XXX. LETTRE INEDITE DE JACQUES CŒUR
Celte lettre, si je ne me trompe, a échappé jusqu'ici aux divers historiens de l'argentier Jacques Cœur. Cela provient sans doute de la manière énigmalique dont elle est signée : « Voslre très humble serviteur, de Ç*. » Que celte lettre soit bien de Jacques Cœur, c'est ce qui résulte avec évidence de plusieurs dispositions contenues dans cette missive. Quant à ce qui touche la signature, ce genre de rébus n'offre à l'intelligence aucune difficulté. La lettre porte la date du 15 février, et les événements qu'elle relal,e donnent le millésime 1447. Marguerite Sluart ou Marguerite d'Ecosse mourut à Châlons vers le mois d'août 1445. A l'occasion de celte mort, les poêles dn temps composèrent une chanson ou plutôt une complainte alors - célèbre. I/auteur met les vers de celte complainte dans la bouche de la princesse et la fait parler. J'ai trouvé un exemple authentique et contemporain de cette complainte : il est place à la fin du livre d'Heurçs, manuscrit, d'Isabelle Sluart ou Isabelle d'Ecosse, propre sœur de Marguerite et femme de François 1er, duc de Bretagne ;1). Or, on lit dans celle complainte, écrite par conséquent de 1445 1 1446 environ, ces deux vers :
• Adieu ! noble duchesse de Brelaigne, Dame Ysabeau o Ç? courtois. »
Tout le monde sait que la devise de Jacques Cœur, sculptée à jour et en caractères gothiques sur le balcon du Grand-Hôtel de Bour-
fea, est ainsi conçue : « a ty [V taillais, rieis impossible (1). » lutin, d'après une habitude de langage propre à la France, Jacques Cœur, en qualité de noble, a pu signer sous celte forme: de Cœur.
Cette lettre est écrite de Montpellier, où Jacques Cœur avoit une de ses principales résidences, il y venoil en outre tous les ans préaider, avec le litre de commissaire royal, les Etats du Languedoc.
(1) BlbHolfa. impér., no I3C0 lat., page 416. Parti. — Typ. Wiltershcîm. — a* année
Jacques Cœur adresse son épltre aux membres du conseil de Charles VU. En 1446, les Génois, divisés entre deux chefs de faction, le Adornc et les Cliampfrégose, résolurent de se donner à la France. Des négociations en ce sens furent entamées entre les Génois et de liauls commissaires françois nommés par Charles VU. Le chef de ceux-ci éloit Pierre de Brezé, comte d'Évreux , de Manlevrier, etc., premier ministre du Roi, à qui la dépêche de Jacmies Cœur dut être
Î particulièrement destinée. Des commissaires ou négociateurs directs tirent eu outre expédiés sur les lieux. Jacques Jouvenel des Ursins, archevêque de Reims, et Jacques Cœur, argentier du Roi, faisoient partie de cette légation.
Le document dont nous reproduisons le texte est une copie tirée des manuscrits de l'abbé Legrand. Cette copie a été prise évidemment sur l'original. Le gros de la pièce est de la main d'un secrétaire. L'abbé Legrand a supplée de sa main celte transcription dans les passages les plus difficiles. Malgré ce secours, le texte paraît être encore défectueux sur divers points. La lettre de Jacques Cœur se trouve comprise entre plusieurs autres documents relatifs à la même affaire de Gènes. L'un de ces documents est une lettre de Guillaume, bâtard de Poitiers, écuyer chargé de la partie militaire de l'expédition. Sa lettre, datée de Marseille, le 16 février 1447, nous apprend que l'argentier étoit alors attendu dans celte ville par les autres ambassadeurs.
La lettre de Jacques -Cœur est écrite avec cet esprit gaulois, Tua des attributs de son caractère. On retrouve ce trait dans tout ce qui nous est resté de ses œuvres originales, notamment dans les détails intimes que présente à un visiteur attentif la décoration du Grand- Hôtel de Bourges. On est frappé du dévouement sincère et dé la cordialité que respire cette lettre. Par là ce document peut servira à accroître l'intérêt qui s'attache si justement au souvenir de cet habile et infortuné ministre.
Valut de Vibiyilu.