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AU COMITE DE SALUT PUBLIC

Citoyens,

J'étois de l'Assemblée constituante, j'étois membre du Comité de Constitution ; on m'a dit qu'il y a voit un ordre de m'arrèter ;

(1) De la part de Lechapellier qui, sauf deux on trois faits qui l'oat signalé, serait passé inaperçu dans l'histoire de ce temps, cette lettre, série de palinodie au moment du danger, n'auroit rien d'extraordinaire: mm

toutte cette défaveur ne m'empêche pas de me présenter au Comité de salut public comme un homme qui peut lui être utile, et qui, antique et constant ami de la liberté, est devenu partisan de la république du moment qu'elle a été proclamée. Ni mon arrestation ni ma mort, en cas qu'elle fût résolue, ne seront d'aucun profit à l'État ; au contraire, la cause populaire souffre un peu quand on voit un de ses premiers soutiens désigné comme victime, et il vous paroi Lra peut-être d'un tout autre intérêt d'employer les moyens que lu nature et les circonstances m'ont donnés.— Vous avés fait avec une grande habilité une guerre superbe, digne d'un peuple qui conquert et défend à la fois sa liberté. Vous avez eu partout de glorieux succès; mais vous n'êtes ni aux termes de vos travaux ni à la fin de vos dangers. Vous avés besoin de faire encore pendant celte année (a guerre la plus aclive ; ce ne sont peut-être pas de mauvais citoyens, mais ce sont des igliorans qui parlent actuellement de paix. Vous avez les moyens de faire cette guerre pendant Tannée; mais si vos triomphes ne vous donnent pas le droit de dicter à la fin de la campagne des conditions à l'Europe , vous pouvés vous trouver dans la situation la plus allarinante. — Il bat donc que tous les moyens quelconques soient employés, et vous êtes trop habiles pour en négliger aucuns. — H me semble que celle année la guerre change de place. Vous n'avez plus rien à craindre ni de l'Autriche, ni de la Prusse, ni de l'Espagne; il y aura sur touttes ces frontières des coups de canon tirés et des hommes tués, mais ce ne seront que des coups de canon et de la dévastation , il n'en résultera rien de décisif. La pierre est toutte entière entre l'Anglois.— C'est là qu'il fautfraper,— Si quelque expédition grande et heureuse bruloit un de

d'autres lettres, de gens à caractère plus prononcé, qui témoipardUement, A certaines heures, d'un grand abattement moral : Ms-ims des héros du Jacobinisme, à leur moment, ont eu, semblaient faiblesses et leurs défaillances. Nous eu donnerons la preuve.

leurs ports, ravageoit une portion de leur territoire, atteroit leur marine, il serait facile alors de séparer le peuple anglob de son gouvernement, et de parvenir à dicter un traité qui sertit le terme des dangers de la république Françoise. — Je île sçftis si je me trompe, mais je crois que pour assurer cette grande entreprise, il scroit important de connottre quelles son t les craintes, les espérances, les projets de nos ennemis. — Je me propose pour aller en Angleterre. J'y paraîtrais comme réfugié, et j'emploierais tout le zèle d'un sincère ami de son pays pour conottre ce que vous aurés intérêt de scavoir et vous en instruire. — II y a plusieurs jours que l'idée de in'offrir à vous sous ce raportest combattue par la crainte que vous ne regardiés cette offre comme un moyen de fuir et que cela ne vous paraisse une faiblesse qui me diminue dans votre esprit; mais j'ai songé que la mission dont je demandois à me charger n'étoit pas assez dépourvue de périls pour que celui qui s'en charge puisse passef pour Un lâche; et si je crains une captivité qui m'entasserait .avec des hommes qui sont mes ennemis, j'ai trop peu de peur de la mort pour que je croie qu'il y ait quelqu'un qui imagine que je foie un peu pour la fuir. —Vous pourries ra'objecter que c'est mé présenter bien tard pour servir la république, et que vous ne pouvez pas me regarder comme un de ses amis. Je reponds que ce n'est que dans une mission sccretle que je puis estre util, et que nulle part je ne l'aurai été avant l'époque à laquelle nous somes. Quant à ma profession de foi, la voici. Je n'ai pas désira la république, parce que je pré vo y ois que de grands orages seraient attachés à sa fondation. Depuis qu'elle est établie, je suis son partisan et son défenseur, parce que les plus grawt malheurs, la perle de la liberté, seraient la suitte de sa destraction. Voilà ma pensée toute entière et tous les amis de la liberté qui ont voté pour la monarchie dans un temps où, au surplus, comme vous le sçavez, on ne pou voit parler que de monarchie, doivent reconoltre à ce langage quelque sincérité.— Maintenant

vous me demandés quels moyens j'ai de vous être util en Angleterre.—S'il s'agit de moyens préparés déjà, aucuns. Je ne conoîs presque pas d'Anglois, parmi les François qui sont à Londres il n'y en a pas deux que j'aie pu regarder comme mes ami» ; les ministres, je ne conois pas leur figure ! —Mais voici sur quoi je me fonde. J'ai eu quelque célébrité ; arrivant dans ce moment en Angleterre comme réfugié, il ne doit pas m'ètre dilBcil d'avoir les conférences que je voudrai demander, et c'est à vous de juger si je suis capable d'en profiter pour sçavoir ce que veulent, ce que désirent ou ce que craignent nos ennemis. —Je crois bien que vous ares déjà dans ce pays des homes qui vous instruisent; mais ou ce sont des aristocrates, et je ne sçais pas le degré de confiance qu'on peut leur accorder : ou ce sont des Anglois, et ils méritent encore moins qu'on se fie à eux : ou ce sont des républicains conus, et ce n'est pas avec eux qu'on cause : ou ce sont des patriotes ignorés, et il leur est difficile d'avoir les relations dont ils ont besoin. Je dirai même qu'il faut compter pour quelque chose l'espèce de nouveauté : je serai le seul constituant qui à cette époque aborde en Angleterre ; nécessairement, il en résulte plus de facilité pour former des liaisons. — Au surplus, s'il est possible que je ne vous sois pas fort util, puisque je n'ai pour cela rien de préparé par de là, mon nom et les circonstances, il est plus que probable que j'en tirerai un grand parti et que je vous rendrai d'importans services. Et si la défiance pouvoit entourer un homme qui ne fui jamais inlidel h ses amis, et qui, républicain par raison comme on est brave de sens froid, craint autant que vous la perte de la liberté, je vous observerais que vous ne pouvés jamais être trahis par lui, car vous ne lui confierés ni vos projets ni vos ordres ; vous recettes de luj des renseignemens. Voilà toute sa mission. — Après ode, vous donnerai-je pour garant ma haine profonde pour les Angjbis; je partage ce sentiment avec tous les Bretons : je ne sçais si cela tient aux ravages qu'ils ont comis sur nos terres et

iGO LE CABINET HISTORIQUE.

à l'habitude de les connaître ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que j'ai vu tous mes compatriotes pénétrés d'une profonde antipathie pour les Anglois, et cette haine est née avec moi. Je ne demande pour me charger de Y honorable comission de contribuer à ruiner une méchante nation et à détruire un infime gouvernement qu'un litre quelconque qui m'assure que je ne serai pas traité en émigré, et les moyens de subsister dans la plus grande médiocrité pendant mon séjour en Angleterre. Les accessoires de ma proposition, mes idées sur et contre les Anglois ne peuvent pas être développées ici; ce que je pense que l'on doit faire pour opérer la perte du gouvernement de ce pays seroit trop long à détailler ; mais si vous recevés mon offre. vous chargerés vraisemblablement deux ou trois membres de conférer pendant une heure avec moi : ils me donneront vos instructions, je leur présenterai mes idées. — Si vous voulés que je me rende sur-le-champ à Paris, il est nécessaire que vous me doniés un ordre, un titre quelconque qui puisse me faire voyager tranquillement, et être à Paris le temps suffisant pour parler à ceux d'entre vous qui seront désignés, et je ne me montrerai nulle part, le secret le plus profond étant le seul moyen de rendre cette mission exécutable.

Je termine en vous exprimant le désir que vous Onissiés promptement et glorieusement la grande entreprise que vous avés formée. Donés la liberté au monde, et, s'il est possible, une prompte paix à la France.

Lechapellier.

26 pluTiote, an 11 de la République une et indivisible. .

REVUE MENSUELLE

CX)RRESP0N1)A\CE.

MANISCRITS PLAKBLL1 LA VALETTE.

La question soulevée par M. Auguste Bernard au sujet des manuscrits IManelli Lavalette n'est point épuisée; le débat se continue entre MM. Bernard et Pli. Salmon, de Sens. Tout ee qui tend à constater la présence ou la disparution des manuscrits d'une bibliothèque a trop d'intérêt pour que nous nous refusions à publier des documents qui peuvent jeter quelque jour sur leurs transmigrations successives.

A M. LE DIRECTEl'R M' CABINET HISTORIQUE.

Paris, le 15 juillet triai.

Monsieur,

J'apprends avec plaisir par la lettre de M. Salmon que vous publiez dans le dernier numéro du Cabinet historique, que les livres «de l'ancien chapitre de Sens sont encore pour la plupart dans celte Tille; mais celte lettre ne me convainc pas que les livres en question ne sont jamais venus h Auxerre. Pour ne laisser aucun doute à cet

Srd, M. Salmon aurai t dû faire l'histoire de la bibliothèque du pilre de Sens depuis le jour de sa confiscation sur ce chapitre jusqu'à notre époque, et surtout ne pas nous laisser incertains sur le sort de deux des manuscrits sur dix que menlionnoit ma noie. Si les livres de Sens ne sont jamais sortis de cette ville, cou ment se dit-il que le Missale $enonen*e, qui figure aujourd'hui sous le ir 71 éa catalogué de la bibliothèque de la faculté de médecine de Mont- 'pellfer, se trouve sur la liste des livres enlevés d* Auxerre par If* Prunelle et remis par lui comme décharge au préfet de l'Yonne le 28 thermidor an su? Au reste, j'avoue ne m'êlre pas du tout oc- . cape dé eea livres, qui étoient sans intérêt pour mot. Si la ville de

tarit.— Tjp. WUtershoîm. — 9* année. 1 1

Sens n'a rien perdu, tant mieux pour elle, n'en parions plus. Mais il il re>te à savoir ce que sont devenu* le* manuscrits de ta bibliothèque tavalelle. C'est là le point essentiel de ina réclamation. M. Saison, qui est du pays, devroil bien tâcher d'éelaîrcir celle affaire.

Puisque l'occasion s'en présente, permettez-moi de rectifier une légère erreur qui vous a échappé dans votre article du mois de mai. M. Prunelle n'eloit pas de Montpellier, cnmme vous le dites, p. 110; il éloit de Lyon, et dut bien regretter plus tard, lorspi'il fut devenu maire de celle ville, le résultat de sa mission de l'an xn ; mais alors il étoil attaché à la faculté de Montpellier, et voilà pourquoi il la

f ratifia de tant d'ouvrage* historiques qui eussent été mieux placés Lyon.

Agréez, etc., Àuc. Bernard.

AU MEME

Sens, ZS juillet 1856.

Monsieur le Directeur,

Je vous remercie de me communiquer la dernière lettre de M. Bernard que vous vous proposez d'imprimer dans votre numéro sons, presse.

Puisque M Bernard persiste dans ses doutes sur le point de savoir si les manuscrits possédés aujourd'hui par la ville de Sens et provenant du chapitre ne seroient point allés à Auxerre au moment de la Révolution, pour revenir ensuite au point de départ, je ne vois d'autre moyen de les dissiper que de vous donner copie de la liste même des manuscrits que le P. La ire a emportés de Sens en sa qualité de bibliothécaire de l'école centrale de l'Yonne. Il sera facile ensuite à M. Bernard de voir que la plupart de ces manuscrits, dont aucun n'est revenu à Sens, sont actuellement à Montpellier, k Monthrison ou à Lyon; quelques-uns sont réalésa Auxerre. Pour plus de détails, je renvoie vos lecteurs à la brochure de M. Bernard sur la bibliothèque de Planclli Uvaletle, à la notice de M. Quantin sur le P. Laire cl la bibliothèque d'Auxerre (Bulletin delaSociïlv des sriences. Higt. de lionne, 1850, p 165) et à ma dernière lettre. Les manuscrit» du chapitre qui ne sont point sur titiste de ceux emportés à Auxerre par le P. Uire sont restés à Sens; toutefois les numéros 7 et 9 de ma dernière lettre ne s'y rencontrent pas actuellement, et je ne connois pas la bibliothèque qui les possède.

Le Missale senonense ijui figure sous le n« 71 du catalogue delà bibliothèque de la faculté de Montpellier provient de Sens; on le trouve parmi les manuscrits emportés de Sens à Anxerre par le P. Lairc et parmi ceux que M. Prunelle a enlevés d'Auxerre le 26 thermidor an xn.

Vous avez, Monsieur le Directeur, commencé dans votre dernkr numéro la publication du catalogue complet des manuscrits du cfafr-

{>itre de Sens versés dans la bibliothèque du district: lorsque TWS 'aura achevée, vos lecteurs pourront y retrouver l'indication 4ê

ceux que le P. Laire a emportés à Auxerre et dont le catalogue dressé par lui est copié à la fin de celte lettre. Ce dernier catalogue contient aussi rémunération de manuscrits provenant d'autres origines que le chapitre de Sens, et notamment de la confiscation Planelli de Maubec.

Quant à cette dernière bibliothèque, lc> Auxerroi? sc.ib peuvent éclaircir la question de M Bernard. Je ne sais qu'une chose, c'est que les livres imprimés nui se sont trouvé* ..u château de Thorigny, au nombre de 3,000 volumes, éloient communs et ordinaires, et

Sue les meilleurs avoient été conduits, eu 1780, à Paris dam Phôlel es Planelli De ces 3,(K)i volumes, quelques-uns se trouvent peutêtre à la bibliothèque de Sens; tout le reste aur.i été vendu en vertu d'un arrêté du préfet de l'Yonne approuve par le ministre de Tintérieur le 28 vendémiaire au xm.

Agréez, etc., Ph. Salmoi^.

MANUSCRITS EMPOUTES A AUXE1U1E.

Copié sur l'original (delà main du P. r.aire), conserva à la bibliothèque d'Auxcrri*.

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