TALLEYRAND ET SES MÉDECINS ^W
meil, comme si la nature avait pris ce sommeil en détail et par avance à petites doses *
Talleyrand fut rarement malade ; on pourrait presque dire que sa mort fut le terme de sa première maladie.
Pendant longtemps, il prit les eaux' à Bourbon- TArchambàult, au moins de deux années l'une, plutôt pour s'y distraire que pour s*y soigner. Il y était traité par un médecin fort pédant, le doct eur Fay^ qui servit souvent de cible à ses railleries.
Le docteur avait l'insupportable manie d'agrémenter ses conversations do nombreuses citations latines. Un jour, pendant le souper, il prononça, avec la solennité grotesque dont il ne se départait jamais, . cette sentence :« P/tts aère vivimus quant cibo n^ ce qui fit rougir toutes les dames, qui n*y avaient rien compris, du reste. Talleyrand augmenta encore leur confusion, en paraphrasant à sa manière une pensée qui, sans les commentaires plus que légers dont il raccompagna, aurait passé pour bien innocente.
Sauf à regard du docteur Bourdois, pour qui il professait une admiration mélangée d'estime, Talley-
« PiciroT, Souvenirs inibnei fur Jtf. do Talleyroruf, d'après Florent ol IMaco
rand so faisait un jeu de rôéditcr les ëpigramnics de Molière à l'égard de la médecine. Un disciple d'Esculape, frère de Tun des plus honorables représentants de la France, joignait au culte d*Hippocrate un culte au moins aussi prononcé pour Comus ; eu un mot, il passait pour être très gourmand. Le docteur avait présenté à Talleyrand, qui l'admettait dans son intimité, un personnage dont les prodi« galités faisaient grand bruit, le riche M. Seguin. M. Seguin, tout fier de cette recrue, se proposa de traiter magnifiquement son nouvel hôte et pria le diplomate de désigner lui-même les convives. Le repas devait comprendre douze personnes, en comptant M. Séguin. M. de Talleyrand remplit sa mission en conscience, mais en négligeant d'inviter celui-là v même qui Tavult présenté à son amphitryon. Il avait simplement voulu faire manquer un bon dîner & un médecin gourmand.
Il devait expier bien chèrement ses sarcasmes à Tadresse de la profession : lui, qui n^avait jamais connu que des indispositions passagères, fut
* On Mli combien il avait d*esprit ; on lui a aUribué Mna doute beau coup de mots qui no mml pcut-élre pas de lui, mais on ne proie qu^ux richeti. En voici un que nous n'avons [)att vu ciler el qui est pourtant bien Joli.
A répuque de l'afTaire Fualdèa, doul l'affreux drame ue |»asba à Rodex dantt une maison do débauche tenue par une femme du nom do liaiica. Mme de L.f croyonl moitiUer Talleyrand, par un mauvais Jeu de roola ■ur son infirmité, lui dit en entrant dans son salt^n : • Mon Dieu, j