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TALLEYDAND ET SES MÉDECINS

atteint, à son tour, d^uii mal qui ne pardonne pas.

Depuis son retour d^Angleterre, il avait une de ces infirmités qui entretiennent la santé : une aiïection aux jambes qui constituait, pour lui, un dérivatif naturel*; du jour où la nature supprima cet exutoire, le malade était condamné.

Pris d'un frisson subit et de vomissements, il res* sentit une violente douleur au bas des reins, du côté gauche, et, sur les instances de son entourage, il consentit à faire appeler un prince de la science à son chevet.

Cruveilhier, avec son coup d'oeil de clinicien, eut vite fait de diagnostiquer un anthrax lombaire*. 11 demanda à s'adjoindre Marjolin pour l'opérer.

Le chirurgien dut recommencer deux fois Topération. Le patient, impassible et résigné, se contenta de dire : a Docteur, vous m'avez fait beaucoup de mal ; mais si j'en suis quitte à ce prix, je vous remercie. i> Marjolin hocha la tête et se retira.

Le lendemain, la fièvre se déclarait, le malade

eieiir, crotries-vous bien qu'on vient d'écrire inr votre porte : Maison Bancal ?

* — Que ▼oulêz-votis, madame, riposta Talteyrand, le monde est si méchant I On tous aura vue entrer... »

C*cst de Talleyrand qu*on a dit : « Cet homme eût trompé la mort, si elle l'eût traité par ambassadeur. »

* On se contentait de lui Taire des lotions saturnéos.

* Et non un anthrax ft la nuque, comme l*a écrit le docteur L. Véron. [^^ {Mémoires d'un bourgeois de Paris, t, I, p. 150.)

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tombait dans une sorte de prostration léthargique, qui laissait présager une fin prochaine ^ Le 17 mai 4838, le plus grand diplomate des temps modernes avait vécu. Le surlendemain, un reporter de génie, Victor Ihigo, consignait sur ses tablettes*:

lié bieo, avant-bier, 17 mai 1838, cet bomnio est mort. Des médecins sont venus et ont embaumé le cadavre. Pour cela, à la manière des Égyptiens, ils ont retiré les entrailles du ventre et le cerveau du crâne ^. La chose faite, après avoir

* Oo sali quo Talloyrand fui visité à son lit de mort par le roi, accompagné de Blme Adélaïde (Cf. Revue briltinniquû, mal-août 1830, p. 161 et aiiiv.). Nous ayons eu sous les yeux le billet suivant, resté Inédit cl dont nous avons été aulorlHé à prendre copie :

« Mon cher préfet, c'est demain A 8 heures et demie du maUn que !• roi Ira rue Saint-Florentin, dans une voiture de Mme Adélaïde ; les domcblitiues n'auront pas la livrée du roi.

c Estime et afTccUon,

« M (Montauvbt).

« 10 heures du soir. •

Talloyrand se mit, pour ccllo siipri^roe visite, en frais de coquetterie ; il n'abdiqua Jamais sur ce chapitre (Cf. Chronique médicale, 15 Juin 1896).

* V. Iluoo, Cfioseê vues, p. 3.

Après lecture de ce chapitre, M. Victorien Sardou nous communlqiioit les détails qui suivent :

* PcrmoUex-moi de vous signaler, comme complément de son auto|iMlo (do Talleyrand), l'étudo pliréuolugiquo do son crAno, publiée i>ar MM. Ch. IMoce et J. Florent, en 1838, dans un Mémoire sur sa vie publique el sa vie privée. Ils donnent tout au long le résultat de leur examen, fait eo présence du docteur Cogny, du pharmacien Micord et autres témoliis, et, dans une note très complète, roppréciation parUcullère de chaque organe cérébral. Je vous fais grflce de ces détails, qui n'Intéressent que les partisans résolus d'une doctrine qui a bien perdu de son crédit, et Je me borne A résumer leurs conclusions : • Prédominance de la Bécréiimié

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traDsformé le prince de Talleyrand en momie et cloué celle momie dans une biôro tapissée do salin blanc, ils se sont retirés, laissant sur une table la cervelle, cette cervelle *■ qui avait pensé tant do choses, inspiré tant dhommes, construit tant dédifices, conduit deux révolutions, trompé vingt rois, contenu le monde.

Les médecins partis, un vatet est entré, il a vu ce qu'ils avaient laissé. Tiens! ils ont oublié cela. Qu'en faire? 11 8*est souvenu qu'il y avait un égout daiis la rue. 11 y est allé et a jeté le cerveau dans cet égout. Finis rerum.

Comment avait pu se consommer cette profanation, c'est ce qu'il nous reste à dire.

Talleyrand, dans les dernières années de sa vie, était atteint d'une paralysie du rectum, qui nécessitait une opération assez répugnante ; celle-ci était pratiquée par un valet de chambre, en présence du médecin du prince, le docteur Bourdois. Bourdois était alors très lié avec un pharmacien du nom de Micard, dont Tofficine était située à l'entrée de la rue

et de lo circonapccUoiif — obscnce totale de vénération — forte dose de comparaison et de causalité^ — gronde CBtime de toi, — volonté, — etc., etc. Bref, pos ombre d'idéolité, ni de dévouement, et, toutefois, de la bicnvcillancp et de lo philogéniture. » Tout cela cadre assez avec ce que nous savons de Talleyrand. — 11 ne s'ogit plus que de sovoir si ces mêmes opéroteurs. Ignorant que ce crAne fût celui de Talleyrand, auraient, & l'aide des mêmes conclusions, reconsUtué son caractère. »

* L'autopsie de son cerveau démontra qu'il avait, à quatre-ringlquatre ans, cçt organe aussi consistant que celui d'un homme de quarante.

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Duphoi, (lu côté de la rue Saint- Honoré. Micard était une des gloires de la profession. Très adroit, très inventif, il avait imaginé, sur les indications du docteur, une cuiller en baleine qui devait servir au cathétérisme rectal du malade. Talleyrand répugnait fort à cette opération. Au cours d'une discussion avec le docteur Bourdois, celui-ci avait dit à Talleyrand : « Si je . meurs avant vous (ce qui arriva), vous ne vivrez pas six semaines après moi; votre valet do chambre n^aura pas assez d'autorité sur vous pour vous obliger à vous soumettre à cette opération. » La prédiction se réalisa point par point.

Une fois Talleyrand mort, Micard fut chargé de l'embaumement. Il avait été convenu, du vivant du diplomate, qu'il emploierait la méthode égyptienne : cette méthode consiste à faire des incisions dans tous les membres, h les remplir d'aromates spéciaux et à les recoudre ensuite. Pour la cervelle, on la sort du cr&ne, on la fait cuire dans un bain d'aromates et on la remet à sa place.

Le corps, déposé sur une longue table dans l'antichambre de la bibliothèque, pièce concédée pour l'opération de rcmbaumement, fut ouvert sous la direction du docteur Cogi;y, médecin ordinaire de M. do Talleyrand. Les poumons furent trouvés sains et bien développés, le cœur volumineux et entouré d'une couche de graisse. Sa densité était relativement considérable. L'aorte et les principaux tissus arté-

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ricls étaient ossifiés et cassants dans toute leur étendue. Le foie, restomac, les intestins n*oiïraient aucune lésion.

Micard devait, nous Tavons dit, procéder & Tembaumement du prince. Cependant, Gannal, prédident de la Société d'embaumement, formée pour Tapplication du procédé dont il était Tinventeur, s*était présenté à Thôtel pour offrir ses services, et, un moment, la famille avait hésité. Le docteur Cruvcilhier, consulté, déclara que le procédé Gannal lui semblait rationnel, mais il laissa toute latitude aux parents pour fixer leur choix. Les journaux du temps attaquèrent le professeur Cruveilhier, dont la réponse fut celle que nous venons de dire.

Micard avait, du reste, tous les droits à diriger Topération. 11 était un des familiers de la maison de Talleyrand et M . de Valençay, Mme de Dino, de même que Talleyrand, Tavaient en particulière estime.

Un opuscule du temps ' a donné de curieux détails sur l'opération de Tembaumement pratiquée par Micard.

Le corps sur lequel furent pratiquées des incisioDS profondes et rapprochées, dirigées par couches musculaires et dans la direction des fibres, fut mis dans un bain, avec une solution de natrum ou carbonate de soudé, pendant quelques heures. Retiré, il fut lavé intérieurement et dans ses cavités

• Mémoire précité de Florent et Place, p. 116 et suIy.

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avec un alcobol aromatisé, et enfin plongé do nouveau, pendant vingt-quatre bcures, dans un nouveau bain d'une Infusion fortement concentrée de tanin.

Dniin, cbaque partie ouverte fut enduite, à plusieurs couches, d*une solution de deutocblorure de mercure, et chaque cavité graissée avec la poudre balsamique astringente, composée à peu près ainsi qu H suit: baume de Tolu, baume du Pérou, de storax, styrax calamité, musc, ambre gris, quinquina, cannelle, gomme tacamaque, etc.

Chaque incision recousue, le corps fut recouvert pcr ura couche de vernis, et une autre de la poudre, maintenue par une première application de bandes de mousseline fine; le tronc qui contenait le cœur et les entrailles, préparées isolément delà manière précédente, fut entièrement rempli par la poudre aromatique et par une étoupe à mailles serrées. Le corps fut ensuite revêtu de six couches de bandelettes de diacbylum gommées, enduites de vernis extérieurement et disposées avec habileté, de manière ft laisser au corps sa forme naturelle.

Dans la tète, une incision, partant de Tocciput ft la naissance des cheveux, au front, et dirigée latéralement de Toc cipital aux apophyses mastoîdes, permit la dissection du cuir chevelu, ('ettc opération accomplie et les téguments ainsi que les muscles crophy tes enlevés, i*empreinte crânienne fut prise par M. Guy, naturaliste de TKcolp de médecine, avec un soin extrême, afin qu'elle restât une pièce authentiqua pour la science physiologique. L'intérieur du crâne fut garai de poudre et d'étoupes, une ouverture par couronne du trépan ayant facilité la sortie du cerveau. La face fut disséquée entièrement, préparée comme le corps arec un soin mluu-

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