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XLII. LETTRES INEDITES DE MAUCROIX A BOILEAU

Vole! une bonne fortune pour le Cabinet historique. Il lui est permis d'écrémer l'une des plus intéressantes et des plus précieuses publications de notre siècle. J'entends parler de la correspondance inédite de Boileau, avec son premier commentateur, Claude Brostètie. Un mol d'abord sur celui-ci : Brossetlc éloit de Lyon ; né en

1671, il avoit étudié pour être jésuite, mais la vocation lai saquant, il se fit avocat et devînt bibliothécaire de la ville, et Fan des . plus actifs réorganisateurs de l'Académie lyon noise qui, fondée m» les auspices de Louis \!K et d'Anne de Bretagne, sons le titre à'Athenœwn lugdunense restitutum, est encore aujounfbn l'tah neur delà cité sous relui d'Académie des sciences, belles lettres et arts. La passion quelque peu malheureuse de Brossetle pour la lettres, lui valut la faveur de Boileau, dont il devint Tardent preneur. Boileau, naturellement peu expansif, n'avoil jusqu'à Brossetle donné à personne le droit de commenter ses écrits et d'interpréter sa pensée. Vaincu par l'admiration passionnée, le dévouaient à répreuve et l'obséquiosité persévérante du bibliothécaire de Lyon, Boileau, qui se senloil vieillir et qui vouloit prémunir sa mémoire ci ses vers des commentateurs d'un autre Age, initia Brossetle i ton les secrets de sa vie de satirique, et lui livra un à un tons les nom des personnages restés dans l'ombre de l'allusion, et jnsqu'aux petites ficelles de celle composition, qui semble au lecteur nn chefd'œuvre de naturel et de simplicité, mais qui coûta souvent lut d'insomnies cl de travail à l'auteur. On sait comment Brossetle répondit aux espérances du grand satirique. Boileau mourut en 1711, et les Éclaircissements historiques ne parurent qu'en 1716. Oui reproché, entre autres choses, au Commentateur de Boileau des interprétations hasardées, des détails oiseux et quelquefois puérils. Ces reproches pouvoient avoir leur fondement à l'époque où paroi le Commentaire. On tenoit moins alors qu'on ne le fait aujourd'hui, aux petites circonstances de la vie privée des hommes célèbres; oi n'avoil pas, comme aujourd'hui, lu passion de la biographie intime. La corn men sali lé dans laquelle Brossetle avoit vécu avec Boileso, la correspondance suivie dont l'honora l'auteur du Lutrin f lai avoient permis de recueillir une infinité de menus détails qu'A n'utilisa qu'en partie dans ses Commentaires; beaucoup resterait au rebut et sont encore inédits. Les Lettres originales de Boileau à Jirossette forment aujourd'hui deux magnifiques volumes in-folio, dont s'est rendu acquéreur M. Laverdet. Ce recueil , comme H en paroi l peu d'aussi précieux dans les ventes, provient du cabinet de feu Rcnouard à la venle duquel il a été acheté 6,000 fr.

Voici un extrait de la note que M. Renouant avoit placée en lêle de ses deux volumes :

• Lettres originales de Boileau à Brossetle de Lyon et autres, aos9ê> verses pièces manuscrites du même ; 2 vol. i a-fol., mtr. r., rel. da ttUfi Recueil d'aulant pins intéressant que si Ton y ajoute ni petit ■ohfcl*

lettres de Boileau à Racine, qui sont conservées parmi les objets les plus précieux de la Bibliothèque du Roi et quelques autres lettres éparses dans* «les recueils, c'est tout ce qui nous reste en pièces écrites de la main de ce grand homme. Leur conservation est due à Brossetle, avocat à Lyon, tfùî Tut, comme l'on sait, le commentateur de Boileau, et qui, dans une correspondance de douze années, recueillit avec un soin superstitieux toutes les particularités, tous les éclaircissements susceptibles d'ajouter quelque intérêt à l'édition qu'il prôjetoit et qu'il donna peu après la mort de Boileau. Les correclions et les ratures dont presque tous ces papiers sont chargés prouvent quel soin l'auteur de YArl poétique melloit à ses moindres productions et s'accordent parfaitement avec ce qu'il dit de lui-même qu'if composoit avec peine. Assez d'autres composent' trop facilement des ouvrages dont on ne se soucie guère.

» Des soixante-quinze lettres adressées à Brossetle, cinquante-huit ont été imprimées avec les siennes à Lyon, 1770, 3 vol. in-12, par les soins de Cizeron-Rival, et probablement sur des copies de ce même recueil ; dixsept sont restées inédiles. Ce sont les n" 6, 14, 18, 20, 22, 23, 28, 31, 46, 61, 67, 68, 71, 72, 73, 74 et 75. — Aux lettres de Boileau, Brossette a eu soin d'ajouter des copies très-bien écrites de toutes les siennes ;' et malgré l'extrême distance qui existe entre Brossetle et Boileau, on aime à retrouver ensemble toutes ces lettres el leurs réponses.

» A la fin du premier volume qui contient cette correspondance est la copie d'une lettre de l'abbé Boileau, du 27 mars 17(1, annonçant la' mort de son frère, arrivée le 1 1 de ce mois. Un passage de cette même lettre explique comment les pièces qui composent le second volume sont vernie* dans les mains de Brossette.

« Je ferai tout ce qui dépendra de moi pour vous donner satisfaction » sur les papiers que vous me failes l'honneur de me marquer que vous » désirez. Je ne crois pas que rien m'échappe, la volonté de mon frère » ayant été de me faire l'exécuteur de son testament. Je mettrai à part » tout ce qui pourra vous convenir, comme lettres et autres ouvrages que' » j'aurai soin de vous envoyer... »

» Le volume est terminé par la copie du testament de Boileau, et te portrait de Gilles Boileau, son père, belle gravure de Nanteuil. Au commencement est "le frontispice dessiné et gravé par Bernard Picart,poor relation de 1718, in-fol., et le portrait de Boileau, par Brevet; épreuve donnée à Brossette par Leverrier, quiavoit lait les frais de celle gravure.

» Avant la 34e lettre est l'original en parchemin de la sentence des requêtes du Palais, du 5 août 1607, qui fut le commencement du procès entre fe chantre el le trésorier de la Sainte Chapelle. Elle est mentionnée dans ta lettre de des PrCaux à Brossette, du 4 mars 1703, la 26« de l'imprimé et la 34* de ce recueil manuscrit original.

» Le tome second contient:

» Les héros de roman, trente-neuf pages de la main de Boileau, et surchargées, couvertes de ses correclions; l'épi la phe de Racine, de la main de

Boileau ; une copie écrite par son frère l'abbé, et par lui corrigée;! au mémoire de Perrault, de la main de Boileau; lettre au duc de Yrfoaoe, minute par lui corrigée : dix lettres à Racine, minutes on copia d'an autre main, mais remplies de corrections de la main de l'auteur, noa atroduiles dans les imprimes; cinq lettres de Maucroix et une tongae réponse; lettre a Mmc Manchon, srrur de Boileau; lettre à la mirqoiseée Villcllc, copie ou minute de la m un de l'abbé Boileau ; dix lettres à M. * la Chapelle, son neveu; deux à M. de Pontcharlrain, et une refont; lettres du F. Honneurs, de M. de Lamoignon; billet de J. Racine; kUra au comte de Maurepas, à l'abbé Bignon, à M. Levcrrier, à Destoadtt, dois au P. Thoullier, une au comte de llevel, celle dernière de la main de l'abbé, mais corrigée par Boileau ; deux préfaces pour ses ouvrages, eoavertes de ratures cl de corrections; vingt-trois petites pièces de poésie, presque toutes de sa main et toutes chargées de ses corrections; prolops en vois, la poésie et la musique, avec la prcïace corrigée de sa main. Eafla vingt et une pages de, notes sur ses ouvrages, copiées par l'abbé Qoétel avec des corrections de la main de Boileau; reproches de Chapelain à Boileau, porte à deux tranchants-, dialogue parodié de Cinna, et que je M crois pas avoir été imprimé, n

Osl cette importante collection de lettres originales et la plupart inédites, que va publier M. Laverdel,aux mains fortunées duquel 1c hasard d'une enchère a Tait tomber le précieux trésor. M. LaTcrdet, eu sa qualité d'expert et de marchand d'autographes, eût pu tirer n tris -grand parti de quelques-unes de ces pièces, en les détachant de leur ensemble et les livrant au commerce. On lui saura gré de soi pieux respect pour ces reliques du grand siècle. M. Lavcrdet se propose d'ajouter à l'intérêt de cette correspondance, le texte même Ai petit journal que Brossettc tenoit jour par jour de ses relations arec Boileau, cl qui contient une foule d'anecdotes inédites et d'aperçus nouveaux, omis dans le premier commentaire. Dire maintenant que M. .Iules .lanin, mis à même d'apprécier L'ensemble de ces matériaux, s'est volontairement offert d'en disposer l'édition, et (fj mettre une introduction de sa façon, c'est assurer la fortune et le succès d'une publication qui ne peut qu'être fort curieuse, et faire grand honneur à son consciencieux éditeur.

M. Laverdct nous a autorisé à puiser dans ses beaux Yolonei quelques pièces pour notre Recueil. En notre qualité d'éditeur de) tiïurrv* de Maucroix, notre choix est tout naturellement tooW sur les cinq lettre* du chanoine de Reims. Cinq lettres, dont qatln entièrement inédite*! c! la cinquième publiée par Boileau, avec 4e si grandes modification;, qu'elle en est presque méconnaissable 1 Oo

connolt, dans les éditions complètes de des Préaux, la lettre au chanoine Maucroix, à l'occasion de la mort de La Fontaine. Cette lettre, fort travaillée, et destinée par son auteur à l'impression, est suivie de la réponse de Maucroix, en date du 2\ mai 1G95. Dans noire édition des OEuvres diverses du chanoine de Reims, mus avons reproduit ces deux lettres telles que les fouruissoicut les textes imprimés. Il s'en faut cependant que la lettre originale de Maucroix ait eu primitivement l'ampleur, le ton doctoral et pédagogique qu'on lui voit dans l'imprimé. Maucroix étoit plu» bonhomme qu'il n'en a l'air dans cette lettre, et l'autographe du 23 mai 1G95, qui se retrouve dans toute sa pureté dans le manuscrit Lavcrdet, diffère en beaucoup de points du texte publié pour la première fois par Boîleati, en 1710, c'est-à-dire deux ans après la mort de Maucroix. On verra que les additions qui se remarquent dans le texte imprimé rapproché de l'autographe, ont été la plupart empruntées à d'autres lettres de Maucroix ; car ou reconnoit çà et là l'esprit et la manière du bon chanoine; mais il n'en est pas moins vrai que le tout a été revu et corrigé : on y sent rattache du maître, les soudures et laretouche de Boileau, dont le chatouilleux amour-propre se trouvoil insuffisamment flatté par les louanges modérées du chanoine de Reims. Nous croyons amuser le lecteur en lui mettant sous le* yeux, en regard l'un de l'autre, le texte autographe du manuscrit Lavcrdet, et le texte imprimé des éditions de Boileau. C'est un spécimen des libertés que se permettent les patrons littéraires vis-à-vis de leurs clients, quand ils font l'honneur à ceux-ci de les appeler en témoignage et de les admettre en leur compagnie. — Voici d'abord les lettres inédites et antérieures à celle dont nous venons de parler.

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