HENRI IV
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placer ' dans la première quinzaine du mois d'octobre 1592 ».
d'Hespagne, qui estoit la bataille qu*on vouloit donner. Le Béarnois aussi ne se mouroit plus, mais estoit malade d'une maladie de bourse, mal ordinaire et fort commun de ce temps.
« M. Rose, quipreschoit à Saint-Germain le Vieil, où estoientles prières, dit que pendant que cesie bonne Roine, ceste tointe Roine (entendant la Roine de Navarre) estoit enfermée entre quatre murailles, son mari avoit un haras de femmes et de putains ; mais qu'il en avoit esté bien payé et en avoit ses parties bien eschauffées (entendant ce mal aux bourses qu'ils disoient qu'il avoit). » Journal de VEstoilcy t. Y, p. 181- 183. Il s'agissait, en somme, d'une orchi-épididjmite, très probablement d'origine gonococcienne. -
^ u Un peu avant la mi-octobre, le Roi s'en alla & Monceaux, terre qu'il avoit donnée à sa maîtresse ; comme il avoit commencé d*y faire une diète, il tomba malade d'une rétention d'urine, accompagnée d'une grosse fièvre et de fréquentes défaillances de cœur. Ces "symptômes d'abord firent craindre qu'il ne fut proche de la mort : mais la cause de son mal ayant été habilement coupée, il fut aussitôt soulagé, et se leva deux jours après », Mézerât, Abrégé chronologique de l'Histoire de France, tome X, p. 97-98.
« Avant cette négociation, le Roi avait été fort mal d'une rétention d'urine, causée, disoit-on, par une excroissance dans le conduit de la Y... Le péril avoit été si grand que, croyant mourir, il avoit commencé à disposer du Gouvernement dans la minorité de son fils...» Mézerat, op, cil,, p. 2^3.
* Extrait du Journal inédit du rhgne de Henri IV, par Pierre de Lestoile, à la date du 8 octobre 159a :
« Le jeudy, 8* de ce mois, le roy (Henri IV), estant àMousseaux, se trouva saisi de la fièvre pour s'estre eschauffé à jouer au palemail, et après lui survint une inflammation de la verge, pour laquelle il le fallut saigner du pied en l'eau, ce qui l'allégea ». Cet a allégement » ne fut pas de longue durée ; car, vingt-deux jours après, le Béarnais ne pouvait plus uriner, et il fallut toute l'habileté de Ma-
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Henri IV aurait contracté l'afFection, dont nous allons un peu plus loin préciser la nature, étant de passage dans la bonne ville d'Agen *. D'autre part, si^ nous nous en référons à Sully ', les premiers S3rmptômesdu mal remonteraient au mois de mai, tandis que, d'après Bassompierre \ la maladie aurait éclaté
rescot et de Martin pour le tirer de ce mauvais pas {Ephémérides de V Union médicale ^ parle D* A. Chereau, dans la collection de ce journal, de 1860- 1873).
* « La Satyre M. S. intitulée Articles de Paix entre le Roi E. M. du Maine, porte à l'Art. 28, qu'Informations seront faites se^ cretement contre celles qui ont baillé la V... aux chefs des deux Partis^ excepté les Dames de Montmartre E. de Senlis : ce qui suppose à regard du Roy, que s'il avoit quelque incommodité vénérienne, ce ri'étoit pas un mal invétéré, puisqu'il ne lia ses intrigues avec l*Abbesse du Mont de Mars qu'en iBgo, pendant le siège de Paris : mais ayant passé pour constant que ce Prince avoit une carhosité, qui le mit un jour en danger de la vie, il y a bien de l'apparence que c'étoit là quelque vieux reste de la maladie, qu'on veut qu'il eût pris à Agen...» Journal de VEstoile, t. V, p. 1 84.
* « Pour les instructions générales dont j'ai parlé, le roi remit à les dresser à Fontainebleau, dont il prit le chemin, suivi de toute sa cour et devant Vôtre trois jours après par tout son conseil. Il fui contre-mandé, à cause d'une violente maladie qui saisit ce Prince, sitôt qu'il fut arrivé à Fontainebleau, environ le 20 mai. Ce fut une rétention d'urine si douloureuse, qvie ses médecins désespérèrent d'abord de sa vie. » Mémoires de Sully, t. IV, p. 353.
* (( Le roi, dit le maréchal de Bassompierre, eut une rétention d'urine la veille de la Pentecôte, qui le mit en peine ; mais il en fut bientôt délivré. Les médecins s'étant assemblés (ce sont les paroles qu'on lit dans le Journal de VEstoile), leur conclusion fut en ces termes : Abstineat a quavis muliere, etiam reginâ ; sin minus , pericalum est [ne, ante très menses elapsoSj vitam eum morte oommutet, »
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la veille de la Pentecôte. Quoi qu'il en soit, le roi se crut si malade qu'il pensa à écrire son testament.
Persuadé que sa dernière heure n'était pas éloignée, et résolu de partager le peu d'instaçts qu'il croyait avoir à vivre encore entre le soin de son âme et celui de son état, il se tourna avec ferv^eur vers Dieu, et dicta cette lettre, qui fut envoyée en toufe diligence à Sully ;
Mon ami, je me sens si mal, qu'il y a apparence que Dieu veuille disposer de moi. Or, étant obligé, après le soin de mon salut, de penser aux arrangemens nécessaires pour assurer ma succession à mes enfants, et les faire régner heureusement, à l'avantage de ma femme, de mon état, de mes bons serviteurs et de mes pauvres peuples, que j'aime comme mes chers enfants, je désire conférer avec vous sur toutes ces choses ; venez donc me trouver en diligence, sans en rien dire à personne ; faites seulement semblant de venir au prêche à Ablon, et y ayant secrètement fait trouver des chevaux de poste, rendez-vous ici dès aujourd'hui ^.
Au reçu de cette lettre, le grand-maltre de Tartillerie partit précipitamment, en proie aux plus vives angoisses. Entrant dans la chambre du roi, il le trouva dans son lit ; la reine, assise à son chevet.
Henri IV n'obsorva guère cette ordonnance, et il ne s'en trouva pas
plus noal.
■ » Mémoires de Sully, t. IV, p. 355r356,
tenait une des mains de son époux entre les deux siennes. Le roi tendit l'autre à Sully et lui dit :
Venez m'embrasser, mon ami ; je suis merveilleusement aise de votre venue. C'est une chose singulière, comment, deux heures après que je vous ai écrit, j'ai commencé à être un peu soulagé de mes grandes douleurs ; elles s'en vont peu à peu, ayant déjà uriné trois fois, et la dernière presqu'à plein canal, et sans forte douleur. Voilà, dit-il ensuite en se tournant vers la reine, celui de mes serviteurs qui a le plus de soin et d'intelligence des affaires du dedans de mon royaume, et qui vous eût le mieux servi et mes enfants aussi, si je vous eusse manqué. Je sais bien qu'il est d'une humeur un peu austère, et quelquefois un peu trop libre pour un esprit fait comme le vôtre, et que force gens lui eussent rendu sur cela de mauvais offices auprès de mes enfants et de vous, afin de l'en éloigner ; mais si jamais cette occasion se présente, et que vous vous serviez de tels et tels (il s'approcha de son oreille et les lui nomma), que vous croyiez absolument leurs conseils, au lieu de suivre ceux de cet homme-là, vous ruinerez les affaires de l'Etat,' et peutêtre même le royaume, mes enfants et vous-même. Je l'avois mandé exprès, afin de parer avec vous et lui aux moyens de prévenir ces malheurs ; mais grâce 'à Dieu, je vois qu'il ne sera point encore besoin de mes précautions.
On dépêcha le lendemain courriers sur courriers, pour dissiper les bruits fâcheux qui s'étaient répandus partout. Sully ne repartit lui-même pour Paris qu'après qu'il eût « vu iiriner le roi », C'est le roi Iqi-
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même qui l'exigea. II satisfit à ce besoin naturel deux fois, « avec tant de facilité, ajoute Sully, que je compris que tout le danger étoit passé ».
Trois jours après, c'est-à-dire le 24 mai, Sully recevait une autre lettre du roi, par laquelle il lui mandait « qu'il s'étoit si bien trouvé de la saignée, que La Rivière lui avoit fait faire au bras gauche la veille, qu'après avoir reposé toute la nuit, il se sentoit à chaque moment aller de mieux en mieux. »
En raison de son âge et des hautes fonctions qu'il occupait, Sully prit la liberté de donner en cette occasion quelques conseils à son maître. Il l'engagea notamment à modérer son ardeur pour la chasse * : il ne précisait pas la nature du gibier. En manière d'expiation, Henri IV fit remettre « deux cents écus pour chacun des malades des écrouelles, que sa maladie avoit empêché qu'il ne touchât, et qu'il n'avoit pourtant pas voulu qu'on renvoyât ».
C'est probablement un retour de son affection — un rétrécissement uréthral de nature blennorrha-
^ c Les médecins de sa Majesté, écrit naïvement Sully, s'unirent tous en cette occasion pour lui faire les mêmes représentations qu6 je lui avois faites sur le tort que le trop grand exercice de la chasse cause! t h sa santé. Il les crut et s'en trouva bien. »
7^ L8 GikBINBt SlSGRBt DE l'aiSTOIHI^
gique — , qui contraignit plus tard le roi à faire appel aux lumières du chirurgien Loyseau. Celui-ci a pu* blié l'observation du Rog, avec tous les détails qu'elle comportait, dans Touvrage cité plus haut et dont nous avons pu prendre connaissance à la Bibliothèque nationale*
Nous allons la reproduire, sans y rien changer, nous contentant de remplacer certains mots par leur première lettre, pour n'avoir pas la peine de les traduire en latin :
Le Roy Henry quatrième était tellement travaillé d'une difficulté d'urine, à cause d'une carnosité longtemps engen-» drée d'une gonorrhée, qu'en marchant, il me fallait souvent mettre pied à terre pour le faire uriner par le moyen d'une bougie et le plus souvent par une sonde ou canule d'argent, tellement qu'un jour je lui trouvai la v... enflée^ froide, mollasse et insensible, dont je fus en crainte d'une mortifica'tion, ce qui fut évité par le régime de vivre, légère purgation et fomentation.
En voyant que le Roi s'en fâchait et s'étonnait de quoi il tardait tant à guérir, je lui demandai combien il y avait du commencement de son mal, lequel me dit qu'il y avait sept ou huit ans ^ ; alors je lui dis que ce n'était pas mal qui ne se put guérir ; sur ce, sa Majesté me demanda si je le pourrais guérir. Je répondis que je le guérirais avec l'aide de Dieu au mois de septembre* pourvu qu'il fût obéissant, qui soudain me promit de faire tout ce que je voudrais et il me
' Ce qui confirme bien ce que nous avons dit : que le roi avait ressenti vers iSga les premiers symptômes de son affection.
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commanda me tenir prêt audit temps auquel il me manderait, mais il lui fut impossible tant attendre, car le 30 et a5 de juin 1698 ^> je reçus deux de ses lettres accompagnées de celles de Monsieur de La Rivière, conseiller du Roi et son premier médecin, par la poste de Bordeaux; La première desquelles était la teneur qui s'ensuit :
« Loyseau, je vous fay ce mot pour vous dire que vous ne laissés faute de vous rendre auprès de moy au temps que vous mande Monsieur de La Rivière d'autant que j'auray besoin en ce temps-là de votre service, m'asseurant que n'y fairez faulte, prieray Dieu, Loyseau jqu'il vous aye en sa garde. »
L'autre était de même sens, et Monsieur de La Rivière par ses lettres accompagna toujours celles du Roy et m'écrivait ielles paroles :
« Môsieur Loyseau, ne faictes faute vous rendre icy à là fin de juin, d'autant qu'il est besoin de commàncer la cure de la maladie du Roy^ lequel a commandé vous escrire exprès
' Voîcî.ce qu'on lit, à la date du 99 octobre 1698, dans un journal jusqu'alors inédit du règne de Henri IV, publié par M. E. Halphen (i86à, in-S») :
« La cour estant à Mousseaux» la ville de Paris fut fort troublée des nouvelles qu'on y apporta de Textrémité de la inalaaie du roy, quiestoitune carnosité provenant d'une ch..« p..,, laquelle, pour avoir esté négligée, Iny. causa une rétention d'urine qui luy cuida envoyer en Tautre monde. Accident autant craint des bons comme ' il estoifc désiré des méchants. Les médecins de Paris les plus experts, y furent mandés dès la nuict, entre les autres, Marescot et Martin* Le médecin Martin Texorta de se mieux garder, et qu'il estoit d'une très bonne disposition pour vivre longtemps s'il vouloit un peu mesnager sa vie, auquel le roy ne rcspondit que par grosserie, estant d'une humeur toute contraire h cela. »
8o LE CABlNfiT SECREt DE L'HtâTOlRE
de venir n'ayant loisir d'attandre au moys de septembre d'autant que le mal le presse, n'oubliés rien de ce que cognoistrés estre propre pour la carnosité et songez à luy demander quelque chose car il la vous donnera. »
Je ne fis faute me rendre près de Sa Majesté en même temps que Mon9ieur de La Rivière m'avait mandé avec une poudre que j'avais composée à Bergerac, ensemble un instrument que j'inventai, fait en forme de canule, pour servir de sonde et pour porter le médicament sur la carnosité, lequel instrument Monsieur de La Rivière approuva grandement et même ma poudre disant qu'U n'y en avait point de plus propre» avec lesquels remèdes je consumai ladite carnosité dans dix ou douze jours, et l'ulcère fut cicatrisé dans trois semaines après, j'avais composé un onguent de ma poudre incorporée avec beurre frais, lequel je portais avec ma canule sur la carnosité le soir à l'entrée du lit, ayant premièrement fait pisser le Roy et le lendemain j'usais d^njections réfrigérantes, faites quelquefois avec les trochisques de gordon * et quelquefois avec les trochisques blancs de rhasis ^, dissous avec les eaux de plantain, pourpier ou de solanum, selon l'exigence du mal, et pour la fin la tuthle préparée, antimoine préparé, incorporez avec beurre frais ou avec l'onguent pompholîgos et album rhasis, portés avec ma canule ou une bougie, le bout de laquelle je munissais d'un emplâtre fait avec ma poudre, laquelle je laissais dedans le soir le Roy étant au lit, ou bien au lieu dudit onguent, j'ai accoutumé de laisser dans la verge une sonde de plomb ointe dudit onguent, ou bien
* Goudron.
* Oxyde de zinc.
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frollée d'argent vif cru et purifié. Et dans cinq semaines le feu Roi fut entièrement guéri par la grâce de Dieu.
Combien que durant ce temps-là mes ennemis ou envieux me voulurent calomnier, à cause de quelque accident qui lui survint non pas à cause de sa carnosité, ni des remèdes, mais à cause de quelque excès que Sa Majesté avait fait, tellement que sans un vomissement qui lui survînt promptement par deux fois il eût été fort mal, de quoi il eut la fièvre trois ou quatre "^ jours et lors mes envieux faisaient courir le bruit (jusque dans Paris) .que j'étais cause du mal du Roi par mes remèdes et instruments, mais le Roi assuré de ma fidélité et reconnaissant bien que cela venait d'ailleurs me fit la faveur de parler pour moi et me justifia en la présence de Monsieur le duc de Bouillon et plusieurs autres et nomma les principaux de mes envieux qui étaient jaloux, de quoi sa Majesté ne voulait permettre qu'ils fussent présents lorsque je le traitai, même depuis sa Majesté étant à Saint-Germain fit un grand affront à Tun d'eux lui disant : vous êtes bien marri que je sois guéri par autre main que la vôtre, mais je sais bien de qui je me fie. Et dans quelques jours après je m'en revins à ma maison^ avec la bonne grâce du Roi, et moi aussi bien content.
En somme, il s'agissait en l'espèce — comme nous l'avons dit plus haut — d'un rétrécissement blennor* rhagique.
Les termes : « de longtemps engendrée d'une gonorrhée » ; plus loin : « il me fallait souvent mettre pied à terre pour le (le roi) faire uriner par le moyen d'une bougie et souvent par une sonde ;; ; et enfin :
8a LE CABINET SECRET DE l'hISTOIRE
« j'ai accoutumé de laisser dans la verge une sonde de plomb oincte dudit onguent », n'est-ce pas, en quelques mots, l'étiologie, les symptômes et le traitement d'qn rétrécissement d'une nature spéciale — ou plutôt spécifique ?
N'est-ce pas à peu près suivant la même méthode thérapeutique que Ton traite aujourd'hui les rétrécis, et les Béniqué d'étain, en usage à l'heure actuelle, ne ressemblent-ils pas, avec quelques perfectionnements en plus^ à la sonde * de plomb du vieux chirurgien de Henri IV?
*■ A propo9 de sondes, sait-on à qui est due Tinvention des sondes molles, pour catbétériser les malades atteints de rétention d*urine P M. Le Maître (a) nous apprend que nous en sommes redevables à un lithotomiste bordelais, du nom de Jean de Mingelousaux, père du traducteur de la Chirurgie de Guy de Ghaulîac. Jusqu'à lui, on se servait d^algalies, instruments métalliques rigides, dont une extrémité s'enQait en forme d'entonnoir et dont l'autre présentait un œil placé latéralement pour l'écoulement de l'urine. Ces appareils, outre qu'ils étaient très encombrants, ne se modelaient pas du tout aux courbures de l'urèthre ; leur passage était extrêmement douloureux et souvent ils causaient des éraillures, et il s'ensuivait des complications d'une gravité redoutable.
La réputation des sondes de Mingelousaux date du jour où ce praticien eut la bonne fortune de s'en servir pour un personnage de marque qu'il réussit à soulager : le cardinal de RicheJiou. (V, ChrO' nique médicale^ i*' février 1908).
(a) Lk Maithe, Becherches sur les procédés chirurgicaux de l'école bordelaise ^ des origines à la Bévolation, Bordeaux, igo3. ^
UNE GALANTERIE DU VERT-GALANT
JmqM*^ répoque d§ sa morti qui survint de la ^çon tragique que Ton s^iti i) w pénible pas que Henri IV ait souffert d'autre chose que d'indisposi-tions; cependant, au mois de janvier 1609, il eut uue attaque de goutte, qui l'obligea à garder le lit *.
En 1596, il avait été affligé de la fièvre quarte; contre Tavis de tous ses médecins ', il se guérit en mangeant force huîtres à TécaiUe, et en buvant de Thypocras. En 1603, il tomba malade d'un grand dévoiement jusqu'au sang S que les médecins dirent pro-
* Henri IV ei la princesse de Condé, par Paul Hbnrard, p. 19, Il en avait déjà eu une attaque, en décembre i6o3, à la suite d'une nuit passée^ Il Saint-Germain, chez M"**" de Verneuil (Zeller, op, cH,, p. 187.)
* Dès l'année lôgg, Henri IV n'avait pas moins de 65 commensaux, chargés de veiller sur sa précieuse santé. Durant un règne relativement court, il n'eut pas moins de cinq premiers médecins : Daili«b9oust, plus PPQnu 10U8 le noiQ de d'Alibour ; Ribbitz de la Rivière, André du Lau^bms, Antoine Petit et Pierre Milo^ (V. sur ce dernier, V Union médicale, x864, p< 181, les Comptes-rçndiis des travaaoi^ de la Société d^ Berry^ à P^ris, i863-i864, p. 4?^ et suiv.).
Pour les archiàtres d'Hejiri IV, cf. VUnion médicale, î86i,n*' ^a^, 194 et ia5, et i864t n*** 49* 5o et 53, articles du l>^ Ghbreau.
* Il fut saisi, à la fin du mois de mai de cette année i6o3, de violentes coliques, à la suite d'un bain, après lequel il s'était promené au frais dans les jardins de Fontainebleau. La rétention à laquelle il était sujet, prit, en outre, un caractère des plus alarmants (Henri IV
venir de la quantité d'huîtres qu'il avait dégustées *.
En août 1607, il eut « un cours de ventre », pour avoir mangé trop de melon. Un docteur de Sorbonne fit en ce temps le procès du melon, à cause du mal qu'il avait fait au Roi *.
Dans son « Pourtraict de la santé », un des médecins de Henri IV, Joseph du Chesne, recommande à son royal client de se présenter à la garde-robe dès qu'il sera levé et « d'entretenir ordinairement son ventre lâche ». Que s'il advient qu'il l'ait resserré, comme il y a beaucoup de tels tempéraments (à cause qu'ils ont un foie trop chaud et bouillant), il faudra donner ordre qu'on le lui entretienne lâche, plutôt avec du jus de pruneaux doux ou des bouillons qu'on lui fera prendre le matin, lesdits bouillons faits avec de l'oseille, bourrache, pourpier, laitues, etc.
Henri IV n'avait que faire de ces conseils : il avait les entrailles trop sensibles pour ne pas dédaigner de pareils adjuvants. Il était très sujet à ce genre d'indis-
et Marie de Médicis, d*après.des documents nouveaux, par Berthold Zeller, Paris, Didier, 1877, p. 180 de l'édit. în-8'*).
* Dans le Dictionnaire des substances alimentaires, indigènes et exotiques f par Aulagnier, on donne comme historique ce détail, que Henri IV avait, non seulement pour les huîtres, mais encore pour les sardines une prédilection particulière et que, depuis son abjuration, il en faisait son déjeuner ordinaire, les jours d'abstinence.
* Registre- Journal de Henri IV, édit. Micbaud et Poujoulat, t. I,* a* partie, p. 43/|.
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position s si nous en croyons l'indiscrète mention du registre de la Chambre des Comptes de Pau, qui porte deux achats : l'un d'échelles pour monter à l'assaut, l'autre d'étoupes pour les besoins du Roi '.
Un jour, il lui suffit de « rire un peu trop avec sa maîtresse, alors M"**^ De Beaufort, et Bellegarde, de vers satiriques, pour être pris d'un grand dévoiement et être sept heures en grand danger ». Henri savait depuis longtemps à quoi s'en tenir sur son tempérament, et il ne partait jamais en campagne sans certains bagages, pour lui de première nécessité ^ Il était le premier à rire de son infirmité.
Tallemant des Réaux nous a laissé là-dessus une anecdote savoureuse, comme la plupart de celles qu'il s'est plu à conter. Quand on venait dire au roi : Voilà Tennemi ! il lui prenait tout aussitôt « une espèce de dévoiement », mais «tournant cela en raillerie», le brave guerrier se contentait de dire : « Je vais faire bon pour eux I ».
La gaillardise du mot effarouchera moins, venant d'un prince gaillard entre tous.
1 Et aussi aux maux de dents (Miïyvibille. thèse citée plus bas), donnant raison au proverbe populaire : mal de dents, mal d*amour,
2 V. dans nos Morts mystérieuses , au chapitre Henri IV, l'Appendice sur les médecins de ce roi et dans la Revue des Documents /listoriques, 1879, p. 178, une quittance de son premier médecin.
• La médecine au temps d'Henri IV, par le D' Minvieillb, thèse de Paris (1908), p. 166 et suiv.
LOUIS XIII MÉRITA-T-IL d'ÉTRE APPELÉ «LE CHASTE»?
LoUitf XIII appaHienl eorpê ei âme à la pathologie. Bègue, malade, impuissant, usé sans avoir vécu, il n'éiait pas plus sain sous le rapport physique. Malveillant, méchant^ mais ftani énergie môme pour faire le mal, défiant, mélancolique, ennuyé, sans affection ni attachémetlt pour qui qu« ce soit, pliant sous toutes les influences^ il est le spécimen le plus complet do la dégénérescence. ^
{Etudes itif la Sélection dans ses rappôHÈ avee rhéfédité eheâ Vhommé, par le D* Paul Jagobt).
Louis XIII» surnommé le Jaste^ aurait été plus heureusement nommé le Chaste ; car je suis persuadé que si» comme Louis le Débonnaire, il avait été forcé de se retirer dans un couvent, non seulement il ne lui aurait jamais repris fantaisie de retroquer son capuchon contre une couronne, mais qu'il aurait pu jurer, en toute sûreté de conscience, qu'il ne
se rendrait jamais coupable d'une infraction même vénielle à ses vœux de chasteté. Louis XIII est mort avec son innocence virginale ; le plus faible de nos rois a eu cela de commun avec les deux plus forts des génies modernes, avec Pascal et Newton.
Celui qui a écrit ces lignes est un homme dont on a beaucoup médit, parce qu'il ne ménagea la vérité à personne» surtout aux grands, mais en qui on respecta toujours la loyauté des convictions, qu'on savait établies sur cette base solide, indestructible, qu'est l'étude approfondie de notre histoire, émondée des ronces de la légende.
Raspail, car c'est de lui que nous voulons parler, a abordé bien des problèmes médico-historiques ; il a apporté à leur examen peut-être plus de passion qu'il ne convenait, mais s'il ne fît pas toujours preuve de modération, on ne peut dire qu'il pécha par mauvaise foi. Donc, d'après Raspail (et nous le citons, parce qu'il n'est pas un historien officiel, et qu'en outre il est un savant dégagé de préjugés, en quoi son opinion est doublement estimable), Louis XIII n'aurait pas usurpé l'épithète dont le gratifia son peuple. Voyons jusqu'à quel point est justifiée l'opinion de l'homme dont nous venons de reproduire le jugement sommaire.
Si nous nous en rapportons à ce que nous apprennent tous les biographes de Louis XIII, ce roi, par un
LOUIS XIII BféRITA-T-IL d'ÊTRE APPELÉ « LE CHASTE » ? 89
côté au moins, ne fut pas le fils de Henri IV ^ : en amour comme en tout le reste, « il eut quelquefois des intentions, il n'eut jamais de résolutions ^ ».
Ce n'est pas qu'il eut de l'indifférence pour le sexe : il avait plutôt de l'appréhension à son endroit ; sa réserve était surtout de la timidité.
Les détails qui vont suivre, quelque intimes qu'ils soient, sont nécessaires, car ils éclairent singulièrement la psychologie de ce caractère indécis, resté une énigme pour la plupart des historiens *.
Louis XIll était venu au monde parfaitement constitué, « grand de corps, gros d'ossements, fort musculeux... et vigoureux tout autant que l'on peut penser pour cette petite âge * ». Il était moins bien pourvu par ailleurs. Le lendemain de sa naissance, sa nourrice ayant remarqué qu'il avait de la peine à téter, on lui regarda la bouche et on constata qu'il
* Lorsque la folle de la Reine, Mathurine, dit à Louis XIII enfant : « Viens ça ; seras-tu aussi ribaud que ton père ? »j^ il répond froidement, y ayant songé : « Non ». (9 juin i6o4| Journal de Jean Héroard sur l'enfance et la jeunesse de Louis XlII(i6oi-i6a8), publié par MM. Eud. SouLié et Ed. de Barthélémy : t. I(i6oi-i6io); t. II (i6io-i6a8).
* A. Baschet, Le Roi chez la Reine, Préface de l'édition de 1866.
3 Depuis que ces lignes ont été ëcriles, on a suivi la piste que nous avions indiquée et M. BalifTol» notamment, a largement puisé dans le Journal d'Héroard, pour écrire ses articles de la Revue de Paris (1901, V, p. 5o4-5a6), qu'il a plus tard réunis en volume, sous le titre de Loui$ XIII enfant,
^ Journal de Jean Héroard, année i6oi*
gÛ " LE CABINET SECHET DE l'hISTOIRE
avait encore le filet. « Sur les cinq heures du soir, il lui fut coupé à trois fois par M. Guillemeau, chirurgien du Roi. »
L'opération fut-elle mal faite ou l'enfant avait-il une conformation particulière de la langue, toujours estil que lorsqu'il commença à prononcer quelques mots, on s'aperçut qu'il bégayait *. C'est surtout lorsqu'il se mettait en colère que le bégaiement était plus accentué ^. Il était très fâché d'avoir cette infirmité, et tant préoccupé que, la veille du jour où il doit se rendre au Parlement, « pour se déclarer majeur », il fait un vœu à Notre-Dame nies Vertus, « s'il peut, le lendemain, au Pafais, prononcer, sans
* Soti pr^cepleur, Lefèvre, disait que son élève « avait uti grand dédain des lettres, parce qu'il reconnaissait la difficulté naturelle d'y profiter, ne pouvant lire ni prononcer qu'avec grandissime peine ; jusques-là qu'un jour ne pouvant bien sortir à son gré de je ne sais quel mot, il s'empoignait le visage avec une de ses mains, à demi en furie, de dépit de ne pouvoir prononcer comme les autres ; de sorte qu'on eut de la peine de Tempêcher de se nuire, et de lui faire comprendre que Dieu voulait montrer que les rois étaient, comme les autres hommes, sujets k des infirmités... » Détails sur la jeunesse de Louis XIII (Revue rétrospective ^ II, 4 12).
2 Louis XIII enfant avait, à en croire certains de ceux qui l'approchèrent de très près, le nez et le pharynx fort engorgés de « phlegme épais et de mucosité mal conditionnée... Il n'avait pas la parole fort libre naturellement, et avoit la langue si longue et si épaisse, que quand elle, était sortie de sa bouche, ayant peine & la retirer, il était obligé de la repousser avec le doigt ». Cf. tlevue cri' tique^ n** i3, 28 mars 1898 et Chronique médicale^ i«' janvier 1899.
tOtJlS Xill M^RltA-t-IL D*ÊTRE APt>ELé « LE CHASTE )) ? Qt
faire faute, ses paroles pour sa majorité ». Soit coïncidence, soit auto-suggestion, il réussit à prononcer son discours, « hautement, fermement et sans bégayer ». Pour ceux qui savent l'influence de cette infirmité sur le moral de celui qui en est affecté, ce menu détail n'est pas indifférent.
Ce qu'il importe davantage de mettre en relief, c'est la fâcheuse éducation * qu'avait reçue le roi, dès ses premières années. C'était à qui encouragerait le mieux ses instincts vicieux. Heureusement — peut-on dire heureusement ? — il profita peu des leçons qu'il avait reçues.
Il n'avait pas tout à fait deux ans, qu'il prenait plaisir et criait « à pleins poumons », quand sa remueuse « lui branloit du bout du doigt sa guillerjr * » (nous
• Nicolas Vauquclin, sieur des Yveteaux, qui avaîl été placé par ' Henri IV lui-même auprès de son fils, fut congédié peu de temps après la mort de ce roi ; mais il était trop tard pour que le nouveau précepteur, Lefèvre, pût corriger les mauvaises habitudes, déjà trop enracinées chez le jeune prince, qu'on semblait avoir perverti, de bonne heure, dans un coupable but d'ambition. (Mémoires curieux iur V Histoire des mœurs et de la prostitution en France, par Pierre DuFOUR (P. Lacroix); Bruxelles, i855, p. a64>)
• Quand oti avait constaté le sexe du petit prince (le premier
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prévenons une fois pour toutes que nous empruntons un texte déjà publié par des érudits qualifiés *, et que nous nous ferions scrupule de rien y modifier)..
Un autre jour, le page de M. de Longueville vient pour prendre des nouvelles du dauphin. Quand il
dauphin, fils de Marie-Antoinette), il donnait les promesses de virilité, qui avaient été remarquées déjà chez Louis XIII. Cette turgescence, fréquente chez les enfants, est déterminée par la plénitude de la vessie, mais les poissardes, ne sachant pas cela, célébrèrent à leur façon ce petit incident.
Notre charmante Antoinette Vient do faire un petit bout Et j*avons vu la broquetle De not' dauphin à tretous.
Elle levoit
Elle dressoit Ça vous promet un maître clou.
La Correspondance secrète^ d'où nous extrayons ce qu'on vient de lire, ajoute (t. XII, p. i38) :
« Celte polissonnerie a fait rire toute la cour, l'a fait rire aux larmes. Quelques femmes ont baissé les yeux et vouloient rougir ; mais dans une joie aussi grande, aussi universelle, on doit naturellement passer bien des choses. Le roi a applaudi et a ordonné aux poissardes un his qui les a toutes mises hors d'elles de plaisir. Elles ont recommencé avec des figures, des mines, dos contorsions dans leur genre, plus plaisantes les unes que les autres.
« Sa Majesté leur a promis une fête lorque la Reine seroit levée de couches ». Franxlin, La Vie privée d'autrefois : L'EnJant^ p. 178-174.
^ MM. Eud. Soulié et E. de Barthéit^my, les éditeurs du Journal de Héroard,
LOUIS XIII MÉRITA-T-IL d'ÊTRE APPELÉ (( LE CHASTE » P qS
s*eii retourne, il s'entend appeler par Tenfant, « qui se retrousse, lui montrant sa guillery ». Il renouvelle le même geste devant M. d'Elbène, le comte de Visé, ambassadeur du duc de Savoie, le comte de Hems, ambassadeur d'Ecosse, le sieur de Bonnières, et sa toute jeune fille ; c'est surtout à celle-ci qu'il en avait. Il se trémoussait, était secoué par tout le corps d'un fou rire ; il y mettait enfin une telle ardeur « qu'il en était tout hors de soi * ». II se couchait même à la renverse, pour qu'elle ne perdît rien du spectacle !
N'allez pas croire qu'on l'empêchât de se livrer à ce jeu malpropre, on l'y aurait plutôt encouragé, témoin ce fragment de dialogue :
— Où est le mignon de papa? lui demande-t-on certain jour.
Il se montre, frappant sur son estomac.
A son tour, le brave Héroard le questionne :
— Où est le mignon de l'Infante * ? // met sa main
^ « Le 29 juin, dimanche, — En tétant il gratte sa marchandise, droite et dure comme du bois. Il se plaisait ordinairement fort à la manier eiky jouer du bout des doigts ». Journal de Jean Héroard, t. I, p. 5o. Un autre jour, il lui prenait fantaisie de faire « baiser à chacun sa guillery. » Héroard, I, 34.
^ a Le (5 août iûOU) jeudi à Saint-Dermain, — A huit heures et demie, dévêtu, M^^* de Vendôme lui demande : « Monsieur, coucherai-je avec vous ? » Il répond brusquement : Ho ! Ho I vous n'êtes pas V Infante, Mis au lit, M^^* de... lui en demande autant : u Monsieur, vous plait-il que je couche là avec vous ? » Il répond résolu-
sur sa ^uillery... N'est-ce pas délicieux? Comme tous les enfants de son âge, ce qu'il voyait faire, il s'efforçait de rimiter. Il voit M. de Montglat donner la fessée à M"« Mercier ; il lui prend envie d'en essayer. « 11 s'efforce dç la fouetter sur les fessés avec un brin de verges. »
M'^® Bélier lui demande : « Monsieur, comment est-ce que M. de Montglat a fait à Mercier ? Il se prend soudain à claquer de ses mains Tune contre l'autre avec un doux, sourire et s'échauffe de telle sorte qu'il était transporté d'aise, ayant été un bon demi-quart d'heure riant et claquant de ses mains, et se jetant à corps perdu sur elle, comme une personne qui eût entendu la raillerie )),
En avril 1603 — il avait un peu plus de deux ans I — ^{me (jç Verneuil,la maîtresse de son père, étant venue le voir, il joue avec elle, « lui met la main dans son sein S puis baise le bout de son doigt ; elle le couvre
ment : Etes-vous l'Infante? « Oui, Monsieur », dit-elle. Il repond : Nont vous n'êtes pas l'Infante »,
* C'était un do ses gestes familiers (Héroard, I, 826 ; 32 mars 1608). Plus tard, ses goûts devaient changer. Blot, le chansonnier de la Fronde^ a laissé, sous le titre de Rêveries, un recueil dans lequel la répulsion de Louis XHI pour les seins est caractérisée en ces termes :
« On savoit, disait-il entre autres choses, que le roi Louis XIII regardoit les tétons comme damnation et leur faisoit même des avanies, ce qui faisoit que le P. Joseph et Vincent de Paul ne tarîssoient pas en invectives sur cette partie, Tornement des belles ». Consulter, pour plus de détails, \e^ Stromates de Jamet, t. II, p. ioi4 (les iS(ro-
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de son mouchoir, et le découvre comme auparavant». La marquise, de son côté, « lui mettait souvent la main sous la cotte » *.
Cette peu farouche dame n'avait, du reste, pas la moindre vergogne. Un jour qu elle allait rendre visite au dauphin, n'alla-t-elle pas jusqu'à lui présenter sa main, puis son bout de sein à baiser? L'enfant refusa fièrement l'un et l'autre, mais sa gouvernante lui en ayant donné l'ordre, force lui fut de s'exécuter.
Jusqu'au grave Héroard, son* vieux médecin, qui encourageait ses mauvais penchants * 1 Ah ! si le dauphin n'eut pas conscience de sa virilité, de bonne heure, ce ne fut certes pas la faute de ses conseillers !
En novembre 1604, M"^« de Guise, l'ayant mené
maies sont conserves au. département des manuscrits, à la Bibliothèque nationale] ; VEloge du $em des Jemmes, de Mercier (de Gompiègne), Paris, Barraud, 1878 ; les Chroniques de VCEil de Bœuf, de Touchard-La fosse. Dans ces doux derniers ouvrages, qu'on ne doit consulter qu'avec précaution, se trouve le récit, auquel on a fait tant de fois allusion, de la gorgée de vin que Loiiis XIII aurait lancée sur les appâts d'une belle.
Quant à l'anecdote du billet, que le prince pudibond aurait été chercher avec des pincettes dans le corsage de M"« de Hautefort, on n'a qu'à lire, pour s'édifier, l'article de Tamisey de Larroque, paru dans V Intermédiaire^ 1866, p. 36, qui remet la légende au point.
* Héroard, I, 45.
2 « Monsieur, lui dis-je, vous n'avez plus de guiilery » ; il répond : Hé I le velà-ti-pas, gaiement, la soulevant du doigt. Mis au lit, il s'assied sur son chevet et se joue à saguillery. » Journal, p. 81.
A la date de i6o5, on lit dans Héroard : « La reine, mettant U main à sa guillery, dit : Mon fils, j'ai pris votre bec. » I, 187.
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dans la chambre de la reine, lui montre son lit et lui dit : « Monsieur, voilà où vous avez été fait » ; il répond : Avec maman.
Son propre père, Henri IV lui-même, lui inculquait de fâcheux principes. Lorsqu'il rentrait fatigué de la chasse, le roi se couchait dans le premier lit venu, faisait déshabiller l'enfant et le mettait tout nu auprès de lui. Tant que l'enfant n'a pas deux ans (août 1603), c'est un jeu sans conséquence. Mais quand on voit cette habitude se continuer * jusqu'aux derniers jours de la vie d'Henri IV (26 janvier 1610), alors que son fils est dans sa neuvième année, on reste confondu d'une telle inconscience.
En 1605 — Louis XIII n'avait pas quatre ans — le dauphin est mené un jour par son père dans la chambre de la Reine. Il se prend tout à coup à considérer une tapisserie, représentant des enfants qui jouaient. Le roi lui dit : « Mon fils, je veux que vous fassiez un petit enfant à l'Infante ». —Ho! ho! non, papa.., — « Je veux que vous lui fassiez un petit dauphin comme vous. » — « Non pas, s* il vous plaît, papa, dit-il, en mettant sa main au chapeau et en faisant une révérence. » On le préparait de bonne
i Le a6 juin i6o6, « le roi se met dans le lit, y fait mettre en chemise M. le Dauphin qui se y joue (sic) fort privément ». La même année, on remmène à la saillie d'une jument : il en eist fort « diverti ». Idem, I, ai8.
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heure, comme on voit, à prendre en afiection sa future femme, mais on n'y réussit guère.
— Monsieur, aimez-vous bien Tlnfante? lui demande un jour M. de Venteiet. — Non. — Monsieur, pourquoi? — Parce|qu'elle est Espagnole, je n'en veux point. — Monsieur, elle vous fera roi d'Espagne et vous la ferez reine de France. 11 répond en souriant, « comme de chose où il eut pris plaisir » : Elle couchera donc avec moi et je lui ferai un petit enfant.
— Monsieur, comment le ferez-vous ? — 4-vec ma guillery-^ dit-il, bas et avec honte — Monsieur, la baiserez-vous bien?
— Ouit comme cela, dit-il, en se jetant à corps perdu la face contre le traversin.
Une autre, fois, comme on l'engage à boire à la santé de l'Infante, il répond : Je m'en vas boire à ma maîtresse L, Ce n'est pas tout.
Eveillé à deux heures et demie après minuit, en sursaut, il se lève hors du lit, debout, disant : « Où me faut-il aller » ? Sa nourrice le prend, le recouche et il se rendort jusqu'à six heures et demie. 11 se fait mettre au lit de sa nourrice et se jouant à elle : Bonjour, ma garce, baise-moi, ma garce, hé ! ma folle, baise- moi ! — Monsieur, lui^ demanda sa nourrice, pourquoi m'appelez- vous ainsi ? — Parce que vous êtes couchée avec moi,
M"« Lecœur, sa femme de chambre, lui demande :
— Monsieur, vous savez donc bien ce que c'est que des garces ?
g8 LE CABINET SkCRËT I)E t HISTOIRE
— Ouï.
— Et qui, Monsieur ?
— Celles qui couchent avec les hommes (sic).
Sa nourrice étant enceinte, Hêroàrd demande â Tenfant :
-^ Monsieur, par ou est-il entré ?
— Par toreille,
— Par où 8ortira-i-îl j
— Par Voreille.
La naïveté de l'enfant reparaît par intervalles, à moins que ce ne soit de la malice dissimulée. A cinq ans, il devient amoureux de la nourrice * de la petite Madame. « Il lui fait les doux yeux.», fait le honteux... retourne sa face. » Survient une femme, une revendeuse de Paris, qui se prend à danser devant le dauphin, « à découvrir ses cuisses bien hatit, tantôt Tune et puis l'autre ». Il regarde tout cela a aVec un f xtrême plaisir, et court après cette femme pour lui soulever la cotte ».
On ne peut que sourire de ces enfantillages, et cependant, en raison de l'extraordinaire précocité du dauphin, on se prend à douter de sa complète inno-
* « n va en la chambre de la petite Madame, en baise la nour- Hoe à la bouchei aux jeux^ au front, ftU lieâj aux téldiis; kVec transport, disant : Je vous baiserai toujours, D en était amoureux p»r i"' clination. » Héuoard, op. cit.
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cence. Écoutez, J)ar exemple, ce que répond cet enfant terrible, quand on lui apprend que la comtesse de Moret vient d'accoucher du iiis qu'elle avait eu d*tlenfi IV, et qui devait être îègititné plus tard :
— Monsieur, dit-on au dauphin, vous avez encore un autre féfé ?
— Qui ? qui ést-il? demande- t-ii comme ébahi.
— Monsieur,. c'est M"' là comtesse de Moret qui est accouchée d'un fils.
— Ho ! ho ! il nesl pas à papa !
— Monsieur, à tjui est-il donc ?
— Il M à $d rhêfei
— On ne lUi tira rieti authë» et il en resta H tout fôché, comme s'il eût roulu pleurelr *.
Si l'on doutait qu'il ne sut pas ce que parler veut dire, le trait suivant dissiperait les doutes»
Héroard lui apprend que M"'® de Guise venait d'accoucher ; il répond : « Y avait-il bien neuf mois ? ». Il n'avait pas tout à fait onze ans, quand il tenait ce propos I
En 1610, — cinq ans avant l'union qu'il devait contracter, — se trouvant dans le cabinet de la Reine, où était un tableau représentant le portrait en pied de
* « Le a (mai î6o8), vendredi. — Le Roi le mène promener au jardin, où, lui montrant M"' la comtesse de Moret : « Mon fils, j'ai fait un enfant à cette belle dame, il sera votre frère » ; il se retourna honteux, disant : Cest pas mon Jrère ».
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rinfante, le Dauphin dit aux enfants qui l'entouraient : Voilà ma femme ! M. de Souvray, son précepteur, lui dit que peut-être les Espagnols ne la lui voudraient pas donner. Il répondit aussitôt : « Eh 1 il la faudra aller prendre ! * »
A l'entendre ainsi parler, qui n'eût assuré qu'il aurait la vaillance de son père le Béarnais, lequel prenait d'assaut les filles comme les villes ?
Le jeune roi était, de plus, beau cavalier, dansait à ravir, jouait à la paume et à l'arbalète, faisait des armes — toutes qualités qui font les bons maris. Mais avait-il l'âge requis, quand on songea à l'unir à cette Infante d'Espagne, dont il faisait si grand cas avant de l'avoir vue ? Et ne trouverons-nous pas là l'explication de cette froideur, pour ne pas employer un terme plus brutal, qu'il devait lui témoigner? Il ne faut pas oublier que Louis XIII n'avait pas plus de quatorze ans lors de son mariage, et que la petite reine qu'on lui destinait avait tout juste huit jours de plus que son futur époux.
* Œuvres de Malherbe, édition L. Lalanne, t. III, p. i3o.
LOUIS Xni MÉRITA-T-'IL D^ÊTRB APPEL1& (( LE CHASTE » } lOt
Les écrivains du temps ne tarissent pas d*éloges sur la beauté de Tlnfante, sur sa grâce, sur ses gentilles manières. A la fin de 1613, elle avait eu pourtant une maladie qui aurait pu altérer ses charmes, si elle eût laissé des traces : elle avait été atteinte de la petite vérole. Elle eut la chance de n'en point garder de marques *.
Nous passons sur les cérémonies qui eurent lieu en Espagne et qui furent comme le prélude de celles qu'on devait célébrer à Bordeaux, où le roi s'était rendu au devant de l'Infante. Bien qu'il fût à la veille de son mariage, Louis XIII n'avait rien changé à ses habitudes : il continuait à jouer comme un enfant qu'il était. Dans le palais de l'archevêché de Bordeaux, qui est sa résidence, Louis XIII se divertit et s'amuse comme dans le Palais du Louvre, à Paris ; il y a ses oiseaux du cabinet, ses petites arquebuses, ses gentilshommes ordinaires, en un mot, ses choses et sa maison '.
Il joue aux échecs, va à la chasse, assiste à la comédie, et les loisirs qui lui restent, il les occupe à chanter des hymnes religieux, à dresser des escadrons et des bataillons avec ses petits soldats d'argent, à convertir « de petites armoires en volière » — et à dérober des pots de confiture au Cardinal de Sourdisl..
^ Le Roi chez la Reine, par A. Baschet, p. i43 et suivantes. s Basghbt, op. cit., p. i8i-i8a.
lOa LE CABINET SEGBET DE L HISTOIRE
On apprend bientôt que la petite Reine, se rapprochant de plus en plus du but désiré, est arrivée à Castres. Quelque temps après, le Roi Ta rejointe sur la grand'route. Il a fait arrêter son carrosse « au droict du sien et marchant doucement » la considère, puis se met à lui dire gaiement, en se montrant du doigt et à voix haute : lo son incognito, lo son incognito ; puis il remonte à cheval et repart pour Bordeaux, où il arrive une heure avant Tlnf^nte.
Tandis que la jeune reine se reposait des fatigues du voyage, et qu'on terminait les derniers préparatifs, le roi çtait allé aux canaux f^ire voler un de ses plus beauî^ oiseaux * I
Nous passons sur les détails bien connus de la cérémonie, sur le luxe qui s'y déploya, sur l'effet produit par les deux époux, présentant, de l'avis unanime, le couple le plus charmant qui se put rêver. Nous avons hâte de narrer comment se comporta l'enfant royal, que ni son tempérament ni ses façons d'être habituelles ne semblaient avoir préparé au rôle qu'il était appelé à jouer. Voyons d'abord le récit
^ Basghbt, loc. cU.
LOUIS XIII MÉRITA-T-ÎI* Ï)'ÊTIV5 À?PEW& « LÇ CHASTE )) ? Io3
officiel^ celui qui, appareuiment, fut rédigé sou$ l'insipiration de Ig Reine mère, pour qui Ift raison d'Etat parlait plus haut que le cœur. Nous exprimerons ensiuite les réserves qu'il convient de faire sur la véracité de son contenu.
La pièce que nous publions ci-après a paru, pour la première fois, dans un recueil historique S où nous aurons encore occasion de puiser ; elle porte pour titre :
Détail singulier de ce qui se passa le jour de la consommation du mariage de Louis XIIL
(a^ décembre i6i3}.
Après la cérémonie achevée, environ sur les 7 Heures du soir, et que leurs Majestés eurent un peu devisé ensemble, Ip Roi et la petite Reine s'en retournèrent c^vec autant d'ordre que Pheure le peut permettre, et prirent le plus court chemin de l'Archevêché, pendant que la Reine-mère y retqurna aussi par la petite porte ; et étant là, donna ordre à faire faire . la bénédiction du lit nuptial, sans aucune cérémonie, par un des aumôniers ou chapelains qui se trouva le premier sur les lieux.
Incontinent après que le roi eut soupe, il se coucha en sa chambre et en son lit ordinaire selon sa coutume, où la Reine sa mère, qui jusqu'alors était demeurée en la chambre de la
\ Revue rétrospective^ !*•« série, t. II, p. a5o. V. dans la même }l9.Y^@ (l-^ »^m, \* II, 1834, p. a§d), la IdUre du « Frère Joseph,
de Piri§, Qapupin indigpe li».
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petite reine et l'avait fait aussi coucher dans le lit de sa première chambre, le vint trouver, environ sur les huit heures du soir, passant au travers de la salle d'où elle avait fait sortir tous les gardes et tout le monde ; et trouvant le Roi dans son lit, lui dit ces mêmes paroles : .
(( Mon fils, ce n'est pas tout d'être marié, il faut que vous ' veniez voir la Reine votre femme qui vous attend. »
Le Roi répondit : « Madame, je n'attendais que votre commandement; je m'en vas, s'il vous plaît, la trouver avec vous. »
Au même temps on lui bailla sa robe de chambre et ses bottines fourrées, et ainsi s'en alla avec la Heine, sa mère, par ladite salle, en la chambre de la petite Reine dans laquelle entrèrent avec leurs Majestés les deux nourrices, messieurs de Souvray, gouverneur, Hérouart, premier médecin, marquis de Rambouillet, messieurs de la garde-robe portant Tépée du roi, et Béringhem, premier valet de chambre portant le bougeoir. Comme la Reine approcha du lit, elle dit à la petite reine :
« Ma fille, voici le Roi, votre mari, que je vous aniène ; recevez-le auprès de vous, et l'aimez bien, je vous prie. »
A quoi elle répondit en espagnol qu'elle n'avait aucune intention que de leur obéir et complaire à l'un et à l'autre ; et ce disant, le Roi se mit dans le lit par le côté de la porte de la chambre, la petite Reine étant du côté de la ruelle où avait passé la reine-mère, laquelle les voyant couchés, leur dit à tous deux ensemble quelque chose si bas que personne du monde ne le put entendre qu'eux ; puis sortant de la dite ruelle, dit : « Allons, sortons tous d'ici », et commanda aux deux nourrices du Roi et de la Reine de demeurer seules en