‹ Le cabinet secret de l'histoireChapitre 2 sur 109 · PARIS ALBIN MICHEL, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS ALBIN MICHEL, ÉDITEUR

22, nUE IIUYCIIENS, 22

fr HiO. 110 (^)

LE

(quatrième série)

re MÉDECIN DE LOUIS XI

Si la n&nerieon la curiosité eussent porté vos paS| il y a quelques années, rue Saint-André-des-Arts, près de cette cour du Commerce si riche en souvenirs révolutionnaires S vos regards auraient été arrêtés par un bâtiment d*une architecture sobre, d'une simplicité voulue, dont on achevait en h&te la construction. Vous informiez-vous , on vous répondait qu'il allait bientôt s'élever sur cet emplacement un lycée de jeunes filles, qui devait porter le nom du Cygne de Cambrai : la Lycée Fénelon. Poussiez- vous plus avant votre enquête, toute une époque disparue surgissait en une évocation lointaine.

• V. Chronique mcfdica/e, 15 décembre 190i, p. 810, el 16 janvier i906i p. G3.

iv-l -

a LE CADINET SECRET DB L IIISTOIRB

Nous reportant par la pensée à quatre siècles en arrière, essayons de reconstituer, avec la patience d*un archéologue, ce coin du vieux Paris, menacé de disparaître sous le pic des' démolisseurs.

Dans ce. qu'on nomme, au quinzième siècle, le faubourg Saint-Germain, dessinons un carré irrégulier, limité par les rues des Fossés-Saint-Germain, de rÉcole-de-Médecine, du Paon, de l'Éperon et de Saint-André-des-Arcs. Une ruelle longue, étroite, appelée la « cour de Rouen », coupe diagonalemcnl, en deux parties à peu près égales, ce carré irrégulier. Dans la partie du carré adossée à la rue du Paon, se trouve aTliételde rArcIievéquede Rouen ». Dans la partie touchant à la rue Saint-André-des- Arcs, s'étendent à perte de vue des jardins, des prairies marécageuses, des masures qui tombent en ruines. C'est tout ce pâté qu'on désigne sous le nom de « Séjour de Navarre ».

Après avoir été Tapanage de la couronne pendant des années, le Séjour de Navarre est passé entre les maiûs de Louis XII,' alors duc d'Orléans.

A la veille de partir pour son expédition de Bre- ^gne, le jeune duc, qui fait flèche de tout bois, a vendu riiétel de ses pères. Les acquéreurs nous sont aujourd'hui connus : c'est un conseiller au Parlement, Guillaume Ruzé ; un correcteur de la Chambre des Comptes, Nicolle Viole, sieur de Noizeau. Un avocat au Parlement, Jean iluraut, a acquis le troisième lot,

LE MEDECIN DB LOUIS Xl 3

dont il- ne larde pas à se débarrasser, le 27 janvier i/i89, en faveur de Jacques Coilier, naguère encore premier médecin de Louis XI et son conseiller intime.

Coilier, que les historiens ont tour à tour appelé Coictier, Coillicr^ Coller^ Coc//cr, et enfin Coilier^ s'est retiré là, tout au bout de la ville, contre les remparts, après fortune faite. Ce n'est pas, comme lèvent une légende longtemps acceptée, pour fuir la colère du monarque, qu'il a pris sa retraite. Le courroux de Louis XI n'est plus redoutable : le roi est mort depuis six ans, quand Coilier est devenu Tacquéreur des terrains situés vis-à-vis la poterne de Bucy, touchant presque le rempart do Philippe-Auguste.

A peine le nouveau propriétaire est-il entré en possession, que les ouvriers se sont mis à Toeuvre. En quelques mois, se sont élevés deux corps d'hôtel, uiï mur de façade crénelé, et derrière le mur une galerie close, portée sur piliers, telle qu'on en voyait fréquemment dans les demeures seigneuriales du moyen Age.

A Tangle formé par la réunion des deux corps de bâtiment se trouvent : une cour enfermant un escalier en forme de vis ; un ensemble de constructions disparates; un petit corps d'hôtel.

Une deuxième cour possède en son milieu un puits, qui mérite quelques lignes de description. Ce puits,

^1 I.E CADINËT SECRET DE L IIISTOIRB

qui 80 voyait oncoro en ces dcrniëros années, était plutôt une oiterne à margelle basse, sur laquelle figurait une tête de dauphin.

N'oublions pas de mentionner deux jardins, un jardin d'agrément et un jardin fruitier, et une chapelle gothique. Au-dessus de la porte principale, donnant sur la rue Saint-André-des-Arcs, Coitier avait fait graver un éléphant, portant sur son dos une tour.

Sur une tourelle, au-dessus d'une porte donnant accès à un escalier, on avait sculpté un blason, dans le champ duquel avait été représenté un arbre chargé de fruits, un oranger ou un abricotier^, et desimages de la Vierge, de saint Jacques et de saint Nicolas, avec cette inscription, en lettres incluses les unesdans les autres, ainsi qu'on Tobserve communément dans les écritures des rois de la première et de la deuxième races :

Jacobut Coilier

Milet et contiliaritt

Ac vice prœtet camerœ coinpotorum

< Puttr no pas fairo mcnUr la Icj^oiiile, qui voiil quo Coilier ait voulu faire un jeu do inoU, uoooorto d*ousoîi;ne do rcbu^, nou:i adoplooi laTar •Ion do l'abricoUor.

A l'Abri Cofior ilgniflall quo lo médecin l'otUmail heureux d'èlro retira, comme lo sage, à l'abri do touloi les tracatserioi Importunei. Mali II cit plus Traimemblable qu'il l'agissail d'un oranger, l'oronger • arraché d'or • M trou van 1 dam la* armei do rarchiâlro

Parisiensis^

Aream émit el in ea œdiflcavii

Anno M.CCCCXC^.

Le manoir de Coitier, connu sous le nom de « Maison de l'Éléphant d, ne fut démoli qu*en 1739. Il occupait remplacement des n^ kl, b9, 51 et 53 de la rue Saint-André-des-Arcs*. En 1740, l'hôtel de Tarchiàtre royal fut remplacé par des maisons dépourvues de caractère/ en dépit des protestations des journalistes de répgque contre cet acte de vandalisme.

Coitier vécut près de quinze ans dans la Maison de rÉléphant, accablé . d'honneurs et de dignités, jouissant en paix des biens quHl avait amassés. Il ne se contenta pas d'avoir un hôtel à la ville, il voulut avoir une maison de campagne. A quelques portées de fusil de la forêt de Bondy, près de Tabbaye célèbre do Livry, existait une ancienne châtellenie, la seigneurie d'Aulnay : il en fit l'acquisition moyennant plus de 3.000 écus d'or. Cette seigneurie comprenait : un château avec pont-levis, un manoir situé dans la basse-cour du château, deux étangs, doux moulins à eau, une garenne, sans compter les

< La tradaclion de celle Inscriplion esl la Suivante :

• Jacques Collier, chevalier, conseiller du roi, vice-président de la Chambre des Comptes, a aciieté ce terrain et y a fait bfttir cet édiOce l'an 1490. •

* Coïncidence & signaler: c'est dons la maison portant le n* 53 do la rue Saint-André-des-Arta, que mourut Orfila, le 18 mars 1853.

G LE CAniNBT SECRET DE L HISTOIRE

arpents de terre, do prairies et de bois, qui en faisaient un des plus beaux domaines des environs do Paris.

Coiticr pouvait, s^il lui en prenait fantaisto, jouer au seigneur dans ses terres. La chAtellcnio jouissait, en oITot, de droits et prérogatives incontestables : droits de voirie, droits de geôles et prisons, droits de greiïe et de tabellionnage ; droits de fourches patibulaires, droits de haute, moyenne et basse justice. En usa-t-il jamais, c'est ce que Thistoire a négligé de nous apprendre. Si Louis XI eût vécu, les paysans auraient sans doute subi le sort des serfs du temps jadis, et on aurait vu renaître sur ce coin do terre les pratiques féodales. Mais Coitier n*était plus en faveur h la cour et Louis XII, pas plus que Charles VIII, n'étaient disposés à servir son ambition.

A la mort de Louis XI, le médecin bourguignon avait perdu sa charge de premier médecin, celle do président des Comptes et n'avait dû qu'à do hautes influences d'être rétabli dans les fonctions secondaires de vice-président. On voulait bien toutefois avoir égard ce aux grands, agréables services que iceluy conseiller, maître Jacques do Coitier, a fait h nostre seigneur et père, durant sa maladie », comme disait la charte de Charles VIII, charte que Louis XII confirmait plus tard, « à cause do la grandu estime (!t parfaite confiance » qu'il avait en son a amé et féal w Jacques Coitier.

Assurément ce n'était pas une disgr&ce, mais quelque chose d'approchant, pour qui connaît l'extraordinaire carrière poursuivie sous le règne précédent par ce médecin sans scrupules, qu'un roi pusillanime comblait de libéralités, pensant éloigner ainsi la mort qu'il redoutait ^'

En avait-il exercé un ascendant sur ce monarque soupçonneux, redouté de tous ceux qui l'approchaient, et qui se pliait docilement à toutes ses exigences, si hautaines et si impérieuses qu'elles fussent? Comment un médecin de village était-il devenu le directeur de la santé d'un souverain défîant entre tous ? Comment avait-il réussi à gagner sa confiance ? Autant d'énigmes qu'on n'a pas encore tirées au clair.

On ignore non seulement la date de la naissance de Coitier, mais on ignore tout de son enfance et de ses premières années*. On sait seulement qu'il naquit

* Charles Vlll, en montant sur le trône, avait emprunté à Coitier là somme considérable de 23.100 livres soit environ 693.000 francs de notre monnaie. Le roi de France, après avoir attendu quatorze ans pour Taire honneur à sa signature, finit par s*ezécuter.

* Ce que nous savons de Coitier nous le tenons, pour une bonne part, du docteur Chereau, qui a publié, sur le médecin de Louis Xf, une

8 «LE CADIiNET SECnET DE L^IIISTOIRE

en Franclie-Comté, à Poligny, et qu'il appartenait h une famille honorable, possédant même une certaine aisance. On chercherait vainement, dans les registres de la Faculté de Paris ou de Montpellier, la trace de ' son passage. Peut-être, mais ce n'est qu'une conjecture, prit-il ses grades à l'Université de Dôlo, où il avait été remarqué par Philippe, duc de Savoie, qui se l'attacha comme médecin.

A en croire Louis Guyon, ce fut le duc de Savoie qui le présenta à Louis XI et le fit agréer par le roi, vers 1A70. Il eut tôt fait do persuader à ce prince qu'il avait été jusque-là mal traité ; que ses médecins habituels n'entendaient rien à sa maladie ; qu'il avait soigneusement étudié son cas et que, seul, il en viendrait à bout. Pour achever de le convaincre, il ne craignit pas de lui parler sur un ton de brutalité, auquel le roi n'était guère accoutumé. Il lui était si rude, écrit Comynes, « que l'on ne dirait point à un valet les outrageuses paroles qu'il lui disait ». Et s'il le voyait se regimber, il lui répliquait audacieusement : « Je scay bien qu'un matin vous m'envoycrez comme vous faictes d'autres, mais par la... (un grand

iUi«U très documMiée. dans VUnion médicMU (1861 et 18GS), «tud« que Booe avons dû coosidérableiiient élaguer. Cette étude a été reprise par le sème auteur dans le BiUUtin de (a Société d'ÀffrlcuUur$, Sciêncêê ef ArU de PoUyny. année 1861. pp. 83-48, 67-64 et 81-89 (Uré à part. PoUgn/, 1861, in-6). Voir aussi dans le même recueil, année I869, p. 10-11, lea • lettrea de natoraliié de i. Collier, par Louis XI (1473).

serment qu'il jurait), vous ne vivrez point huict jours après n. Et, par crainte de la mort, le roi accordait tout ce que son médecin sollicitait — et Dieu sait s'il avait les dents ionprues !

C'est d'abord, la place de « clerc ordinaire » de la Cliaiiibre dos Comptes que Coiticr réclame, place qui lui rapportera 9 francs environ par jour, « sans compter des droits de robes, de manteaux, de gants, de manchons, de chapeaux, de bonnets, de harnais^ do housses,dechevaux, d'huis, de canifs, d'écritoirs, etc. » Il devient le vice-président de cette mémo Chambre, à la mort du titulaire de cette charge, au bout de trois ans*.

< Antoine HibolCQU, commis par le roi pour foire le poiemonl d'une demi-année des Francs-Archers de Cliampagne, qui éloient sous lo commandemonl de Baudricourt, capitaine-général, n'avait pas rendu compte de sa gestion, et redevait au roi une somme assez considérable.

Louis XI flt donner ordre à la Chambre dos Comptes, le 24 juin 1480, de faire rechercher Riboteau, et de le forcer h restituer les sommes dont 11 était détenteur. Le monarque saisit cette occasion pour faire un présent h son médecin, vice-président des Comptes : il garda pourlui la moitié des sommes que devait rendre lo payeur des Francs-Arciiers, et donna l'autre moitié h Coitier.

Un peu plus tard, Louis fait don à Coitier do tout le droit que Jean Cauclion, parent de l'évéque de Bcauvais, avait sur les biens do certains Anglais, aiiisi que des biens mômes du Juge de Jeanne d*Arc, mort, comme on le sait, en 14(3, et Jelé & la voirie (l/nion médicale, 5 septcmlire 18G1).

lO Li^ CARINKT SECRET DE L IIISTOIIIB

Au hoiit triino nouvelle période du (rois ans, « par considération de bons, agréables et continuels services », le roi donne à son médecin les revenus du château de Civray.

Un peu plus tard, par lettres patentes datées de Lyon, Coitier reçoit le chAteau et la seigneurie de Rouvres, avec toutes ses dépendances. Puis c'est la cliâtellenie de Poissy, qui lui échoit h titre do dotation; en plus, une maison située dans la basse-cour du chûtcau de Plessis-du-Parc, résidence favorite do Louis XI.

Son ambition no connaît dès lors plus de bornes. Ce qu'il ne peut obtenir par la ruse, il l'aura par la violence. La délation, les accusations mensongères, tous les moyens lui sont bons.

Un même personnage, JeandeLadriesche, aletitre de bailli ou concierge du palais du roi et celui de président des Comptes ' : il n'aura pas de cesse qu'il ne Pait fait destituer.

L'emploi de bailli, outre des appointements fixes de 1.200 livres (39.000 fr.), donne des avantages considérables. Le bailli a justice basse et moyenne; il a seul le droit de donner et d'ôtcr les places aux merciers, sans compter une foule d'autres privilèges non moins productifs. Il est entendu que Coitier

Le président et même le vlce-présldeot des Comptes furent appelés à conlre-tigner le plupart des ordonnances des rois de France, même des actes politiques plus Importants, tab que traités de paii et d'alliances, etc

louchera les bénéfices que lui rapportent ses fonctions, sans les exercer. L'état de Tauguste malade réclame sa présence constante auprès de lui, et c'est le souverain lui-mcîme qui Ta dispensé de remplir les devoirs de ses charges.

Comme s'il redoutait de voirie roi mourir avant que son rêve ne fût réalisé, il s'empresse de lui faire signer les actes qui le mettent en possession des domaines de Poligny et de Grimont, dans son propre pays ^ ; des chAtellenies de Brazay et de Saint Jeande-Losne ; d'une maison à Dijon, que Louis XI paie sur sa cassette, et d'autres cadeaux d'une valeur

1 Pour rehausser encore la valeur de ce splendide présent, et faire dignement succéder Tarchifllre royal aux Gérard de Rossillon, aux OUion, aux Honaud, aux Guillaume le Grand, etc., Louis voulut que Coiticr vint lui-môme faire hommage accoutumé, c'est-à-dire une espèce de soumission et de reconnaissance, que le vassal faisait au seigneur du flef dominant, pour lu! marquer par là « quMl était son homme •, comme on disait alors, et lui Jurer une entière fidélité. La comédie se Joua pleine et entière entre le roi et son médecin. Le 20 février 1483, Coitier, introduit en grande cérémonie dans une des salles du Palais-Royal, se mit h genoux devant le monarque, la léte nue, les mains jointes, entre celles de son seigneur couronné, sans ceinture ni épéo, et débita les termes accoutumés de l'hommage du vassal envers son souverain :

« Je deviens votre homme et vous promets féauté dorénavant, comme 6 mon seigneur, envers tous hommes (qui puissent vivre et mourir) en telle redevance comme le flef le porte. •

Cela fait, Coitier baisa Louis XI sur la Joue ; Louis XI baisa Coitier sur la bouche {osculum fidei), et tout fut dit. Coitier était seigneur de Poligny, et lui, vassal du roi, eut à son tour des vassaux qui lui rendirent aussi fol et hommage (Docteur Cubrbau).

iaférieure. 11 est juste d'ajouter que, s'il ne s'oublie pas, il pense aussi à sa famille. Un do ses neveux, Pierre de Vercey, chanoine de Baycux, est nommé, sans coup férir, grâce à lui, évéque d'Amiens.

C'est l'époque où le roi est tombé dans un tel état de dépression intellectuelle et d'aiïaiblissement physique, qu'il ne sait plus rien refuser à l'ambition, jamais assouvie, do son médecin.

En 1481, après une attaque d'apoplexie, survenue comme il sortait de table, le roi a presque perdu l'usage de la parole ^ Dès ce moment, il passe par des alternatives d'amélioration et de rechutes successives ; il se croit entouré de dangers imaginaires, fait murer son cliAteau do Plessis d'une véritable enceinte de fer.

Un jour, il se figure que son corps exhale une odeur infecte et il s'inonde de parfums des pieds à la tète. Une autre fois, il s'avise que la musique le soulagera et les joueurs sont aussitôt commandés pour l'égayer. Privé de la chasse, une de ses distractions, il prend plaisir à faire chasser par ses chiens, dans ses appartements, des rats et dessouris.

* Sur cet iocideot morbide ellei autres maladletde Louit Xl.voIrDot^ Morii mylérinueê de VHUtoir; chapitre Loait XI.

LE IféOECIN DE LOUIS XI l3

Il consulte charlatans et devins, a recours à tous les remèdes' naturels et surnaturels, se fait apporter la sainte ampoule de Reims S va jusqu'à se faire envoyer des reliques par le sultan.

On équipe deux navires pour aller quérir « quelque chose pour la santé du roi ». Quelque chose, une drogue exotique apparemment, dont on attendait les meilleurs eiïets.

On mande d'Allemagne un chirurgien du nom de Sixte *. On fait venir un médecin en renom de Reims,

• Voici la leltre qa*il écriTit, à cette occasion, à rabbé de Saint-Réiny de Reims :

« De par le Roy.

« Cher et bien-aimé, nous aTons tu les lettres que tous avez escript, et sçavons très-bon gré de la belle messe et des prières que tous etTos ^ reli^^leuz avez fait et foilos pour nous.

« Nous Touidrions bien, s'il se pouvoit faire, aToIr une petite goutte de la sainte ampoulle. Et pour ce, nous vous prions que vous advisiez et enquerres s'il se pourroit faire d*en tirer un peu de la floleoù elle est, lions péché ny danger. Et si ainsi estqu*on le puisse faire, vous-mesmes ropportez-nous-en en quelque part que nous soyions. Car plus grand ploisir ne nous pourriez. faire. Mais & tous vous prie que vous advisiez bien comment il se pourra foire.

« Donné à Saint-Lourent-de-lo-Roche, le 17 d'avril (1483).

« Signé : Loys. » — Et au-dessous : « Pahbnt. •

La précieuse goullelclle fut, en cfTel, apportée à Sa Majesté, el, le ■to juillet suivant, la cour du Parlement se rendait, & cheval, jusqu'à Saint-Antolne-des-Cliamps, où se trouvait l'ampoule renfermée dans une petite « capse » recouverte d'un drop d'or. — A. Ch. (Ephémérides médicales, de YUnion médicale^ 17 avril 1873).

* Ce chirurçien ayant amélioré l'étal du monarque, fut fait chevalier-

l4 LE CABINET SECRET DE L*inST01RB

Gérard Cochet, uiio matrone ou sirurgienne^ Guillemette Duluys. Et tout cela ne sert de rien, et tout cela n'cmpéche pas le roi, comme dit Comynes, de passer a par là où le» autres sont passés ».

En dépit des chirurgiens et apothicaires ', Louis XI mourait le SOaoAt 1A83. Son médecin dovait lui survivre vingt-deux ans : il ne succomba, en circt, que le 20 octobre 1500.

Comme il a, dans sa vie, beaucoup péché, Coiticr, arrivé aux portes de Téternité, ne songe plus (|u'ù racheter ses fautes passées. Deux églises, seize congrégations participent à ses libéralités posthumes. Tous ses filjeulsy et ils étaient en nombre ; des pau-

cooMlIler, el roçul eo don, le 3 Juillet 1483, let magiiiflqueii liôleU de Parie, de FUodre, d'Artolt et de Bourgogne, que Marguerite, héritière des cointei de Flandre et d'Artois, avait apportés en dot & Philippe de France, quatrièine Qls du roi Jean. Sixte re^ut encore la Seigneurie de Conttans, près Paris, seigneurie que Louis XI avait déjà donnée, deui ans auparavant, à Jean de Saint-Omer, mais qu'il en déposséda pour récompenser le chirurgien allemand (Union médicale^ 19 septembre 18GI). * Et nous devons ajouter des astrologues, car il avoit à son service des médecins ëêlrologienê, dont les noms ont été conservés, oinsi que les Indications des honoraires dont les gratinait le roi. (V. les Archives historiées, ërtiêtiqiuë el litléraireê, t l**, 1889-1800. p 3Ci-3Ci, et aussi VUnion médicale, 18G3. n* 96.) Sur les autres médecins de Louis XI, cf. r Union médical; 1862, n- 110 et 1»

LE mi!:dëcin de tX>U18 XI i5

Très orphelines en ûge d'être mariées ; ses amis, ses serviteurs, louchent leur part dMiéritage ; seuls, deux filS| nés d*un amour illicite, ne sont pas couchés sur son testament, bien qu^ils eussqnt été légitimés par le roi.

Pour couronner son œuvie de bien, le pécheur repenti demanda à être inhumé dans la chapelle Saint-Nicolas de Téglise Saint^Ândré-des-Arcs, qui devint dès lors la chapelle des Coitier.

Enlln, par son testament, Coitier léguait sajbibliothùque au chapitre de Poligny ^ et fondait, dans l'église de ce lieu, une messe quotidienne à perpétuité pour le salut de son âme.

En devenant vieux le diable s^était fait ermite.

* On a voulu Taire de CoiUcrun Berrichon, porce qu'il existe, & deux leucs du Dlanc.une commune du nom de Pouligny, auUefois Poligny, ci que, d'aulre port, Coitier ovait légué aux Pères Augustins du Blanc, en Berry, une somme Importante ; mais les actes autlientlques, exhumés par Chereau, détruisent cette assertion, qui a été, du reste, abandonnée fans difficulté par celui qui l'avait émise {Comptée rendus des travaux de la Socidié du Berry, 1862-1863, p. 848 et auiv.).

Page 1