AVIS
En commençant sa seconde année d'existence, le Cabinet hUtorique, devenu revue mensuelle, auroil voulu réaliser immédiatement la réforme qui lui a été suggérée par ses correspondants et notamment par la lettre de M. P. de Wint du l,r mars 1855 (page 131). Mais des engagements pris avec le déparlement de l'Yonne, et une composition typographique toute faite à l'avance et dont il faut vider les casses de l'imprimeur, nous obligent d'ajourner cette réforme au mois de mars prochain. C'est dire que le numéro de février comme celui de janvier continuera à donner la bibliographie de la Bourgogne. Cette dette payée, nous entrerons immédiatement dans la voie qui nous a été indiquée, et que sollicitent encore de nous quelquesuns de nos correspondants du Midi et d'autres parties de la France.
À M. LE DIRECTEUR DU CABINET HISTORIQUE
Valonoft tl'Agcn, le il janvier l&'M.
Monsieur,
Le Cabinet historique vient de me parvenir après un retard un lieu long. A ce sujet permettez-moi de joindre mes observations à celles qui tous ont déjà été faites et veuillez les considérer comme dictées autant dans l'intérêt de votre entreprise que dans celui de vos abonnés.
Le système que tous avez adopté est, je dois le reconnoitre, cxcellcnt en principe et il me semble, en effet, qu'un ouvrage spécial de-
Puis.— Typ. Witterehetm. — * année. 1
vroit être évidemment conçu sur ce plan ; c'est le système du père Lelong, à peu de chose près. Mais il faut considérer que votre recueil est périodique et que chacun, en le recevant, cherche et espère y trouver quelque renseignement inattendu et qui lui puisse servir. C'est là même ce qui distingue un journal d'un ouvrage spécial. Or, jusqu'à présent nous n'avons rencontré dans le Cabinet historique aucun document de nature à stimuler notre curiosité, attendu que la Champagne et la Bourgogne, dont vous avez beaucoup parle, sont très-loin de nous et ne nous intéressent que médiocrement. Si, au contraire, c nnmc le demandent certains de vos correspondants, vous analysiez d'abord les documents les plus curieux de plusieurs provinces à la fois, ou si vous dépouilliez distinctement les divers fonds des manuscrits de la Bibliothèque impériale, ainsi que ceux des archives les plus intéressantes des villes de la province, >ans distinction de zone, chacun de vos numéros provoqueroil alors la curiosité de tous vos abonnés, de quelque pays qu'ils fussent. Je ne sais si ce plan est facilement exécutable, mais il me semble qu'on pourroit le réaliser en reliant au mo\en d'une table, à la fin de cha.jue volume, tous les documents se rattachant aux divers lieux dont il auroit été question dans le courant de ce volume. Quelle que soit la valeur de mes observations, je vous les livre en toute confiance et vous prie de me croire, Monsieur, votre... etc.
MOULEXQ.
AU MÊME
Perpignan, le 5 janvier liCiC.
Mon cher Monsieur,
Depuis longtemps déjà je voulois vous exprimer toute la satisfaction que me cause votre publication du Cabinet historique, si importante pour les travailleurs de province et pour la science en général. 1/uu des premiers, j'ai eu à parler, dans une réunion publique, aux assîtes scientifiques de la Champagne, de votre excellent recueil. On vous a dit avec quel plaisir j'ai exposé sou but, son plan et sa haute utilité. C'est une lionne actiou que vous accomplissez et dont les gens de lettres vous seront un jour fort reconnaissants.
En attendant que vous puissiez vous occuper de la bibliographie
intéressant le midi de la France, ce qui ne sera jamais assez lot au gré des abonnés que vous pouvez y avoir, je vais vous dire quelques mots du département des Pyrénées Orientales où le hasard m'a conduit,™ que je ne regrette pas, car c'est un beau cl curieux pays à étudier. Ses archives sont riches. Le dépôt de la préfecture renferme plus de cent registres et parchemins in -4° des xine, xive et xvc siècles, contenant les actes des souverains d'Aragon qui, comme vous savez, étoîcnt comtes de Roussillon : c'est une mine précieuse remplie des documents les plus variés, partie en latin, partie en catalan. J'en extrais deux pièces d'un sérieux intérêt et que je réserve à votre recueil. Le fonds des Commandcrics du Temple est excessivement riche: on y trouve un grand nombre de titres précieux cl un maguifique carlulairc. Je prépare un assez long travail à ce sujet. Je vous signalerai aussi les fonds des paroisses de Perpignan et des ordres mendiants. Ceux des abbayes sont malheureusement réduits à rien, à l'exception du monastère bénédictin de Saiul-Marlin de Canigou qui renferme encore trois ou quatre chartes du xic siècle et une quarantaine des xne et xin*. Il y avoit à Arles, à Saint-Michel de Cuixa, au Canigou, de superbes cartulaircs dont la Révolution nous a laissé seulement le souvenir. — Les archives du Palais de Justice contiennent les fonds des notaires qui remontent très-haut et dans lesquels on retrouve les renseignements les plus curieux, notamment Ijour le commerce perpignanois aux xine et xivc siècles, avec les États barbaresques cl les Échelles du Levant. — A la mairie il y a encore de bonnes sources, notamment les Livres verts majeur et mineur, manuscrits in-f° du xiuc siècle, contenant les constitutions de la cité. Dans la petite ville d'IUe, il y a aussi des archives inédites dont'on parle beaucoup. A Prades on conserve une charte du ix* siècle, relative à la ville : je vous demanderai la permission de la publier dans vos colonnes : elle est également inédite. Villcfranche-del-Conflent possède un cartulaire, très-beau manuscrit du xne siècle, que je me propose de publier.
Vous voyez, mon cher Monsieur, (pic le Roussillon est riche en documents historiques et peut nous donner de l'ouvrage. Je n'en abandonne pas pour cela la Champagne, mon pays de prédilection, et j'espère vous en fournir prochainement la preuve (1).
Agréez, etc. Edouard de Barthélémy.
(I) M. Ed. Barthélémy, auteur, comme Ton sait, d'une Histoire de la vBIm d* Ckâloiu-tur- Marne qui obtient un juste succès, prépare en ce monenl-cl la publication d'un très-important travail sur l'ancien diocèse ût Ghftloni. Nous en dirons prochainement quelques mots.