‹ Le Cabous namè, ou Livre de Cabous de Cabous Onsor el-MoaliChapitre 28 sur 114 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DES REGLES DE RETENUE ET DE BIENSÉANCE A l'ÉGARD DES REPAS

SACHE, ô mon fils, que les gens du commun vivent sans règle et sans égard au temps ni au lieu, mais les gens bien nés et sages partagent leurs heures selon la nature de leurs diverses occupations; ils divisent les vingt quatre heures du jour et de la nuit de manière à consacrer à chacune de leurs occupations un certain laps de temps, afin que les unes n'empiètent pas sur les autres. 11 en résulte que leurs serviteurs ou leurs subordonnés savent précisément qu'à tel moment ils doivent vaquer à tel service, et c'est ainsi que règne une sage ordonnance. •

Mais parlons des règles relatives aux repas : sache que les marchands et les artisans ne tiennent pas compte de Theure; ils prennent leurs repas quand ils le peuvent et agissent, à cet égard, comme les animaux qui se repaissent quand ils trouvent de l'herbe. Les gens bien nés et bien élevés ne font ordinairement qu'un seul repas dans les vingt-quatre heures *, coutume conforme aux règles de l'hygiène qui ne laisse pas cependant de produire un certain affaiblissement physique. Un personnage de haut rang fera donc bien de prendre, le matin, une légère collation '^ dans son particulier avant de vaquer à ses affaires jusqu'à la prière de midi ^, heure à laquelle il fera le repas principal auquel il invitera à prendre part ceux qui seront présents.

Ne mange pas avec précipitation et, pendant le repas, entretiens tes hôtes par quelque conversation, ainsi que le prescrit l'islamisme; mais évite de regarder ce que prennent les convives.

ANECDOTE

On m'a conté qu'un jour Saheb, fils d'Ebâd "*, étant à table avec ses confidents ^ et ses secrétaires, l'un des convives prit,

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dans un bol, un morceau dans lequel, sans quMl s'en aperçût, se trouvait un poil.

Saheb le voyant le lui lit remarquer. Le cofîvive interpellé remit le morceau dans le bol, se leva et se retira. Saheb le fit rappeler et lui demanda pourquoi il s^en allait avant que le repas fût achevé. — <c Cest parce qu^il ne me sied pas, répondit l'autre, de m^asseoir à la table d'un hôte qui aperçoit un poil tombé dans la portion de son convive. » — Saheb ne put que rougir de son manque de bienséance.

Ne t'occupe donc, à cet égard, que de toi-même. Tout d'abord, n'use qu'avec modération des aliments froids ^ ; ensuite donne Tordre de servir.

Parmi les grands, on entend le service de deux façons ; les uns se font servir les premiers; d'autres ne se font servir qu'aprés leurs convives; cette dernière méthode est préférable en ce qu'elle a plus de noblesse, tandis que la première indique une certaine présomption d'autorité. Fais attention, de même que tu l'auras observé pour servir la table, qu'on n'enlève pas les plats au hasard, car tous n'ont pas le même appétit; fais donc en sorte qu'au moment de la desserte, petit ou grand mangeur, chacun soit rassasié. S'il se

trouve devant toi un mets que n'ont pas tes convives, offres-en à chacun d'eux. , '

Pendant le repas, n'aie pas l'air .sdtiicieux ni de mauvaise humeur et ne ioiie ni ne réprimande le maître d'hôtel stir Jk qualité ou le défaut des mets; tu comprendras facilement le motif de cetfe^^ recommandation.

Maintenant que tu connais les règles qui concernent Talimentation, je dois t'instruire encore de celles qui ont trait à l'usage du vin.

^rt-^.^ <'•'*•>'*

NOTKS DU CHAPITRE X

In Chèbdnèron:^ ; mot composé de chèb. nuit, et roù:[, jour, soit un jour et une nuit ou vingiquatre heures.

2. Moskètèt ; nourriture suffisante pour maintenir l'esiomac sans souffrance Les Persans observent encore cette coutume et désignent cette collation par l'expression de |ir è kalidn, sous la pipe, comme Ton dit chez nous vulgairement pousse café dans un sens à peu près le mêiTie.

y. C'est encore, en eftet, l'heure du repas -prin-

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* 'Cipal éhez les personnages de haut rang et connu

* ëouf iç nom de uahât é kadjari, ou déjeuner à la ' ii^êftift, nom de la tribu de la famille actuellc-

Wùt régnante.

^^d,^^t>yez note i8 du chapitre vir.

$,^ffédïmt celui qui est admis dans Tiniimité eu pri^e.

6/.aÇ|||près Galien, les substances se divisent en qtiMfe catégories : froides, chaudes, sèches et humides : bévarid ou aliments froids signifient ici les conserves au vinaigre qu'on prend au commencement du repas pour exciter Tappéiit; ce sont, en somme, les hors-d*œuvre des tables européennes.

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-AcTt*

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