LETTRE DE M. DE N OINTE L, INTENDANT A SOISSONS
Relatives à Pitîrro h» Urnml.
J'ai esté, Monsieur, tous ces jours cy,aussy incertain que tous du départ et des lieux de séjour du czar, et quoique j'en ave eu des nouvelles par deux différends courriers, je ne suis pourtant pas encore aussy bien instruit que je voudrais l'est re, et qu'il seroil à propos que je le fusse. Le premier courrier que je fis partir mercredy et qui revins! jeu d y au soir m'apprist que le jour de son départ estoit fixé à dimanche, et qu'il iroit coucher ce jour-là à Livry pour en partir le lendemain et reprendre la route de Soissons et de Rheims. Mon second courrier qui partist hier et qui est revenu ce matin n'ayant esté qu'à Nanlùeil où il a trouvé les fourriers du czar, à ce qu'il m'a dit, mais je ne doute pas que ce ne soit ceux du Roy, m'a rapporté qu'il coucheroit dimanche à Livry et le landemain à Vil tiers Colterets ou à Soissons; dans cette incertitude j'ay donné ordre que dans tous les lieux où il changeront de chevaux, on tinsl force viandes, beaucoup de vin et de bierre, et toute sorte d'autres provisions prestes, en cas qu'il luy prist fantaisie d'y rester; au surplus, puisque j'ay fait les frais de luy faire préparer un appartement et un souper dans lequel il y aura bien de la grosse viande, des jambons, des langues et du pain bis, car il est bon de vous faire remarquer que cela est fort de son goust, je tacheray de l'amener à Soissons. J'auray soin en mesme tems de vous mander ce que j'auray pu apprendre de sa marche, aGn que vous ne soyiez point surpris. Je puis vous dire par avance que de la façon dont il marche, il sera bien prest de Rheims mardy au soir, supposé qu'il soit icy et qu'il ne s'avise pas d'y séjourner. Quant au cérémonial, M. le mareschal d'Uxelles, en me mandant qu'il p irtoil dimanche, et qu'il ne pouvoit me dire ny où il coucheroit, ny où il disueroit, m'a marqué que l'intention de la cour estoit qu'on luy fist tous les honneurs que l'on a coutume de rendre aux testes couronnées, c'est à dire que toutes les compagnies le complimentassent en corps, que Ton lirasl te canon dans les lieux où il y en aurait, et que l'on misl la bourgeoisie sous les armes : j'ay déjà mesme averty toutes les compagnies de cette ville, elles se présenteront en cas qu'il veuille bien les recevoir,
ce qu'il pourra bien ne pas vouloir, Sa Majesté estant très fantasque. Soyez scur, au reste, que je vous avcrliray exactement de ce qui se passera, et que personne n'est avec plus de respect que moy, Monsieur, voslre très humble et très obéissant serviteur,