LOUIS XIII MERITA-T-IL D*ÊTRE APPELÉ <( LE CIIASTE )) ? H
à l’église de saint Isidore, patron de Madrid, qui jouissait de la réputation que les païens attribuaient à JunonLucine. Le père Bachelier fut même dépêché par elle auprès du roi d’Espagne, pour obtenir ce son frère un bras de la sainte relique, afin de subir de plus près la sainte influence quelle sollicitait, influence qui, chacun le sait, diminue comme le carré de la distance h
Au commencement de décembre, le comte de Brienne, ayant trouvé la reine « plus rêveuse quelle n’avait coutume de l’être et les yeux fort chargés », prit la liberté de lui rapporter les espérances que concevaient ses amis. Elle rougit et changea aussitôt de discours. « Le bruit, ajoute Brienne, devint général, avant que l’on eût des indices infaillibles de cette heureuse grossesse 2. »
La plupart des auteurs contemporains 3 et, d’après eux, les historiens de nos jours, ont émis des doutes sur la légitimité de Louis XIV. Il est certain que toutes les apparences sont pour confirmer ces doutes. Arnne d’Autriche elle-même était si peu sûre d’en faire accroire sur ce sujet, « qu’à peine eut-elle fait sa
donne une princesse, nous n’en serons pas plus avancés à cause de la salique. Ainsi prions Dieu qu’elle ait un prince dans ses entrailles. Au reste, il y a ce qu’il y a ».
1 Raspail, Revue Complémentaire des Sciences appliquées à la Mè» decine et pharmacie , ier septembre 1857, p. 61.
2 Mémoires , édit. Michaud, IIIe série, t. III, p. 69.
3 Y. les pamphlets de la Fronde, les Lettres de Gui Patin, etc
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déclaration de grossesse, elle se réfugia dans le Valde-Grâce, comme dans un fort, à l’abri et des yeux des argus et des soupçons de son maître, quelle n’approcha plus 1 ». Elle sentait si bien qu’une justification était nécessaire, que l’on peut regarder comme un plaidoyer pro domo le fragment des Mémoires de sa confidente intime, Mmc de Motteville, qui se rapporte à l’épisode.
Voici ce que nous conte cette bonne dame.
Mlle de la Fayette s’était retirée du monde. Le roi l’allait voir au couvent où elle s’était retirée.
On crut mi me que ce fut un jour qu'étant demeuré tard à ce couvent, il fit un si mauvais temps qu’il fut obligé de demeurer au Louvre, ou il n'y avait point d'autre Ut que celai de la reine . Quoi qu'il en soit (sic), ce fut alors (le 5 septembre 1 638) que Dieu donna à la France le roi régnant aujourd’hui, cet auguste prince Louis XIV, qui fut nommé du peuple Dieudonné 2 /
Celui qui a reproduit avant nous ce passage a fait ressortir les inconséquences et les invraisemblances qu’il renferme. Nous nous bornerons a reproduire, en nous y associant, les réflexions qu’il lui a suggérées.
Et d’abord, Mme de Motteville est la seule à parler de ces circonstances, dont la portée était pourtant si
1 Raspail, loc. cit.
2 Mémoires de Mmt> de MolteviLe , t. I, p. 8o.
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grande. Elle en parle comme d’un on-dit , elle qui pouvait se renseigner à la source.
... A qui fera-t-on croire que ce roi si pudique et qui éprouvait une telle répugnance du côté de la chair, lui qui n’aurait pu supporter le frôlement de la robe d’une femme amie sans rougir, comme un coupable rougit d’une action honteuse ; que ce roi se soit montre tout à coup entreprenant envers la femme qu'il détestait, lui dont lame chaste aimait ailleurs, et aimait une personne si digne de hêtre, (t dont e souvenir seul commandait la pudeur et le respect? Comment concevoir qu’à cette époque le Louvre ne renfermât qu un seul lit, comme après une prise d’assaut et la dévastation d‘ufte forteresse, et comme si le Louvre se fut trouvé alors dans un désert ? Où couchèrent donc ses gens, car le roi ne voyageait pas sans escorte? Aussi de Moltevillc s’empresse-t-elle de faire justice de celle hypothèse par un quoi qu’il en soit qui la met à néant et la bille comme à la plume.
Mais le rapprochement des dates de certains faits va nous démontrer encore mieux l’impossibilité d’une cohabitation entre Louis XIII et Anne d’Autriche.
Louis XIV étant né le 5 septembre 1 638, il est évident que la rencontre fortuite et nocturne aurait du avoir lieu vers la fin de 1607 > 011 dit* d’un autre côté, que le rapprochement de ces époux ennemis se serait opéré dans un appartement du Louvre. Or, c’est en l’année 1687, d’après de Bassompierre, que, sur les ordres du roi, une visite domiciliaire se serait effectuée au Val-de-Gràce, qu’habitait alors Anne d’Autriche. Ainsi, la reine était réfugiée au Val-de-Grâce, et la
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légende nous la montre habitant une modeste chambre à un seul lit au Louvre, comme si le palais du Louvre eut été une ruine abandonnée !
La reine était en suspicion de haute trahison auprès de son époux de nom, si soupçonneux de sa nature et si peu susceptible de revenir d’une fâcheuse impression ! Et la légende suppose qu’en un instant la réconciliation se fit, comme un armistice, pour quelques heures, et que la haine reprit son cours le lendemain comme auparavant ; et qu’enfin, un sentiment asssoupi pendant vingt ans, encore plus dans l’impuissance que dans la répugnance, se serait réveillé et puis éteint de nouveau, en l’espace de quelques heures. Cela se voit dans les contes des fées ; mais cela est de toute impossibilité dans la logique des passions humaines et surtout dans les lois de la physiologie ; un enfant de quarante ans ne devient pas ainsi nubile en un instant, pour retomber ensuite dans l’enfance de sa constitution avortée i9
Tout le monde est donc à peu près d’accord sur la bâtardise du grand Roi; on diffère seulement sur le nom du père putatif. Les uns désignent le marquis d’Ancre ; de là ce couplet, tiré d'une chanson de l’époque ;
Si la reine allait avoir Un enfant dans le ventre.
Il serait bien noir,
Car il serait d’encre.
D’autres ont nommé le duc de Buckingham ; d’autres
4 V. Revue complémentaire, juillet 1857, t. 111, p. 378,
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enfin, le cardinal de Richelieu lui-même, comme l’indique une chanson composée à la mort du Roi-Soleil A. Ce qui est certain, c’est qu’on ne retrouve en aucune façon, chez Louis XIV, une ressemblance physique avec Louis XIII.
Mais il n’est pas que cet argument de physiognomonie pour déterminer le jugement de ceux qui ont émis des doûtes sur la paternité de Louis XIII ; il y a encore et surtout les raisons que nous avons tout au long exposées, et que les antécédents de ce roi ne font que confirmer.
A ceux qui nous blâmeraient d’avoir voulu pénétrer les secrets d’une alcôve royale, à ceux-là nous répondrons que si la recherche de la paternité n’est pas autorisée par nos lois, nous ne sachions pas qu’elle soit interdite à l’historien.
1 Notre confrère Witkowski en a publié les premiers couplet^ dans ses Curiosités historiques sur les Accouchements .