‹ Le Cabinet historiqueChapitre 52 sur 235 · Le 27 de nopetkîfrê · texte numérisé non relu

Le 27 de nopetkîfrê

Je vous dis et vous répète, mon cher bon et lrès*fièvreux ami, pour réponse à la vostre du 17 de ce mois, que lorsque je vous ay parle de la charge d'intendant des finances, ce n*a pas esté à dessein de vous fascher et de vous déplaire, et qoe je ne pense pas mesme que M. le Prince ait eu cette pensée; qne je croy tout ce que voulés, et que vous n*avez plus qu*à persuader là mesme chose au public et à ceux qui ont eu quelque connoissance particulière de ce qui s*est passé dans les négociations qui ont si heureusement réussi et si secrettement que Ton n'en a 8ceu que ce que Ton a voulu. Pour moy qui vous aime et qui vous estime, et qui vous souhaitte tout ce que vous pouvez désirer, je suis bien fasché de ce que Ton vous a fermé la porte è la charge de controlleur-général, par un contrat de mariage que M. le Camus a faict de sa fille avec M. de Ménevillette, et je voudrois pour vostre satisfaction que Ton vous permit de traiter avec M. de Vieville, car enfin vous vous en acquitteriez très-bien , je ne pense p^s qu'il y ait plus de peine qu à faire ce que vous faites présentement. A ce que je veoy, TArmagnac sera trattlé à son tour comme TAlbret. ei vous aurez vos coudées franches. Quoy ! il se mesle un peu de religion dans Tarmée ? cela ne vaut pas la peine d*en parler II n'est rien si facile que d'apaiser tout cela. Aujourd'liuy à la mercuriale, on a parlé du rétablissement àes conseillers proscrits ; M. le Prince, président, se servant de ses termes ordinaires a dit que les moments public» de celte affaire n*étoient point encore arrivés ; qu'il en avoit parié, mais

hier une letlre de 06 fort obligeante ; il veut que je lui écrive souvent. M. le Prince est très-mccontent de Dubuisson qui etoit dans Cbâteau-Porcien, il dit que s*il eût capitulé un jour plus tard, il eut engagé au combat les trouppes mazarines. On dit qu'elles ont repris Vervins que S. A. avoît pris; il y avoit fait prendre beaucoup de commodités pour ses trouppes, et y avoit laissé si petite garnison qu'il n'i a pas apparence qu'il songeât trop à le conserver. Les rentiers font un bniit de diable, le Parlement crie de son costé : aujourd*huy le Roy a dit aux députés des uns et de Tautre qui nvoient été mandés au Louvre, qu'il leur defendoit de s'assembler sur peine de la vie. Jugez si cela aigrira les esprits. Le ministère est violent; on fait le procès à dame Anne ; on luy a demandé dans son interrogatoire si elle n'avoit pas suivi M. le Prince et parlé mal du Roy et de la Reine ; ell3 a repondu qu'elle voudroit bien encore estre avec M. le Prince, qu'elle seroit en liberté, que jamais elle n'avoit parlé mal ni du Roy ni de la Reine ; au contraire, qu'elle avoit toujours crié : Vive le Roy çt Sucre du Mazarin. On luy a de nouveau redemandé si elle n*avoit dit que cela? Ouy, a-t-elle xlit : J'ay crié : Foutre du Mazarin, écrives greflier, car je le diray jusqu'à la mort. Quand on la sert en prison (ce service est réduit au pain et à l'eau), elle fait faire l'essay, de peur, dit-elle, qu'on ne l'empoisonne. Mandés-moy des nouvelles des papiers de mon amye, je vous en prie et croyez que je suis tout à vous.

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