CHAPITRE XXVII
DU CHOIX h UN AMI
SACHE, ô mon fils, que pendant le cours de son existence l'homme ne peut se passer de l'amitié; il vaut mieux, en effet, n'avoir pas de frère que de se trouver sans ami. On demandait à un sage lequel était préférable d'un Irère ou d'un ami; il répondit que l'idéal qu'on devait s'efforcer d'atteindre était un frère qui fût à la fois un ami.
DISTIQUK
« Frère, si ton frère est ton ami, il n'en vaut que mieux ! »
— Si ton ennemi est sans sou ni maille, encore tant mieux ' !
Entretiens donc des relations d'amitié par des présents et des attentions courtoises, car qui agit autrement est traité de même et demeure dans l'isolement, et l'on dit qu'un ami est un soutien.
Fais-toi beaucoup d'amis, parce que bien des défauts passent inaperçus par eux qui ne voient que nos qualités*. En contractant une nouvelle amitié, ne néglige pas les anciennes; recherche de nouveaux amis, mais n'oublie pas ceux qui te sont attachés depuis longtemps, car chaque ami est, ainsi qu'on l'a dit, un grand et précieux trésor.
Garde-toi des gens qui ne te témoignent de l'amitié qu'en apparence, sois avec eux courtois et affable, prends part à leurs joies et à leurs peines, car peut-être cette conduite l'attirera de leur part un sincère attachement. On demandait à Alexandre par quel moyen, en un aussi court espace de temps, il avait pu acquérir autant de royaumes : — « En m'attachant mes ennemis par des bienfaits, répondit-il, et en m'attirant des amis par des égards et des attentions. »
Attache-toi aux amis de tes amis, ceuxlà sont les plus sincères, mais défie-toi de celui cjui professe de Tamitié pour ton ennemi, parce qu'il peut se faire qu'il le préfère à toi.