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ladite chambre et les laisser ensemble une heure et demie ou deux heures au plus ; et ainsi se retira la dite dame Reine et tous ceux qui étaient entrés avec elle en ladite chambre, pour laisser consommer ledit mariage. G^ que le Roi fit par deux fois ainsi que lui-même Ta avoué, et les dites nourrices l'ont véritablement rapporté. Et après, s'étant un peu endormi et demeuré un peu davantage à cause dudit sommeil, il se réveilla de Jui-même et appela sa nourrice qui lui rebailla ses bottines et sa robe, et puis le reconduisit à la porte de la chambre au-dessous de laquelle, dans la salle, l'attendaient les sieurs de Souvray, Hérouart, Béringhem et autres pour le reconduire en sa chambre, où, après avoir demandé. à boire et avoir bu, témoignant un grand contentement de la perfection de son mariage, il se mit en son lit ordinaire et reposa fort bien tout le reste de la nuit, étant pour lors environ onze heures et demie. La petite Reine de son côté se releva au même temps que le Roi fut parti d'auprès d'elle, et rentra dans sa petite chambre et se remit en son petit lit ordinaire qu'elle avait apporté d'Espagne.
C'est là véritablement ce qui se passa pour la consommation du dit mariage.
Ce document avait été à dessein distribué aux membres du corps diplomatique, qui, à en croire le texte des dépêches envoyées par eux à leur gouvernement, n'y ajoutèrent qu'une foi médiocre. Ainsi l'Envoyé de Mantoue mandait à son maître : « La nuit passée, les époux ont dormi ensemble, et, s'il faut croire ce que Von dit, — formule bien dubitative
io6 LE GAblNfit SECRET PE L^mSTOIRE
comme on voit, — Iç Roi s'est comporté en bon et brave eavalier. »
Le brwit qu'entretenait la Reine-mère était un bruit controuvé. « Bien quî! le Roi en ait dit, et malgré la prétendue assurance des nourrices, il est manifeste que cette réunion des époux n'avait eu rien que de fictif* ... Si le Roi avait réellement consommé son mariage ce même soir, où serait la raison qui l'eût ensuite décidé à ne partager une seconde fois le lit de la Reine que quatre ans après ^ — sans que, pour cela, on connût personne, à la Cour ou ailleurs, qui eût capté non pas seuleipent ses sens, mais mêpie ses sentiments ^ ? »
Les relations du Roi fivec M^^^ d*Hautefort sont, en
* « La consommation était purement illusoire et le toi avoua plus tard qu'il n'avait conservé que de douloureux souvenirs de cetle nuit de noce... Ce mariage d^enfants n'était qu'un simulacre d'Mni^n ninlviqipnUle... A c^t âge, le jeune homme était peutrêlre tout à fait ignorant de l'œuvre de la chair. Peut-êtfe s^ussi que les deux tentatives constatées par la relation officielle ne produisirent que douleur et fatigue, et que le premier essai de virilité, qui avait étonné et efifr^yé Tadolescen^ découragea Ou dégoûta par la suite le jeune homme. Il se pourrait aussi que la leçon du procès-verbal ne fût pas la véritable. » La Médecine à travers les sibcles^ par le
^ Ce ne fv^t qu*en i^rg, ainsi que nous Tapprend le capucin Joseph dans la lettre à laquelle nous avons, plus haut, fait allusion, que commença la cohabitation. Louis XIV ne devait naître que près ^e vingt fine plus tard.
. ^ Le Rai chez (p Rfi\j\e, é4ition çitéç, p, 200.
LOUIS XIII MÉHÏT^-T-ÏL P*ÊTRP APPELÉ (( IZ CpASTE )) > |P^
effet, postérieures à 1630 ; et son inclination pour M"' de Lafayette ne se manifesta que plus tard.
Quelle était, au juste, la nature de ces relation^? Cette question mérite examen, puisqu'elle nous perr mettra de répondre à cette autre, qui a servi de titre au chapitre d'histoire que nous écrivons : « I^ouis XIIJ mérita-t-il d'être nommé le Chaste ? ï> Eh bien, ces relations furent toutes platoniques. En ce qiii concerne M"« d'Hautefort, nouç rapporterons seulement ce passage des Mémoires de M*"® de Mottevillç,
« La reine, à qui elle fut donnée d'aJ)ord povir fiUe d'honneur, la voyant naître (cette inclination) dans l'âme de ce prince si farouche pour le» dames, tâcha de l'allumer plutôt que de l'éteindre, pour gagner ses bonnes grâces par cette complaisance ; n^ais la dévo^ tion du Roi Tii qu'il s'y attacha si peu, que j'ai ouï dire depuis à la même dame d'Hautefort qu'il ne lui parlait que de chiens, d'oiseaux et de chasse ; et je l'ai vue avec toute sa sagesse, en me contant pette his-. toire, se moquer de lui, de, ce qu'il n'osait approcher d'elle quand il l'entretenait. »
Pour M"« de Lafayette, il se montra plus tendre, sans être jamais allé au delà de ce qu'implique ce qu'on a nommé depuis une « amitié amoureuse ».
D'où venait donc cette aversion inexplicable pour les femmes, et surtout pour la très jolie femme * qu'é-
\ a pile éUit blonde, et blonde ^ n^vir, à l'excès mdfna. )), dit
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tait la jeune épouse du Roi? Par quel phénomène, physique ou moral, ce prince, de constitution plutôt robuste, en tout cas ni débile ni chétif, en arrivait-il à commander à ses sens, plus qu*à ses gens ? Il avait été pourtant, dans sa prime jeunesse, plutôt décidé, tant en actes qu*en propos. Nous en avons cité maints exemples, nous en produirons quelques autres, empruntés, comme les précédents, au journal de son médecin.
Le 12 avril 1607, il doit assister à la cérémonie du « lavement des pieds ».
On lui demande, dit Héroard, s'il lavera pas bien les pieds aux pauvres. Ho I que non, répond-t-il, je les laverai aux JilleSt mais pas aux garçons.
Le 15 juin de la même année, on le mène chez le Roi son père.
lord Herbert, qui la vit un an après son mariage. Elle avait « les mains les plus belles du monde» les plus fines et les mieux faites ». A. Baschbt.
« Ses yeux sont grands et beaux, dit M"* dii Brégy, dans le portrait qu^elle a esquissé d'après ce charmant modèle ; sa bouche peut servir de modèle à tous les peintres. Pour ses bras et ses mains, ils feroient honte à la plus parfaite sculpture. Pour le reste de son corps, il n'est que la seule modestie qui le fait cacher. Tout cela est accompagné d'une fraîcheur et d'une propreté, qui donlieroient lieu de penser que l'ambre et le jasmin seroient entrés dans la composition de son beau corps. » Voy. les Mémoires historiques et critiques et Anecdotes des reines et régentes de France^ par Dreux du Radier, édit. de 1776, t. VI, p. 217.
LOUIS XIII MÉRITÀ-T-IL d'ÊTRE APPELÉ (( LE CHASTE »? lOQ
M"* la Duchesse de Rohan lui dit : Monsieur, baisez moil — Je baise point de femmes, je baise que des filles, répond M. le Dauphin.
(( Se prend, contre sa coutume et son naturel, ajoute lo brave médecin, à baiser des petites filles, sur toutes la jeune "Vitry. « fen vea, disoit-il, à la petite Vitry », et la tiroit à part. Le jour précédent, M. de Verneuil lui avoit dit : Mon maUtre, baisons toutes les filles, il les faut baiser. Et il disoit à Madame : Ma sœur, amène moy la petite Yitry ^... »
Comment, après avoir tenu de tels propos, Tenfant, devenu jeune homme, fut-il si subitement réservé? Etait-ce de Timpuissance ou de la frigidité ' ? Ou est-
* Cité dans Le Roi chez la Reine, P* ^94.
* La médecine appelle cet état particulier anaphrodisie, ou absence de l'appétit vénérien. Des organes affaiblis, une abstinence prolongée, peuvent en être la cause ; mais on peut incriminer aussi l'onanisme, les excès, les goûts socratiques, etc.
Ce pouvait être encore de V inhibition génitale, phénomène commun chez les neurasthéniques , et que la suggestion seule peut parvenir à dissiper. Le résultat, en tout cas, était le même que s'il se fût agi dUmpuissance réelle {impotenlia coeandi, bien entendu). Et cet état eut des conséquences que l'histoire a enregistrées. On a écrit (Pierre DuPOUR, Mémoires carieuXf etc.) que « l'objectif principal de la conspiration de Ghalais, dans laquelle Anne d'Autriche avait trempé indirectement, consistait dans le divorce et la déposition du roi, qui eût été déclaré impuissant, tandis que son frère, Gaston d'Orléans, aurait régné à sa place, en épousant la reine. Rien ne parait plus vraisemblable que l'amour du duc d'Orléans pour sa belle sœur, et cet amour, que la reine avait l'air de partager, fut probablement la* cause des révoltes et des prises d'armes de Monsieur, que la jalousie du roi surveillait sans cesse. Au reste, Gaston ne se dissimulait pas que la stérilité de la reine ne provenait que de la rigidité du roi. »
ce plus particulièrement à la princesse, dont l'esprit politique avait dicté le choix, que serait imputable la responsabilité de cette continence insolite ?
Nous avons établi déjà, qu'au moins avant le mariage, le Dauphin ne voyait pas d'un trop mauvais œil la femme qu'on lui destinait. On l'avait» du reste, soigneusement entretenu dans l'idée de cette union et il n'y répugnait pas» bien au contraire, puisqu'il parlait de l'enlever, s'il était nécessaire, même de force. On ié soUvieiit de son mot : « Eh ! il la faudra aller prendre In. Devons-nous en tirer la conséquence iju^il ë'était fait dans la personne du prince une « modification d'humeurs », ainsi qu'on disait jadis, telle qu'il soit arrivé à concevoir de l'aversion, non pas seulement pour les femmes, en général, mais pour celle qui, d'après tout ce qu'on aurait pii présumer, était le plus capable de faire parler ses sens ? Ceci ne nous expliquerait pas, au surplus, son éloignement pouf n'importe quelle femme.
On a essayé d'attribuer cet éloignement aux habitudes vicieuses, au jeu solitaire, auquel son médecin nous a dit qu'il se livrait, étant enfant. D'autres n'ont pas craint de porter contre Louis XIII l'acciisation d'inversion sexuelle *. On a soupçonné surtout ses favoris de Luynes et Cinq-MarSé
' Jagobt, Etudes sur la sélection, p. 4oa.
« Jusqu^ci» écrivait le D' Guardia en i865 (La Médecine à travers les slhclet), aucun doeument n'auCorise un soupçon fondé sur la na-
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Pour de Luynes, il paraît bi,ett avéré que la feiveui: dont il jouit, il la dut surtout à soii talent de fkUëOnnier, à l'art qu'il déployait à dresser des pies-grîêchës, ou à sonner du cor a sans baver dedans >i.
Les soupçons seraient peut-être plus fondés à l'égard de Cinq-Mars, que Louis XIII fit souvent coucher auprès de lui S ce qui ne l'empêcha point de le laisser décapiter. Cependant, même à l'égard de Cinq-Mars, s'il y a des présomptions, il n'y a pas de certitude. Observons toutefois, avec le D"^ Guardia, qui s*est efforcé, lui aussi, de débrôUiliër là psychologie de Ténigmatique Louis XÎÎI, que Tàlleihant des Réaux a dit expressément, parlant dès amours dé ce rôi, que c'étaient « d'étranges attiourS » ; et que ce piètre monarque était un piètre sire, quand il se trouvait en présence du sexe qui ne nOUs pardonne rien aussi aisément que l'offensive.
Si l'on a été jusqu'à émettre l'hypothèse de l'existence d'une aberration génèsique chez Louis Xltl, c'est que, généralement, les instincts contre nature étouffent ou excluent les instincts naturels ; et que
ture des relations qui formaient comme un lien indestructible entre le favori et le prince. Mais je ne serais pas étonné que l'histoire, qui est une enquête perpétuelle, nous fit quelques révélations d'un nouveau genre, et nbus pourrions bien avoir un Jour le vrai secret de cette faveur aussi ettraordinaire par son origine que par sa durée ».
* Cf. Uranisme et misexmlitéf par Marc- André Rapfalovitch, (1896), p. 100.
lia LB CABINET SECRET DE L HISTOIRE
« c'est Taberration qui constitue le vice, plutôt que l'exercice excessif d'une fonction physiologique ou légitime ». Il en est, il est vrai, chez qui l'instinct vicieux coexiste avec l'instinct naturel.
Pour Louis XIII, force nous a été d*explorer le domaine de la pathologie, car son « cas » en relève à bien des points de vue.
Est-il normal, est-il physiologique, qu'il soit resté pendant quatre ans sans consommer son mariage ?
On a fait remarquer, très judicieusement selon nous, que l'idée d'un rapprochement pouvait bien paralyser le jeune prince *, surtout si les première^ tentatives n'avaient pas été couronnées du succès qu'il
^ Le jour de son mariage, il était si peu confiant en ses moyens, que « M. de Grammont et quelques jeunes seigneurs lui faisoient des contes gras pour V assurer; il a voit de la honte et une haute crainte ». Nous avons souligné les mots qui importent, dans le texte d'Héroard (II, i86.)
Une fois « assuré », il « prend sa robe et va à la chambre de la Reine à huit heures, où il fut mis au lit auprès de la Reine sa femme, en présence de la Reine sa mère ; à dix heures un quart, il revient ^ après avoir dormi environ une heure et fait deux fois, à ce qu'il nous dit ; il y paroissoit, legl... rouge. » Héroard, loc. cit.
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espérait ou du plaisir qu'il avait rêvé *. Peut-être ne fuyait-il le combat que parce qu'il ne se sentait pas assuré de la victoire. Selon le mot d'un homme d'esprit, ce mari ajournait indéfiniment le règlement de ses comptes, comme un. débiteur insolvable.
En présence de cette froideur, à laquelle ils ne comprenaient goutte, les courtisans s'avisèrent d'un expédient qui témoignait d'une certaine ingéniosité. Mais ici le sujet étant de plus en plus délicat, nous passons la plume... au nonce du pape I
Voici comment s'exprimait le fin diplomate qu'était le nonce Bentivoglio :
On croyait très fort que cette fols, à Saint-Germain» le roi se déciderait à coucher avec la reine et à jouer jusqu'au bout son rôle d'époux ; mais il n'a soufQé mot à ce sujet, soit que la honte le retienne, ou que son énergie ne soit pas encore Suffisante. Il en est qui lui conseillèrent de s'essayer préalablement avec une femme mariée ou ayant déjà quelque expérience, et de ne point faire ses premières preuves avec une vierge^ mais son confesseur le détourne de commettre un tel péché, et jusqu'ici ce bon avis l'emporte et remportera, on l'espère, jusqu'au moment attendu, lequel finalement ne
' D^une dépêche du nonce Bentivoglio, postérieure à la consomihation du mariage, nous extrayons ce passage confirmatif :
« En somme, le retard ne provenait *que delà froideur du roi. Il craignait aussi de rencontrer dans cet acte des difficultés au-dessus de ses forces, frappé surtout comme il Tétait du souvenir de son primo congresso à Bordeaux, qui non seulement était demeuré sans effet, mais même ne lui avait laissé qu'une impression désagréable. »
ili U GABUfBT SECRET DE L*BISTOIE£ <
pourra longtemps se faire attendre. Ces Espagnols, si ardents, se désespèrent, et disent que le roi n*est bon à rien. Son père «ttssi commença tard ^ . ,
Lie monsignor exagère» ou plutôt ce qu'il écrit n'est pas Texpressiôn exacte de sa pensée^ Louis XIII ne commença pas tard, puisque jamais, à vrai dire, il n'eut une réelle indinatioii pour une £emme. Etait-ce mauvaise Volonté ? Il assurait, au contraire» son confesseur, qui le chapitra longtemps là^èssus» de son brûlant désir de rendre ses*hommages à la reine; mais il ne voulait pas^ ajoutait-il aussitôt, coinmencer de trop bonne heure, : afin dé se ménager pour l'avenir *..... .
Pendant ce temps, la. jeuiie reine se désespérait. Elle soupirait sans cesse après le jour — ou la nuit -r qui lui donnerait un époux « en chair et en os »•. Cest le nonce lui «même qui nous en instruit et on pwt le croire sur parole : •
EU est, écrit^il, toujours dans l'attente de eetle biesH
• ^ OépAcha dtt 17 jamtier i6t8, {lubliée par Armand Bascket et truite par le ^D'^Xjuanlia. (op. ci^ y p. 325).
^ « Gomme on lui reprochoit de ne pas aller Toir la Reine (4 juitt 161 7), U répondit que cela l!éehauffoit. 9 HéaoARD, II, ai a.
« Le roi obuchoit fort rarement avec elle, dit TaUeman^ des Réaux. On «ppeloit cela mettre le. dievèt, car la reine n'en mettoit point, fiour l'ordinaire. Il dit/ quand on lui vint annoncer que la reine étoît ^04to : « Il £aUt donc que ce £oit d'un tel temps ». Pour une pauvTO £fH»f il pMuoit quelque rafraichissem^ni et on le saig^noit aouveot : odà ne 'servoit pas k sa santé. »
LOms XIII MÉRITA-T-IL D*ÉTRE APPELÉ « LB CHASTE )) ? Il5
heureuse nuit qufs le roi devra passer avec elle et qui ne finit point d'arriver *.
Elle devait arriver pourtant ; mais il fallut, pour décider le frigide souverain, un stimulant particulier, un aphrodisiaque de haut ragoût.
Le 20 janvier 1619, eut lieu la cérémonie du mariage du duc d'Elbœuf avec M"* de Vendôme. La nuit arrivée, le roi se fît introduire dans la chambre nuptiale ; bien mieux, u il voulut être présent sur le propre lit des deux époux, afin de voir se consommer le mariage, acte qui fut réitéré plus d'une fois, au grand applaudissement et au goût particulier de Sa Majesté... » On affirme que M"« de Vendôme, — fille de Henri IV, ne l'oublions pas, — aurait même dit à cette occasion : « Sire, faites, vous aussi, la même chose avec la reine, et bien vous ferez *. » Cinq jours après, se souvenant encore de la leçon que lui avait donnée sa sœur — de la main gauche, il s'exécuta, mais ce ne fut pas saris bien des façons. Son ami de Luynes dut intervenir pour vaincre ses dernièrps hésitations, .
A onze tieufeiB, M. de Luyties entre dans la chambre du
roi, et il l'engage à se lever pour se rendre chez la reine. Le
roi battait froid. Le favpri le persuade, il le prié,, il le sup-
' Dépêche du î 9 décembre 1618, loc^ cil, . . - ^^
* Dépêche de rajpcibassadeur de Venise, !oc. ci^ ^ . .5
ilé LE CABINET SECRET DE L^IISTOIRE
plie, le roi résiste, puis il cède, et Sa Majesté est ainsi conduite, presque portée, aux appartements de la Reine, d*où Luynes revient aussitôt, et où le roi reste. Ainsi fut introduit le roi chez la reine par M. de Luynes, premier connétable ^
La consommation du mariage * eut lieu le 25 janvier (1619) ; mais la lune de miel ne devait pas longtemps se prolonger '. Le roi allait vivre de longues années avec la reine, « comme s'il eût été séparé d'elle ».
La stérilité d'Anne d'Autriche ne cessa qu'en 1637 : on n'ignore plus dans quelles circonstances *. Depuis quelques mois, la reine faisait dire des prières pour que le Ciel * la rendit mère. Elle envoyait des ex-voto
* Le Roi chez la Reine, par A. Babchbt.
« Nous renvoyons, pour les détails, à l'excellent ouvrage de M. Baschet ; nous ne trouvons rien à y ajouter sur ce point.
3 Le i8 mars de cette même année, à lo heures et demie du soir — Héroard est toujours précis ^ « vêtu en robe, il va chez la Reine cum voîuptate » (II, aSa). Le a3 septembre 1620 (on voit que les visites du jeune roi au lit conjugal étaient assez espacées — et le vieux médecin ne néglige pas de nous aviser chaque fois'que le fait se produit) — le roi couche de nouveau avec la roîne, « de 10 h. i/a à I h, 3/4. — Le 7 décembre, couche pendant un heure. » héroard, t. H.
♦ Cf. Lettre du Pire Caussion à 'Af^'« de La Fayette ; V. Cousin, Af"* de Hautefort ; Journal de Mathieu Marais ; Mémoires de M"« de Motteville, etc., etc.
'^ Dans le temps que la reine Anne d'Autriche était grosse de Louis XIV, après une stérilité de vingt années, le^curé de Saint- Germain-rAuxerrois, qui était un assez bon homme, annonça cette bonne nouvelle danà un de ses prônes, v Si la reine, dit-il, nous
LOUIS XIII MÉRITA-T-IL d'ÊTRE APPELÉ (( LE CHASTE »? II7
à l'église de saint Isidore, patron de Madrid, qui jouissait de la réputation que les païens attribuaient à JunonLucine. Le père Bachelier fut même dépêché par elle auprès du roi d'Espagne, pour obtenir de son frère un bras de la sainte relique, afin de subir de plus près la sainte influence qu'elle sollicitait, influence qui, chacun le sait, diminue comme le carré de la distance ^
Au commencement de décembre, le comte de Brienne, ayant trouvé la reine « plus rêveuse qu'elle n'avait coutume de l'être et les yeux fort chargés y>, prit la liberté de lui rapporter les espérances que concevaient ses amis. Elle rougit et changea aussitôt de discours. « Le bruit, ajoute Brienne, devint général, avant que l'on eût des indices infaillibles de cette heureuse grossesse '. »
La plupart des auteurs contemporains • et, d'après eux, les historiens de nos jours, ont émis des doutes sur la légitimité de Louis XIV. Il est certain que toutes les apparences sont pour confirmer ces doutes. Anne d'Autriche elle-même était si peu sûre d'en faire accroire sur ce sujet, « qu'à peine eut-elle fait sa
donne une princesse, nous n'en serons pas plus avancés à cause de la salique. Ainsi prions Dieu qu'elle ait un prince dans ses entrailles. Au reste, il y a ce qu'il y a ».
* Raspail, Revae Complémentaire des Sciences appliquées à la Mé^ decine et pharmacie , i** septembre 1867, p. 61.
^ Mémoires f édit. Michaud, IIP série, t. III^ p. 69.
' y. les pamphlet^ de la Fronde, les Lettres de Gui Patin,, etc
ir8 VE CABIIIET SECRBt Dft L*HlSTOme
déclaration de grossesse, elle se réfugia dans le Valde-Grâce, comme dans un fort, â l'abri et des yeux des argus et des soupçons de son maître, qu'elle n'approcha plus * ». Elle sentait si bien qu'une justification était nécessaire, que l'on peut regarder comme un plaidoyer pro domo le fragment de» Mémoires de sa confidente intiinç, M">« de Motteville, qui se rapporte à l'épisode.
Voici ce que nous conte cette bonne dame.
M"« de la Fayette s'était retirée du monde. Le roi l'allait voir au couvent où elle s'était retirée.
On crut même que ce fut un jour qu*étant demeura tard k ce couvent, il fit un ai mauvais temps qu'il fut obligé de demeurer au Louvre, ou il n'j avait point d'autre lit que celui de la reim. Quoi quil en soit (sic), pe.fut alors (le 5 septembre X 638) qu« Dieu donna à la France le roi régnant aujourd'hui, cet auguste prince Louis XIV, qui fut nommé du peuple Dieudonné * /
Celui qui a reproduit avant nous ce passage a fait ressortir les inconséquences et les invraisemblances qu'il renferme. Nous nous bornerons à reproduire, en nous y associant, les réflexions qu'il lui a suggérées.
Et d'abord, M"'® de Motteville est la seule à parler de ces circonstances» dont ja portée était pourtant si
^ Raspail, Iqc. cii,
^ Mémoires de M"** de Motteville^ t. I, p. 80,
LOUIS XIII MÉRÎTA-T-It p'tTRB APPEL* « LE CHASTE »? II9
grande. Elle en parle comme d'un on-dit, elle qui pouvait se renseigner à la source.
... A qui fera-l-on croire que oe roî si pudique et qui éprouvait une telle répugnance du côté de la chair, lui qui n'aurait pii supporter le frôlement de la robe d'une femme amie sans rougir, comme un c6upa()le rougit d'une action honteuse ; que ce roî se soît montré tout i coup entreprenant envers la femme qu*ii détestait, lui dont Tâme chaste aimait aîlkurs, et àîmait une personne si digne de l'être, et dont le souvenir seul commandait la pudeur et le respect ? Comment concevoir qu'à celte époque le Louvre ne renfermât qu'uh seul lit, comme après une prise d'assaut et la dévastation d'une forteresse, et comme si le Louvre se fut trouvé alors dans un désert ? Où couchèrent donc ses gens, car le roi ne voyageait pas sans escorte ? Aussi M"' de Motteville s'empresse-t-elle de faire justice de cette hypothèse par un quoi quil en $oii qui là met à néant et la bille comme à la plume.
Mais le rapprochement des dates de certains faits va nous démontrer encore mieux l'impossibilité d'une cohabitation entre Louis XIII et Anne d'Autriche.
Louis XIV étant né le 5 septembre i638, il est évident que la rencontre fortuite et nocturne aurait dû avoir lieu vers la fin de 1687 ; on dît, d'un autre côté, que le rapprochement de ces époux ennemis se serait opéré dans un appartement du Louvre. Or, c'est en Tannée iGS-y, d'après de Bassompierre, que, sur les ordres du roi» une visite domiciliaire se serait effectuée au Val-de-Grâce, qu'habitait alors Anne d'Autriche. Ainsi, la*- rcînê était réfugiée au Vahde-Grâcc, et la
laO LE CABINET SECRET DE L HISTOIRE
légende nous la montre habitant une modeste chambre à un seul lit au Louvre, comme si le palais du Louvre eut été une ruine abandonnée I
La reine était en suspicion de haute trahison auprès de son époux de nom, si soupçonneux de sa nature et si peu susceptible de revenir d'une fâcheuse impression ! Et la légende suppose qu'en un instant la réconciliation se fit, comme un armistice, pour quelques heures, et que la haine reprit son cours le Jendemain comme auparavant ; et qu'enfin, un sentiment asssoupi pendant vingt ans, encore plus dans l'impuissance que dans la répugnance, se serait réveillé et puis éteint de nouveau, en l'espace de quelques heures. Cela se voit dans les œntes des fées ; mais cela est de toute impossibilité dans la logique des passions humaines et surtout dans les lois de la physiologie ; un enfant de quarante ans ne devient pas ainsi nubile en un instant, pour retomber ensuite dans l'enfance de sa constitution avortée *,
Tout le monde est donc à peu près d'accord sur la bâtardise du grand Roi ; on diffère seulement sur le nom du père putatif. Les uns désignent le marquis à'Ancre ; de là ce couplet, tiré d'une chanson de l'époque :
Si la reine allait avoir Un enfant dans le ventre.
Il serait bien noir.
Car il serait d*encre.
D'autres ont nommé le duc de Buckingham ; d'autres
* V. Revue complémentaire, ^uïïLei 1867, t. III, p. 878.
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enfin, le cardinal de Richelieu lui-même, comme l'indique une chanson composée à la mort du Roi-Soleil *. Ce qui est certain, c'est qu'on ne retrouve en aucune façon, chez Louis XIV, une ressemblance physique avec Louis XIIL
Maig 11 n'egt pas que cet argument de physiognomonie pour déterminer le jugement de ceux qui ont* émis des doutes sur la paternité de Louis XIII ; il y a encore et surtout les raisons que nous avons tout au long exposées, et que les antécédents de ce roi ne font que confirmer.
A ceux qui nous blâmeraient d'avoir voulu pénétrer les secrets d'une alcôve royale, à ceux-là nous répondrons que si la recherche de la paternité n'est pas autorisée par nos lois, nous ne sachions pas qu'elle soit interdite à l'historien.
* Noire confrère Wilkowski en a publié les premiers couplets, dans ses Curiosités historiques sur les Accouchements,