Procès-verbal de la mort de Louis XVII
langues qui osaient prétendre que ce neveu était vivant, n'avaient plus qu'à se taire.
M. Chantelauze a, dit-on, des papiers fort importants, qui prouveront, dans une des prochaines éditions de l'ouvrage dont j'ai parlé plus haut, que le corps du Dauphin a été retrouvé en... 1846.
Pourquoi le bon Louis-Philippe n'a-t-il pas décoré, pensionné lui aussi, ceux qui, par une telle découverte, lavaientd'unodieuxsoupçonlaménïoire dessouverains dont il avait si galamment, à son tour, usurpé le trône? Et pourquoi a-t-on attendu quarante ans pour nous promettre la révélation d'un fait aussi capital de notre histoire?
J'ai dû, pour réunir les différents documents qu'on vient de lire, me mettre en rapports avec bien des gens; quelques-uns m'ont dit, lorsque je leur rapportais l'opinion que m'avait exprimée Jules Favre sur le bien-fondé des réclamations de Nauendorff :
« Je ne mets en doute ni la sincérité de vos affirmations, ni l'exactitude de votre mémoire. Mais soyez persuadé qu'au fond Jules Favre savait à quoi s'en tenir sur les prétentions de ses clients. »
Je tiens à répondre à ceux qui m'ont parlé de la sorte, et pense ne pouvoir mieux le faire qu'en reproduisant la dernière lettre que l'éminent avocat et l'ami tidèle a adressée à ceux pour lesquels il n'a pu obtenir la justice d'une enquête.
iOO LE CABINET NOIR.
A Madame la princesse Amélie de Bourbon»
2 janvier 1880.
Chère Princesse,
Je suis vivement touché de votre fidèle souvenir, et en échange de vos vœux je vous offre l'expression sincère de tous ceux que je forme pour votre bonheur. La Providence vous a donné un port après les violents orages qui ont agité votre cœur. Vous y trouverez le suprême trésor d'une loyale et pure affection, le commerce, toujours nouveau, d'une belle intelligence digne de s'associer à la vôtre et d'en partager les nobles espérances. Que Dieu vous garde longtemps rette félicité, et surtout qu'il vous réserve comme récompense de votre foi pieuse et de votre filiale constance, une manifestation éclatante et inattendue de la vérité. A vrai dire je la souhaite sans l'espérer : je crois comme vous qu'en dépit des résistances et des ambitions humaines, peutêtre même en raison de leurs efforts, l'opinion est suffisamment éclairée pour servir de flambeau à l'histoire. C'est là votre recours, et le livre éloquent que vous m'avez adressé y aidera puissamment.
Je vous remercie de cette communication qui m'a profondément touché, car je demeure et je demeurerai jusqu'à la fin l'avocat de votre héroïque défaite; je suis enseveli sous les débris de votre cause, et plus que jamais convaincu de sa justice.
Veuillez, je vous prie, offrir tous mes compliments à M. de la Prade, et croire, chère Princesse, à l'assurance de mes sen timents de respect et de dévouement.
Jules FAVRE.
Je me suis borné, au cours de cette étude, à présenter des faits, à produire des témoignages dans toute
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leur intégrité. Je n'ai pas eu à juger les Nauendorff, qui ont toujours été, m'assure-t-on, — bien qu'une impression contraire semble ressortir de cette lettre de Jules Favre, — d'une profonde ingratitude envers ceux qui les ont servis.
Ce phénomène est tout bourbonien : si les Nauendorff n'appartiennent réellement pas à la famille royale, ils sont donc tout au moins bien dignes d'en être.