‹ Le cabinet secret de l'histoire (volume 4)Chapitre 16 sur 34 · CN PÉCHÉ DE JEUNESSE DE LOUIS XIV · texte numérisé non relu

CN PÉCHÉ DE JEUNESSE DE LOUIS XIV

On a coutume de dire que les grands mangeurs et les gros buveurs sont de tristes champions au jeu d'amour, cela en dépit du proverbe : Sans Bacchas Vénus se refroidit. Comment, dès lors, expliquer que Louis XIV, qui était capable de renouveler à l'occasion les exploits de Gargantua, fût, au contraire de son bonhomme de père, le vertueux Louis XIII, un des plus brillants amoureux de son royaume ?

Il n'avait pas quinze ans que sa robe d'innocence avait déjà reçu son premier accroc ' : une femme de chambre d'Anne d'Autriche, M"** de Beauvais, s'était chargée de déniaiser le jeune prince. La Beauvais, toute vieille et toute borgnesse ^ qu'elle fût, avait

* L'aventure peut dater de i654. Dès l'année suivante (Voir J. CousiK, V Hôtel de B»auvai$), la Beauvais se faisait bâtir, dans la plus belle partie de la rue Saint-Antoine, le somptueux hôtel dont M. Cousin a écrit l'histoire.

* Madame^ duchesse d'Orléans, belle-saur de Louis XIV, écrit, à

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une propreté excessive ', et surtout un tempérament de feu ; il n'en fallait pas plus pour que radolcscent royal tombât dans ses filets. N'est-ce pas l'usage que les invalides de la galanterie aient les prémisses des ardeurs juvéniles ^ ?

la date du i6 septembre 1716 : « La Beauvais était Lorgne ; elle a vécu encore quelques années après mon arrivée en France. Elle est la première qui ait appris au roi comment il faut agir avec les dames ; elle était bien au fait de la chose, car elle a mené une vie déréglée. » Correspondance de Madame, p. 469.

La reine l'appelait Cateaa tout court. La Bruyère a fait allusion, sous le nom d'Ergaste [Des biens de fortune) au baron de Fseauvois, son fils. L'une des Clefs des Caractères contient cette note : « Sd mère étoit de la confidence de la feue reine-mère et le bruit est que ce fut elle qui fut la première à assurer la reine que le roi, qui, dans sa jeunesse, paroissoit fort indifférent sur les damcô, ciolt très sûrement propre au mariage. Elle s'appeloit Cateaa la Borgnesse, »

i jyime (jg Beauvais n'était pas cependant femme à imaginer le moyen, employé plus tard par la dévote maréchale de Luxembourg, moyen que la bonne dame prétendait infaillible, et qui consistait à ne se servir que d'eau bénite pour sa toilette intime, afin de prévenir les tentations. [Mémoires de Bachaumont.)

* Le duc de Saint-Simon, parlant, dans ses Mémoires, de la fortune faite à la Cour par un La Vauguyon, dit : « Avec ces talents et d'autres plus cachés, mais utiles à la galanterie, il se fourra chez M™* de Beauvais, première femme de chambre de la reine-mère et dans sa plus intime confidence, et à qui tout le monde faisait d'autant plus la cour, qu'elle ne s'était pas mise moins bien avec le roi, dont elle passait pour avoir eu le... (premier amour). » Le jeune prince justifiait l'adage contenu dans le vieux proverbe gaulois : « Il n'y a pas de femmes laides pour les écoliers et les moines. » Le fait est qu'il ne fallait pas se montrer trop dégoûté pour se laisser prendre aux charmes de cette mégère, qui est ainsi dépeinte

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