GOMMENT MARIE LECZINSKA DEVINT REINE DE FRANGE
« Elles ont fait une prodigieuse dépense en habits. » M. le duc (le duc de Bourbon) en a désigné dix-sept d'entre elles, choisies parmi les moins farouches et les plus séduisantes, qui sont chargées d'attenter à là vertu de ce prince, dont on commence à trouver le calme désespérant. Mais « les nymphes en furent pour leurs frais : rien ne put triompher de la sauvagerie d'Hippolyte, qui, de tous les plaisirs offerts, ne voulut prendre que celui de la chasse * ».
Louis XV avait subi les influences de ses précepteurs, plus particulièrement celle de Fabbé Fleury, qui s'était attaché à lui donner une éducation presque monastique. Le jeune roi avait une piété sincère et profonde : ne l'avait-on pas vu faire arrêter son carrosse, pour se mettre à genoux devant le Saint-Sacrement ? La duchesse d'Orléans, — comme plus tard M™® de Mailly et M™® de Pompadour — se moquaient en vain des terreurs de l'enfant, au sujet de l'Enfer et de son horreur pour le Jansénisme. On avait tenté d'arracher Louis XV à l'influence de Fleury, et de
fureur contre la duchesse, Pavait sur-le-champ fait sortir de la Cour, alors réunie à Versailles, et renvoyée à Paris. » Journal et Mémoires de M, Marais, t. II, loc. cit.
* H. Druon, Histoire de l'Education des Princes, t. II, pp. 248 et 205. A propos de la passion du jeune roi pour la chasse. Barbier consignait dans son Journal (t. I, p. 365) :
« 11 ne paraît pas qu'on ait réussi dans le dessein du voyage. Le Toi ne songe qu'à chasser. . J'avoue en mon particulier que c'est dommage, car il est bien fait et beau prince, mais qu'y faire?...».
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s'attaquer à cette innocence qui se défendait avec tant d'énergie ; mais, à part l'opinion isolée que nous avons rapportée et qui est discutable, il semble que Louis XV soit resté pur, au milieu des entraînements et des séductions. Jusqu'à son mariage, jusqu'au moment où il eut une femme et non plus un enfant, il resta le prince qui faisait chasser la maîtresse d'un de ses valets, et fuyait avec une égale répulsion le monde et les femmes. Il était dans ces sentiments, quand on lui présenta pour la première fois celle qu'on lui destinait pour femme.
Le 2 mars 1722, l'Infante d'Espagne avait fait son entrée solennelle à Paris *, Le roi s'était rendu au devant d'elle, à quelques kilomètres de la capitale, à Berny.
En dépit de toute sa grâce et sa joliesse S la petite princesse de trois ans ne parut point faire une impression agréable sur Louis XV ; il rougit en la voyant, comme un enfant honteux et contrarié, et
* Cf. Journal et Mémoires de Mathieu Marais, t. II, p. 249 ; Journal de Barbier, t. I, p. 195-197.
' « Llnfante m*a paru très jolie, très vive et pleine de petites grâces ». Journal et Mémoires de Mathieu Marais, t. III, p. 271.
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se borna à la saluer de ces mots banals : « Madame, je suis charmé que vous soyez arrivée ici en bonne santé ». Le lendemain, il lui fit présent d'une poupée de vingt mille livres et se tint ensuite fort à l'écart . « Tout le monde, ajoute l'avocat Barbier, trouve ce mariage-là original » *. Il Tétait tellement, qu'il ne devait jamais avoir lieu.
Trois ans exactement après son arrivée en France, le bruit se répandait que l'Infante allait être renvoyée en Espagne et l'on parlait de marier le roi à une autre princesse à peu près de son âge, afin qu'il put bientôt « donner des successeurs à la couronne ^ »
La petite Espagnole, disait-on, esta trop jeune pour le roi » (elle avait sept ans et le roi en avait quinze)... Elle est petite et n'a pas crû d'une ligne en un an... Elle est nouée dans les reins et n'est pas propre à avoir des enfants, et toutes les grâces de son esprit ne servent de rien pour cet ouvrage-là ^
Le public, qui veut toujours deviner, marie le roi tantôt à une princesse d'Angleterre, qui se ferait catholique pour être reine de France, tantôt à M'^" de Vermandois ou de Sens, sœurs de M. le Duc (de Bourbon). Un autre jour, il se chuchote que la princesse
destinée au roi est une Allemande, sœur de la prin-
1 Journal historique et anecdotique du rhgne de Louis XV , par Barbier; Paris, Renouard, éditeur, t. I, p. i3a. * Journal de Marais, t. III, p. i58.
3 Journal de Marais, t. III, p. lôg.
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cesse de Piémont : elle est à Annecy dans un couvent, et, entre toutes les belles, elle est des plus belles ; blonde, assez grande, et seulement âgée de quatorze ans. Elle est, pour tout dire, charmante, mais elle ne prononce pas un mot de français *.
Un roi ne se marie pas comme un vilain, et quelques précautions, fort sages, d'ailleurs, devaient être observées. On n'exigeait pas seulement de la future reine de France qu'elle fût pourvue d'agréments physiques, mais on la souhaitait surtout apte à perpétuer la race. C'était au premier ministre qu'était échue la mission, qui entraînait une si rude responsabilité, de chercher une femme au jeune monarque. Ce haut personnage s'en préoccupa activement, surtout du jour où il vit la santé du roi menacée.
Louis XV venait de tomber gravement malade. Il avait, malgré plusieurs indispositions qui auraient dû lui servir d'avertissement, continué à abuser du plaisir de la chasse à courre. Au ^iiilieu du mois de février. Sa Majesté ressentit de violents maux de tête, avec lièvre ardente et abattement, malaises analogues
1 Marais, op. cit,, t. UI,