XXIX. — NOUVEAUX DOCUMENTS SUR PIERRE LE GRAND
ÉTAT ET HOMS DES ARTISTES ET OUVRIERS FRANÇOIS QUI AU£RXHT A SAIHT-PETERSBOURS, 1716.
On croit généralement que les innovations introduites en Rnab sous Pierre le Grand ont élé des emprunts faits aux divers Etals qu'avoit parcourus le ïzar. La Suède et le Danemark, l'Alltmagne, la Hollande et les Pays-Bas, l'Angleterre, l'Italie et la France ont tour à tour fourni leur contingent d'hommes et d'idées à cettl œuvre de rénovation. Il ne faut pourtant pas croire, comme or Fa dit tant de fois, qu'avant ces nouveautés la Russie fiit compléleuwaft dans l'ignorance et la barbarie. Il suffit aujourd'hui de parcourir le pays où sont encore debout ses monuments religieux si richesse ciselures, de peintures et d'orfèvreries du xrv« et du xv« siède,poorse convaincre que les Russes antérieurs à Pierre le Grand, ne mau-
auoient ni de génie ni surtout de ce talent d'assimilation qui firit 'eux le peuple le plus apte et le plus prompt à s'approprier les découvertes véritablement utiles. Sans doute, Petersbourg est une ville Baderne d'un magnifique et grandiose aspect, et dont les édifiées oit surtout le caractère européen : mais le gène de la nationalité ne s'y fait pas moins sentir par je ne sais quelle tendance an byzantin otl dès Pierre le Grand, laissoit les Russes de Petersbourg dans lettrée ment primitif et pour ainsi dire national. Moseoti, malgré seseouslraclions modernes, est une ville tout orientale. Ses temples an peintures byzantines, ses clochers aux élincelants reflets, son tau vellcki, son Blajni-Gorod, son Kilaigorod, son Kreml et ses bobbreux palais, forment la partie véritablement artistique et raMT~ quable de la cité, laquelle ne doit rien aux arts modernes, à la.ctvilisation européenne. D'ailleurs Pierre le Grand, tout en reeouraal • aux artistes européens, étoit loin de vouloir asservir son pays wt
Énieéi ranger; on se tromperait beaucoup, en effet, de supposer qui i artistes eusseni près de lui toute leur indépendance : ils étent un peu aux bords de la Neva ce qu'étoienl les artistes européens ft la cour de ce graud Kîeu-Loung, dont M. Feuillet de Conches mus a
dernièrement donné nne si spirituelle biographie ( 1 ). Pierre le Grand, comme le monarque du sublime empire, avoit en matière d'art des opinions fort arrêtées, mais qui n'étoieul pas absolument celles de l'école françoise. Ainsi l'on sait la passion de ce prince pour la bâtisse en général; mais toute* les constructions de son règne, bien que remarquables à certains égards, pèchent toutes par des proportions exagérées ou mesquines, ou par des irrégularités choquantes. On ▼erra par les pièces que nous donnons plus bas que ce rut de Paris qu'il tira l'architecte auquel il devoit confier ses plus importants travaux; mais cet artiste fut loin d'avoir les coudées franches.
Dans ses Considérations sur l'Etat de la Russie, le grand Frédéric nous raconte en ces termes une des déceptions de l'artiste françois: « Quelques dispositions qu'il eût à épargner, Pierre le Grand n'en aroit aucune quand il s'agissoil de bâtir. Il engagea à son service quand il fut à Paris, un certain le Blond, architecte, avec une pension annuelle de quarante mille livres. Il avoit l'ambition d'immortaliser sou nom par des bâtiments magnifiques, mais sou malheur étoit qu'il manquoit de goût à cet égard IL aimoil les petits appartements non exhaussés et une enfilade de petites chambres : un appartement spacieux l'embarra soit et comme il fut obligé de hausser le palais d'hiver pour qu'il égalât les autres maisons, il fit garnir les plafonds des chambres qu'il habitoit d'un double fond, de crainte qu'elles ne fussent trop élevées. Il préféra à tous les beaux plans des architectes françois et italiens , celui que lui donna un Hollandois qni l'avoil dresse dans le goût de sou pays, où l'on ménage extrêmement le terrain. Le Blond risqua d'essuyer un violent accès de colère de la pari de ce prince, sur ce qu'il s'étoit avisé de faire agrandir les feaêlre* de ses maisons de plaisance. »
Celleettation nous a paru importante, elle donne l'idée des honoraires 4)ue recevoient à la Cour de Russie les artistes appelés par Pierre k Grand, et le genre de liberté qu'ils eurent pour propager les arts 4e leur pays. Ce fut Lefort qui, avant l'arrivée du Tzar â Paris, eut la charge de recruter les sujets qui dévoient travailler en Russie. Ce Lefort (Henry) qu'il ne faut pas confondre avec le fameux amiral de ce non (François Lefort), mort en 1699, et dont il n'étoit que le
fi-i
« Le Jésuite Altirei, » écrit M. Feuillet, « raconte lui-même comi Q lui fallut oublier pour ainsi dire tout ce qu'il avoit appris, et se hot une nouvelle manière, pour se conformer au goût de la nation. Tout ae fin les peintres exécutoienl étoit personnellement ordonné par l'Empmar fui se bisoil montrer d'abord les esquisses et les ebangeoil luimÊtm aa les faisoll modifier à sa fantaisfe, sans tenir compte de la régularité en dessein. H en falloit passer par là et ne souiller mot, car le flitt da Fils rf* ciel étoit sacré... Attiret avoit exécuté pour l'Empereur '«■erttatare à l'huile représentant l'adoration des Stages; Kien-Loung SI avait été si charmé qu il l'avoil fait placer dans ses appartements : mais rtUt par ee tableau même que les tribulations du pauvre peintre avoi«nt
. L*BiBperear l'avoit harrelé d'observations et lui avoit imposé
— emenUqu'Altirel ne se reconnoissoll plus dans son œuvre... • .(âfVMf contemporaine, livraison du 30 avril 1050, p. 223.)
neveu, de chambellan du roi de Prusse, étoit passé, comme ion onde, an service de Pierre le Grand, dont il devint également le conseiller intime. Ce fut en cette dernière qualité au'il avoit précédé aon maître en France, pour y faire lui-même le choix des hommes nécessaires aux vues de rénovation de l'Empereur, et ce fut lui qui l'année suivante, 1717, de concert avec le duc d'Antin et les autres ministres ta Régent, régla le cérémonial pour la réception du Txar à la Cour. -» Voici quelques pièces tirées du recueil ou nous avons puisé l'inventaire de l'atelier d'André Boulle iSupl. frM 2724), qui nous font connoitre le nom et la condition des sujets fournis par la France! h Russie, pour seconder les vues du grand Empereur* — Nouscrojojs ces documents parfaitement inédits.