‹ Le Cabinet historiqueChapitre 8 sur 162 · V. LE PEINTRE HENRY RELLECUOSE · texte numérisé non relu

V. LE PEINTRE HENRY RELLECUOSE

L* collection de Bourgogne si souvent citée des Papieri de Dm Vieltille, contient plusieurs volumes de copies de pièces el lettres peu consultées jusqu'ici, et qui pourraient être d'un grand secours pour l'histoire des arts sous les ducs de Bourgogne de la maison de Valois. Voici un titre de plus à ajouter à ceux de Jean-sans-Peur. Il est relatif à la décoration de l'autel de Notre-Dame de Dijon, où reposoil la miraculeuse image noire de Notre- Dame-de- Bon- Secourt, si célèbre au moyen-âge, et dont le culte se continue encore de nos jours. Nous y retrouvons le nom du peintre Henri Bellcchose, oublié dans les catalogues qu'on nous a donnés des artistes du xy* siècle.

« Par lettres de Dijon, 5 novembre 1415, le duc de Bourgogne mande à ses gens de comptes audit lieu, que l'église de Nostre» Dame de ladite ville estant l'une des plus notables de son duché, qui soit fondée en l'honneur de la Vierge à laquelle il a une

singulière dévotion, il a dessein de faire repeindre les quatre petits anges et les quatre colonnes sur lesquelles ils sont, au devant du grand autel, à ses frais, tant de l'azur qu'ils ont en leur chambre, que de ce qui sera nécessaire pour cela, et qu'il veut qu'on achepte à cet effet. C'est pourquoy il leur enjoint de les faire repeindre par son peintre et valet de chambre, Henry Bellechose de Brabant, et d'ordonner de sa part d'y mettre ses armes et celles du feu duc son père, et de veiller à ce que l'ouvrage soit parfait et luy fasse honneur; et au surplus de faire payer pour cela tout ce qui sera nécessaire par son receveur audit Dijon, ou autres que bon leur semblera. »

VI. — PETITS HUICTAINZ CONTENANT LES MEMJE8 PARTICU- LARITEZ DE LA VILLE DE TONNERRE.

La pièce suivante est une sorte de légende rimée au xvi« siècle, et qui nous semble d'un assez piquant intérêt pour la ville de Tonnerre, dont elle retrace, comme dit l'auteur, certaines menues particularités. Elle est tirée de \a Description de l'antienne, moderne et nouvelle ville de Tonnerre, composée en 1692 par M° Petiljehan, en son vivant notaire ou tabellion de la ville de Tonnerre. Cette légende se composoil de cinquante couplets : on ne retrouve plus que ceux que nous donnons ici. « Je ne sais, nous écrit M. de Bresse, juge à Tonnerre, à l'obligeance duquel nous devons cette communication et les notes qui l'accompagnent, si l'ouvrage de Petiljehan, qui n'a jamais été imprimé, se trouve à Paris : les copies en sont rares, même au pays de Tonnerre. » Ces huilains furent composés à l'occasion de la Grande Passion qui fut jouée en cette ville en Tannée 1613. On y voit défiler la foule des curieux venus des faubourgs et des bourgades voisines; ils portent chacun leur offrande aux acteurs do drame. Le refrain : Et danse ma grue! auroit peut-être besoin d'être commenté. M. de Bresse y voit, pour le poète, une manière de Mme ayant quelque accointancc avec le joyeux Momus ou plutôt avec h Mère-Folle, si populaire en Bourgognejiu xvi« siècle.

L'orphcvre de nature vous a si bien parfait ('), Qu'à (erre vous jettant droit sur pied vous a mis; Sans pour ce partager de voye ny de fait Comté ny seigneurie, mais avec vos amis Vivre sous l'Éternel duqnel êtes commis, Pour recevoir l'alliance de ces nobles maisons, Dont vous <Hcs issu, ainsy qu'il est transmis Parmi vos armoiries et aussy les blasons.

Y est arrivé Salin,

Portant oiseaux en des cages;

Chardonneaux et beaux tarins,

la ryonuant en leurs ramages.

Son perroquet qui disoit

Un beau noel nouvclct.

Son geay quaquetant su-suc (bis) !

Et toujours danse ma grue ?

Après le faubourg du Pont, Marchoit en bonne ordonnance, Rivière portant gardons, Carpètes, barbeaux et tanches, Vilains, perches et gougeons, Chaflbts, niotellcs, verrons, Anguille et lamproye menue (bis) ; Et toujours danse ma grue !

Ceux du faubourg Rougemont :

Poires, pommes et noisettes, Fraises, prcvals, mousserons, Bisotles et coleiuettes,

bOCUUlHlTS. 2d

Rougcottes, aigland poitrons, Girolles et champignons Alloses, truffes, courgelles {bis) ; Corbes, prunelles, sinelles.

Puis ceux de la Grange- Aubert, Apportant de grand courage, Bled pour faire sauce verl, Et aussy force laitage, Bonnes prunes, abricots, Noix pour faire des cerneaux :

Bontemps les suivoit de vue (pis) [*) Et toujours danse ma grue!

Ceux de la Motte-Saint-Michel Sont descendus dans la ville, Estragots ont apporte Estant dans la coqucrille, Cervues y ont porté, De leur bon vin du Charmé, Qu'ils ont offert teste nue (bis) ; Et toujours danse ma grue f

Pendant cet ébatement, Le prophète Élie contemple Etoiles du firmament, Disant, pour grande asseurance :

Nous aurons bientôt la paix, El le bon temps désormais :

Au lever étoile j'ai vue {bis) ; Et toujours danse ma grue !

Lors l'hermitte du reclus (') Apporta force racine, Celui Montsara In sus, Larduires pour la cuisine, Punaz, chervis, pezeaux, Cauviottes, des naveaux Pour leur dîner et repue [bis) ; Et toujours danse ma grue !

Tous les metois d'environ Cette ville de Tonnerre Y sont venus à foison, Menant touz une grande joie.

Ceux d'Àthé premièrement Ont porté pour leur présent Un oiseau qui est en mue (bis) ; Et toujours danse ma grue î

Comme aussi ceux de Goubeaux, Marsoif, Chéron, Nuisement, Fontainegery, Marcault, Béru, Grisey et Chavau, Vauplaines et de la Cliappc, Les Brions, la Maison-Rouge, Ont touz laissé leur charme (bis) ; Et toujours danse ma grue.

L'un luy porte un grand agnean, * Et l'autre une géline, Un cochon, un moutonneau, Un canard à la dodine,

Des chapons, poulets, pluviers, Pigeonneaux, drines, ramiers, Marchant d'ordre par la rue (bis) ; Et toujours danse ma grue !

Leurs femmes après porloient Force fruits et daguenelles, Lentilles, fèves et pois, Millet dedans des écuellcs ; Œufs, fromages dans panniers, Pains de beurre tout entiers, Suivant leurs maris de vue (bis); Et toujours danse ma grue !

Changeant de propos nouveau, Racontoient que leurs grands- pères Avoient vu le vieil chasteau Détruire, et la manière Que furent chasteau, maisons, Détruits par les Bourguignons, Qu'on n'y voit aucune rue, Ny la marque recognuc (4).

Et lorsque saint Jean Labbé (SJ, En un désert lamentable, D'un basilic enflambé En Bourbereaull fit miracle, Le conjura, incontinent Belle source bien courant Traverse toute la rue (bis) ; Et toujours danse ma grue!

Par chacun an aux brandon»

Tous mariés de Tannée

Alloîent avec violons,

A la fontaine appelée

Le Bouillon, où Ton dansoit

Belle prairie y avoit.

La coutume en est rompue (Iris) ,

Et peu de vivants Font vue(°).

Un autre alors disoit Les beaux jeux de cette villo, Qu'avant le feu on jouoit Au lieu de Fontenilles (7) ; Lors de la venue du Boy, Tout étoit en bon arroy, Chacun vivoit sans murmure (bis) Et en bonne nourriture.

On dormoit les buis ouverts, N'étant parlé de la guerre, Les moines aussy couverts Etoient serrés dans leur cloître.

Gens d'église vivoient bien, Le commun en gens de bien, Cbascun selon sa mesure (bis) ; Et toujours danse ma grue.

Où est ce beau temps joly, Que les nymphes triomphantes Dansoient en ce pilori, Aux fêtes tant excellentes

Qu'on faisoit à la my-aoust :

Dieu de Mars en est jaloux, Tout il renverse et remue (bis) ; [ Et toujours danse ma grue !

Que dirons de ces grands vents Qui la veille Saint-Nicolas, Par leurs efforts violents, Renversent le haut en bas :

Cela nous signifioit, Et pour le vray présageoit, Cette guerre tant cruelle {bis), Qui nous est te non pareille.

En ce temps il y avoit De la neige sur la terre, Que l'un à l'autre on jettoit, Se faisant petite guerre Par forme de passe-temps : Lor* survint incontinent Le capitaine La Peloppe (bis), Qui jetta mainte pelotte.

Chaneton étant debout, Dans la guette de la ville.

Commence à sonner à tout Montrant devers Fontenilles; De sursaut touz endormis Sont venus comme étourdis ; Disant : la ville est perdue (bis); ' Et plus ne danse ma grue !

i année. — Doc.

3i LE CAMNBT HISTORIQUE,

Lors ce peuple biea joyeux S'est remis cliascun en voie, Se sentant trop bienheureux D'assister à ceste roie :

Cliascun s* en est retourné Travailler à son métier ; Laboureurs à leur charrue {bis) , Moy prend congé de ma grue I

(<) Ce premier huilain est sur la nativité de monseigneur Charles, comte de Clcrmonl-Toniicrre. — La perle des huilains qui manquent est regret ablc, en ce que ceux qu'on possède n'ont pas la suite qu'ils dévoient avoir dans le morceau entier.

(') Ou trouve dans le Mercure de France (décembre 1737 et juin 1738) deux lettres d'un anonyme sur ce facétieux personnage, prototype de la gaieté bourguignonne, cl qui joue un si grand rôle dans 1 s annales de la Mère Folle de Dijon. Suivant cet auteur, Roger Bon temps ne serait autre qu'un certain Roger de Colleryc, dît Roger Bon temps, prêtre, né à Paris vers 1470, mort en 1540, et secrétaire de Tévêquc d'Auxerre. Homme d'humeur joviale, il présidoil à Auxerrc certaine société facétieuse sous le titre d'Abbé des Fous.

(>) La chapelle du Reclus ou chapelle Saint-Loup, sur la colline où Dit inhumé saint Mircomer et que visita saint Leu, évoque de Troyes.

(4) Allusion à la destruction de celte partie de la ville par les troupes de Jean duc de Bourgogne, en 1414.

('<>) Jean Labbé, seigneur des environs de Langres, auquel on attribue le miracle qui valul à Touuerre la célèbre source appelée Fosse d'Yonne, l'honneur el l'orgueil de la ville de Tonnerre.

(') • Proche et au-dessus de la fontaine du Bouillon (lien dit les Gerbesd'Orges) étoit une belle prairie el sausaye où les mariés dansoienl et caquetoient par bonne cl licite réjouissance. • (Msc. de Petiljehan.)

(7) Avanl l'iucendie du 8 juillet 1556, qui détruisit complètement la ville basse, les jeux el représentations scéniques se faisoient tant au lieu de Ponteuilles qu'A la place du Pilori.

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