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COMMENT NÉLATON CONQUIT LA CÉLÉBRITÉ

LA BALLB DE GÀRIBALDL

La réputation de Nélaton avait franchi le seoil de Técole : il faisait partie de TAcadémie de médecine depuis 1856, et la considération dont il jouissait dans le public ne laissait rien à désirer à un homme déjà comblé des biens de la fortune ; cependant il n'avait pas encore atteint un degré de notoriété hors ligne, lorsque le hazard, dont la main se trouve au fond de toutes les destinées, vint tout à coup mettre son nom en relief et lui faire une réputation européenne. *

L'épisode, bien que connu, a été dénaturé ; nous allons, en nous appuyant sur des documents irrécusables, rétablir la vérité historique, débarrassée de la légende qui l'obscurcit.

Garibaldi venait d'être blessé au combat d'Aspromonte par la balle d'un tirailleur, d'un bersagliere.

1 Union médicale^ 8 octobre 1874 (Feuilleton da docteur Rochard).

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Le coup de feu avait atteint le général au-dessus de la malléole interne du pied droit, traversant de part en part le pantalon de drap, le cuir de la botte et la chaussette de laine. Le projectile était venu de gaucho et d'en bas. Se sentant blessé, Garibaldi avait essayé de faire quelques pas, mais la douleur, plus forte que sa volonté, Tavait immobilisé.

Le premier pansement fut fait, sur le champ de ba* taille même, par le docteur Albanése. Le chirurgien se contenta de faire à la peau une incision de m. 02, puis de réunir la plaie, sans pousser plus loin son exploration. Il avait ensuite, à Taide de flocons de charpie, pansé la plaie produite par le projectile et par*des8us avait conseillé de pratiquer des foraentations d'eau froide.

Le 4 septembre 1862, à onze heures du matin, avait lieu une première consultation, La blessure datait, à ce moment, d*un peu moins de six jours. Le docteur Albanëse, originaire de Sicile, élève do Téoolo de Florence, avait, en cette double qualité, les prérogatives du médecin traitant. Il avait assisté, du reste, Garibaldi depuis Aspromonte, et paraissait posséder toute la confiance du général. Six médecins pnHaient leur concours au docteur Albanèso. Ti*oi8 étaient spontanément venus; deux avaient été envoyés par le gouvernement, et le sixième, le professeur Zanetti, avait été réclamé par le blessé luimôme. Le professeur Porta, de l'Université de Pa-

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vie, avait demandé à se joindre à ses confrères ^ L'état général du blessé était bon, mais le transport à Yarignano avait été très pénible, et une infiltration do tous les tissus de la jambe laissait craindre de graves complications.

La balle était-elle, ou non, enclavée dans Tarticulation du pied, cela seul importait pour l'instant. D'un commun accord et à l'unanimité, les médecins italiens déclarèrent que la balle n'avait pas pénétré au sein de la plaie. Quant à la contusion, produite par une balle morte au-dessus du genou gauche du général, il n'y avait pas lieu de s'en préoccuper.

Le 24 octobre 1862, c'est-à-dire près de deux mois après l'accident, le docteur Nélaton recevait dans la journée une lettre, écrite au nom du général Garibaldi et signée par ses quatre médecins ordinaires, réclamant le concours de ses lumières et sa présence à la Spezzia. Arrivé à la Spczzia avec lès docteurs Vio et Mœstri, Nélaton fut de suite introduit auprès du blessé. C'était le mardi 28 octobre, par conséquent cinquante-neuf jours après la blessure: Garibaldi était entouré de ses médecins ordinaires, MM. Albanèse, Prandina, Bazile, Ripari, qui procédèrent, en présence du médecin français, au pansement du matin.

* Cf. le rapport do Porlo. traduit de la Gazetta med, liai, lomb,, par le docleur Antonln MAnxiN et publié dans la Gàz. de« hôpilaaXf 1863, p. 454. ,-

Voici en quels termes Nëlatou rendit compte de son intervention :

Je dois dire d*abord que, dès que le membre fut découvert, je fus très satisfait de sa bonne installation. 11 était soutenu dans un de ces appareils à suspension, diversement modinés et améliorés depuis quelques auDées, qui conviennent parfaitement pour les fractures compliquées de la jambe ^.

Les diverses pièces de pansement étant enlevées, je pro* cède à l'examen du membre. L'aspect générai en est satisfaisant, la position est bonne, le pied est à angle droit sur la jambe et déjà assez llxe pour que le blessé puisse soulever le membre sans éprouver la moindre douleur. La peau a sa coloration normale, excepté dans le voisinage de la Aessure, où elle présente une légère teinte rosée. La tuméfaction qui s'était élevée jusqu'au genou, est maintenant bornée au voisinage de la blessure; elle s'élève à peine à trois travers de doigt au dessus de l'articulation tibio-tarsienne» et descend dans la même étendue au-dessous de cette articulation. Du reste, cette tuméfaction ainsi limitée n'est pas très considérable : elle ne masque ni les saillies mailéolaires, ni les reliefs du tendon d'Achille. L'exploration la plus attentive de tout le pourtour de l'articulation du pied ne fait reconnaître qu'une tension œdémateuse ; dans aucun point on ne trouve la fluctuation caractéristique de la présence d'une collection de liquide. La pression ne déve

< C'était uo iU mécanique, « envoyé d'Augloterre par U poste, en Ut>U Joon et demi, pour la lomme de SiOrrancs, calculée au prli dos lelirea* Chronique médialet i- septembre 18i)d, p. 557.

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oppe aucuue douleur, si ce n'est dans le voisinage de la plaie ; encore cette douleur est-elle modérée. i*

' Quant à la plaie, elle est située au niveau du bord antérieur de la rnatléole interne. Elle est de (orme ronde ; elle a 3 centimètres de diamètre. La Surface est recouverts par une couche de bourgeons cliarnus de bon aspect, et laisse apercevoir à son centre une petite dépression, par laquelle s'écoule un pus de bonne nature et en très petite quantité. En eflet, quinze heures s'étaient passées depuis le précédent pansement et la quantité de ce liquide déposée à la surface des compresses et de la charpie ne dépassait certainement pas une cuillerée à café, ^

L'examen terminé, le chirurgien rassurait le blessé' en CCS termes :

c< Génùral, je suis heureux de vous annoncer qno je ne crois pas Tamputation nécessaire et que la ballo pourra ôtro extraite facilement. »

A quoi le général répliquait avec un calme de etoïque résignation : « J'aime encore mieux cette solution que Tautre et je vous en remercie beaucoup. »

L'impression de Nélaton était favorable. Il était d'avis qu'il fallait extraire la balle, mais après avoir pré{ilablemcnt élargi, à l'aide d'une dilatation graduelle, le trajet de la plaie jusqu'au corps résistant, par rintroduction répétée de corps dilatants. Quand le trajet serait assez large, une simple pince suFQrait à amener la balle au dehors,

« Gazelle des /idpitaux, 1865, p. i6t.

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