nom, mais le surnom dislioctif d*une branche cadette qui n'a jamais songé à la substi* tution du nom d'Aster au nom de Gramont.
On a dit que le maréchal de Gramont avoit volontairement fierdu la bataille d*Honnecourt. Ce fait encore mystérieux ne
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sort pas du domaine des conjectures. IL faudroit pour le juger connoilre les circonstances du temps. En tous cas le maréchal commandoit pour le Roi, son souverain, et il eut raison d'obéir si un tel ordre lui étoit donné.
Le comte de Gramont, père du maréchal, fit juger, condamner et exécuter sa femme dans sa principauté de Bidache où il exerçoit les droits régaliens. Il ne s'abaissa point à un crime furtir. La comtesse de Gramont avoit été surprise arec le frère naturel de son mari. Sa condamnation fut précédée d'un procès régulier dont les pièces existent encore.
Les Roquelaure ayant su le danger que couroit la comtesse issue de leur maison, et le procès capital que lui intentoit son mari, avoient conjuré le Roi d'intervenir. Il ût donner ordre au comte de suspendre. Celui-ci instruit de rapproche du messager envoya à sa rencontre. On le prévint, avant qu'il eûl traversé la Bidouze qui séparoit la principauté de Bidache du territoire françois, que s*il avançoit davantage sa présence n'auroit pour résultat que de faire accélérer l'exécution. Le comte de Gramont ût ajouter qu'il étoit maître absolu à Bidache et qu*il ne relevoit de personne. Cet événement se passoit en 1610, après neuf ans d'une union de laquelle sont sortis les ducs de Gramont encore existants. Cet acte rigoureux fut si peu considéré comme un crime ou même comme une injustice, qu'en 1618 le comte de Gramont épousa Claude de Montmorency qui lui donna six enfants, entre autres le célèbre Philibert, comte de Gramont, marié à Elisabeth, fille du comte d'Hamilton.
Cette réponse et cette réfutation suffisent aux accusations du sieur Guillard; pour ce qui est du scandale intime des siècles passés, dans lequel il se plait à pénétrer, la dignité de la maison laisse aux grandes actions et aux grands caractères de ses nombreux membres le soin de le^ démentir.
Matignon. — Deux plumes aussi venimeuses que celle de
LES GÉNÉàLOClES DU SIBUR GUILLARD. 301
Guillard, celle du Mémoire au sujet des Pairs et celle du ZHctionnaire des Ennoblissements, ont écrit : « Un des valets de » chambre du connétable de Bourbon, lorsqu'il sortit de France, » étoit Goujon de Matignon, suivant les Mémoires de Bran- » tome; » la seconde, < suivant les mémoires de Brantôme, • Goyon de Matignon estoit un des valets de chambre du 9 connétable de Bourbon. >
Voilà la calomnie et void la vérité :
Le nom de Goujon, qui est celui de MM. deTuisy, n'a jamais appartenu aux Goyon : on les voit appelés dans des titres primitifs, en date du xi* siècle, Gouion et Goueon. Le nom de Goyon ne semjble pas avoir varié depuis l'an 1209, époque à laquelle vivoit Etienne Goyon seigneur de la Roche-Goyon, marié à Luce, dame de Matignon, de laquelle sont descendus et ont été surnommes MM. de Goyon, qui se sont perpétués depuis elle Jusqu'à nos jours.
Quinze branches demeurées toujours nobles et grandes sont sorties de la souche mère. Deux maréchaux de France, un grand écuyer de France, huit chevaliers du Saint-Esprit ont illustré ce beau nom.
En épousant, en 1596, Éléonor d'Orléans, flUe de Léonor d'Orléans, duc de Longueville et d'Estouteville et de Marie de Bourbon duchesse d'Estoutevilie, comtesse de Saint-Paul, Charles sire de Matignon, comte deThorigny, prince de Mortagne, augmentoit et ne fondoit pas la grandeur de sa maison; sa inére étoit la comtesse de Maure, fille de Diane d'Escar. princesse de Carency^ son aïeule Françoise de Daillon du Lude, etc. Par sa mère il n'étoit point étranger au sang des Bourbons et son mariage renouveloit seulement avec eux l'honneur d*une alliance.
Je sais que les descendants de ce seigneur, en épousant Mesdemoiselles Malon de Bercy, Ûlle d*un maître des requêtes, Bertlielot, fils d'un secrétaire du Roy, le TelUer, dérogeoient
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aui traditions chevaleresques et militaires delà famille; maia alors même ils trouvoicnt pour mères de leurs femmes meademoiselles du Hec, de Moutmort, etc., et ils puufoient sans ahai»sement donner leur nom à des demoiselles qui a'honoroienl de telles mères. Depuis lors des alliances avec les grandes maisons de Montesquieu et de la Rodie-Aymon ont fait rentrer les membres de celte maison dans ses antiques et aristocniUques habitudes. r
L'histoire, en désaccord avec la chronique, au lieu de faire de Jacques, bire de Matignon, un valet de chambre du connétable de Bourbon, Tattribue comme pannetier au service du Roi, en fait avec le seigneur d*Argouges, un dcnonriateur des desseins et de la retraite du connétable. Elle rappelle que le Roi lui donna en récompense la seigneurie de h Rochetesson, lui confia la charge de colonel des suisses en Piémont, et dai* gna, lorsqu'il mourut, en 1557, faire de lui cet éloge: Le trép^ê de feu M. de Matignon e$l chose qui m'a très-forl déplu et fl^)/atsf, e'tant assuré d'avoir perdu un bon et af/èciionné serviteur.
BULLETIN RIBLIOGRAPHIQUB.
Madame SwBTcm:«B [\). Voilà l'un de ces noms qui font rhonneur de la bouche qui les prononce, la joie de roreille qui les entend, la force et la consolation du cœur qui les inviHjue.
La femme éminente qui Ta si saintement illustré vouloit qu'il s'efTaoàt tout entier pour ne laisser place (]u*au seul nom
Vl . Madame Swelohinf, m fie et s^s ivuvr^. publiées par le comte de Falloui de IWeadthuie frauçoise.— Vtede madamf Swelekine, par M. deFal- <Hii, 2 Tol. ÎB-^^ à Paris, dMS Didier e< C« .
de la vtTtu. Dans son humilité sincère el proftinde elle disoit : « Quand ne m*appeUera-t*oii plus que celle qui croiU celle qui » prie, celle qui aime? » «
Mais le ciel en avoit autrement ordonné. L'auréole qu'il a presque posée sur son front faisoit un devoir à ses amis de ressusciter dès maintenant sa mémoire. Ceux qui refuseront de la prendre comme exemple l'accepteront du moins comme digne d'admiration, et. faute de recueillir une efficace leçon dans les pa^es de cette belle vie, ils y rencontreront un inévitable charme.
La plume la plus autorisée rend au nom de madame Swetchine l'hommage que chacun auroit voulu lui porter. M. le comte de Falloux a mis sa religion, son amitié, son talent à dire cy qu'elle fut comme esprit, comme élévation, comme bienveil* lance, à montrer ce qu'elle est enc«>re comme enseignement à ctiux qui veulent l'étudier, comme délicieux appui à ceux qui veulent se reposer sur elle.
L'aura*t-on jamais aussi bien connue? il est permis d'en douter. Pour expliquer ce mystère, j'emprunte un mol seulement à lautenr de sa vie, à l'éditeur de ses œuvres. « Il y a son » humilité de moins entre le monde et elle. » La vérité s'est chargée de déchirer le voile dans lequel sa vertu enveloppoit son rare mérite.
In memorid œternd eritjustus. La sagesse divine Y a dit et l'a ▼oulu. Nonobstant les précautions de la femme éminente dont la religion et la société portent encart; le deuil, U. le comte de Falloux, fidèle interprète de l'oracle divin, n*a écouté que lui. Par une révélation nouvelle il la sauve d*un oubli auquel tout doit succomber : il la place au rang lélevé que lui méritoient son caractère et sa vie.
Je n analyserai point ici là publication si touchante de M. de Falloux. Séparer les unes des autres les ileurs qu'il a réunies ce serait les faner en les divisant. Parler de sa patience infatigable dans leur assortiment serait tromper son espérance. U veut que toutl'éioj^e se concentre sur l'objet de son respect : il prétend que son nom et son souvenir s'eiTaceut devant le souvenir et le nom de celle qui mérite assurément le monument qu'il lui
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élève, cl qui peut-être un jour, si j*en crois ua respect endio à la dévotion, obtiendra plus et mieux que de vaines statues.
Je ne veux point ici résumer la vie^e madame Swetchine. On allère inTaillibiement ce que Ton abrège, il n y a rien à extraire de ces lignes dans lesquelles M. de Falloux raconte son exûtcnœ. Tout scroit à répéter et à retenir dans ces pensées qui peignent successivement sa foi si vive, son cœur si tendre, son intelligence si élevée, sa charité si universelle, c La véritable bonté, écrivoit-elle au confident de son zèle, ue distingne pas » Saniarie souffrante de Jérusalem. »
A quelque occupation qu'elle applique sa pensée et qu'elle consacre ses loisirs, elle trouve et elle répand le même charnse. Qui mieux qu'elle sait utiliser la solitude pour lire, prier, méditer; pour choisir et citer aussi? Choisir, travail moins brillam sans doute que celui de concevoir, mais non moins précieux ei non moins rare, car il résulte du goût et du discernement. Les exemples en sont multipliés à chaque page. Dans le doute elle éclaire son intelligence par les études les plus arides et les plus courageuses, dans l'acte de la charité elle utilise son crédit avec une infatigable ardeur. Dans les salons, à la cour, elle sait plaire au monde par les ressources de son esprit, comme dans son oratoire elle sait plaire au ciel par la ferveur de son âme et par la pureté de son cœur. Elle attire tout à elle pour élever tout à Dieu. En esprit, en amabilité, en toutes choses elle est incomparable et mérite cet éloge que la justice et l'amitié se
réunissent pour lui rendre « Combien est rare ce qui vous
ressemble! •
Madame Swetchine résiste à Tinfortune comme à la prospérité. Li*s faiblesses du découragement ne l'atteignent pas plus que les petitesses de la vanité. Elle suit le général Swetchine dans sa disgrâce plus fidèlement encore qu*elle ne l'accompagnoit dans sa faveur. Ses regrets et ses inquiétudes sont pour les choses du cœur, s<'s désirs et ses empressements sont pour les choses du ciel. Tout ce qui n'émeut ni sa religion ni son amitié passe autour d*c!le sans obtinir une plainte.
Seroit-ce trop écouter mon admiration, trop présumer de ma clairvoyance, d'augurer qu*elle prendra place un jour par sa
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saine doctrine et par ses douces leçons entre ces saintes illustres que rÉglise considère comme ses pères^ d'annoncer que par son langage si françois, ses pensées si fines et si élevées, elle tiendra un rang distingué parmi ces grandes dames que l'école propose pour modèles. Son trône n'est-il pas là où règne la vertu? son siège n*est-il pas aussi partout où se rencontrent Tesprit et la grâce? Nommer entre autres ses traités de la rési' gruUian, de la vieillesse^ c'est indiquer à coup sûr tout ce que le christianisme et la philosophie peuvent inspirer de plus consolant, de plus convaincant, de plus élevé.
Après avoir vu madame Swetchine si noble et si sereine dans sa vie, on la retrouve encore plus grande et plus calme dans sa morr. Ici la parole est tout entière à l'écrivain qui dans le cours de ses récits s'est efforcé de disparottre pour ne montrer que son héroïne. Elle agit, il raconte, et le journal intime de ses dernières souffrances dans ce moment suprême, adressé à un noble ami, ne pouvoit être tracé par une plume plus expérimentée et plus babile. Douce expérience et facile habileté dirigées par l'admiration et inspirées par la vérité.
Ces lignes ne sont point une analyse, point un éloge, point nn portrait. Elles sont une simple annonce. Le livre de M. le comte de Falloux, la Vie de madame Swetchine doivent se trouver entre les mains de quiconque a du penchant pour les choses du cœur, de l'attrait pour les choses de la foi, voire même un simple goût pour les lettres. Là où ces pages n'éveilleront point les sentiments les plus élevés et les plus nobles, elles satisferont du moins celui de la curiosité. Après l'avoir excitée, elles seront sa récompense. Je ne doute pas que le nom de madame Swetchine, appris d'hier seulement par quelques-uns de ses lecteurs, ne devienne pour eux aussi un des charmes de leur mémoire et peut-être un des objets de leur tendre et pieuse dévotion.
Marquis du Prat.
La Vie de saint Thomas le Martyr^ archevêque de Canterbury^ par Gamier de Ponl-Sainle-Maxencej poète du XW siècle, publiée et précédée d'une introduction par C. Hippeau, professeur à la faculté des lettres de Caen. — Paris. Aubnj, \ 859.
Gamier de Pont-Sainte-Maxence n'est pas un auteur inconnu ;
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le premier, Tabbëde la Rue lui a consiaoré, dans le 2* volume de' ses Jongleur» et Trouvères, un article extrêmement faible; plus lard, dans le 23' volume de THistoire littéraire de la France, il a été Tobjet d*une dissertation savante et pleine d'intérêt, due à rexccllenle plume de M. Victor Leclerc. Dôjà en f 838 (2* édition IH4G), M. Imm. Becker avoit publié nue grande partie de son poème; en voici enûn une édition coinplèle. pré« cédée d*une introduction sérieuse. Dans ce travail, M. flippeaa a mis soigneusement à contribution les chroniqueurs latine de la Vie de saint Thomas; il a fait ressortir Texactitude historique du trouvère picard, s*attachant surtout en ce point k compléter la notice de M. Leclerc, plus littéraire assuré.nentquela sienne^ mais qui peut-être, sons le point de vue historique, laissoil quelque chose encore à désirer. M. Hippeau dcmon* tre fort bien ainsi que Thomas Becker n*est aucunement le champion de la nationalité anglo*saxonne, comme l'avoit pense rilluslre historié. i du la Conquête de l'Angleterre par les Normands; il nVn fait pas non plus, comme tant d'autres écrivains de nos jours, un ambitieux ou un fanatique. 11 le représente tel qu*il fut, convamcu de la grandeur des devoirs qu'il avoit à remplir, persuadé que c'eût été faiblesse et crime de faire reculer TEglise d'un pas devant les empiétements successifs de la royauté, et déterminé à mourir s'il le falloitpour ces droits et pour ces devoirs. Et le secna de la popularité acquise pendant si lon^^tcnips à ce martyr d*une cause qui sembloit après tout de« voir rester assez indifférente aux peuples, H. Hippeau Ta- lu» ni»n sans bonheur selon nous, dans quelques vers de Gamier. L*Église ^e composoit essenliellcmiMit, à cette époque, de gens d'assez bas parage; te plus pauvre ûls de bourgeois, le serf même pouvoit arriver aux plus hautes dignités sacerdotales: on avoit vu des planteurs de choux devenir papes. L'Eglise étoit donc le seul asile où Ton pût se soustr.iire au joug incontesté des rois et des seigneurs; sa juridiction, pour le maintien de latpu'llc saint Thomas tomba sous les coups des meurtriers, étoit plus douce de beaucoup que la juridiction. hM>dale : une lois cette barrière enlevée, Ton seroit retombé dans la barbarie sanguinaire et le despotisme sans frein des temps où la voix de
rÉglise ne se faisoit pas entendre; on «^ût revu les scènes abominables des siècles mc^rovingiens. Voilà pourquoi, pensonsnous avec M. Hippeau, les pèlerins se pressoient en foule autour du tombeau de Thomas Becker, et couvroient d'applnndissements les vers que leur chantait Garnier de Pont-Sainle- Maxence, celui qui étoit le mieux informé de tous les détails de sa vie, car il les tenoil de sa sœur l'aLbesse, et il montroil pour preuve de sa véracité les présents dont il avoitélé comblé par elle.
Comme nous l'avons déjà dit, M. Leclerc a apprécié aussi complètement que possible le mérite littéraire de la Vie de saint Thomas. Il ne Ta certainement pas exagéré en donnant à Garnier une place hors ligne parmi ses contemporains. Ceux (|ui sont habitués à lire les poésies de ces siècles, et qui connoissent les défauts habituels dont la plupart sont semées, la prolixité, la monotonie, la versification surchargée de chevilles et tourmentée, l'indécision, Fabsence d'individualité et d'originalité seront frappée de la tournure hardie et mâle des strophes de noire poêle, de la sûreté avec laquelle il manie la langue et le vers, de la solidité compacte de son tissu poétique. Çà et là brillent des vers vraiment admirables, des strophes où une forte pensée est revêtue d'une éloquente et pittoresque expression* Citons quelques exemples. Après avoir parlé de Tabandon où Dieu laisse ceux qui ne veulent pas être siens, il fait cette comparaison :
Quant l'Egle ad ses pucins fez el ni eschapir, Lncunlre le soleil lur fet les œlz ovrir; Gel ki le rai ne poet esguarder el suffrir, Cel fel del ni â val trebuchier et kaîr : Ki Deu ne voul amer, Deus ne rvout pas nurir.
Plus loin, il invective en ces termes les prélats qui. par pusillanimité, ont laissé saint Thomas lutter seul pour les immunités ecclésiastiques :
Ohi vos, las, chaillf, diles-mei, ke kremeiz? Cremez-vus ke vus touge U Rdt vos poestez?
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Par ma fei! De lYera, si tenir les osei.
Vos D'estes pas evesque : le sul nua en portei I
Ço ke à TUS apeut, un sul puint ne goardei.
Les autres derriez mener et nuncier.
Et TUS les fêtes lus chaoeir et trébuchier; Nis le Rei del pais Tétes-Yus desYeier : Vus ne il devez pas tut snn yoiI otrier ; Ainz le devez sovent reprendre et diastier.
Puis, s'adressent aa Roi :
Reis, purpense tei meib : ne te creire al cunseil ; Mut sunl faus li prélat que tu as pris al breil; Plus suDt fuiant del ros quant il est' en tueil ; Quant trichent lur seiguur, poi te serunt feeil : Ne te creire à la nuit, dune tei al soleil.
Reis, se tu es enuinz, curune d'or portaunt, Ne deiz estre en orguil mis ou ben relusaunt ; A tun pople deiz estre et chés et lur chalannt; Ne la portes adés, n'avoec ne fus naisaunt . La gloire de ces! muud n'est lungemeut duraant.
Lais seinte Iglise avei; et ses dreiz et ses leis. Ele est espuse Deu, ki est sire des Reis ; 11 s'en kurucera, si de ren la destreis : Ben lost te suffera un an, u dous, u trois, U trente, u viol, u dis, semaine, u jur, u mois!
Il y a quelque chose de tout moderne dans cette réflexion du trouvère à propos de la grande salle du château de Bourg-lés* Bayeux, où Heuri II proféra les fameuses paroles qui annoncérent le meurtre de l'archevêque :
La chaumbre de Bur a est range destinée!
Meinle dure novele a sovent escultée : •
Heuilz i fu Harald par serement donée ;
L'ost d'Angleterre i fu drl Baslard adée,
E la mort saint Thomas allée et Jurée.
BDLLBTIN BIBLIOGRAPHIQUE. 309
Ce qui frappe encore dans le poème de Garnier, c est le soin de ce que nous appellerions volontiers la couleur locale ; le roi Henri est bien tel qu'on se le représente, emporté, tout au premier mouvement, accessible à toutes les influences ; le trouvère a même conservé son juron favori; « Par les oels Deu! » qu'il lui met à chaque instant dans la bouche. De même il peint bien le mélange d'orgueil et de piété, d'entêtement un peu étroit et de liaute vertu, de faste et d'abnégation dont étoit formé le caractère de Thomas Becker. Les personnages accessoires sont en général reproduits fidèlement et sous leur physionomie distincte ; nous citerons l'évêque de Londres, le pape Alexandre III et le Toi Louis le Jeune, dans la bouche duquel le poète a mis ces belles paroles :
L*arcevesque Thomas, eertes ben le conui! Por ço est France France, par les seinz ù jo fUi, Que cil que mester unti vengent à reftii, MuU seit il ben venuz ù pot ave ir apui ! Et so jo sëusse ù, J'alasse encunlre lui.
Comme son nom l'indique, Garnier étoit Picard; cependant M. Leclerc trouve ses formes plutôt normandes que picardes ; M. Hippeaune voit dans ces normannismes que la trace des copistes. Pour nous, nous croyons a?ec le savant académicien que le poème de Garnier appartient au dialecte normand, et nous le regardons même comme un des types les plus purs et les plus réguliers de ce dialecte. Garnier écrivit son poème pour être lu on chanté près du tombeau du martyr à ceux qui venoient le visiter; il nous apprend qu'il l'avoit souvent récité lui-même aux pèlerins; d'ailleurs ce vers:
Mes langages est boens, car en France fui nez.
prouve bien qu'il s'adressoit à des gens d*outre-mer, chez qui c'étoit un titre dont on se vaiitoit que d'être né au pays de la bonne parleure françoise. Pour parler à des Anglo-Normands, il est tout naturel qu'il ait emprunté leur dialecte qui devoit
S10 LR GABIffRT HISTORIQDB.
lui être d'autant phi« fainilier <(u*il étoit resté plusieurs auées en Normandie et quelque temps à Canterbury même* De pareils faits se rencontrent fréquemment dans 1 histoire littéraire^ et bien des siècles avant Garnier* le dorien Hérodote écrîroii en ionien son immortelle histoire.
La Vie de saint Thomas est écrite en couplets niotiorimes ée cinq vers alexandrins. L*ahbé de la Hue prétend que cette fome est particulière à noire poète, et les critiques qui Tont suivi ne r3viennent pas sur ce point. Elle se trouve cependant dans un poème du xi' siècle publié deux fois en Allemagne, mais peu connu en France, la Vie de saint Alexis, ainsi que dans la légende de saint Etienne. Cette coïncidence semble indiquer ^ ([ue ce rhythme étuil consacré aux légendes de saints; mais cette < hypothèse auroit besoin d'exemples plus nombreux.
M. Ilippcau a rendu un nouveau service à Thistoire et à la j littérature, qui déjà lui dévoient beaucoup, par la publication j de ce monument remarquable. En général Texécution de ce ^ beau volume ne mérite que des éloges, et nous sommes heureux d'apprendre qu'il ouvre la ^série d'une collection de poèmes françois que doit publier le même éditeur. Cependant il s'y est glissé q'.ielques erreurs de lecture, la plupart assez légères, et dont une grande partie a d'ailleurs été signalée dans l'errata. M. ilippeau est trop sincèrement dévoué à la science pour nous savoir mauvais gré de lui signaler quelques négligences qui nous semblent lui être échappées: p. 5 v. GO ; Mè$Deusla ment^ il nous semble qu'il faut lire MèsDeus l'amenl'^ v. 474,oei//i>,l.oet7/et; V. 556, Sun Alurnét l. sun aturné; v. 876, ii Reisvout k'il facetU^ u sans lur ordre^ u nun^ il fautévidi^nment lire usauslur ordre; le couplet qui renferme les vers 970-75 est répété aux ver» 1015-1020, et nous parolt devoir être supprimé la première fois; v. 1159, les vout^ 1. lesvoui; v. 1760, ieinies, 1. termes (erimus); V. 1783, lest rester, il faut pour le vers loi est ester; au vers 1822, ajoutez pour le vers Sire avant a/es, et au v. 2306 boens avant areevesques; v. 1906, dune, I. dunt; v. 2351, respondreiî^l, respoi.drrient; v. S128, s'»/, l. èil; v. 3r»16, ç'o, 1. ço; v. 5736, Sainl'iA'tjier e;* Vweline^ c'est évidemment la même ville que celle dont il s*agit au v. 4155 : Qu'il nut en Iweline, à Sainl-Lé-
BULLBTIN RIBLlOOnAPtilQUB. Z\\
gier^finé; cependant M. Uippeaii lit à ce versr en Vielim, ce qui est inintelligible. Je crois qu*il faut lire aux deux passages Iweliut; la ville dont il s*agK est Saint-Léger en Iveline, aujourd'hui commune du canton de Rambouillet (Seine-et-Oise.) L'Iveline est une petite subdivision du Pincerain, appelée en latin SilvaËqualina.
U seroit aisé de multiplier ces mêmes critiques ; nous n'avons Toulu indiquer que les méprises de lecture les plus évidentes, €t qui accusent une certaine précipitation; on pourroil aussi regretter d'assez nombreuses négligences de ponctuation, qui rendent parfois le fens difilcile à saisir. M. Hippeau n'en a pas moins le mérite d'avoir généralement bien publié ce beau poème, d'y avoir joint une bonne et intéressante introduction et d en avoir facilité la lecture par une division en chiipitres qui permet de se retrouver dans le volume. Nous terminerons cependant ce compte rendu par l'expression d*un regret : les arraÇ ^cyo/xeva, les mots rares, les significations exceptionnelles abondent dans la Vie de saint Thomas; plusieurs expressions mêmes sont fort embarrassantes, si nous ne craignions d'iiugmenter outre mesure les proportions de cet article, nous en donnerions de nombreux exemple» ; et M. Hippeau n*a pas cru devoir joindre de glossaire à son livre. Encore une fois nous le regrettons vivement, car l'auteur du Glossaire général dala langue d oil, ce Mesde que M. Hippeau appelle dans sa préface, auroit trouvé de riches matériaux dans un bon vocabulaire des mots employés par Garnier, mots qui gagnent encore en intérêt, si Ton se souvient qu'il écrivoit en 1174.
Gaston Paris.
NECROLOGIE. — H. GH. LENORMANT.
M. Charles Lenormant, membre de l'Institut, est mort le 22 novembre 1859, à Athènes, à l'âge de 51 ans. Nous n'apprendrons à personne sans doute ce triste événement, raconté et
déploré déjà par tous les organes de la science et de la presse. Nous voulons seulement joindre nos regrets aux regrets unanimes de TEurope savante, aux regrets plus vifs encpre de tous ceux qui Tout connu. C'est un grand vide que laisse dans les rangs de la science ce laborieux et intelligent champion, que nous voyions toujours combattre le premier partout où il y avoit une erreur à repousser, une conquête à faire, une région nouvelle à découvrir. Il est tombé au champ d'honneur, faisant, comme il le disoit, jusqu'au bout son métier d'archéologue; il a succombé à une de ces fièvres terribles qui avoient déjà emporté Byron et 0. MûUer, noms révérés et chéris de la Grèce, auxquels elle associera désormais celui de cet autre martyr, mort comme eux pour l'avoir trop aimée. M. Lenormant eut la douleur de mourir loin des siens ; son fils seul Tavoit accompagné dans son voyage; c'est à lui qu'est échu le saint et pénible devoir de ramener le corps de son père à sa mère et à ses soeurs. Les obsèques, célébrées le mardi 6 décembre, à l'église Saint-Sulpice, réunissoieni une foule immense et profondément émue de cette mort si cruellement prématurée. M. Wallon, président de l'Académie des Inscriptions et Belles -lettres, MM. Vincent, de Rosny, et, au nom de la Grèce, M. Dragonmis, ont prononcé des discours sur sa tombe, en présence de la foule de tout ce que Paris comptoit de plus distingué dans les arts et dans les lettres.