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IV. — LE CURE MESLIEK

Meslier a eu le triste honneur de devancer de quelques années, l'ère dite philosophique. Il étoil athée de cœur avant les publications de la maison d'Holbach et O, qui n'a pu revendiquer la gloire de l'avoir formée. Meslier s'est fait lui-même, ou plutôt, isolé au milieu d'uft peuple inculte , il laissa égarer son esprit à la solution de questions oiseuses , à des lectures imprudentes qui ruinèrent et éteignirent en lui la foi. Il était de Mazerni (canton d'Osmont, arrondissement de Rethel), né le 15 juin 1664 de pauvres ouvriers en serge, qui cédèrent à un brave curé du voisinage le soin de son éducation. Entré au séminaire de Reims, et nou point de Chàlons, comme on Ta dit, il fut pourvu de la cure d'Etrcpigny le 18 déc. 1684 et non point en 1668 comme on le trouve écrit dans les biographies (1), et l'on sait qu'il mourut en 1729. Sa vie fut exempte de reproche, et l'exercice qu'il fil des vertus évangéliques préparait peu au scandale du malheureux écrit qui a fait sa réputation. Nous trouvons la confirmation de la régularité de sa vie dans le ms. que nous avons renseigné dans notre lrc livraison sous le n° 691, ms. qui contient d'ailleurs , ainsi que nous l'avons dit , une notice sur chacune des églises de l'ancienne circonscription archiépiscopale de Reims. M. Le Tellier rend compte des visites qu'il fit à l'église d'Etrépigny : on y voit d'abord les notes qui concernent les deux prédécesseurs de Meslier.

Doyenné de Mezières, — Saint- Julien d'FArèpigny.- Secours - St-Pierre de BoUve, à la présentation de l'abbé (PEslan.

Venu à Dun le 22 avril 1687, à Charleville le 17 juillet 1G98.

70 communians à Trépigny. ta curé bine au Secours, où il y en a 100.

(1) Cette double rectification résulte d'une note consignée au journal de M. Le Tellier , ainsi conçue : • Le samedy 18 décembre 1686, j'ay fait > ordonner preslres à Châlons : Me Jean fry , de Louvois. — Le 9« no-

• vembre 1664, curé de Vouzy. — M* Henry Basseux , de Saint-Loup en a Champagne, du 9* mars 1064. - M« Jean Meslier, de Maxerny, du

• 23 juin 1664, curd de Téplgny. • (Letel. 10413**.)

Curé M« Jean Martinet, prestre de mon diocèse, aagé de 62 ans :

C'est un esprit très-faible, qui a la teste fêlée, est sujet à boire. J'ay ordonné à mes officiers de lui Taire son procès. — Le 4 novembre 1084 mon officiai a prononcé une sentence contre lui, en conséquence de laquelle j'ay pourrai de sa cure en avril 1685:

M* Jean Salmon de Reims, prestre de mon diocèse, aagé de 26 ans. II t esté élevé dans mon séminaire : je l'ay choisy sur la parole de M. Callon.

En avril 1687 ie Tay Yen ce petit curé qui a de l'esprit, mais il est bien testa; du reste fi est capable et de bonnes mœurs. Je luy ay donné la cure de Smide au doyenné d Attigny, et le 20 décembre 1688 j'ay fait pourveoir de celle-cy :

M« Jean Meslier prestre de mon diocèse, aagé de 29 ans : il a esté devé dans mon séminaire. C'est M. Callou (le directeur) qui Ta choisy: il est de Mazerny.

En 1098, l'en suis content. — Idtm, en octobre 1704. — En juillet 1703 lait bien.— Le 26 octobre 1706, idem.— Le 26 octobre 1707, idem.

On le voit d'après M. Le Tellier lui-même, qui dans l'espace de moins de dix ans Ta visité cinq fois, le curé Meslier s'acquiltoit scrupalensement de tous ses devoirs et la tradition locale a confirmé ce témoignage : cependant on cite quelques singularités de ce bizarre personnage et le trait que nous allons rapporler cadre bien avec la haine qu'il témoigne à plusieurs reprises dans ses écrits contre l'oppression des grands. Meslier avoit refusé de recommander au prône le seigneur d'Elrépigny qui avoit maltraité quelques-uns de ses paroissiens ; le cardinal de Mailly alors archevêque de Reims , devant qui la contestation fut portée, l'y contraignit, et le dimanche qui suivit eet ordre, le curé monta en chaire et dit en présence du seigneur : • Voilà le sort ordinaire des pauvres curés de campagne : lesarehevesques qui sont de grands seigneurs les méprisent et ne les écoutent pas : ils n'ont des oreilles que pour la noblesse : recommandons [donc le seigneur de ce lieu, et prions Dieu pour M. de Gairy ; demandons à Dieu sa conversion, et qu'il lui fasse la grâce de ne point maltraiter les pauvres et de ne point dépouiller l'orphelin. »

Cette manière de réparation fut peu goûtée |de M. de Clairy, et F état de guerre continua et fut itérativement dénoncé à l'archevêché. \ de nouveau, le curé, dit-on, en conçut une telle morlifia'il se laissa mourir de faim. Nous [savons aujourd'hui qu'à .01 dépit se joignoit chex Meslier un chagrin sérieux; Meslier devenait aveugle, malheur qu'A redoutait depuis longtemps et qui acheva » année, t

de le dégoûter de l'existence. On comprend qn arec les tristes doctrine» dont il s'éloit nourri, n'étant plus retenu ni par le devoir, ni par l'espérance, rien ne 1 arrêta dans la Toie du suicide. Du resté , autant le malhenreux Meslier avoit mis de soin à cacher de son rivant les désolantes doctrines dont il étoit imbu , autant une fois le parti de mourir arrêté, prit-il ses mesures pour qu'après sa mort elles pussent acquérir la plus grande publicité. L'ouvrage dans lequel 11 avoit consigné ses opinions, très-nellement écrit de sa main, en triple exemplaire, dûment scellé, fut par ses soins porté an greffé de Sainte- Menoulhd, lien de la juridiction d'Etrépigny, à 1'offlcialité de l'archevêché de Reims, et à l'hôtel de ville de Mezières. En même temps Meslier, pour mieux atteindre son but, laissoit deux lettres. Tune à l'adresse du clergé de Reims, l'autre à l'adresse des curés des environs d'EslrépIgny . — Mais tant de mystère avoit accompagné les derniers moments de Meslier, que ses confrères du voisinage s'émnrent les premiers. Us curés de Boulzicourl et Guignicourt se rendirent aussitôtan presbytère d'Etrépigny et les premiers prirent connoissanoe delà circulaire de Meslier : dans leur stupéfaction ils se hâtèrentd inhumer le corps du défunt dans la sacristie, mais sans oser inscrire l'acte mortuaire sur les registres de la paroisse (1). On devine bien le soin que se donnèrent les ecclésiastiques et les personnes pieuses pour étouffer le retentissement de cette affaire; mais les précautions du défunt avoient été trop bien prises: elle scandale d'un prêtre abju* rant les principes qu'il avoit enseignés toute sa vie étoit un événement trop extraordinaire et trop favorable aux projets des philosophes du jour pour qu'ils uc cherchassent pas à l'augmenter. Ce fut Thlrfot qui le premier parla de Meslier à Voltaire (voy. la lettre du 30 nov* 1735). Il y avoit toutefois déjà près de six ans que le curé d'Etrépigny étoit mort, et malgré l'ardeur mise par Voltaire à se procurer une copie de l'un des trois exemplaires du fameux manuscrit , ce fhl seulement trente deux ans après que Voltaire put travailler à tirer l'extrait qu'il en a publié sous le titre de Testament du curé Meslier.

Voltaire, qui avoit refait à son point de vue l'ouvrage de Meslier, débutoit par une inexactitude. Ce mol Testament n'est point de Meslier, mais de Voltaire lui-même. Ptneées sur ta ficligwn, tel est

(!) Eu effet on ne trouva rien depuis qui constatât ie décès de Meslier. On lait seulement que le dernier acte revêtu de sa signature est du 7 mai 1729, et que le premier qui ait été signé par l'abbé OtrilloUn, ion successeur immédiat, est du 27 août suivant.

le tiire moins prétentieux des deux exemplaires de l'ouvrage de Meslier que possède la Bibliothèque impériale, et dont l'un au moins semble un des trois disposés par le curé d'Elrépigny. Celui-ci, qui provient du président Bouhier, ne contient pas moins de 1220 pages (28 lignes h la p.); on Ut en tête cette annotation : a De tous les auteurs qui ont osé attaquer la religion en général et en particulier, il n'y en a point qui Tait fait avec autant de force et de clarté que l'auteur de cet ouvrage. On n'y trouve point d'obscurités métaphysiques comme dans Spinosa et Vanini , ni de longues dissertations capables de rebuter les trois quarts des lecteurs : les raisonnemens qu'on y trouve sont simples, clairs cl suivis : l'érudition qui y rogne y est semée avec beaucoup d'art et ne lasse jamais l'attention. On peut dire que cet ouvrage est un système complet d'anti-rcligion, un recueil de ce que les athées ont dit de plus fort contre les croyances publiques.»

Voltaire n'en jugeoit pas si favorablement, « L'ouvrage, dit-il, est écritdn styled'un cheval de carrosse. »(Let. àHelvclius,l<r mai 1703.) «Où ne sait qui a fait V Extrait, mais il est tiré tout entier, mol pour mot de l'original...» (Lettre à Damilavillc).« Il on pari un exemplaire pour vous, » écrit-il à d'Alcmbert. « I.c bon grain ctoil étoufl'é dans l'ivraie de son in-f°. Un bon Suisse l'a extrait Irès-ûdclemcnt. » — On sait aujourd'hui que ce bon Suisse n'etoit autre que Voltaire luimême, qni n'a rien exagéré des pensées de Meslier, mais qui n'en a adopté ni la forme ni le développement.

Les deux pièces qui suivent donneront une idée exacte du style de Meslier i Cesonties deux lettres que les curés de Boulzicourl et de Guignicourt trouvèrent chez lui, au moment de sa mort, et que Voltaire n'a pas jugé à propos de publier. Nous les donnons ici comme monument d'aberration et d'orgueil, qui seroit unique dans l'histoire, û depuis nous n'avions eu les saturnales de la déesse Bai$on.

J, NESUEft à MOKSlEttn LE CU11E DE.

Monsieur»

Me voyant, comme je crois, proche la fin de mes jours, et n'ayant par conséquent bientôt plus rien à ménager pour le monde, je ne crois plus devoir maintenant faire encore difficulté

de dire la vérité, el je suis bien aise pour le bien public de rendre au public même, et particulièrement à tous nos confrères, raison des pensées et des sentiments dans lesquels j'ai vécu. C'est dans cette vue, et sous vdtre bon plaisir, si vous le voulez bien, Monsieur, que je vous adresserai celle-ci avec la présente incluse, que je vous prie de vouloir bien communiquer aussi de votre côté à messieurs vos confrères, afin que vous en soyez les premiers informés, et que vous puissiez, si vous le jugez à propos, en conférer ensemble et en faire tel jugement que bon tous semblera. Je ne sais pas bien ce que vous en penserez, ni ce que vous en direz, non plus que ce que vous direz de moi, de m'avoir mis telles pensées en tête et tel dessein dans l'esprit. Vous regarderez peut-être ce projet comme un trait de folie, et de témérité en moi, mais tel jugement que vous puissiez faire, et même si désavantageusement que vous puissiez juger de moi et de ce mien procédé, je puis sûrement dire que la vérité subsistera toujours en elle-même telle qu elle est, parce qu'elle ne dépend point de la volonté des hommes ni des jugements qu'ils peuvent faire. C'est à eux de se conformer à elle, et de se régler à elle, et non à elle de se fprnicr et de s'accommoder à leur fantaisie : cela ne se peut nullement. La vérité, pour être inconnue ou blâmée, et même pour être persécutée, condamnée et opprimée comme elle l'est souvent parmi les hommes, n'est pas pour cela moins vérité. Les hommes ont beau faire et beau dire, la vérité sera toujours vérité et pareillement l'erreur sera toujours erreur, si approuvée et même si révérée et si autorisée qu'elle puisse être. Il y a un de vos prétendus prophètes qui prononce anathème, je veux dire malheur et malédiction, contre ceux qui appellent le mal bien, et le bien mal ; qui font les ténèbres lumière, et la lumière ténèbres, qui font l'amer doux et le doux amer : Vœ qui dicilisinalum, bonum; et bonum malum: poneiUe* tenebras lucem, et lucem tenebras ; poneities amarum in dtUce et dulce m amarum.

Doci'MKyrs. 21

S'il y avoit sujet, Monsieur, de craindre l'accomplissement d'une telle prétendue prophétie, tous seriez bientôt, tous tant que tous êtes, en danger d'encourir la malédiction dont elle menace ; puisqu'il faut, suivant les principes et les maximes de votre religion, que vous appeliez souvent le mal bien, et le bien mal; que vous fassiez souvent les ténèbres, lumière , et la lumière ténèbres, et que vous fassiez souvent l'amer doux et le doux amer, comme dit ce prophète ; et c'est pour cela même que j'ay toujours bal et détesté, et que j'ai mille et mille fois maudit dans le cœur lés vaines et abusives fonctions de votre vain et faux ministère. Mais comme on ne voit guère d'effets de ces sortes de malédictions dans ceux qui mériteroient le plus de les encourir, c'est ce qui fait aussi qu'on ne les appréhende guère et qu'on ne fait guère difficulté maintenant d'appeler le mal bien, ni le bien mal; ni guère difûculté de faire les ténèbres lumière, ni la lumière ténèbres; non plus que de faire l'amer doux et le doux amer. Mais quoique ceux qui mériteroient le plus d'encourir les malédictions de ce prophète ne les encourent pas toujours, ils ne sont certainement pas pour cela moins dignes de blâme et de reproche. C'est ce qui devroit bien, Monsieur, vous y faire tous sérieusement penser, puisque la vérité et la justice doivent toujours estre le principal but de tos intentions. Ce ne seroit point affaire à moi, Monsieur, à Vous dire ni à tous présenter telles choses, cela devroit venir d'un plus grand génie et même d'une personne d'une plus graitde autorité et de plus grande considération que je ne suis, je l'avoue et je le souhaiterois bien ainsi, parce que cela feroit plus d'effet et d'impression dans l'esprit des hommes ; mais puisque personne ne s'avise de le dire, permettez , s'il vous plaît, Monsieur, au moins souffrez paisiblement, s'il vous plaît, que je le dise, pour accomplir en quelque façon cette parole d'un autre de vos prophètes qui dit que la vérité sortira de la terre : car elle sortira effectivement de la terre si elle sort de ma bouche, puis-

22 LE CABI5ET UtëTOMv>CE.

que je ne suis effectivement que terre. Mais il faudrait encore, suivant la même parole, que la justice regardât du ciel9 et nonseulement qu'elle regardât, mais qu'elle descendit même aussi du ciel, jponr mettre tous les hommes dans une juste subordination et établir parmi eux un doux et paiiible gouvernement: sans quoy les pauvres peuples n'ont qu'à s'attendre à être toujours misérables et malheureux dans la vie. Qu'il en soit ce qu'il pourra, le meilleur que je sçais maintenant pour moy est que je ne reviendrai plus daus la vit? : je la quille volontiers et sans regret, quoique je l'ave passée a*sez doucAnent et assez tranquillement, selon moi, tant du coq>s que de l'esprit; si ce n'est le déplaisir que j'ai maintenant de me voir sur le point de perdre entièrement la vue, ce qui me seroit beaucoup plus fâcheux que de perdre la vie : m'estimant d'ailleurs assez heureux de n'avoir pas eu le malheur d'éprouver, comme tant d'autres, la rigueur des maux et des afflictions de la vie. Adieu donc, Monsieur, je vous la souhaite heureuse et tranquille, et suis le plus humble des vôtres.

J. M...., C. d'Est.picj,

Et au do* est écrit: A Monsieur le curé de.... à....

A cette lettre étoit jointe une autre dont, attendu sa longueur, nous oc donnerons que le début et la Gn.

J. MESLJEn A MESSIEURS LES CURES OU VOISINAGE DE... ET TOUS AUTRES SEMBLABLES MESSIEURS LEURS CONFRÈRES.

Messieurs,

Vous serez sans doute surpris et peut-être mémo plus que surpris, je veux dire fort étonnés quand vous entendrai parier des pensée* et des sentiments dans lesquels j'ai vécu al dans

lesquels j'stirois même fini mes jours. Mais je suis persuadé aussi, Messieurs, que pour peu que vous vouliez bien, chacun de VoUs, faire usage des lumières naturelles de votre esprit, et considérer un peu attentivement les raisons qu'il y a de petoser et parier comme j'ay fait, touchant les erreurs et les abus qui se voient si communément et si universellement dans le monde, VôUs reviendrez facilement de votre étonnement à mon égard, et que vous trouverez peut-être lieu de passer même incontinent dans un autre étonnement qui seroit beaucoup mieux fondé que le premier, lequel autre étonnement seroit de voir que tant de si grossières erreurs et tant de si mauvais abus Syent pu s'établir et se maintenir depuis si longtemps, si puissamment et si universellement dans le monde, sans que personne* que Ton sache, se soit encore avisé de vouloir désabuser le peuple, ni se déclarer ouvertement contre tant et de si détestables erreurs et tant de si méchants abus, quoiqu'il y ait eu dans tous les siècles quantité de personnes sages et éclairées qui auroient dû, ce semble, s'y opposer et empêcher le

progris.

* . . . . J'élois bien aise de vous dire ceci avant de mourir, et Je lie devôis moins faire que de le dire puisque la chose est ainsi et je ne vois personne qui le dise. Si vous m'en blâmez, je le dis franchement, je m'en soucie peu, d'autant que c'est pour la justice et la vérité que je parle. J'aurois à la vérité volontiers l'honneur de votre approbation en ceci, je serois volontiers votre ami, et ami de tous les honnêtes gens, mais plus volontiers encore ami de la justice et de la vérité, comme celui qui disoit : Amiem Plato, amicus Aristotelcs, magis auiem arnica nrUat. —Et si vous m'en trouves louable, je no pense pas à m'en glorifier et n'attends pas que vous me fassiez là-dessus aucun compliment ni aucun reproche, ni même que vous me lassiez aucune réponse, car je m'en vais bientôt quitter le pays, et je dois même partir, c'est-à-dire finir mes jours avant que

la présente vous soit rendue. C'est pourquoy si vous avez quelque réponse à y faire, adressez-la au public, qui prendra, si besoin est, la défense de ma cause, ou plutôt la défense de la cause même du public;' car ce n'est pas de moi ni de mon intérêt particulier qu'il s'agit; dans cette affaire ou dans cette occasion-ci, il ne s'agit que du maintien de la vérité et du rétablissement du bien et de la liberté publique, cause pour laquelle chacun dcvroit se sacrifier. Que le public donc défende sa cause, si bon lui semble, et comme bon lui semblera. Pour moi, il me suffit d'en avoir dit ma pensée, je n'y prendrai plus aucune part, mon temps va être fait. Ainsi, il ne me reste plus maintenant, Messieurs, qu'à vous dire un dernier adieu, après lequel si vous jugez encore à propos de me dire un dévot requiescat in pace, je souhaite qu'il retourne entièrement sur vous ; car, pour moi, je ne saurai, plus pour lors ce que c'est de repos ni de paix, ni ce que c'est ni de bien ni de mal; il faut vivre pour le savoir, les morts n'en savent plus rien, c'est erreur de s'imaginer le contraire; et cela étant, il est fort inutile de prier pour les morts; il est fort inutile de s'inquiéter pour eux ; il est inutile de les prier, et inutile à moi, Messieurs, de vouloir maintenant m'acquitter envers vous d'aucun devoir de civilité et même de celui de me dire, Messieurs,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

J. M«, C. d'Estrepignt.

Et au dos est écrit: A messieurs les curés du voisinage d'Estrepigny , et à tous autres semblables messieurs leurs confrères.

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