‹ Le cadavre et les rosesChapitre 26 sur 31 · TOUTE- PUISSANTE · texte numérisé non relu

TOUTE- PUISSANTE

Ah ! l'ardeur de ta vie exquise et radiante

Me brûle encor, malgré la distance effrayante,

Dans un plus doux pays et sous un ciel plus bleu.

Je n'ai pas revêtu la robe d'amiante

Qui pourrait émousser les morsures du feu.

L'essaim de ton sourire cncor sait bien m'atteindrc,

Toute-Puissante, et les abeilles de tes yeux

Et ton cœur au vol fou certes n'ont rien à craindre

De l'espace trompeur, du temps insidieux

Par lesquels sont vaincus la patrie et les dieux.

Regards, sourire, cœur sont de bons sagittaires; Ils m'accablent de traits bruissants et perçants. Mon souvenir, tu me ravis et tu m'atterres. Crier, crier, delà les ondes et les terres. Les maux délicieux que par toi je ressens.

Ce beau corps enlaçant et doré, d'où s'exhale La modulation du plus parfait contour.

Je le vois, je le veux. O mon frère Tantale, En vain je tends les bras ; je retombe très pâle, Mais ivre pour jamais d'un tel leurre d'amour !

Et cette Ame livrée à tous les incendies

Que l'Exaltation dresse sur les hauteurs,

Ah ! j'en voudrais tirer de neuves mélodies.

Mais j'entends les vieux airs que tu me psalmodies,

Souvenir ; et voici la Joie et la Douleur !

Ame et Corps souverains de la lointaine aimée,

Vous ne permettez pas l'oubli ni le repos.

Par vos illusions ma force est consumée.

Je vis et meurs de vous, comme une fière armée

Pour les symboles d'or qui chargent ses drapeaux.

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LA LIHKKATHICK

Assis au seuil de sa hutte,

Le vieux Sort, l'éternel Sort,

— L'air d'un ogre et d'une brute —

S'entretient avec la Mort.

Le tjTan vaut le ministre, Le ministre le tjTan.

Ce qu'ils disent est sinistre, Cadavéreux, dévorant.

Tordre le cou des colombes, Tacher de sang les gazons.

Peupler l'univers de tombes Par le fer et les poisons,

Ah ! le beau complot féroce Que fait le couple impuni î Quoi ! nul pape, à coups de crosse, Hors de Dieu ne les bannit?

LE CADAVIU: ET LES l\OSES 91

Nul apôtre ne s'éveille Pour tuer, vengeur lustral, Le vieux monstre avec sa vieille, Repus (le meurtre et de mal?

Quoi ! les héros font silence ?

Où ton glaive triomphal, O prince Artus? où ta lance.

Séraphin fier, Parsifal?

Mon Illuminante Aimée, Nous irons donc tous les deux, Plus forts qu'une forte armée, 13riser ces magots hideux.

Aux frontières de l'espace Est leur enclos d'ossements, Nos armes seront ta grâce Et mes éblouissements.

Tu les tueras sans mot dire D'un regard intense et pur.

Ils fondront comme la cire, Ils crouleront comme un mur

O faible Mort, Sort fragile.

Amour qui rompt tous les fers !

Nous dirons cet évangile Delà les monts et les mers.

i)2 hkm';-am{Kim iijouhv

Inexprimable Nouvelle, Hè^iie infini de l'Amour, (L'est une joie élernelle Dans rimjiérissablc jour!

Kt l'extasiante lète (Ihantc sans fin ta clarté, (>ar toi seule tu l'as laite, Dame au doux cœur exalté, Dame de suavité, Dame de Sublimité !

l.E CADAVRE ET LES ROSES 93

RiCHKssK i:t gloire

I^orsquc je mourrai, jeune encore, De ma neurasthénie et de ma volupté, J'exige que rien ne décore La bière où je gîrai sordide et cacheté.

Xi drap, ni fraîches fleurs, ni couronnes de perles. Point de chevaux et [)()inl de corbiUard :

Quatre porteurs portant, graves comme des merles, Un coffre nu sur un brancard.

Et je ne veux d'autre cortège qu'une femme.

Ecoutez ceci, mon amour :

Où ([ue je meure, où qu'on m'enterre, je réclame

Votre présence en ce beau jour.

Vous viendrez d'aussi loin qu'il sera nécessaire, Affrontant le monde et sa loi,

Ht vous répandrez sur le cercueil qui m'enserre Des paroles de bonne foi.

Cheminant à côté des croque-morts lugubres,

Tout le long du chemin j)oudreux, Tandis que le soleil criblera d'ors salubres Le village sonore et les champs bienheureux.

94 HKNK-Al.UhUT ll.KUHY

() Jninais plus hiùlanlo, ù cciics, ni plus Iciulrc, *

Vous cvociuercz |)()ur moi seul L'n li'l cnc-lKintcmcnl, Hcilc, (|u";i vous cnlciKlrc

.le iVéniirni sous mon linceul.

Oui vous miirniurcrc'z : « Aux jardins de N'eisailles

« Los nrl)res savent notre nom, (( Mon bien-ainié, notre s|)len(leur encore tressaille

u Aux retraites de 'l'rianon.

« Mon bien-aimé, (|u'ils étaient beaux les feux de joie

« Que savaient faire nos cœurs fous!

« Je nie consume et je m'abîme et je me noie,

« Mon bien-aimé, de vous, en vous!

« Mon bien-aimé, rappelez-vous la douce robe

« Que je portais, un soir de juin, « La lune au ciel roulait, d'or blanc, comme un beau'globe, (( Le bord de l'eau sentait l'églantine et le foin.

(( Ce soir là, ce soir-là, vous m'avez possédée

« Comme l'éclair possède sa lueur, « Comme l'esprit des dieux possède leur idée, « Moi je vous pris ainsi qu'un rêve prend un cœur! »

Telle vous parlerez. Les croque-morts crédules,

S'imaginant que vous priez.

Et balançant leur morne faix comme un pendule,

Emettront des paters hâtifs et grossoyés.

Or, moi, les pieds devant, eux de leurs pas tranquilles,

Vo.us en sanglots, courbant le front, Nous parviendrons enfui à la ville des villes Où le plus fier honneur se nivelle à l'affront.

1^1 je m'engoutlVcrai dans l'argile macabre,

Avec un bruit puissant et mou, Dans l'ombre forte où nul étalon ne se cabre,

Dans l'implacable trou.

Alors redressez-vous, toute sereine et pâle,

A l'orifice du néant, Et sur celui qui là dort sans rêve, ni râle, Dites haut: « Je l'aimais » et i)uis allez vous-en!

Les croque-morls pourront le conter à voix claires:

Le roi des gueux icariens.

Qui portait le cilice au couvent des chimères, Que le Songe payait en sous aériens,

L'absurde, le dément, le poète Protéc

Qui changeait d'Ame au lil du temps, Dont la voix, tour à tour expirante, exaltée, Passait des humbles pleurs aux rires éclatants.

Le neveu du soleil, le filleul de la lune, Fut heureux, fut superbe et fut riche et fui beau Puisqu'il eut cette gloire avec cette fortune D'être aimé jusqu'à son tombeau.

IH) iu:M':-Aijnjn i-uauv

AMii:, UN ti:l amoiu

Amie, un tel amour surpasse la Neuvième I^t riA'e et l'Adam de Rodin,

Va plus loin que la mer et décolore même Les roses du jardin.

Un tel amour est une invincible énergie,

Il ne craint pas l'effort Du destin. Il confond dans sa haute magie La vie incendiaire et l'art au rhvtme d'or.

Amie, un tel amour offrirait au mart3Te

Notre soufïle exalté Pour l'orgueil, aussi grand que la mort qui l'attire

D'achever sa triple beauté.

VAS tristitIvï:

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