PARALLÈLE PHYSIOGNOMONIQUE ENTRE LOUIS XIII ET LOUIS XIV
1° Jamais la ressemblance n'est parfaite entre deux frères utérins ;
2° Deux frères de père et de mère ont toujours dans les habitudes, la constitution, ou la physionomie, quelque trait de ressemblance avec le père ;
3° Un père faible, malingre, débile de tempérament, n'engendre pas des hommes forts, vigoureux de corps et d'esprit et d'une santé florissante. On voit des hercules engendrer des avortons ; on ne voit pas des avortons engendrer des bercules ;
4° Dans le port, la taille, la physionomie, la coupe de figure et les proportions des lignes du visage de Louis XIII, je retrouve tout le canevas du visage de Henri IV : Louis XIII, c'est Henri IV malade et étiolé ; dans l'ensemble des traits de Louis XIV, je ne retrouve rien de Louis XIII ;
5° Louis XIV tient de sa mère les goûts de cette toilette à falbalas, à dentelles, à gazes, à rubans, à broderies sur satin, à panaches sur le cbapeau, goûts qu'Anne d'Autriche avait rapportés d'Espagne, et qui font que ce grand roi, même devenu père et grand-père, nous parait attifé comme une petite fille de dix ans, que ses parents se plairaient à parer comme un Jésus dans sa châsse. Ce n'étaient pas les goûts basques que Louis XIII tenait de Henri IV, goûts empreints d'une simplicité dont la taille du corps faisait la seule élégance : Louis XIII, tout maladif qu'il était, se campait avec une mâle fierté sous sa jaquette de chasse ; Louis XIV, empanaché, enrubanné, tout plissé de dentelles, ne posait qu'avec une dédaigneuse vanité;
6° Louis XIII était brave et payait de sa personne, comme soldat, donnant tête baissée sur l'ennemi, à la manière de Henri IV ; Louis XIV allait en carrosse au spectacle de la bataille, et conduisait ses maîtresses, pour leur montrer, aux premières loges, comment on se tuait selon les règles de l'art.
Le vers de Malherbe :
Prends ta foudre, Louis, et va comme un lion,
est resté ce qu'il parut alors. Le passage du Rhin, chanté par Boileau, et VOdc sur la prise de Namur nous paraissent aujourd'hui deux simples platitudes.
Louis XIII volait aux combats ; Louis XIV posait après la plus insignifiante des victoires ;
7° Louis XIII était élancé ; quoique petit de corps, il était bien découplé, ayant peu de hanches et pourtant la taille bien prise. Louis XIV était lourd de formes, grand de taille, ayant les hanches rebondies, les membres charnus ;
8° Mais c'est la physionomie qui va nous révéler une con-" sanguinité impossible. Placez- vous sous les yeux deux portraits, l'un de Louis XIII et l'autre de Louis XIV, tous les deux pris
APPENDICE
d'après nature, alors que l'un et l'autre avaient le même âge ; à aucun âge, vous ne parviendrez jamais à saisir le moindre linéament de ressemblance entre le prétendu père et le prétendu fils. Rien dans la coupe, rien dans l'ovale, rien dans les proportions des traits, rien dans le teint, rien dans la chevelure, rien dans l'expression.
Louis XIII, qui ressemble à ses trois sœurs, tellement qu'un peintre n'aurait qu'à enlever la moustache et la royale du roi. pour pouvoir substituer la tête du roi à celle de l'une quel* conque de ces trois princesses, Louis XIII, dis-je, semble appartenir, je ne dirai pas à toute autre famille, mais même à toute autre nation que Louis XIV.
Par l'ensemble de la figure, Louis XIII est Basque; Louis XIV, au contraire, est parfaitement Italien sous le même rapport, Cela ressortira mieux sous la plume, en plaçant en regard sur deux colonnes les signalements respectifs des deux rois :