CHAPITRE XVII
Mauvaise mère, mauvaise épouse. — Mariage politique. — Promptes amours. — La cassina dei Boschi. — Un duché mal administré. — Le musée des souvenirs. — Fuite de Paris. — Le Trésor vide.
Peu de caractères dans l'histoire me semblent aussi méprisables que celui de Marie-Louise. Nulle, sans initiative personnelle et sans cœur, d'une lâche faiblesse, obéissant sans réserve à un impérieux besoin de jouissances matérielles, elle a été, on l'a dit, également au-dessous de sa prospérité et au-dessous de ses malheurs: elle n'a su être, en effet, ni impératrice, ni mère, ni épouse, ni veuve.
Elle avait conservé sur le trône de France des sentiments autrichiens : lorsque tout s'écroula autour d'elle, elle obéit à son père en reniant son mari, en abandonnant son fils, en faisant parvenir à la cour de Vienne non seulement tous les renseignements qui lui étaient demandés, mais encore nombre de docu-
ments et de papiers précieux appartenant tant à l'État qu'à Napoléon.
Aussi, comme nous le verrons plus loin par un acte de Me Chodron, notaire de la Couronne, quand ce dernier fut chargé de constater l'état du Trésor, à la date du 7 avril 1814, il ne trouva plus rien. Tout avait disparu, argent, papiers, et il fallut courir après les diamants de la Couronne, que Marie-Louise emportait avec elle.
Elle s'enfuit de Paris à l'approche des Alliés, laissant tout à l'abandon, aussi insoucieuse de la gloire de la France et de celle de son époux, que de l'avenir de son fils. Elle se laissa séparer d'eux sans protester, et le seul acte politique important qu'elle se sentit le courage de faire, fut... sa protestation publique, en 1815, contre le retour de Napoléon.
Quelle différence entre les deux princesses de sang royal qu'épousèrent Napoléon et son frère Jérôme !
La princesse de Wurtemberg, après avoir partagé avec ce dernier les splendeurs de l'empire et le trône de Westphalie, voulut également avoir sa part d'exil et de mauvaise fortune. En vain son père lui offrait de venir retrouver près de lui les grandeurs royales ; elle ne voulut jamais abandonner celui qui n'était vraiment devenu l'époux de son cœur que lorsqu'il fut accablé sous le poids de l'adversité.
— Vous m'avez liée à son sort contre mon gré, alors qu'il était puissant et heureux, disait-elle; aujourd'hui que le malheur le frappe, je n'entends pas l'abandonner lâchement.
Jérôme et son fils le prince Napoléon, ont eu le rare bonheur de s'unir à des femmes d'une haute vertu; la Providence, qui a favorisé le père et le grand-père, guidera-t-elle encore les fils dans leur choix?
On a prétendu que le mariage de Marie-Louise avait été imposé à l'empereur François d'Autriche comme une des clauses secrètes du traité de Vienne.
Il est,facile de mettre après coup sur le compte des articles secrets tout ce qu'il plaît aux historiens de concevoir et d'affirmer: on ne peut les démentir, faute de preuves. Ces affirmations deviennent bientôt des vérités historiques si les gouvernants ont intérêt à les laisser s'accréditer, soit qu'elles augmentent leur puissance, soit qu'elles flattent leur ambition.
Il me paraît très peu probable que Napoléon eût la pensée d'épouser une archiduchesse quand il signa la paix avec l'Autriche. Mais lorsque, le mariage célébré, on répandit dans le public qu'il était une des conditions du traité, l'Empereur laissa dire :il n'avait pas intérêt à atténuer les effets de la toute-puissance qu'on lui prêtait, et qui aurait été jusqu'à imposer à un père l'union de sa fille avec un conquérant déjà marié.
Mounier rapporte à ce sujet l'anecdote suivante :
« J'ai lu quelque part que M. de Sémonville avait eu le premier la pensée du mariage avec Marie-Louise. Je lui ai demandé ce qu'il en était ; il m'a répondu :
« — La dernière fois qu'il y a eu souper aux Tuileries, Joséphine régnante, j'y rencontrai Floret, qui me dit : « Est-il vrai que ceci soit le dernier souper auquel l'Impératrice paraîtra ?
« — Oui.
« — C'est un grand événement!
« — Immense pour tous, pour nous et pour l'Europe.
« — Vous allez donc vous jeter dans les bras de la Russie?
« — Sans doute, puisque vous ne voulez pas de nous.
« — Où prenez-vous cela? Je me fais fort de vous assurer que vous ne seriez pas refusés, etc., etc. »
« J'allai ausssitôt faire part de ma conversation à M. Maret ; il en rendit compte à l'Empereur le lendemain matin. On se décida sur-le-champ à suivre l'indication, et Laborde fut chargé d'aller faire l'ouverture à Schwarzemberg.
« Floret avait été secrétaire de la mission d'Autriche à La Haye pendant que Sémonville était ambassadeuï en Hollande. De là, liaison intime: Sémonville le fa il homme d'esprit. »
La régence de l'Empire, dont Marie-Louise fut revêtue pendant les années 1812, 1813 et 1814, n'était qu'un titre : sa nullité notoire l'eût empêchée d'en exercer les droits. Aussi, tenant la Cour d'Autriche au courant de tout ce qui se passait en France, exécutant servilement ses ordres, ne chercha-t-elle aucunement à seconder dans ses efforts son trop belliqueux époux. Et dès que de sombres nuages vinrent
obscurcir l'étoile qu'il s'était choisie au firmament, l'Impératrice oublia son Empire, l'épouse son mari, la mère son enfant, Marie-Louise ne songea plus qu'à plaire au majordome que lui avait imposé son auguste père: l'amour du comte de Niepperg devint le but de sa vie.
Il faut croire que la bonne princesse autrichienne n'avait pu se soustraire à l'attraction magnétique qu'exerçait sur elle ce comte de Niepperg; tout impératrice qu'elle était, ou du moins qu'elle avait été, elle n'en subit pas moins le vulgaire coup de foudre.
Ce qu'ajoute Mounier n'est pas pour me démentir :
« Lavallette, dans ses Mémoires, raconte comment Napoléon était informé de la conduite de Marie-Louise à Vienne. A ce sujet je dois dire que Montholon, à son retour de Sainte-Hélène, m'a dit qu'il tenait de l'Empereur que, quand l'Impératrice partit de Rambouillet, sous la garde de Niepperg, dès la première nuit, à Grosbois, elle coucha avec lui. C'est en s'entretenant de ces promptes amours que l'empereur François disait à M. de Metternich :
« — Il faut convenir que j'ai la main heureuse. »
Lorsque Marie-Louise se retira à Parme, dont la souveraineté lui avait été concédée à titre de possession viagère, au congrès de Vienne, en récompense des services rendus à son pays, de son effacement, de sa docilité, — elle y mena la vie d'une riche bourgeoise. Elle habitait au pied des Apennins la Cassinu
dei Boschi, et filait ainsi à la campagne, sans regrets, presque sans souvenirs du passé, des jours tissus d'or et de soie par les mains de l'Amour.
Non loin dei Boschi se trouvait Sala, autre cassina où furent élevés les petits Nieppe-Napo-Marie-Louise.
Pour peindre en quelques lignes la physionomie qu'avait alors le duché de Parme, j'ai de nouveau recours au journal de voyage de mon père, les descriptions de témoins oculaires impartiaux et indépendants ayant toujours une autorité et une saveur spéciale.
« M. Niepperg, généralissime des troupes du duché, conseiller intime placé par l'Autriche près de la fille de son souverain dans l'intérêt du bonheur de Marie- Louise, s'acquitte également bien de sa mission éclatante et de sa mission secrète. Il gouverne Marie et l'État, à la satisfaction de l'une et à l'indifférence de l'autre. Il est affable, très abordable. Un habitant était allé lui demander la permission de s'expatrier, ses idées l'entraînant au commerce, et son pays n'offrant sous ce rapport aucune chance heureuse; dans cette audience accordée sitôt demandée, il l'interrogea pour savoir s'il n'avait pas quelque autre motif, puis lui dit :
« — Vous avez bien raison ; le pays sera toujours misérable, faute de protéger le commerce. Il faut fuir quand on a deux idées d'industrie. Je vous souhaite bon voyage : à votre place je ne ferais pas autrement.
« Ceci est assez joli dans la bouche de celui qui gouverne !.
« Au congrès de Vérone, Marie-Louise et le grandduc reçurent injonction de retourner chacun chez eux. Les applaudissements avec lesquels on les accueillait formaient une disparate choquante aux oreilles des autres souverains. Pareille chose arriva encore à Marie-Louise lorsqu'elle suivit son père en Toscane, il n'y a pas trois ans, en 1824. Elle ne put l'accompagner plus loin, par suite de la différence des réceptions.
«Cette ex-impératrice, par habitude, dépense beaucoup dans ses voyages. Les six chevaux qu'elle emploie, elle les paie un sequin pièce ; son magnifique père paie les quatre siens au tarif; — je le tiens de bonne source.
1. Que les duchés fussent mal administrés, c'était l'opinion générale : c'était entre autres celle du comte de Goltz, qui écrivait au roi de Prusse le 8 juillet 1818 :
« Sire,
« ...Le marquis Alfieri de Sostegno m'a parlé, à cette occasion, encore du mariage projeté entre une des filles de S. M. Sarde et le jeune Infant, fils de l'Infante Marie-Louise, pour m'énoncer le vif désir de sa cour que les augustes Souverains alliés voulussent bien porter leurs bons offices près de la cour d'Autriche, afin que ce jeune prince, qui aura bientôt atteint l'âge de la majorité, soit mis le plus tôt possible en possession des duchés de Parme, Plaisance, et Guastalla. Il me fit observer en même temps que ces pays souffraient malheureusement beaucoup par l'administration provisoire de S. M. l'archiduchesse Marie-Louise, que les intérêts de cette princesse pouvaient être pleinement assouvis par une indemnité pécuniaire, et que toutes les considérations publiques semblaient rendre cet arrangement fort désirable. »
« Elle asperge assez adroitement son eau bénite de cour. Lui au contraire est sec et décevant. Tout cela, et bien d'autres choses, produisent leur effet.
a On ne montre du palais, ou mieux de la maison de Marie-Louise, que ce qu'on appelle le garde-meuble. On va le chercher dans un grenier par une dhomata scala. C'est là que se trouvent tous les souvenirs de sa gloire, de sa puissance passée. Le reste est oublié par cette femme sans caractère, sans force, sans élévation, cette femme seulement femme, dans la plus niaise acception, qui apprend encore aujourd'hui à danser. Que de nobles caractères morts ignorés faute d'occasions de se produire ! mais quelles occasions furent jamais plus favorables que celles dans lesquelles s'est trouvée cette souveraine !
«Oriflamme vivante, le sentirait-elle aujourd'hui? Sont-ce des retours vers le passé qui la poursuivent, la débilitent, l'amaigrissent au point où je l'ai vue ce matin?
« Mais non, l'amour du borgne lui suffit. Ce seul sentiment remplit sa vie, il n'est troublé que par la crainte d'exciter la facile jalousie de son invalide. Enfin, pour que rien ne manque à cette turpitude, elle couronne l'œuvre en épousant M. Niepperg.
« Dans le garde-meuble se trouve la toilette de S. M. l'Impératrice de France, reine d'Italie, dont la Ville de Paris lui fit présent à la naissance de son royal enfant, — cette toilette vaut matériellement plus de cinq cent mille francs, — un miroir-psyché, un fauteuil, une table-toilette, un lavabo, une cassolette à parfums, et le
berceau de l'enfant né roi, aujourd'hui sujet autrichien.
« Ces diverses pièces sont du plus précieux travail, en vermeil, en or, en agate, en acajou, en velours et en soie. Je crains que MM. Perrier et Fontaine, dessinateurs impériaux de ces somptueux colifichets, n'aient glissé une pensée maligne dans les ornements qui embellissent le berceau. Deux génies en décorent le pied : celui de la Force et celui de la Justice. Le premier tournele dos au poupon royal, alors espérance de la France ; le second, avec sa balance si peu en équilibre, représente bien la justice des souverains, — tout d'un côté, rien de l'autre.
« Je cherche à m'expliquer comment Marie-Louise, après son étrange conduite de tous les temps, peut tirer vanité de ces témoignages denses grandeurs passées, d'un mariage qui mit à ses genoux un des plus brillants génies dont l'histoire fasse mention, et à ses pieds tous les rois de l'Europe. De là à être Mmc la générale Niepperg, la chute est belle.
« Le complaisant Modénois qui m'a amené ici m'assure, — et le gardien me le confirme, — que lorsque l'empereur d'Autriche passa par les petits États de sa fille pour se rendre à Rome, il visita comme tant d'autres le curieux garde-meuble, et, tout émerveillé :
« — Louise, t'as là de belles choses. Ça a du prix, ça pèse.
« Il y a là dedans du mercantile de Monsieur son père, que Marie-Thérèse avait réduit au rôle de brocanteur-fournisseur. Ce fut lui qui, dans les guerres
des Français en Italie contre l'Autriche, leur fournissait des grains.
«On voit dans le musée un Hercule en bronze en action de pugilat, et à côté une petite Victoire également en bronze, élevant un bouclier. Un fade et maladroit courtisan a trouvé très ingénieux d'insérer au milieu de ce bouclier le portrait de Marie-Louise. Qui m'expliquera l'énigme me rendra service, à moins qu'elle n'ait rapport à la glorieuse conquête remportée sur le redoutable général Niepperg.
« Marie-Louise aime le spectacle avec passion ; elle y assiste tous les soirs. La salle dont on s'est servi jusqu'à présent est bien vilaine. Si elle fait ce tort à son peuple, elle le dédommage bien d'un autre côté. Elle voyage ordinairement trois mois de l'année, et cela ne coûte jamais moins de douze millions de livres de Parme, trois millions de francs : argent qui sort de l'État pour n'y rentrer d'aucune façon.
« Le troisième duché dont Marie-Louise a l'apanage, — les deux premiers étant Parme et Plaisance, — est Guastalla.
« Guastalla est une misérable petite ville qui renferme environ trois mille âmes ; et, comme toutes celles de ces petits États, est le refuge des mendiants de la province.
« A San Petronio, une des chapelles a été achetée par ce niais de Bacciocchi, qui l'a fait refaire et décorer à grands frais pour y déposer les cendres de sa fidèle épouse. L'inscription sera curieuse.
« Les chapelles d'une église appartiennent à la fabrique, qui les vend aux familles nobles. Celles-ci les font orner, fermer d'une grille, appeler de leur nom, et elles deviennent de véritables propriétés particulières. Jadis le commerce était assez bon; il a bien baissé aujourd'hui. Quoiqu'on le sache fort riche, Bacciocchi n'a payé la sienne, dans San Petronio, que trois mille francs environ.
« Les couleurs de l'Autriche sont jaune et noir, celles de Marie-Louise rose et blanc; que de jolies choses toutes nouvelles Niepperg doit lui dire làdessus ! »
Lorsque Marie-Louise quitta la France, presque tout ce qu'elle réclama comme lui appartenant en propre, lui fut accordé sans difficultés, et l'on dressa un état de ces mêmes meubles dont une partie devait figurer un jour dans le petit musée de Parme. Le voici :
État des meubles appartenant à l'Impératrice
Mairie-Louise, dressé par l'administrateur du mobilier
de la Couronne.
La toilette et tout ce qui en dépend; Le berceau avec sa garniture, etc. ; Un lit en fer avec son coucher et garniture, apporté de Vienne ; Un autre lit en fer avec une partie de ses accessoires,
dépendant d'une garniture de lit en dentelles, donnée par l'empereur Napoléon à l'impératrice Marie- Louise;
Quatre pièces de cachemire provenant des cadeaux faits par l'ambassadeur de Perse.
Depuis l'emballage de ces objets, il a été envoyé au garde-meuble, comme appartenant à l'Impératrice, les articles ci-après :
1° Par le concierge du palais de Gompiègne :
Un petit miroir monté à mettre sur les genoux ; Un chevalet ;
Un métier à broder riche; Un déjeuner en porcelaine ;
Ces cinq articles sont portés sur les inventaires du mobilier pour 5 978 francs.
2° Par le concierge de Fontainebleau :
Un piano apporté de Vienne.
Suivant l'état remis par M. l'administrateur du Mobilier, les objets qui étaient à l'usage de l'Impératrice Marie-Louise, tant aux Tuileries qu'à Saint- Cloud, et qui ont été demandés, sont :
Au palais des Tuileries :
Un métier à broder; Un porte-bobines; Une harpe ;
Un chevalet ; Un écran ;
Ces objets ont été fournis par le mobilier de la Couronne, et valent ensemble 8 220 francs.
Au palais de Saint-Cloud :
Un forté-piano d'Érard, forme de clavecin, nouvelle mécanique, appartenant au mobilier de la Couronne, du prix de 5 000 francs.
Il y avait encore, à l'usage de l'Impératrice :
A Trianon :
Deux pianos;
Une harpe ;
Un chevalet ;
Un métier à broder;
Un miroir à la Psyché.
A Meudon :
Un piano.
Marie-Louise ens'enfuyant avait emporté avec elle, non seulement les diamants de la Couronne, mais plusieurs fourgons chargés d'argent et les papiers de Napoléon.
Le constat suivant, dont je possède un duplicata signé de la main de maître Chodron, établit en effet que le 7 avril, à neuf heures du matin, les caisses du Trésor étaient vides; que les livres de comptabilité
avaient disparu, et que dans les coffres-forts où l'on serrait les diamants de la Couronne, on ne trouva qu'un écrin également vide.
Proces-verbal constatant l'état du Trésor de la Couronne.
7 avril 1814.
« L'AN MIL HUIT CENT QUATORZE, le jeudi sept avril à neuf heures du matin,
« Sur la réquisition de Me Charles-Henry Roux, avocat au conseil d'État, nommé provisoirement trésorier du Domaine extraordinaire, et ce par arrêté du Gouvernement provisoire en date du six avril présent mois,
« Me Roux, demeurant à Paris rue Notre-Dame des Victoires n° 28 ;
« Claude-François Chodron, notaire à Paris, accompagné des deux témoins cy-après nommés, s'est transporté au palais des Tuileries dans les bureaux de la caisse générale du Trésor de la Couronne et du Domaine extraordinaire.
«M. Roux, qui s'était également rendu dans les bureaux et qui s'y trouvait présent, a dit que l'Arrêté du Gouvernement qui le nomme provisoirementTrésorier général de la Couronne et du Domaine extraordinaire, l'a chargé de prendre immédiatement toutes les mesures nécessaires pour la conservation des fonds, effets, registres et papiers appartenant à ces deux Trésors, et requiert ledit Me Chodron de procéder à l'inventorié des caisses, et à la reconnaissance som-
maire des registres, titres, papiers et documents qui se trouveront appartenir auxdits Trésors, et de recevoir les déclarations des diverses personnes qui y sont attachées, afin d'établir autant qu'il sera possible la situation actuelle desdits Trésors, et a signé en pareil endroit de la minute des présentes après lecture faite.
« Et à l'instant ledit M. Roux a été introduit dans le cabinet de M. le Caissier général, par MM. Joseph Lamon, teneur de livres attaché à la caisse desdits Trésors, demeurant à Paris, Faubourg Poissonnière, n° 60; Jean-Jules Gaujac, teneur de livres auxiliaire, demeurant à Paris, rue Saint-Marc, n° 8 ; Antoine- Hippolyte-Victor Malibran, demeurant à Paris, rue des Canettes, n° 28; tous quatre à ce présent, après serment fait par chacun d'eux individuellement dans les mains dudit Me Chodron, en présence desdits témoins, de représenter fidèlement et exactement tout ce qui appartient au Trésor.
«Dans ce cabinet se sont trouvées quatre caisses en bois de chêne dont trois se joignant, placées en face de la croisée, la première dénommée Caisse de la Couronne, la seconde Caisse des valeurs des deux Trésors, et la troisième Caisse du Domaine extraordinaire, la quatrième incrustée dans le mur à côté de la cheminée, dite Caisse des diamants de la Couronne. A l'instant est aussi comparu Claude-Armand Lemoine, portier du Trésor de la Couronne, demeurant dans les lieux où il est procédé, lequel après serment par lui fait entre les mains dudit Mc Chodron en présence
desdits témoins, de représenter exactement et fidèlement tout ce qui, à sa connaissance, appartient auxdits Trésors, a représenté les clefs desdites quatre caisses qu'il déclare luiavoir été remises parM.Dubuisson sous-caissier du Trésor de la Couronne, le mardi vingt-neuf mars dernier à sept heures du matin.
« Ouverture faite desdites quatre caisses, il ne s'y est rien trouvé que quelques cartons vides, et dans l'armoire des diamants de la Couronne un grand étui couvert en maroquin vert, intitulé « baudrier enrichi de diamants » dont l'ouverture a été faite et dans lequel il ne s'est rien trouvé.
« De chaque côté des trois armoires du fond, était un cartonnier composé de dix-huit cartons qui se sont trouvés vuides; au bas de chacun des cartonniers est une armoire dans laquelle il ne s'est rien trouvé.
« Dans cette même pièce est un bureau en bois d'acajou à tiroir et cartons; il ne s'y est rien trouvé, excepté dans le tiroir de gauche diverses clefs étiquetées en partie; dans cette même pièce est un bureau à la tronchée dont les tiroirs ont été ouverts et dans lequel il ne s'est également rien trouvé.
« Dans les deux pièces suivantes, qui sont les bureaux des sous-caissiers du Trésor de la Couronne et du Domaine extraordinaire, perquisition faite dans les tiroirs des bureaux, dans les cases, cartons et armoires qui s'y trouvaient, il ne s'est trouvé que des papiers inutiles et de rebut ne pouvant fournir aucun renseignement.
« Dans deux caveaux intitulés Caisses de réserves,
perquisition faite dans les caisses, il ne s'y est rien trouvé.
« En procédant, ledit sieur Lemoine a déclaré qu'il a connaissance qu'il y a environ un mois, les sommes en or et argent appartenant auxdits Trésors ont été chargées nuitamment sur douze caissons couverts qui ont été conduits dans une cour des écuries du Carousel, où ils sont restés jusqu'au mardi vingt-neuf mars dernier, qu'ils en sont partis sur les sept heures du matin.
« Qu'il est aussi à sa connaissance que le mercredi trente du mois de mars sur l'heure de midi, il est sorti de la caisse desdits Trésors plusieurs sacoches remplies d'or ou d'argent, qu'il ignore où elles ont •été portées, mais qu'il croit qu'on en a chargé un treizième caisson qui a suivi les autres, et a signé en pareil endroit de la minute des présentes après lecture faite.
« Dans un bureau de l'entresol éclairé sur la rue de Rivoli, qui est celui de la comptabilité et de la formation des comptes du Domaine extraordinaire, est comparu M. Thomas-Louis-Marin de Verbois, chef dudit bureau demeurant à Paris, rue Saint-Honoré, n° 367, après serment par lui fait entre les mains dudit Mc Chodron, en présence desdits témoins, de représenter exactement et fidèlement les titres et papiers dépendant de son bureau et appartenant audit Trésor, lequel sur la réquisition de M. Roux déclare qu'il y a environ six semaines il a remis à M. Vallée, directeur des comptes desdits Trésors, les décisions
impériales et les décrets relatifs aux opérations du Trésor du Domaine extraordinaire, plus divers registres de recette et dépense; que les pièces qui lui restent sont justificatives des recettes et dépenses faites pour le Domaine extraordinaire depuis sa formation jusqu'au 31 mars dernier (à l'exception de celles concernant les opérations faites par la Caisse d'amortissement pour le compte du Domaine extraordinaire) lesquelles pièces sont restées en la possession dudit sieur Marin de Verbois, qui le reconnaît et a signé en pareil endroit de la minute des présentes après lecture faite. « Dans un bureau au quatrième étage éclairé sur la cour, connu sous le titre de Bureau deuxième section, est comparu sur la réquisition de M. Roux, M. Louis, François-Marie Legros, chargé de toutes les opérations établissant les recettes tant du Trésor de la Couronne que du Domaineprivé, de laformation des livres généraux el comptes particuliers des débiteurs de la Couronne, de toute la correspondance y relative et de la vérification des pièces de dépense ; lequel après serment fait par lui entre les mains dudit Me Chodron, en présence desdits témoins, de représenter fidèlement et exactement les registres et papiers dépendant de son bureau, a déclaré qu'il a eu en sa possession tous les registres, états, matériaux et pièces de dépenses à vérifier concernant sa place, et qu'il n'en a été rien distrait, lesquelles continuent de demeurer en la possession dudit sieur Legros, qui le reconnaît et a signé en pareil endroit de la minute des présentes après lecture faite.
« Dans un autre bureau aussi au quatrième étage, éclairé sur la rue de Rivoli, intitulé Bureau de la Comptabilité, est comparu M.Jean-Joseph Mélan, chef dudit bureau, demeurant à Paris, rue de Richelieu, n° 38, lequel serment par lui fait entre les mains dudit Me Chodron en présence desdits témoins, de représenter exactement et fidèlement les registres et papiers dépendant de son bureau, a déclaré qu'il a en sa possession toutes les pièces de dépenses vérifiées relatives à la comptabilité du Trésor de la Couronne et du Domaine privé, jusqu'au trente et un octobre mil huit cent treize, lesquelles pièces continuent de demeurer en la possession dudit sieur Mélan qui le reconnaît, et a signé en pareil endroit de la présente après lecture faite.
« Dans un autre bureau au même étage, éclairé sur la cour, intitulé Bureau des Écritures, est comparu M. Georges-Chrétien Baumann, demeurant à Paris, boulevard des Italiens, n° 18, chef dudit bureau, lequel après serment par lui fait, entre les mains de Me Chodron en présence desdits témoins, de présenter exactement les titres et papiers dépendant de son bureau, a déclaré qu'il a en sa possession les copies des journaux et les balances de tous les préposés du Trésor de la Couronne, depuis le commencement de la gestion de M. de la Bouillerie, jusqu'à la fin de février dernier, lesquelles pièces continuent de demeurer en la possession dudit sieur Baumann, déclarant que les Grands- Livres et Journaux et Livres de Valeurs, ont été enlevés de son bureau dans la nuit du vingt-huit au vingt-neuf
mars dernier, et a signé en pareil endroit de la minute des présentes, après lecture faite.
« Dans un bureau au troisième étage, éclairé sur la cour, attenant le logement de M. de la Bouillerie, est comparu M. Emmanuel Wanacker, demeurant à Paris, rue Helvétius, n° 12, teneur de livres du Domaine extraordinaire de la Couronne, conjointement avec M. Lahure, lequel, après serment par lui fait, entre les mains dudit Me Chodron en présence desdits témoins, de représenter fidèlement les papiers de son bureau, déclare qu'on a enlevé audit bureau, dans la nuit du vingt-huit au vingt-neuf mars dernier, les livres constituant la comptabilité du Domaine extraordinaire jusqu'au trente décembre mil huit cent treize, qu'il reste entre ses mains, et celles dudit sieur Lahure, les écritures premières de mil huit cent treize ainsi que plusieurs pièces ayant servi à la confection des comptes, lesquelles pièces continuent de demeurer en la possession desdits sieurs Wanacker et Lahure, ainsi que ledit sieur Wanacker le reconnaît et a signé en pareil endroit de la minute des présentes, après lecture faite.
« Et aussi a comparu M. Nicolas-René Mogé, concierge du palais des Tuileries où il demeure, lequel a dit que les bureaux, tables et autres effets mobiliers étant dans le local occupé par les Trésors de la Couronne et du Domaine extraordinaire font partie du mobilier dudit château, qu'il en est chargé par un état, qu'il n'en a été rien distrait et qu'il en reste charge' conformément audit état; après serment par lui fait entre
les mains dudit Mc Gliodron en présence desdils témoins, que sa déclaration est exacte et fidèle, et a signé en pareil endroit de la minute des présentes après lecture faite.
« Le tout fait en présence de M. Adrien-Marie Lemaître, inspecteur du Trésor général de la Couronne, demeurant à Paris, rue Helvétius, n° 3 1 , et de M. Joseph Nicolas Renac, teneur de livres au Trésor de la Couronne sous la direction de M. Baumann, demeurant à Paris, marché des Jacobins, nô 21, tous deux témoins requis et appelés en l'absence d'un second notaire.
« Il a été vacqué à tout ce que dessus par double vacation depuis ladite heure de neuf du matin, jusqu'à celle de cinq heures sonnées; ce fait, ne s'étant plus rien trouvé à dire ni déclarer au présent procès-verbal, il a été clos à la réquisition de M. Roux pour servir et valoir ce que de raison : et a ledit M. Roux signé avec lesdits sieurs Lamon, Gaujac, Malibran, Bault, Lemoine, et avec lesdits témoins et ledit Me Chodron, notaire, après lecture faite.
« Au bas est écrit : EnregistréàParis le huit avril mil huit cent quatorze, folio 38, cases I et 2, reçu un franc dix centimes compris la subvention. : Signé Gauné.
CHODRON.