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226 LE a\BINET SRCnBT DE l'hISTOIRB

La plaie était située exactement au niveau du bord antérieur de la malléole interne, dans la dépression placée au-devant de la poulie de l'astragale, sur le col de cet os. Sa siirface était recouverte d'une couche de bourgeons charnus, de bon aspect, et laissait apercevoir à son centre une petite dépression, par laquelle s'écoulait en petite quantité un pus de louable consistance. Il était évident que l'articulation avait été ouverte, qu'elle s'était enflammée, et que la balle était non pas dans l'articulation, mais dans son voisinage.

Comment Nélaton parvint-il à en affirmer Texistence, c'est ce que. le célèbre praticien a eu soin de jiréciser, dans le remarquable rapport publié à cette occasion.

Je dus, dît-tl, explorer la plaie par l'introduction d*unstylet *. Celui-ci pénétra très facilement, sans provoqudr U niqindre douleur.

Le dirigeant transversalement à S centimètres et demi, je fus arrêté par un corps dur, résistant, rendant à la percussion un bruit sourd, bien différent de ce bruit sec qui résulte du contact avec le tissu compact et nécrosé et ne donnant pas non plus Tiddo d'un frottement sur la surface rugueuse d'un tissu spongieux.

* Ce ilylel, à oUve de porcelaine non vernie, de l'Invention de NéloloD, ■ervll A dUjilpor le dernier doute des chirurgiens Italiens, en ramenant une trace nolrAtrc, qui fut chimiquement reconnue i>uur du plomb.

COMMENT NÉLATON CONQUIT LA CÉLÉBRITé 227

En inclinant légèrement l'instrument, Nélaton passait au-dessus du premier obstacle, pénétrait à une profondeur de 5 à 6 centimètres et était arrêté en ce point par une résistance osseuse, à peu de distance delà malléole externe. Le corps rencontré par le stylet à 2 centimètres et demi de roriflce d'entrée n'était autre que le projectile.

Les circonstances de la blessure confirmaient au reste cette hypothèse. La direction du coup de feu, la perforation de la botte et du bas, dans lesquels la balle n^avait pas été retrouvée, Pissue de fragments de cuir extraits à diverses reprises de la profondeur de la plaie, le gonflement observé immédiatement après la blessure, dans un point presque diamétralement opposé à Torifice d'entrée, enfin la forme cylindro-conique de la balle, tout concourait à justifier les prévisions du chirurgien.

Devait-on extraire la balle, ou la laisser séjourner dans l'articulation ? Nous avons vu la détermination à laquelle s'était arrêté Nélaton. Grâce à de petits cylindres de racine de gentiane de volume croissant, et plus tard d'un fragment d'épongé préparée, on devait obtenir l'agrandissement de la plaie, et dès lors l'extraction deviendrait aisée.

Après avoir rédigé sa consultation, Nélaton confiait son illustre malade à ses médecins traitants et retournait en France. Il lui était impossible de prolonger son séjour à la Spezzia jusqu'à la date fixée

228 LE' CADINBT SECRET DE l'iIISTOIRE

pour une consultation où devaient se réunir dix-sept médecins, parmi lesquels on comptait les noms les plus réputés du corps médical d'au delà les Alpes.

Comme pronostic, Nélaton affirmait la guérison du général^ mais estimait qu'il persisterait longtemps une demi-ankylose de l'articulation du pied.

On a pu être frappé, en lisant cette relation rétros» pective d'un événement qui eut, en son temps, un énorme retentissement, de ce fait, que les chirurgiens qui soignaient Garibaldi se souciaient avant tout do formuler un diagnostic, bien plutôt que d'établir un traitement. C'est qu'à l'époque, les pansements antiseptiques n'étaient pas encore rentrés dans la pratique chirurgicale courante. Les médecins qui entouraient le général se contentaient d'user de charpie, enduite ou non de cérat. Seul, un homme, un savant non officiel, il est vrai, Raspnil, avait entrevu le bénéfice qu'on pouvait tirer de l'antisepsie.

Le nouveau système do paosoment (au camphre) aurait cicatrisé cotte plaio en uu mois, ccrivail-il en i866.

Ou fond do notre rctraito, ctsnnsrien ébruiter do notre soliicitudo juslcmoiit alarmc^o, nous lui avions adressé dans le ' temps une lettre sous le couvert do son (ils. La lettre a sans doute été interceptée, et la médecine italienne et les tortures du héros ont continué leurcours pendant deux ans d'inutiles soins.

COMMCNT NÉLATOiN CONQUIT LA céLÉURITÉ 229

Garibnldi eut, pendant de longs mois encore, une impotence fonctionnelle du membre atteint, mais, grâce à Tintervention si heureuse de^Nélaton, il put le conserver.

Une semaine environ après le départ du chirurgien français, le 31 octobre, avait lieu une nouvelle consultation, provoquée par les docteurs Partridge et Pirogoiï, consultation à laquelle assistaient les docteurs Palasciano et Odini^ Tous conseillèrent Texpectation, sauf dans le cas où la quantité et la qualité du pus, aussi bien que le détachement des esquilles ou la formation des abcès, imposeraient la nécessité d'extraire le projectile. Les chirurgiens étrangers n^étaient d*avis ni de pratiquer Textraction, ni la dilatation progressive proposée par Nélaton.

Celui-ci, de retour à Paris, avait fait construire un stylet à olive de . porcelaine non vernie, qui pouvait servir à enlever, par un frottement môme très léger, la moindre parcelle du métiil. Il Tavait envoyé au professeur Zanetti, qui, un mois après le dépai*t du chirurgien français, pratiquait, selon ses indications, Tcxtraction de la balle. Un télégrammo du préfet de Pise annonçait à Nélaton que ses prévisions s'étaient réalisées*.

* Cf. Gazette médicale de Pari», 1862, p. 691 *, Revue de thérapeutique médico-chirurgicale, 186!i, t X, p. 592.

* 11 en fut informé par une dépêche télégraphique ainsi congne :

« nulle extraite de la bleature de Garibaldl, d*après l'assurance de

Dès ce jour, Nélaton devenait le chirurgien le plus répandue! le plus populaire du monde entier ^

▼otre diagnosUe, garanU par la résultat da votra slylat Honneur à y^mê,

m Le préfet de Plse, Torilu. •

Nélaton reçut quelques joura aprèa une lettre de remerciements da général lui-même. (V. Gazette dea /lôpttaux, 1862, p. 684.)

* Le docteur Bérillon possède, dans son musée psychologique, une médaille commémoratlve de ropératlon faite à Garlbaldl ; noua en aYona reproduit le fac-similo dana la CUroniquê médicale (1" juillet 1900, p. 401 )l

LES OniGlNKS MEDICALES DU MARECHAL DE MAC-MAllON

Sait-on que le maréchal de Mac-Mahon compte dans son ascendance toute une lignée de médecins ? ^

Avec la famille Brien, la famille Mac-Mahon était une des plus considérables et des plus considérées

• Les seules mentions, relatives A notre sujet, que nous âyoni rencontrées au cours de nos recherches, sont les suivante! ; la première se trouve dans le Moniteur du 12 août 1877 ;

m Plusieurs Journaux ont, ces temps derniers, prétendu que le maréchal deMoc-Mahon descendait du médecin Patrick Mac*Mahon, qui vécut quelque temps en France. Le Times observe à ce sujet que ce n'est pas la première fols que ce fait erroné est avancé dans la presse, mais que le mnréchal ne s'est jamais occupé de le relever. l\ est parfaitement élohli.ditlojournol anglols, que le maréchal de Mac-Malion est de la famille dos Mac-Mahon du sud de Tlrlande et qu'il descend en ligne directe de Dricn qui régno sur toute 111e d'Irlande. • Ce à quoi le XIX* Siècle, du 13 août 1877, répliquoit :

« Nous afnrmons, sans craindre les démentis ni les procès, que M. le moréchal de Mac-Mahon, le président de la République, est petlt-flls de Jcan-Oaptiste Mac-Mahon, docteur en médecine de rUniversilé de Reims, établi à Autun en 1741 et enrichi par son mariage. • On n'avait pas poussé plus loin les révélatlooa.

de l'Irlande ^ Jean Mac-Mahon, le cadet do la famille, était né en Irlande, dans le comté de Limerick, en 171d. Diaprés Chereau*, que nous aurons souvent occasion de rectifler, il était le second fils do Térence Mac-Mahon ' et d'une demoiselle Springham Clarkc.

Il arriva à Paris vers 1735 ou 1 736. Destiné d'abord à Tétat ecclésiastique, il entra quelque temps dans la

* Dans un mémoire sur la noblesM de J.-B. Mac-Mahoo, nouaavona' relevé la flUalion aulvante : Le tepUème aïeul s'appelait Térenca Mac- MahoD et était prince de Clolndlrala. Le sixième fils putné du précéUeut scDommalt Donat Mac-Mahon et était marié à une 0*Drien. La (lia da Donat (cloquième aïeul) était -un Térence llac-Alahon; Il eut un fila, ncrnard (quatrième aïeul), marié également à une 0*Brien. La triaaieul de J.-B. Mac-Mahon, Bf oriart Mac-Mohon, fut dépossédé de tons ses blona, pour avoir témoigné de son altachement au roi d'Angleterre, Char^ les II. Son flls Maurice épouw une Fitz-Gérald ; son peUt-flls, Morlart, donna le jour & Patrice Mac-Mahon, père de l'un des deux médecins dont noui écrivons la biographie:

■ Journal des connaiiisncei médicales pratiquée et de pharmacologie» 15 Juillet 1875. Cbereau a puisé la plupart de aea renseignemanla à une source qu'il n'a point citée, le Journal de médecine militaire, L VI, cahier d'octobre 1787.

sD*après une notice nécrologique, Insérée dans le Journal de Paris, dn 17 Janvier 1787, Jean MacMahon serait né en 1719 (et non 1710), dans le comté do Ciarice (et non de Llmericli\ en Irlande. Le docteur Guylon^ dons une éludo sur loa A/<!decin« à Autun, parue dana les il/4tiiolre« de a Société Eduennc (nouvelle série, t II, p. 141), l'appelle Jean-Baptialt MacMahon de Leadmore (f), et afQrme qu'il n'était qu'un parent éloigné de JeanBaplislc Mac-Mahon, dont nous contons plus loin l'axlstonca accidentée. Selon lo môme auteur, ce Juan-DapUsle Mac-Malion de Lead* more nerall bien né dans le comté de Clare ou de Claiiie, mais en 1718. * Il aurait été l»apllsé le tf décembre de cette même année.

ORIGINES MÉDICALES DU MAIlécilAL DE MAOBIAHON 233

communauté des clercs irlandais. Il y aurait fait, à en croire son biographe, de bonnes humanités, bien que son goût le porl&t plutôt vers les mathématiques et la physique. La théologie Tavait tenté sans le retenir. 11 s'était tourné vers la médecine et avait pris son brevet de docteur à Reims .

De là il revint à Paris et obtint une place de médecin dansTarmée: oh Tonvoya à Thôpital militaire do Neuf-Brisach, puis h celui de Colmar. Le 8 septetnbre 1750, il présentait, aux écoles do la rue do la Bûcherie, une thèse portant ce titre : An euianeorum affeciuum communis sil causa? Thera* pia ? Après la soutenance de Içi thèse, il fut déclaré dignus intrare.

On perd quelque temps sa trace ; on le retrouve, plusieurs années après, à Berlin, où il occupe un poste de confiance auprès de lord Tirconel, ambassadeur d'Angleterre en Prusse. A cette époque, il parait s*étre lié avec Voltaire et Frédéric. Nous n'avons trouvé qu'une trace fugitive de ses relations avec Tauteur de Candide. Dans une lettre que le prince des railleurs adresse à Colini, de Plombières, le 12 juillet 175&, nous relevons cette simple phrase, se rapportant h notre personnage: « M. Mac-Mahon^ médecin de Colmar^ m'a apporté oolre pa^* quel, » •

De retour en France, le docteur Mac-Mahon est nommé médecin de TEcole militaire. Cette écolo, fon«

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(léo en 1731, était destinée à recevoir des élèves do huit à treize ans, des orphelins d*of(iciers morts des suites de la guerre ou décédés au service, de mort naturelloy ou bien retirés avec pension, pourvu qu'ils eussent quatre générations mules de noblesse. Le docteur Mac-Mahon resta médecin de TÉcole pendant seize ans, sans interruption ^ Une seule fois il offrit sa démission, mais, par ordre du ministre, il dut réintégrer ses fonctions •.

Entre temps, le docteur Jean Mac-Mahon s'était marié avec une Américaine, nommée Springham Clnrke, laquelle mourut en couches. L'enfant né de cette union entra, en 1785» dans la compagnie des cadets gentilshommes, pensionnaires à TÉcole royale militaire. 11 devint plus tard docteur et' bibliothécaire de la Faculté de Médecine de Paris ; il portait le prénom de Patrice. Sa thèse, qui n'oiïre du reste aucun intérêt, était une Disserlalion sur la fièvre alaxique contagieuse.

Patrice Mac-Mahon mourut, en 1833, à Paris*.

* Le prédécesseur de Mac-Mahoa à l'Ecole militaire aval' clA le doe* leur Murry, doclcur-régoiil de la Faculté do médecine do Parla. Murrjr, qui avait \n\* Mac-Malioa en aiïucliou, avait démissionuè de aes (ouotluns en favour do son proli^gé ut obtenu pour lui la survolllauco de m charge.

■ Le comte do Vaublanc. ministre de l'Intérieur aoua Louis XVIIl, raconte, dans ses Souoeniri, qu'étant élève à l'Ecole militaire. Il aYalt connu le docteur J. Mac-Mahon, ot il prétend quo celui-ci avait songé à démissionner, parce que les élèves avaient une nourriture détestable.

* Mme veuve Le Délion, propriétaire à Lannlon (Côtes-du-Nord), noua

OniGlNES MÉDICALES DU MAnÉCHAL DE MAC-MAIION 235

Le docteur Jean Mac-Mahon fut un praticien do

a fait connollre rentrenict suivant, relevé dans le Gaulois du 89 juillet 1875. Il y est question do Patrice Mac-Mahon.

« Le conservateur du cimetière Montparnasse, M. Mornlguc, qui est do reste un protégé de M. Jules Ferry, vient de commettre un petit abus de pouvoir A la suite duquel II pourrait bien loi arrlTer des désagréments. 11 y avait dans Tanclen cimetière une tombe complètement recouverte do terre et aux coins de laquelle s'élevaient quatre grands cyprès. Un beau jour, M. Mornigue, à qui ces arbres déplaisaient sans doute, les lit couper de sa propre autorité. A la suite de cette opération, la tombe fol déblayée et on mit A nu la pierre, sur laquelle se trouvait cette Inscription que nous avons copiée textuellement :

Sépulture. — Concession A perpétuité au cimetière do Sud. 8* division» 1'* section.

la RIPOSB

MaoMahon (Patricb) Docteur-médecin et bibliotliécalre de la Faculté de médecine de Paris. Né A Monaghan, en Irlande, le 95 septembre 1772, décédé le 23 décembre 1833.

La belle vie de cet ami sincèrement dévoué fut consacrée A l'étude, a ia

pirté et A la bienfaisance* Et jiisqu'A son dernier soupir il fit des vœux pour l'Indépendance et la prospérité de l'Irlande.

De profundU t

m Nous Ignorons si ce Patrice Mac-Mahon est de la même famille que .e maréchal, duc de Magenta. Ce qo*ll y a de certain, c'est quels similitude des noms a éveillé l'attention des ouvriers du cimetière et les a amenés à raconter la mesure peu conservatrice, prise par M. Mornigue, au sujet de la tombe du médecin irlandais. •

quelque mérite ^ Lors de la discussion sur l'opportunité de rinoculation variolique^ les professeurs même de la Faculté n'avaient pas dédaigné ses sages avis.

C'était un esprit fort de son temps ; son nom figure dans le Dictionnaire des Athées*. Dans la société des Encyclopédistes il dut connaître Franklin, qui se rattacha comme médecin et qui, en signe de grati-

• Voici ce que nous lUoni à md sujet dans le Chroniqut feeréle de PtLri» êou» Louis XVI, à la date du mercredi S9 juin :

• Le médecin de rÉcolo militaire, nommô Mac-Mahon, 8*est geadarmé contre le médecin Rlcliard et le ctiinirgien Jaubertliou, qui §• sont fait' nommer inoculateurs du roi et des princes, comme ayant été chargés, sous le Ckioiseul, de l'inoculation des élèves de l'École militaire. Le fait est que Gatti fit celte iooculallon sous le Choiseul, mais qu'il en laissa tous les honoeurs au médecin Mac-Mahon ; car le drôle n'en voulait qu'à Targcnt dont il est allé jouir dans son pays quand M. de Choiseul a été relégué à Chanteloup, bien difTcrcnl de l'abbé Barthélémy, son autre coiifldcnt, qui lui lient encore plus fldèle compagnie qu'auparavant

• Gain, donc, laissa toute Is morgue au médecin Mac-Mahon, qui a tenu rtfgl:ttre de touloj ses opéralions. Il est prouvé pur ce registre que Richord est venu quelquefois, comme dix ou douze médecins de Paris savoir dos nouvelles de cette iooculallon et qu'il a signé le registre de MacMalion, comme tous autres, mais moins souvent qu'aucun d'eux.

« Quant à Jaubciibou, il a inoculé deux élèvoa avec la permission du chirurgien do rËcolo.

• Muio LuuUe, qui va toujours se méluut, a dûlcrré ce M ac-Maboo et l'a fait venir conter l'histoire, après laquelle elle s'est écriée , « Adélaïde a donc été trompée. • Grande merveille qu'on trompe les vieilles tantes reléguées par leur petite vérole au cbAteau de Choiay, ou parica Intrigues dons un couvent de Carmélites I •

• Second êufjplément du Diclionnaii-e des AUiéeê, de Sylvain MARilcuAt, revu par Lolande.

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ORIGINES MÉDICALES DU MARéCHAL DB MAC-MAHON tSj

tude, lui fit don d*une tabatière d*or, enrichie de son portrait. Le 7 septembre 1786, Jean Mac-Mahon s'éteignait* dans Thôtel de TEcole militairo, rue do Grcnellc-Saînt-Germain, vis-à-vis la fontaine allégorique représentant la Seine et la Marne, œuvre du sculpteur Bouchardon. Il succomba sans bruit, comme il avait vécu *. •

Par contre, son frère atné', Jean-Baptiste Mac- Mahon, le grand-père du maréchal, fit quelque tapage dans lo monde.

Né à Limerick\ le 23 juin 1715, de Patrice Mac- Mahon et de Marguerite O'Sullivan, il avait été, jusqu^à r&ge de seize ans, élevé en Irlande, au sein de sa famille. Ses parents renvoyèrent à Paris com^ pléter son instruction, au collège de La Marche. Ils lui

• Il Bouiïrii d'une molodio d'ontrolllos pendonl deaz ans. Il s'ailla lo 81 août et mourut le 7 septembre suivant.

■ 11 avait souhaité que sa place fût donnée, après sa mort, A un méde^ cin qu'il avait prli soin de désigner. Mais le roi avait, dès le mois d'avril 1784, donné sa parole A M. Kenens, médecin de l'hôpital militaire de Nancy et du feu roi de Pologne (Journal d^ Paria et Journal de médecine militairet loc. cit.).

> Le véritable frère de Jean-Baptiste Mac-Mahon, dont 11 va être question, s'appelait Maurice Mac-Mahon. l\ devint chevalier non profès de l'ordre de Malte, capitaine au régiment de Fltz-James-cavatorle, seigneur de Magnien, le Pulsctet Lauronne(V. La Noble$$e àux Etal» de Bourgogne, par H. Bbaunb et d'ÀRBAunoNT, Dijon, 1861, article Mac-Mahùn, et Revue nobiliaire^ 1867, p. 17-18). Il fut reçu aux Etats de Bourgogne de 1760.

Ml fut baptisé, le 23 Juin 1715^en l'église SalnUleaaBapUste detlmerick [Archivée du château de Suîly : extrait de baptême^ daté du S8 mari 1748)

servaient une pension annuelle de 800 livres, qui lui était payée par des banquiers de la capitale. Il avait embrassé la carrière médicale, se proposant d^aller exercer sa profession dans sa patrie d'origine % où la médecine était particulièrement honorée. Il citait avec orgueil lo duo do Richcmond, à qui lo collège des médecins de Londres avait accordé, honoris causa^ le diplôme de docteur; le duc de Montaigu, le duc de Somerset, qui était chancelier de r Université de Cambridge, dont le duc de Manchester était le Grand-Mattre. D*aussi glorieux exemples étaient bien faits pour vaincre ses hésitations : le h août 1739 ou 17&0, il recevait lo bonnet carré à TEcolade Reims.

Une maladie de langueur, dont il fut atteint peu de temps après, Tobligca à prendre du repos. Il accepta rhospitalité d'un brave curé do campagne, Irlandais de naissance, et qui avait ét«i son régent au collège do. La Marche.

Au mois de juillet 17&2% il se faisait agréger au collège des médecins d*Autun. Comme il ne disposait que de faibles ressources, il prit pension chez le

• Son mauvais étal de saoté oo lui permit pas de réaliser soa projet, D'ailleura, il n'aurait pu eierccr & Londrcd, n'ayant pris aucun de fcs degré:» dans une Uiiiversiité de la Graiide-nreiogno.

* Le M juillet 1712, il fut, tfur la présentation d'Antoine GuytoD, médecin du roi, reçu au nombre dos médecins do la ville. {Hegiêlrt dtê délibérativu» de la ville d'Aulun, vol. LXII.)

ORIGINES MÉDICALES DU MARÉCHAL DE MAC-MAIION sSq

fils d*un savetieri ecclésiastique d^Autun, chapelain à la cathédrale. Sa position était si précaire qu*il songea un moment à acheter une boutique d'apothicaire à Mont-Cenis, petit village de Bourgogne. Il y renonça faute des 200 livres nécessaires pour Tacquisition du fonds. A peine avait-il pu payer les 60 livres exigées <c pour le droit de confrairie^ tant des médecins que des chirurgiens et des apothicaires ».

A cette époque, il ne fait encore suivre son nom d'aucun titre ni particule, et il est présenté à Thôtel de ville d'Autun sous le nom de Jean-Baptiste Mac-Mahon, tout court.

Après avoir végété quelque temps', on le voit sortir tout à coup de Tobscurité. Quelques cures inespérées, peut-être le défaut de' concurrents sérieux^ avec cela des qualités physiques très appréciées, surtout par sa clientèle féminine, venaient de mettre en relief le jeune docteur. La haute société*, qui lui avait boudé

< En mal 1743, l'autorité municipale l'avait nommé médecin de Thôpllal Soinl-Gabriel» mais 11 no remplit ses fonctions que pendant très peu de temps {Registre des délibérations » y o\, LXIII).

■ Il entretenait surtout d'excellentes relations avec le clergé de la ville, ainsi qu'en témoigne le certificat élogioux qui lut fut remis par le chapitre de la cathédrale d'Autun. (Cf. Hi$toire de Végliêe^ ville et diocèse d'Aulufiy sous le gouvernement de ses évequeSt ouvrage manuscrit en deux volumes, par Degoux, chanoine de la cathédrale d*Autun. Ce manuscrit, qui se trouvait, en 1873, en la possession de M. le marquis de Gonay, a été mis A profil par le docteur L. M. Guyton, pour son étude Aiir les Médecins et la Médecine à Autun^ parue dans les Mémoires de la Société Eduenne^ nouvelle série, t II, 1873, p. 107108.)

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jusque-là| lui ouvre ses portes. Grâce à ses relations, il est nommi médecin de l'abbaye de Saint-Andoche d*Autun, dont la dame de Tavannes était abbesse. C'était un premier pas dans la voie du succëSi mais soo ambition visait plus baut.

ni

Dnns Antun, vivaient à Tépoqne trois fr^res^ trois vieillards, possesseurs de biens - immenses ; on les désignait dans le pays sous le nom des Biches de Bourgogne. Outre des rentes considérables, les trois frères Morey possédaient un magnifique hôtel situé dans la ville et qu'on appelait la Maison de Bretagne; le ch&tcau de Sully, ancienne demeure dos Tavannes; le marquisat de Vianges ; des terres en Nivernais ; sans compter un mobilier luxueux, une argenterie soignée, tout le confortable, en un mot, d'une maison de grand ti*ain au siècle dernier. Le docteur Jean- Baptiste Mac-Mahon n'ignorait aucun de ces détails et ne nourrissait qu'un secret désir : être appelé auprès des frères do Morey,

Des trois frères, l'ainé, Jean-Baptiste-Lazaro de Morey, gouverneur du Vézelai,&gé de plus de soixantequinze ans, était marié à une jeune femme, qui ne conservait plus guère l'espoir de voir son union féconde.

OniGINES MÉDICALES DU MARECHAL DB MAC-MAIION 24 1

Le frère pulné| Claude de Morey, marquis de Vianges^ était veuf et sans autre enfant qu'une fille, religieuse à Avallon.

Le troisième frère, Jacques, était doyen de la cathédrale d'Autun et| par suite, condamné à un célibat forcé.

Un quatrième frère était mort quelques années auparavant, pourvu de l'abbaye de BussièrCi une des plus importantes de la province.

Le gouverneur du Yézelai étant tombé malade en 17&6,. on fit appeler le docteur Mac-Mahon. Ses manières séduisantes, sa belle prestance, captivèrent les bonnes grâces du vieillard : en peu de temps, le médecin devint Thôte assidu de la maison et soigna successivem:ent les trois frères. A dater de ce jour, les meilleures familles d'Autun et des environs se le disputèrent à Tenvi, et sa réputation ne fit que grandir.

Le gouverneur du Yézelai, Lazare de Morey, Tainé de la famille, meurt sur ces entrefaites. Huit jours à peine après la mort du gouverneur, la jeune veuve se rend chez le notaire, pour faire verser entre SCS mains une somme de 90.000 livres et pour obtenir de ses beaux-frères le consentement à une nouvelle union. Une clause de son contrat de mariage portait qu'au cas où elle se remarierait, le rachat de son douaire ne dépasserait pas 30.000 livres. Les deux beaux-frères consentaient à lui en verser 50.000,

2^2' LE CABINBT SECRET OE l'iUSTOIRB

tout on lui laissant la libertô do convoler ou sccondos noces à son choix.

Deux mois no s'étaient pas écoulés depuis la mort du vieux gouverneur, que le docteur Mac-Mahoa était logé dans la maison des beaux-frèreS| admis à leur table, s'eiïorçant de son mieux, dit la chronique, de consoler la veuve éplorée. Une grossesse opportune h&ta une solution qu*il poursuivait do ses vœux. Le 9 avril 1750, le docteur Jean-Baptiste Mac- Mahon épousait Charlotte Le Belin d'Eguilly, veuve de Lazare de Morey, gouverneur du Vézolai. Le contrat fut passé par-devant un notaire do campagne, et l'union célébrée sans apparat dans la paroisse do Sully. Les deux beaux-frères ne signèrent ni au contraty ni à Tacte de célébration. Sur la pièce figuraient seules, avec la signature des conjoints, celles d'un praticien {sic) et d'un laboureur de village. 'Le nom de J.-B. Mac-Mahon n'était pas accompagné de su qualité de médecin, mais du titre de chevalier. Les époux se mariaient sous le régime de la communauté, « en tous biens, meubles et acquêts ». Le mari so constituait en dot une somme de 50.000 livres ; la dame en apportait 210.000, c< toutes dettes déduites ». Le sieur Mac-Mahon se rendait lui-même donataire, par moitié ou éventuellement, pour le total de tout ce qui pouvait être donné ou légué par la suite a sa femme. Ces détails ne sont pas inutiles pour Tintelligence do ce qui va suivre.

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