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LETTRE IISEDITE DE JACQUES CŒUR

Mes 1res honnorez seigneurs, je me recommande très-humblement à vous. Par les lettres que monseigneur do Reims as* cript, sçavoir en quel point est le fait de Jeunes, je ne puis croire que jamais (1) nous trahisse ainsi. Toutesfois on ne se

(I) Je crois. qu'il devoit y avoir ici dans l'original un blanc ou m ligae énigmatique désignant James de Camfrégose. Celui-ci, après avoir appelé l'intervention armée de Cb ries VU, le trahit en effet. (Foy. le récit de

peut garder d'un traislre. Se le Roy veult approuclier (1) jusque à Lyon et qu'on face passer présentement les gens d'armes par deçà, je né* fais nulle doute que n'ayons ce que demandons à l'onneur du Roy et plus seurement que n'eussions eu par aultre manière; et y veuillez tenir lu main. Je sçait bien que la conqueste de Saint-Graal ne se peut faire sans moy (2). Plust à Dieu que les lettres de Xaincoins (5) no, fussent jamais venues. Pourquoi m'a tallu aller devers le Roy , c'est il me semble que la chose fust aultrement (4). Je suis passé par cy pour avancer les Eslats [5), car Ils ne vouloient ne besoigner ny en ce avancer. Mais je les feray expédier et m'en vois jour et nuit devers mes seigneurs à Nice. Il est de nécessité que le Roy s'approche et que les gens d'armes passent bref. Car les nobles et la plus part du pays n'attendent que ayde et ils se mettront sus contre les traitres; et vous promets qu'ils veulent la seigneurie du Roy tout oultre. Et pour ce, s'il vous plafist, faites faire diligence que les gens d'aï mes passent. Messieurs, j'ay passé par cy, et estoit nécessaire ; et aura le Roy ce qu'il demandoit, et avant mon partir sera tout apointé et j'en

Bouvier dit Berry dans Godefroy, Historiens de Charles VII, 1661, intoL, p. 429). Jacques Cœur revient plus loin (note 11) sur celle môme trahison. Autrement, le traître, d'après cette phrase, serait l'archevêque de Reims, chef de l'ambassade. Cette dernière interprétation ne me parait pas admissible.

(1) Le roi éloit alors à Tours (Itinéraire inédit de Charles VII).

(2) Jacques» Cœur s'exprime ici par métaphore. La conquête du Saint- Graal éloit l'idéal et le nom figuré de toute grande œuvre à accomplir. 0 hit allusion en même temps à son concours de financier, à l'argent fol est le nerf de la guerre et de toute entreprise.

(3) Jean de Saincoins ou Xaincoins, trésorier de France et subordonné de Jacques Cœur. Il eut, comme Jacques Cœur, des démêlés avec la Justice de Charles VU, à raison de sa gestion financière.

(4) Celte phrase parait défectueuse.

(5) Les états de Languedoc qui se tenoienl à Montpellier. Les registres * ^ subsistent dans les archives de la préfecture de l'Hérault.

suis scur et m'en vois et feray que le Roy et vous serez conlens de moy. — Escript en liaste ce 15 février, à Montpellier. Vostre très-humble serviteur (Col. Ugrand, t. 7, p. 723). Db Ç?.

XXXI. — DOCUMENTS POUR SERVIR A L HISTOIRE DES ARTS, DES LETTRES ET DE L'lIfDU$TRIB.

LES GALAXS SAXS-SOUCI, JOUEDX DE FARCES.

Malgré les recherche? et les curieuses publications des érudits, tout n'est pas encore dil sur les origines de noire théâtre. Le répertoire dramatique du xv« siècle est aujourd'hui raisonnablement volumineux; mais il nous semble que des découvertes restent à /aire sur la mise en scène, dont le mécanisme et l'agencement n'ont pasélé expliqués complètement. Une autre partie de notre histoire théâtrale des premiers temps reste pareillement à écrire : c'est tout ce qui touche au personnel, à la biographie de ces pauvres artistes, nomades ou sédentaires, voués à la lâche difficile d'amuser le public, et dont les efforts multipliés réussirent à faire entrer le théâtre dans les habitudes de notre société. Les documents sur la matière ne sont pas communs. Ceux mie nous retrouvons â grand* peine, disséminés dans les recueils inédits, nous les montrent toujours recherchés et soldés par les grands avant d'être appréciés nar la foute. Peu de noms parmi les plus illustres des comédiens et batteleurs du moyen âge sont arrivés jusqu'à nous. Les pièces que nous publions ici nous en font connoilrc quelques-uns, sans nous rien apprendre sur leur emploi spécial. Tels quels, ces documents nous paraissent utiles k recueillir pour le biographe futur de* artistes auxquels la société moderne doit Tune de ses plus vives jouissances intellectuelles. Nous les lirons du Rec. F. 145° de la Bibl. du Louvre. {Acquis, Jounan» vault.)

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