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LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE FRANCE

A So7i Excellence M. le baron Louis, Commissaire général au département des Finances.

12 avril 1814.

J'ai l'honneur d'adresser à Votre Excellence une lettre que M. le colonel Despinay vient d'envoyer à M. le

prince de Bénévent. Cette lettre, datée de ce jour, est relative au dépôt des diamants de la Couronne, qui, au rapport de M. Despinay, se trouvent chez Mme de Coindé, près de Blois. C'est Mme de Vène, rue Chapon, au Marais, qui a reçu la lettre d'avis. J'ai l'honneur, etc.

Le secrétaire général du Gouvernement provisoire,

DUPONT (de NEMOURS).

. Pièce jointe.

A Son Altesse le prince de Bénévent, président du Gouvernement provisowe.

12 avril 1814.

Monseigneur,

Au retour d'avoir accompagné Son Altesse Royale Monsieur, j'ai eu l'occasion de découvrir que l'archiduchesse Marie-Louise a laissé son trésor où sont les diamants, chez Mme de Coindé, près Blois. C'est Mme de Vène, rue Chapon, au Marais, qui en a reçu la lettre d'avis. J'espère, Monseigneur, vous l'apporter, et M. le comte de Ferrière, ancien capitaine de vaisseau, qui est de ce pays-là, pourrait se charger de la mission d'être un des députés pour ravoir les diamants de la Couronne et les chevaux.

Il n'y a pas, Monseigneur, un moment à perdre pour celte opération. Il paraît, par cette lettre, que l'archiduchesse a fait un mouvement. Si Votre Altesse approuve le projet d'Arrêté, je la prie de le faire dater d'aujourd'hui, pour que ce soit une opération censée faite avant l'arrivée de Monsieur. Cela ne pourra que lui faire plaisir.

Monseigneur, vous m'aviez chargé de vous présenter ce projet et de vous donner les détails où se trouvait ce dépôl

précieux. Demain entre huit et neuf, j'espère vous remettre la lettre d'avis.

Je suis, avec une haute admiration,

de Votre Altesse, etc.

DESPINAY

Il fallait agir : le baron Louis écrivit à son tour au Commissaire des Bâtiments, le priant de faire le nécessaire afin que la Couronne rentrât en possession de ses joyaux.

« Paris, 13 avril 1814.

« Veuillez, mon cher ami, écouter M. le comte de Ferrière,qui a été, comme commissaire du Gouvernement, faire reprendre les autorités à Chartres, et qui s'offre pour aller réclamer un dépôt de diamants fait par l'Impératrice à une dame de Coindé, près Blois.

« Votre tout dévoué,

« louis. »

Il fut fait selon les désirs exprimés par M. Despinay. Et afin de mettre Monsieur à son aise, l'Arrêté du Gouvernement provisoire, enjoignant au Directeur des Domaines de faire reprendre tout ce qui appartenait à l'état, est daté en effet du 13 avril 1814. Le voici, a\vC la lettre d'envoi de M. de Vitrolles :

« Paris, 13 avril 1814.

« Le Gouvernement provisoire enjoint à M. le Directeur du Domaine de la Couronne de prendre les me-

sures nécessaires pour recouvrer les chevaux, voitures, vins, livres, diamants, bijoux, et tous les autres effets, qui ont été enlevés ou distraits des Maisons Royales, et de ne laisser sortir aucun de ceux qui y sont demeurés.

« Le prince de Bénévent.

« Le duc de Dalbert.

« Le général Bournonvillè.

« L'abbé de Montesquiou.

«François de .Tau court

« Par le Gouvernement provisoire, :< Le secrétaire général du Gouvernement provisoire, « DUPONT de NEMOURS.

« Pour copie conforme,

« Le secrétaire d'État provisoire,

« Baron de VITROLLES. »

A M. V Intendant du Domaine de la Couronne,

« Monsieur le baron,

« Le Gouvernement provisoire, par son Arrêté du 13 de ce mois, dont j'ai l'honneur de vous adresser copie, vous ayant enjoint de prendre les mesures nécessaires pour recouvrer les chevaux, voitures, vins, livres, diamants, bijoux, et tous les autres effets qui ont été enlevés ou distraits des maisons royales, et de ne laisser sortir aucun de ceux qui y sont demeurés, je crois remplir les intentions du Gouvernement et celles de Son Altesse Royale Monsieur, lieutenant-général du

Royaume, en laissant à votre sagesse le soin de répondre ce que vous jugerez le plus convenable à la demande que le duc de Vicence vous a faite au nom de Bonaparte pour que les chevaux, les équipages, les bibliothèques des Tuileries et de Saint-Gloud et sa cave, lui fussent rendus, et toutefois en vous renfermant dans la teneur de l'Arrêté précité. « J'ai l'honneur d'être, etc.

« Baron de VI TROLL ES. »

C'était laisser à l'intendant du Domaine le choix des termes dans lesquels devait être conçu le refus opposé à la demande de Bonaparte. On n'accorda pas en effet à l'homme qui» la veille encore, était l'arbitre de l'Europe, les livres et les quelques bouteilles de vin qu'il réclamait pour son usage personnel.

Les bibliothèques qui se trouvaient dans le cabinet de l'Empereur aux Tuileries et au palais de Saint- Gloud, étaient peu importantes, — celle des Tuileries, un millier de volumes, celle de Saint-Cloud, huit ou dix mille, — parmi lesquels se trouvaient néanmoins certains ouvrages précieux et fort rares. Quant au vin, il faisait partie d'une petite cave des Tuileries connue sous le nom de cave de réserve. Elle était formée de vieux vins donnés en cadeau par diverses Puissances et de quelques autres crus choisis, — entre autres de 1 210 bouteilles de Tokay dont l'empereur d'Autriche avait fait présent à son gendre, et d'une pièce de vin du Rhin, également

un présent du maréchal Kellermann. Le tout était évalué environ 60 000 francs.

Voyons maintenant comment Imbert de Saint- Amand, l'historien qui depuis quelques années a su conquérir une si grande place, justement méritée, relate, en s'appuyant sur Meneval, l'épisode des diamants1.

« La nuit du 8 au 9 avril fut employée tout entière par l'Impératrice et par les personnages de son entourage aux préparatifs du départ qui devait s'effectuer le lendemain. Le 9 avril, de grand matin, M. de Meneval se rendit chez la souveraine.

« Il la trouva inquiète de la manière dont se passerait le voyage. Elle se fit apporter les diamants de la Couronne, dont elle ne savait trop que faire. Sachant qu'elle allait avoir à traverser des postes de cosaques, elle craignait le pillage de ses voitures; elle pensait à porter sur elle les parures, ne doutant pas que sa personne ne fût respectée. Restait le glaive impéria sur lequel avait été monté le fameux diamant qu'on appelle le Régent, et dont la lame était embarrassante. M. de Meneval voulut séparer cette lame de la poignée. N'ayant à sa disposition aucun instrument propre à cette œuvre, il plaça la lame sur un des chenets de la cheminée de l'appartement de l'Impératrice, et la rompit. Il cacha la poignée sous ses habits, et regagna sa voiture, non sans trembler pour la sûreté de

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