III. LE PRESIDENT BOUHIER
Dans nos recherches sur la Bourgogne, nous avons si souvent cité le nom du président Bouhier et mis à contribution le riche fonds que possède de lui la Bibliothèque impériale, qu'il y aurait une sorte d'ingratitude à ne pas le faire connaître davantage à ceux de nos lecteurs qui n'ont encore rien vu de lui. Voici deux lettres qui donneront une idée de son style et de son esprit. Elles sont empruntées an précieux et volumineux recueil dont se compose sa correspondance. (F. Bouh- 165.) Nous les faisons suivre d'une lettre de Brosselte, le commentateur de Boilcau et l'un des nombreux correspondant! du laborieux président. Que de traits d'esprit, de science et d'érudition, qne d'anecdotes , et de curieux renseignements pour
l'histoire An itiih *«rt*. 'fia* •••* v p-w*" v ivimKÇrtqiiiMF ! On eihume bî*n de» producLoa* «pi a oai pa?> /a;«*ï •••» •%& l«ttm â éminemment littéraires.
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[l'TWlfllll-.
JV-Ioîh en effet parent très-pro.'-lie île feue Mmr Turgot qui l'Ioil Ires-aimable et a voit iiiiiiiiniL'iil d'esprit. Peu après son mariage, je passai quelques jours avec elle cl avec M. son mari, qui* vous avez vu, dans une maison de campagne. Il étoil aussi fort aimalile, cl j'ai été hien fâché non -seulement du train <|u*ont pris ses affaires , mais aussi du ce qu'il est devenu tellement lucilugc que , depuis ce temps-là f je n'ai pu parvenir à le voir dans les différons voyages que j'ai faits à
Paris. Il 6St bien toits que nostre ami Mazangais revienne chez IuL J'ai grande impatience de sçavoir le détail de tout ce qu'il rapporte.
Ce n'est point contre les règles, mais contre l'usage moderne, qu'est la tendresse do Mm" de Sévigné pour sa 011e. Si nous suivions les mouvemens de la nature , nous .penserions tous de moine, surtout quand on a lieu d'être content de ses entons. Mais Les distractions que nous causent nos passions et la corruption de nos mœurs nous éloignent insensiblement de l'innocence et de la simplicité de la nature. I/expérieuce rend cela sensible. Qui est-ce qui aime à soixante ans avec la même cordialité qu'a vingt? Vcl duo , vel nemo. Pour moi, je trouve Mme de Sévigné d'autant plus admirable, qu'elle est également un modèle du coté du cœur et de l'esprit. Ce qui fait trouver quelque fadeur dans les douceurs qu'elle dit a sa fille, c'est qu'on lit ses lettres tout de suite. N'en lisez qu'une en liuit jours comme elles ont été écrites , vous n'y trouverez plus le même défaut. J'ai peine à croire ce qu'on vous a dit de Mm° de Simiaue. Je l'ai vue pensant bien différemment de sa grand 'mère. Elle m'avouoit en même temps «pie les lettres de Mma de Grignan étoient fort inférieures, et qu'elle ne consentiroit jamais qu'on les imprimât. Aussi je doute qu'on le fasse jamais.
Je guis fort aise qu'on soit content de la nouvelle traduction des Tusculancs. Je n'avois nul goût pour cette besogne. Mais les engagemens quej'avois pris trop légèrement m'ont obligé de tenir parole. Ce que j'aurois pourtant eu peine à faire, sans le loisir que m'a donné mon séjour de Montpellier. J'aurois fort désiré pouvoir vous en offrir un exemplaire. Mais c'est M. l'abbé d'OKvet qui en a fait les honneurs, et j'en ai eu si peu d'exemplaires, que je n'ai pu en faire part à plusieurs personnes à qui j'aurois fort désiré d'en donner. — On m'avoit mandé qu'on avoit eu peine à s'accorder à l'Académie sur le prix de poésie. Le P. Raynaud doit être bien glorieux de l'avoir ein-
12 LE CAU1NET HISTOIIUJUË.
porté avec celui de l'éloquence. Je ne crois pas qu'il y en ait d'exemple. — 11 n'y a ici aucune nouvelle qui mérile de vous être mandée : le crédit de la littérature y baisse tous les jours. Je ferai vos complimens à l'abbé Papillon et au P. Oudin. Ce dernier travaille sans relâche à la bibliothèque des écrivains de son ordre : vous avez vu sans doute sa Vie du P. Pétau, imprimée au trente-septième volume du P. Niceron. On a dû en être content.
Mon frère l'abbé, qui est toujours avec nous , vous fait mille complimens. Je vous supplie de faire toujours les miens à M. l'abbé Bonardi et aux Pères Desmolets et BougeroL Que dit ce dernier de l'écrit de M. de La Varde, sur sa Vie de Gassendi. Si le P. Bougerol en donne une nouvelle édition , je pourrai lui fournir quelques bagatelles pour l'augmenter. J'ai l'honneur d'eslre toujours très-parfaitement, Monsieur , vostre très-humble et très-obéissant serviteur,
Le P. Bouhier.
Sçavcz-vous qui est l'auteur du livre intitulé Raisonnement hazardés sur la poésie française ? Avez-vous jamais rien vu .de plus fou? 0 sœclum desipiens et infwetum ! — Cet auteur est M. de Conques, qui a fait les Princesses Malabares, il est attaché au prince de Conty, que sa mère a nourri.
A M. l'abbé de Bellemont, chez jtf°" du Buisson, rue Saint- Esticnne-des-GrèSj vis-à-vis le collège de Lizicux, à Paris.
Au MÊME.
Dijon, 12 septembre 1737.
Il y a déjà quelques jours, Monsieur, que j'ai reçu pour vous le livre de M. Fontanini. Mais ce n'est que ces jours passes que
j'ai reçu la dissertation sur sainte Colombe. Puisque ces deux ouvrages étoient destinez pour Lyon, ce n'étoit pas la peine de les faire venir ici. Je me inellrois en queste pour trouver quelque occasion pour cette ville, si j'avais pu lire le nom de l'avocat à qui vous me marquez de l'adresser* Ainsi j'attendrai que vous me l'ayez écrit plus distinctement pour cela.
On m'avoit déjà mandé le nom du fou qui a fait des raisonnements plus que hasardés sur la poésie. Après ses Princesses Malabares, on l'auroit du mettre aux Petites-Maisons. — Je me doutois bien que l'article du P. Pétau, dans le recueil du P. Niceron, vous plairoit, aussi bien que les autres qui sont partis de la même plume. J'ai fait part à l'auteur de ce que vous m'en dites, n en a été charmé, et il m'a chargé de mille compliments pour vous. Il connoissoit bien l'auteur du traité de la Lecture des Pères. Hais comme il n'a pas mis son nom à son livre, nostre ami n'a pas jugé à propos de le nommer.
Il est vrai que Monseigneur nostre évêque a receu son brevet de nomination au nouvel évèché de Saint-Claude. Vous jugez bien que nous l'y verrons aller avec regret. Mais quelques dégoûts qu'il a receus ici, et dont vous avez sans doute oui parler, l'ont déterminé à quitter un séjour où d'ailleurs il avoit bien 'des sujets de se plaindre. Cependant , comme il est difficile qu'une affaire de cette nature finisse si tôt, j'espère que nous le garderons encore quelque tems. — Le livre dont vous me parlez est intitulé : Traité du droit commun et du cas privilégié. Le conseiller auteur de ce livre s'appelloil Milletot, et non Millelon. On en a fait cas autrefois, et il a même été traduit en latin par les soins de Goldast, mais il a été tellement effacé pour le traité de l'Abus, et il y a d'ailleurs si peu d'ordre, et de méthode, qu'on n'en fait plus grand cas.
Je suis bien aise que vous soyez un peu revenu de vostre prévention contre madame de Sévigné. Pour moi, je la mets au ring des livres classiques de nostre langue avec un très-petit
nombre d'autres. — Vous m'apprenez la mort du prieur de Nantua : M. l'Archet, de Vienne est bien heureux d'avoir de tels morceaux à donner.
L'enlèvement de la demoiselle de Moras est assez singulier. On dit qu'il est de la façon de M. de Courbon. et qu'il ctoït concerté arec elle. On ajoute qu'ils sont l'un a l'autre à Bruxelles. Ces sortes d'événements sont de mauvais exemples, d'autant plus qu'on nVn fait gueres justice. — Il n'y a ici aucune nouveauté qui mérite de vous rslre mandée. On y a apporté depuis peu des factums assrz vifs contre nostre prevost des marchands. Vous 1rs avez vus sans doute. Nous avons eu quelque tems Monseigneur de Mâcon, et nous avons présentement Monseigueurdc Verdun qui est venu voir Monseigneur nostre évèquc. M-* de Tavanes a été fort mal d'une colique, et elle n'est pas encore hors de danger. — J'ai l'honneur d'estre toujours très-parfaitement, Monsieur, vostre très-humble et très-obéissant serviteur,
Le P. BoroiER.
M. BllOSSETTE AU PRÉSIDENT BOUUIER.
Monsieur,
J'ai lu avec beaucoup de plaisir les Noels Bourguignons que vous avez eu la bonté de m'envoyer. C'est un présent dont je fais beaucoup de cas, non-seulement parce qu'il vient de votre main, mais encore parce que c'est l'ouvrage d'un homme pour qui j'ai bien de l'estime et de la considération. 11 y a longtemps que Gui Barozoi, ou si vous voulez H. de la Monnoye, m'avoit donné l'cpologic de Noei (te lai Roulote et du Tillo, et Tété passé que j'élois à Paris, il me lut les endroits les plus re-
marquables de son glossaire Bourguignon : ainsi , Monsieur, j'avois une grande impatience de voir l'ouvrage entier, surtout les fameux Nocls qui avoient fail tant de bruit. Il seroit ù souhaiter que notre ami prit soin de recueillir une infinité d'autres petits ouvrages de sa façon qu'il a comjwsés eu divers temps et qu'il les fit imprimer en un corps, sans quoi ils courent risque d'être perdus. Vous savez, Monsieur, que la destinée de ces sortes de pièces détachées est de se perdre après la mort de leurs auteurs. Je ne vous en citerai qu'un seul exemple entre mille : c'est le bon Lafontainc qui a laissé plusieurs écrits tant en prose qu'en vers, qui pour n'avoir pas été rassemblés, ni publiés pendant sa vie, seront vraisemblablement perdus pour le public. Il y en a même plusieurs de ceux qu'il a fait imprimer séparément qui sont ignorez aujourd'hui parce qu'ils ne forment pas un corps entier. Vous feriez donc, Monsieur, une œuvre fort agréable aux gens de lettres, d'engager M. de la Monnoye à faire ce recueil.
Vous avez mandé à M. l'abbé Tricaud que vous aviez une copie du Philotanus de l'abbé G récour. Je commis l'auteur qui est un chanoine de Tours, et j'ai oui la lecture d'une partie de ce poème. Je sais qu'il en a paru quelques copies dans le monde, mais elles sont toutes défectueuses. La seule personne que l'on dit en avoir une copie ûdèle, est M. de Lasseré, ci-devant conseiller au Parlement de Paris, et ami particulier de M. Poulletier, intendant à Lion. Celui-ci m'a promis qu'il la demanderait à M. de Lasseré, et nous la confronterons avec la vôtre, si vous voulez l'envoyer à 31. Tricaud. Ce seroil le moyen de vous en faire avoir une copie bien exacte. Je serois ravi d'avoir occasion de vous donner des preuves certaines de l'attachement sincère et respectueux avec lequel je suis, Monsieur, votre trèsbumUe et très-obéissant serviteur,
Brossette.
A Lyon, ce 17 mars 1720.