‹ Le Cabinet historiqueChapitre 84 sur 162 · LU1LLIER A M. DE LYMOGES · texte numérisé non relu

LU1LLIER A M. DE LYMOGES

Voici maintenant la lettre d'un sieur LuNIier, personnage de peu de notoriété sans doute, prise par cela même comme expression de l'opinion publique sur l'étal des affaires et la situation des esprits au mois d'avril 1562. Est-ce qu'elle ne fait pas déjà pressentir toutes les surprises» toutes les trahisons, toutes les perfidies qui se réalisèrent successivement el que devoit couronner le massacre de la Saint- Bar Ihclem y? — Ces pièces, quoique antérieures de dix années à cette déplorable tragédie, en sont cependant comme les indispensables préliminaires. Nous prouverons, en eflet, que le long et légitime ressentiment de la maison de Lorraine est rcslé à lui seul le principal moteur de la Saint-Barthélémy, à laquelle la royauté ne donna son assentiment qu'enlrainée par l'émotion el les terreurs habilement suscitées par les vengeurs du meurtre d'Orléans.

Monseigneur, j'ay receu la lettre qu'il vous a pieu m'escrire par Monsieur Luthanie, dont je ne vous puis assez humblement remercier, raesmes de ce qu'il vous a pieu avoir souvenance de mon aflayre vers la Rcyne ma maîtresse, qui m'est une obligation extresme après tant d'autres que je vous ay, lesquelles je supplye le créateur me donner la grâce de recognoistre un jour par quelque bon service que je vous puisse fayre. Je vous asseure que je n'ay point teu à Monsieur le cardinal et Monsieur de

Guise comme par voslre seul moyen je suis demeuré à la Reyne ma maîtresse, lesquels je m'asscurc vous en remereyeront quand nous aurons ce bien que de vous voir par deçà, el raoy de mon costé desserviray ceste faveur en tout ce qu'il vous plaira jamais me commander.

Quant aux nouvelles de ceste cour , toutes choses "y sont en si grant trouble et désordre que sy Dieu n'y met la main, devant dix jours, j'ay grand peur que vous n'oyez parler du plus beau massacre, qui fut par aventure veu depuis la passion de Jésus-Christ : Estant les forces si grandes d'une part et et d'aiiltrc, et les volontés si fort animées, que Dieu seul, et non aullre ne peult empescher l'exécution. Ce porteur vous en scaura tant racconlcr qu'il n'est besoing que j'en brouille dadvantage le papier. Oullrc que ce sont choses que l'ambassadeur catholique n'aura pas failly à e si: rire par delà : d'une chose vous puis-je asseurer, que la pauvre France est réduite en ung estât où elle ne se trouva oneques, et croy que quand vous l'entendrez vous la pleurerez.

On tient pour tout certain que Monsieur le prince de Condé viendra assiéger celle ville avecq toutes ses forces; et je vous laisse à penser si le. Roy qui est dedans avec tant de braves princes et cappitaines se saura bien revancher. Monsieur le cardinal de Lorraine doibt estre ycy dans deux ou trois jours. Monsieur de Lorraine y sera le x\e du mois. Mendosse est allé en Suisse pour en lever dix mille : d'ailleurs on fait lever quatre mille lansquenets et trante enseignes de gens de pied françaises qui ont esté levées ces jours passés avecq sept ou huit cents hommes d'armes qui doibvent estre ycy bien tost.

Voilà, Monseigneur, là où nous en sommes. Ce porteur qui passera par Orléans vous saura dire les forces qu'a Monsieur le prince de Condé.

Monseigneur, je vous supplye tant et si humblement qqa fayre puis me vouloir tant fayre d'honneur et de bien sur Unh

ceux que je receus jamais devartt que d'estre conlenl que la Reync ma maîtresse escrive à Madame de Guise la teneur de la lettre si en close en ma faveur, eslani chose qu'importe beaucoup et vous coustera bien peu. Je m'asscure Monseigneur que pourveu que le trouviez bon elle ne le pourra trouver mauvais. Et tiens tant de voslre bonté que ne m'esconduirez pas de ma requesto, ny la Reync ma maîtresse aussy s'il vous plais t.

Sainte Marye s'en est retourné par delà et croy qu'un gaing qu'il a faict aux eschetz ou en présents qu'il a receus il peult avoir cinq cents escus. Si je n'a vois crainte de trop vous importuner, je vous supplierois qu'il vous plust dire un mot à la Reyne avant que partir, en ma faveur, à celle fin que s'il advient que jamais vous y ayez affaires estant de retour en France, vous vous puissiez servir de moy en cest endroit et comme du plus affectionné de tous vos serviteurs,

Monseigneur je supplyc le Créateur vous donner en santé heureuse et longue vye.

A Paris, ce xxc jour d'avril 1562.

Voslre plus humble et obéissant serviteur, Luillier.

Au dos Ht écrit : Lettre de M. Luillier, du 20 avril 15G2 par M. de Lutanie.

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