COMMENT MABIE LECZINSRA DEVINT REINE DE FRANCE
cette princesse un avis qui mérite une attention particulière, et qui ne permet de prendre aucune mesure pour Taccomplissement du mariage de S. M., jusqu'à ce que Ton soit entièrement instruit à cet égard. Le sieur Duphénix, que Monseigneur le Duc choisit pour prendre toutes les informations nécessaires dans une chose aussi importante, verra par la lettre dont on joint ici la copie, que Ion suppose que la princesse, fille du Roi Stanislas de Pologne, est sujette à tomber du haut mal et que même la reine de Pologne, sa mère, a, par plusieurs de ses lettres, consulté sur cette matière une religieuse de Trêves, que Ton prétend avoir des remèdes contre cette infirmité. Le sieur Duphénix trouvera dans la copie ci -jointe le nom de la religieuse, celui du couvent de Trêves où elle est, et celui de Tabbesse. C'est pour éclaircir ce mystère important que Monseigneur le Duc souhaite que le sieur Duphénix parte sans retardement, et qu'observant le plus grand secret à tous égards, il se rende à Trêves par Châtions, Metz et Thionville. Il sera de Tintelligence du sieur Duphénix de s'informer, lors de son arrivée à Trêves, s'il n'y a pas, dans le couvent dont il trouvera le nom dans la lettre cijointe, une religieuse connue par plusieurs remèdes qu'elle a contre différentes maladies, et, après avoir pris à cet égard toutes les premières informations qu'il pourra, il se rendra au couvent en question, et, après s'être adressé à la religieuse dont il s'agît, il s'instruira, sans découvrir de quelle part il vient, sur le tempérament de la princesse Marie, fille du Roi Stanislas. 11 cherchera le moyen de savoir, dans le cours de la conversation, si elle n'est pas sujette à aucune infirmité principale, et si la reine de Pologne ne Ta pas consultée quelquefois sur la santé de la princesse sa fille. Enfin, il se tournera
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de tous les sens qu'il pourra imaginer, sans dtouvrir Torigine de sa mission, pour savoir quel peut avoir été le fondement de l'avis qui a été donné à Monseigneur le Duc, et si effectivement rinfirmilc que Ton attribue à la princesse Marie a lieu ou non.
Comme il pourrait être que la religieuse à qui le sieur Duphénix doit s'adresser ne parlerait pas français, il faudrait que, dans ce cas, il tâchât de suppléer à cet inconvénient, soit par le moyen de Tabbesse, soit par quelque autre religieuse du même couvent. Après que le sieur Duphcnix aura exécuté ce que Monseigneur le Duc lui confie, il partira de Trêves pour se rendre par la même roule h Metz, d*où il pourra rendre compte par lettre à Monseigneur le Duc de ce qu'il aura appris dans son voyage. Il se rendra ensuite de Metz, par Sarrelouîs, h Weissembourg.
Comme le mariage de S. M. n'a point encore été déclaré, le sieur Dupliénix ne doit s'ouvrir avec personne qu'avec le Chevalier de Vauchoux, à qui il s'adressera d*abord, et à qui il remettra la lettre que Monseigneur le Duc lui fait écrire, et à laquelle S. A. 8. en joint une pour le roi Stanislas, concernant l'avis en question.
Après que le sieur Duphénix se sera instruit, par le chevalier de Vauchoux, de toutes les circonstances qui regardent la santé de la princesse, il lui demandera de le présenter secrètement au roi de Pologne, comme un de ceux qui ont été choisis pour veiller à la santé de la princesse, sa fille, lorsqu'elle sera en France. Gomme le Chevalier de Vauchoux remettra en même temps au roi Stanislas la lettre de Monseigneur le Duc, le sieur Duphénix pourra paraître instruit ; il est probable que la question sera agitée sur le champ. Le
COMMENT MARIE LBG2IN8KA DEVINT REINE DE FRANCE 1kh^
sieur Duphénix aura soin alors de s'expliquer avec tous les ménagements possibles, et avec toutes les expressions propres à faire connaître au roi Stanislas que, quoique S. A. S. n'ait ajouté aucune foi à l'avis qui lui a été donné, elle a cru, et pour le roi Stanislas et pour elle-même, ne pouvoir chercher avec trop de soins tous les éclaircissements propres à confondre ceux qui auraient donné des avis faux sur la santé de la princesse. 11 ajoutera que Monseigneur le Duc n'a voulu chercher ces éclaircissements que dans la bonne foi et la sincérité du roi Stanislas lui-même, persuadé que, s'il en était quelque chose, son intérêt personnel, qui ne serait alors que passager et momentané, céderait à ce qu'il doit au bonheur du Roi et à celui du Royaume. Le sieur Duphénix écoutera alors la manière dont le roi Stanislas s'expliquera sur la santé de U princesse sa fille ; il rassemblera toutes les circonstances qui pourront le. faire juger non seulement sur la vérité de l'avis qui a été donné à Monseigneur le Duc, mais encore sur la santé de la princesse en général, sur les incommodités auxquelles elle a été plus sujette dans le cours de sa vie et sur le fond de son tempérament.
Il pourrait être que, pour donner au sieur Duphénix des éclaircissements plus détaillés et plus précis, le roi de Pologne ferait appeler son premier ministre,, et dans ce cas ce serait à son rapport que le sieur Duphénix devrait toujours voir et entretenir le premier médecin du Roi de Pologne, et, en observant le plus grand seCret sur le véritable sujet de son voyage, il prendrait pour prétexte avec lui qu*il a eu ordre de s'instruire par lui du tempérament de la princesse, des lé» gères incommodités auxquelles elle a été le plus sujette, des remèdes qu'on lui a donnés le plus ordinairement, de ceux
qui sont les plus coiiYcnables à son tempérament et des autres détails dont la connaissance peut être nécessaire pour gouverner sûrement une santé aussi précieuse que celle de la princesse. Le sieur Dupliénix observera de régler ses questions de manière que les réponses le mettent en état de juger de la vérité du secret qu'on lui confie, du tempérament de la princesse et des espérances que Ton peut en augurer pour la postérité du Roi.
Comme le sieur Duphénix verra la princesse le plus souvent et le plus particulièrement qu'il lui sera possible, il sera en état de juger par lui-même du véritable état de sa santé et de son tempérament.
11 est inutile de recommander au sieur Duphénix le plus grand secret sur le voyage qu'il aura fait à Trêves ; il en sentira aisément la conséquence ; et, après qu'il aura pris, sur l'importante affaire que Monseigneur le Duc lui confie, toutes les notions qu'il aura pu rassembler, il se rendra auprès de S, A. S. pour lui en rendre compte.
Le sieur Duphénix s'acquitta de sa mission en conscience, ainsi que nous l'apprend cette lettre du chevalier Vauchoux :
A Weissembourg, 12 mai 1726.
Monseigneur,
Le sieur Duphénix arriva hier sur les sept heures du soir et me remit la lettre de Votre Altesse Sérénissime ; je fus aussitôt la porter au roi Stanislas. Ce prince n'est point étonné (ju'un bonheur comme le sien lui attire les derniers