LE CAB1HBT BI8T0BIQUE
lions nombreuses qui semblent! pour ainsi dire, se concerter pour mieux qu'accabler en tombant sur moi à |a mène époque. — J'ai reçu les deux numéral du Ctbinet Àfatorip* que tel» avez bien voulu m'envoyer spontanément, à cause des articles qui se rapportent spécialement à notre bibliothèque. Je tous remercie du plaisir et de l'instruction que j'ai trouvés à celte lecture. Vous avez dû en avoir déjà la preuve dans la demande que j'ai faite pour la Bibliothèque de la Faculté de médecine de la première année du Cabinet historique et d'un abeu*m%enl i la seconde. C'est un de mes libraires, M. Patras, qui a été chargé de ce soin, et je recevrai bientôt ce qui a été demandé.
Quant à M. Aug. Bernard que je suis heureux de oonnoftft, et à mon très-honoré et très-zélé collègue de Troyes, IL Bar* inand, je les laisserai très-philosophiquement se plaindre, fart a leur aise, et faire de la philanthropie troyenne, auxerraise, lyonnoise ou toute autre, tant qu'ils y trouveront dn plaisir, j'ai sur ce point des idées plus larges et probablement plus juste* que les leurs. .. Je voudrais que même un simple particulier qm a* roit, évidemment, empêché la perte à tout jamais d'un précisât monument littéraire quelconque, en devint, par cela seul, propriétaire... Notre abbaye de Cassan près Pézénas étoît, avant la grande révolution, très-riche en précieux et superbes me* nuscrits. Ces monuments littéraires, dout la perte est irréparable, ont été presque tous périr chez l'épicier, le charcutier, le perruquier, le marchand de bric-à-brac, etc. Si, 911 marnent de la tourmente révolutionnaire, quelque Trojen avcR ptt, n'importe par quel moyen, s'emparer de ces manuscrite, les transporter à Troyes et les placer et conserver sous la surveillance de M. Harmand ou de tout autre bibliothécaire pendant phtt d'un demi-siècle, je ne serais certainement pas d'avis qu'on sa réclamât un seul pour le département de l'Hérault, qui n'aucait pas su les conserver.
Je ferai seulement, à cette occasion, une remanps^ m «su
qui rmiira entré nous, car je n'ai nulle envie de faire la moindre peine, ni à M. Aug. Bernard, à qui je voudrais au contraire pou* Voir être agréable, si l'occasion s'en présentait, ni à M. Harmand, que je n'ai pas l'honneur de connoitre.
H. Harmand a, présenté la spoliation de la bibliothèque de Troyes bu proflt de la nôtre comme le résultat d'un complot entre trois individus de Montpellier, qui auraient ainsi abusé du pouvoir qu'ils auraient eu, à l'avantage du lieu de leur naissance. M. Harmand ayant dit que Chaptal, Chardon de la Rochelle et Prunelle étoient tous trois de Montpellier, parce qu'il l'avoit cru, sans consulter autrement la biographie, M. Aug. Ber* nard l'a répété le croyant «rat, uniquement parce qu'il a pensé que M. Harmand devoit le savoir... Or, il est certain que de ces trois prétendus Montpelliérains il n'en est pas un seul qui fût de Montpellier; Chaptalestné à Nogaret (Lozère) le 4 juin 1756; Chardon de la Rochelle est né, en 1753, dans le Lozère ou l'Ardèehe (Gévaudan ou Vivarais) ; et Prunelle est né à la Tourdu-Pin (Isère), vers 1774... ! Il suit de là que le complot des trois Montpelliérains en faveur de leur patrie est une œuvre toute d'imagination poétique dont mon troyen collègue pourrait être à bon droit eonsidéré comme le père et le parrain.
Agrées, Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués.
H. Kubiiholtz, prof. agr.
Jf. le marquis Costa de Beauregard au mime.
Monsieur,
Parmi les bibliothèques des provinces de France qui ont eu le plus à souffrir des décrets centralisateurs du ministre Chaptal «â des actes arbitraires de ses agents, celles de Troyes, de Sens et d'Auxerre figurent au premier rang, si l'on en juge par les curieuses révélations contenues dans la correspondance de
votre excellente revue. Tous les bibliophiles, jaloux comme ils doivent l'être des richesses littéraires de leurs villes natales, ont partagé sans doute l'indignation qu'exprime énergiquemeot et à bon droit le savant bibliothécaire de la ville de Troyes, lorsqu'il livre à toute l'animadversion de ses compatriotes les deux noms Chaptalet Prunelle (1); mais les enlèvements commis par des spoliateurs officiels sont moins cruels peut-être pour les collections qui les ont subis, que ceux que leurs propres conservateurs ont eux-mêmes accomplis ou favorisés. La municipalité d'Auxerre pourra-t-elle se justifier jamais d'avoir cédé ;i celle de Lyon, pour la somme de mille francs! dix-neuf des plus rares volumes de sa bibliothèque, et laissé passer à l'étranger les précieux débris qui lui restoient des manuscrits de Guichenon? En ma qualité de savoisien, je suis heureux dé savoir ces manuscrits installés dans les bibliothèques des corps i tifiques de Turin, où ils me semblent mieux placés que ( celle du chef-lieu du département de l'Yonne; mais cette raison de convenance aura sans doute fort peu de valeur aux yeux des bibliophiles françois.
M. Auguste Bernard établit que la ville d'Auxerre ne possède plus aujourd'hui la dixième partie des manuscrits originaux que lui avoit cédés le gouvernement consulaire, et pour retrouver, dans l'intérêt des études historiques, la trace de ces volumes dispersés, le savant bibliographe a publié le catalogue que le père Laire en a dressé : il fait suivre de la particule interrogative oàf l'indication des numéros sur lesquels il n'a pas de renseignements ; c'est une heureuse pensée, tous les amis des livres et de l'étude répondront à son appel, s'ils peuvent fournir une indication.
Je crois être en mesure d'en donner d'assez positives sur les numéros 9 et 42 de la collection Planelli de Maubec,
(1) Cabinet hUtorique, tf livr.f page 110.
aussi sur les sept volumes cédés à S. M. le roi de Sardaigne, à une époque et à des conditions que H. Bernard dit n'avoir pu connoltre (1).
La correspondance curieuse et encore inédite qu'entretint Guichenon avec la cour de Savoie pendant qu'il écrivoit l'histoire de cette royale maison (2), m'avoit signalé l'existence du Discours sans passion sur le différent de Venise et de Savoie, et ce fut avec un vif intérêt que j'en retrouvai l'indication dans le catalogue du père Lairc (n° 42) : la note qui raccompagne est exacte; Guichenon est effectivement l'auteur de ce factum politique, qu'il considéroit comme l'un. de ses meilleurs ouvrages, et qu'il désigne habituellement par la qualification de livre anonyme dans les lettres qu'il adressoit aux marquis de Pianezza et de Lullins, au comte Philippe d'Aglié et à Capré son secrétaire.
Voici le détail abrégé des notes que j'ai recueillies sur cet ouvrage.
Vers la fin de l'année 1650, Guichenon se rendit à Turin pour présenter à la duchesse de Savoie, Christine de France, soeur de Louis XIII, l'exemplaire de dédicace de son histoire de Bresse : la régente l'accueillit avec faveur, lui accorda une pension et le titre d'historiographe de la maison de Savoie, en le chargeant d'en écrire l'histoire. Guichenon se mit à l'œuvre aussitôt, médita le projet de ce vaste travail, en recueillit les matériaux, et au printemps de 1C53 il en publioit le prospectus sous le titre suivant : « Dessein de l'histoire généalogique de » la royale maison de Savoie, etc., > suivi de cette hyperbolique épigraphe : Credo equidem, nec vana fides, genus esse deorum.
Hais les ministres piémontais trouvèrent que les chapitres 13fl et 14" de la première partie de l'ouvrage pouvoient froisser
(1) CaWnêt historique, 5* lin., page 114.
(2) J'tn prépare la publication.
les Vénitiens et d'autres susceptibilités non moins chatouilleuses ; Fauteur en effet les avoit intitulés dans son prospectas: Du litre du roi de Chypre, dû à S. A . R. , et de la préséance* iegrés d'honneur qui appartiennent au» dues de Savoie, fur plusieurs princes et Estât* de la chrétienté : de son cèté le sénat de Savoie s'étoit ému et avoit fait connaître à Gukbenon son impression sur ces audacieux chapitres qui pouvaient produire (selon lui) suites et conséquences. L'auteur reçut ordre de les gupprimeiy mais il ne put se résigner à faire le sacrifice d'un travail qui lui avoit coûté beaucoup de recherches et de fatigues. Ib entreprit alors de traiter ex professo la question délicate que le jésuite Honod avait abordée le premier dans son Tratatlo del titolo regio, publié à Turin en 4633; il constata l'usurpation de l'Ile et de la couronne de Chypre par les Vénitiens, les droits qu'avaient sur elles les princes de la maison de Savoie, et en déduisit pour conséquence la légitimité de leurs prétentions au titre royal. Le but de Guichenon, dans cet ouvrage, étoit surtout de réfuter le boliandoia Graswinckd et l'italien Cianotti, qui, sur les instructions de Venise, avaient combattu le père Monod. Il le lit avec énergie et assex de bonheur; puis il attendit que les circonstances politiques donnassent quelque opportunité à la publication de son œnvrt, qui n'étoit en résumé que le développement des deux chapitra supprimés de son prospectus.
Le moment favorable lui parut arrivé en 1654; il adressa son manuscrit au comte Philippe d'Aglié, surintendant général des finances, et personnage dus plus influente à la cour de Savoie. Le Livre anonyme eut d'abord un véritable succès» on parla de le faire immédiatement imprimer et même de le traduire en langue latine pour le rendre plus considérable, tàm que le marquis de Lullins l'écrivoit à Fauteur; mais sur cm entremîtes les rapports entre Venise et la ceor de Savoie devinrent moins hostiles, et après des tergiversations i
plus d'une année, le comte Philippe d'Aglié écrivoit à Guichenon, le 7 août 1655 : « J'ai parlé à M* le marquis de Pianesxa • pour voire livre, et je dois vous dire que depuis votre départ » il y a quelque espérance d'accommodement entre cette maison » et les Vénitiens, on ne voudra pas les choquer ; partant, il » faut s'il vous plaît suspendre d'imprimer votre livre. »
L'historiographe de Savoie trouva cette nouvelle déception fort amère : mais la ténacité étoit le trait distinctif de son caractère; après avoir obtenu, par d'incessantes réclamations, la restitution de son manuscrit que le marquis de Pianezza, par raison de prudence, retenoit sous divers prétextes, Guichenon se remit pour la troisième fois à l'œuvre, retrancha de son livre les passages trop agressifs et le refondit presque en entier, puis le transcrivit de sa propre main en grossissant les caractères habituels de son écriture (sans pour cela réussir à la rendre beaucoup plus lisible), et vers la fin de mars 1659 il adressoit de nouveau son travail au comte Philippe d'Aglié, avec une lettre où il exprimoit l'espérance que ce part aurait meilleure fortune que son frère aîné; mais la raison d'état fut inexorable et condamna le livre anonyme à un long oubli, car on n'en trouve plus aucune mention depuis cette époque (1659) dans la correspondance de Guichenon.
Il existe done deux manuscrits originaux, du Livre anonyme eu Discours sans passion, composé par Samuel Guichenon, et tous deux appartiennent au Piémont.
Le premier, celui qui fut envoyé en 1654 à la cour de Savoie, et que l'auteur a annoté, émargé et interfolié en 1659 sur la minute originale, écrite par son secrétaire Goyffon, dont les esraotères me sont bien connus, a suivi la destinée des manuscrits de l'historiographe jusqu'à leur dépôt à Àuxerre. C'est cshi que le père Laire a mentionné dans le catalogue Planelli ; il appartient aujourd'hui à la bibliothèque de l'Académie des » de Turin où j'ai pu l'examiner; ce volume est un petit
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in-folio de 197 feuillets de 20 lignes à la page; la note qui Taccompagne est écrite au recto du premier feuillet, immédiatement au-dessus du titre ; sa rédaction diffère légèrement de celle qu'a donnée H. Bernard. En voici le texte précis, quidn reste n'est point élégant.
Ce manuscrit* composé par M. Guichenon historiographe de France et de Savoie, est original t n'ayant jamais été imprimé; quoiqu'il soit d'une main étrangère il est corrigé de sa propre main.
Le second manuscrit, entièrement autographe et que Guichenon adressa au comte Philippe d'Aglié en 1689, est beaucoup moins volumineux que le premier par suite des retranchements qu'y a faits l'auteur. C'est un petit in-folio de 144 pages, grossièrement relié en basane rougeàtre, aux armes de h maison d'Aglié et avec sa devise : Sans despartir. Il est conservé aux archives générales du royaume de Sardaigne.
Quant au n* 9 du catalogue Planeili de Maubec, je crois l'avoir reconnu parmi les manuscrits qui appartiennent h la députalion royale d'histoire, instituée à Turin par le rai Charles-Albert. C'est une chronique de Savoie latine; les cinq premiers feuillets toutefois sont écrits en françois, le volume est un mince in-4° d'une écriture fine et difficile du xvi* siècle; la note inscrite sur la première page de ce manuscrit n'est pas exactement celle qui se trouve sur le catalogue Planeili, donnée par M. Bernard, mais elle en reproduit le sens et m'a para de la même main que celle du n° 42 possédé par l'Académie des sciences ; j'en conclus que ces deux ouvrages viennent .de h même collection.
Il me reste à parler des sept volumes indiqués par M. Aaguste Bernard comme cédés au roi de Sardaigne par la bibliothèque d'Auxerre ; ils ne figurent pas sur le catalogue Laire, bien qu'ils aient sans aucun doute appartenu à Guicbenoa; c'est un recueil de généalogie divisé en deux séries. La pre-
mière, composée de quatre forts volumes iu-4°, ne comprend que des feuillets du Daupbiné et de la Provence ; la seconde, formée des tomes V, VI et VU, est de format in-folio. Les généalogies qu'elle comprend sont toutes savoisiennes, à l'exception de celles des maisons de Gruyères, de Chandieu, de Cha- Innt et du Colombier ; elles ont été dressées parM. de Comnène, gentilhomme savoisien, homme érudit et fort exercé dans ce genre de travail : il fut un des correspondants les plus assidus de Guichenon qui le consultoit sur ses ouvrages. J'ai du sieur de Comnène un grand nombre de pièces autographes qui ne me laissent aucun doute sur l'écriture, et conséquemment sur Fauteur de ce manuscrit ; il appartient aujourd'hui à la bibliothèque de l'Académie" des sciences de Turin, et fit partie des matériaux réunis par Guichenon pour la composition du Héraut de Savoie, ouvrage héraldique et généalogique dont il publia le prospectus en 1662, mais que la mort l'empêcha d'exécuter.
On trouve dans les manuscrits de Montpellier qui ont appartenu à l'historiographe (notamment dans le 16* volume), un grand nombre de généalogies terminées et des mémoires fort étendus sur les anciennes familles du Piémont et de la Savoie ; le recueil de Turin sans doute en étoit le complément.
Voici comment les manuscrits dont je viens de parler ont été acquis au Piémont :
En Tannée 1835, le roi Charles-Albert confia à deux hommes également versés dans la connoissance de l'archéologie et de l'histoire, la mission de visiter les principales archives de la Suisse et de Ja France, pour y recueillir l'indication des litres qui pouvoient se rattacher à l'histoire de la monarchie de Savoie. MH. Cibrario et Promis, dont les noms sont aujourd'hui bien connus dans le monde érudit, rapportèrent de ce vqfaga. des documents d'un haut intérêt, dont les principaux sent publiés dans un ouvrage inlitulé Doeumenti êigitli e momie iei rmti di Savoia. A leur passage à Auxerre, les savants
piémontaîs trouvèrent l'indication des manuscrit! de Guichenon qui sont aujourd'hui à Montpellier; s'ils durent renoncer h\ l'espoir de voir jamais leur pays s'enrichir de l'ensemble d'une collection si Importante pour son histoire, ib furent heureux de constater que quelques-uns des volumes qui en firent partie avoient échappé à l'attention ot au libéralités de M. Prunelle.
C'étoient le Discours sans passion , te Petite Chronique ds Savoie et le Recueil généalogique dont je viens do parier. H. k chevalier Cibrario en traita l'acquisition et fut asses honteux pour la conclure à un prix inférieur à celui même qno h vflk de Lyon paya jadis pour les douze volumes que lui a cédés h municipalité d'Àuxerre.
S'il m'est permis de regretter que les matériaux qui ont servi à la composition de l'histoire généalogique de la maison de Savoie n'appartiennent paa au pays qu'ils intéressent d'une manière si directe, je me hâte de proclamer, comme l'a bit M. le chevalier Allut dans l'introduction du livre où il en apablié le catalogue (Inventaire des titres recueillie par Ssmmtl Guichenon, w-8, Lyon, 1851), que ces richesses littéraires M peuvent être confiées à une surveillance plus sûre, pins éclairée, plus officieuse que celle de leur savant conservateur, M. le docteur Kûhnholtz, dont j'ai pu apprécier par moi-même l'en* dition et l'obligeance.
J'ai l'honneur d'être, etc.
M" Costa h Biadbmus.