I. — FRANÇOIS PONCET D AUXERRE
Voici une pièce étrange, qui date de la première année du règne de Louis XIV. On ne croiroit pas en la lisant que l'administration de Richelieu , si féconde en répressions, eût dès lors accompli sa mission, et qu'après ce grand faucheur de tyrannies féodales, la France eût encore à subir les crimes d'un homme comme François Poncet. Il est vrai que le pays entrait dans une phase toute nouvelle, et qui alloit voir renaître bien des excès de tout genre. La Fronde éloil aux portes. — Du reste nous n'avons rien trouvé dans l'histoire locale qui pût nous renseigner sur ce personnage digne, si nous en croyons celte pièce, de servir de pendant aux plus abominables coquins des temps les moins civilisés.
MEMOIRE contre Françoys Poncel dict Snrgy, fils de Poncet, vivant advocat au bailliage dï Auxerre.
En Tannée 1613 il a tué Claude Bernard, habitant de Monestau, proche Auxerre. En Tannée 1642 il a assassiné le baron de Chassigny seigneur de Bennes, proche Auxerre, lequel fut prié par les sieurs de Curly et La Resle d'aller avec eulx pour destourner une compagnie de gens de guerre qui alloient à Blegny, et après avoir beu et mangé avec eulx, il monta à cheval sans bottes avec un petit couteau à son costé, et en chemin vers l'Arbre- Sec, se trouvèrent ledit Poncet, Lamotte Gurgy et La Villette qui feignirent un duel de trois contre trois, et assassinèrent
ledict de Chassigny. En Tannée 1630, il a tué Estienne Thériat, habitant d'Auxerre.
Tous ces meurtres sont recogneus et bien prouvez, par bonnes informations, et luy mesme en convient en son interrogatoire ; seullement il dit à Tesgard de ilcrnard qu'il estoit son soldat, qui néantmoins n'alla jamais à la guerre. — A Tesgard de Chassigny, dict qu'il se trouva fortuitement au lieu de l' Arbre-Sec, où il veit La Villette, Curly, Gurgy et La Reslc, et un autre incogneu qui avoit Tespéc à la main contre La Villette, qu'il voulut les aller séparer, que ledict la Rcsle luy feit mettre Tespée à la main, que ledict sieur de Gurgy les empeseba de se battre, et qu'estant remonté à cheval, il veit ledit incogneu par terre. — A l'esganl de Thériat, il recognoist l'avoir tué et en avoir eu grâce du Roy.
Outre les meurtres cy-dessus, il en a commis plusieurs autres: à Paris, en Tannée 1629, il tua un escollier, et depuis un nommé Prou.
Sa maison est à Monestau, sur le bord de la rivière, où il voile les voituriers et faict des exactions sur eulx. Il violle femmes et filles. C'est un blasphémateur exécrable qui renie Dieu sans cesse.
Le lendemain de Pasques il entra dans l'église de Monestau pendant les vespres, Tespée nue en main, blasphémant et reniant Dieu, et cherchoit le sieur Dusouchet pour le tuer, et Teust tué n'eust esté que le vicaire du lieu se jctla sur luy pour l'en empescher. 11 a battu à grands coups de baston, le jour de la Pentecoste, un pauvre pescheur qui luy avoit refusé du poisson, ledit pescheur sortant de grand messe et de la communion.
Il voile les pescheurs qui passent devant sa porte sur la rivière, il a deux vallets avec luy qui le suivent continuellement avec fusils et pistollets. Il fait venir lesdicts pescheurs à bord, et s'ils refusent, il les met en joue avec son fusil, et en blasphé-
manl et reniant Dieu, leur prend tout leur poisson et ainsy les renvoyé. Il va la nuit aux maisons des pcsclieurs et les faict venir pescher au feu avec luy, et n'oscroicnl refuser. Il joue avec les habilans de Monestau à la boullc, et noseroient gagner, pour ce qu'il les exceddc, et quand ils ont perdu, il les consomme en despence. 11 faict passer des obligations aux habitants de Monestau, en particulier, sous prétexte qu'il destourne des gens de guerre. Il leur fait faire de grandes corvées. 11 faict lascher ses bestiaux comme cavalles et sans guide ni garde, tout au travers des bleds, et les habilans de Monestau ne s'en osent plaindre. Il a mis deux fois le l'eu dans sept cenls arpens de bois qui appartiennent au chapitre d'Auxerrc seigneur dudit Monestau, il veult rendre lesdils bois une commune cl des usages.
En Tannée présente, le i janvier, il a voilé le coche d'Auxerre, qui estoit audit Monestau. Il est entré en la maison du recepveur de Villeneuve-St-Salles avec une compagnie de gens de guerre, laquelle il avoit esté rechercher à dessein, où il a rompu el brisé les meubles, est entré dans le colombier du seigneur où il a faict allumer grand nombre de feux de paille, a pris deux cents pigeons et faisoit tirer ceulx qui sorlnient pnr les soldats. Il cmpesehc les sergents de lever les tailles, il dict qu'il n'a que faire du Uoy ny de la Royne. Il a ballu el excédé Claude Couillaut, sergent royal, jusques à le faire lier h's mains derrière lo dos, promener par le village la corde au col, l'a lié aux pieds d'un licl et luy a baillé cent coups d'esperon. 11 a fait avaller à un sergent son ordure par force, disant qH'autrcmeut il le tueroi t. Il y a peu d' ha bilans de Monestau qui n'ayenl été battus et exceddez par luy, qui en sont estroppiez el grandement incommodez. Il voile le sel, le vin qui descendent à Paris.
Par arrest du conseil du xie d'aousl dernier, il a esté renvoyé pardevant le prevost des mareschaux de Sens, pour luy eslrc faict son procès ; il estoit demandeur en règlement de
juges cl 'demandoit d'cslre renvoyé pardevant le lieutenant criminel, par ce moyen il a esté amené des prisons d'Auxerrc où le prevost des mareschaux dudit Auxcrre luy faisoit son procès, en celles de Sens, où le procès est entièrement instruit, prest à estre jugé entre les mains d'un rapporteur, et seroit à présent jugé nVusl été que ledict Poncct a obtenu lettres de cachet données à Fontainebleau le 22 d'octobre, par lesquelles soubz Fauh donné à entendre, il est enjoincl au prevost des inaresrliaux de Sens d'apporter on envoyer au Roy le procès, et jusques n ce qu'il soit sursis au jugement.
[F. S. Gain, fr, 70910.;