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être libéral à l'excès, mais au moins, garde-loi de la parcimonie; si cependant tu ne p^ux vaincre ton penchant à l'avarice, fais en sorte que tes sujets l'ignorent, car si tu ne te montres pas généreux, ils se dcsaffectionneront et s^ils savent n'avoir rien à attendre de toi, au jour du danger, ils n'exposeront pas leur vie pour te défendre et se ligueront peut-être avec l'ennemi.
Gardj-toi de t'enivrer du vin de la puissance royale et n'omets pas la pratique des six vertus suivantes : la dignité, la justice, la libéralité, le sentiment de l'honneur, le calme et la sincérité; un prince dont la conduite n'est pas guidée par ces principes est tout près de s'enivrer de sa puissance et lorsqu'il reprendra ses sens, il s'apercevra de la perte de sa couronne.
Ne néglige pas de te tenir au courant des faits et gestes des souverains étrangers; fais en sorte qu'aucun d'eux ne puisse aspirer ou exhaler un souffle sans que tu n'en sois instruit.
ANECDOTR
J'ai entendu raconter par le feu roi, mon père *^ (que Dieu l'ait en sa miséri-
corde!) que Fakhr cl Dovlct -^ chasse par K/a1 cd Dovlct —, son frère, ne put trou • ver un asile cl vint se réfugier à la cour de mon aïeul, Cabous Veclicmguir *^ Ce prince raccueiilit avec bonté, lui accorda sa protection, le traita avec égards et lui donna en mariage ma tante paternelle.
Les noces furent célébrées avec magnificence, car mon aïeule était tante paternelle de Fakhr el Dovlet et mon père et ce dernier étaient tous deux neveux de Hassan Firouzân -^ par sa sœur.
Dans la suite, Ezd ed Dovlet dépêcha un messager auprès de Chems el Moûli *\ Cet envoyé remit au prince la lettre de son maître, lui présenta ses compliments et dit : t — Ezd ed Dovlet te salue et te dit par ma bouche : — Le prince mon frère est mon ennemi, je désire que tu t'en saisisses et que tu me l'envoies; en récompense de ce service, je t'abandonnerai une des provinces de mon royaume dont je le laisse le choix, et ainsi les liens d'amitié qui nous unissent n'en seront que plus étroits. Si tu crains d'assumer sur loi l'arrestation de mon frère, défais t^en par le poison, mon but sera toujours atteint. » — « Par le nom de Dieu! répondit Chems el Moàli, pourquoi faut-il qu'un personnage aussi éminent requière d'un homme tel que moi une action que je ne saurais commettre sans me déshonorer pour réicrniié! » — « Seigneur, le-
prit le messagçr, n'hésite pas entre Ezd ed Dovlet et son frère, car Taffection que le roi mon maître te porte est plus que fraternelle. » Puis il jura que le jour oti Ezd ed Dovlet Pavait chargé de sa mission, il lui avait dit entre autres choses : — a Dieu sait quelle est mon am.itié pour le prince Ghems el Moâli, elle est sî grande que j'ai appris que tel jour de samedi, tel quantième de tel mois passé, il est allé au bain, que dans l'étuve tempérée ^* son pied a glissé et qu'il a fait une chute. J'ai été vivement chagriné en pensant qu'à l'âge de quarante-sept ans il ressentait déjà les atteintes de la vieillesse et que ses forces avaient décliné. » Le dessein de l'envoyé était, d'après les instructions de son maître, de faire entendre que Ezd ed Dovlet était bien informé de ce qui se passait chez mon grand-père. — « Que Dieu prolonge ses jours! répartit Chems el Moâli, je suis touché de cette preuve d'affection, apprends maintenant la peine que, de mon côté, j'ai ressentie à son sujet. La veille de tel samedi, de tel mois, celle du jour oîi il t'a dépéché vers moi, Ezd el Dovlet a fait une débauche en tel endroit, il a couché dans telle chambre en compagnie de Nouchetéguine son échanson ; il s'est levé à minuit et s'est rendu dans le gynécée 27- ji y est monté sur la terrasse et a passé le reste de la nuit dans l'appartement de Khcïzerân , la
joueuse de luth; en descendant, son pied a glissé et il est tombé de la hauteur de deux marches; j'en ai été d'autant plus afiligc que je me suis dit que probablement, il fallait qu'à Tâi^c de quarantedeux ans son intelligence lût quelque peu troublée pour qu'un prince de cet âge pût s'enivrer au point de ne pouvoir descendre un escalier, de courir, à minuit, de couche en couche et d'être enfin victime d'un semblable accident. » L'envoyé fut ainsi convaincu que Chems el Moâli n'était pas moins bien renseigné que son maître.
Sois donc toujours instruit de ce qui se passe dans les Cours étrangères et surtout informé de la situation de ton royaume, de ton armée et de ton peuple, car si tu ignores tes propres affaires, tu ne saurais, à plus forte raison, connaître celles de tes voisins. Ne crains pas de chercher la vérité quelle qu'elle soit et fais en sorte d'être surtout renseigné sur les dispositions de ton vézir; qu'il ne boive pas une gorgée d'eau à ton insu; tu lui confies ton existence et tes biens, et ce serait abandonner le souci de tes intérêts au profit des siens, si tu négligeais de le surveiller.
Quand tu auras contracté amitié avec les princes voisins, sois sincère et sans restrictions, mais si, au contraire, tu as quelque motif de leur cire hostile, déclare-
le ouvertement. Teint que tu peux te déclarer Pennemi d'un de tes égaux, ne dissimule pas tes sentiments. On m'a conté qu'Alexandre étant en marche contre un de ses ennemis, un de ses familiers lui conseilla de tomber sur lui à l'improviste; il répondit qu'il ne croyait pas digne d'un prince de vaincre par surprise.
Si tu règnes un jour, que toutes tes actions soient empreintes de grandeur; de même que le souverain est au-dessus des autres hommes par son rang, il doit aussi les dépasser par ses discours et ses actions; c'est ainsi que tu deviendras célèbre, ce qui ne s'obtient que par de grandes choses ainsi que l'a déclaré Pharaon *^ (que la malédiction divine soit sur lui)! — « En vérité, je suis votre seigneur sublime *^. » — On répétera ce verset jusqu'au jour du Jugement dernier et cette parole altière a éternisé le nom de ce monarque impie. Sois donc grand, car la médiocrité ne donne pas la gloire.
Respecte tes décrets, n'en délivre pas à tout propos et pour des choses de peu d'importance, uses en à l'occasion de l'octroi d'une récompense considérable, du gouvernement d'une province ou d'un salaire extraordinaire à quelqu'un de les serviteurs. Observe fidèlement les termes de tes décrets et n'y contreviens jamais à moins de quelque cause légitime, car la
mauvaise foi, de la part d'un prince surtout, est Tobjet de la réprobation universelle.
Tels sont les devoirs qu'impose le rang suprême, le plus élevé auquel un homme puisse aspirer; j*en ai parié et écrit en détail ainsi que je Pal fait pour ce qui se rapporte au secrétariat.
S'il t'arrive de t'occuper d'agriculture, de quelque profession ou d'un métier quelconque, attache-loi à remplir les devoirs de ton état afin de réussir et de prospérer.
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NOTiiS DU CHAPITRE XXVllI