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Le soir d'été poudreux endort la ville lasse. Inutile, la lune ei'ie au eiel, morne toit; Et de blanches clartés s'attristent par l'espace Comme rindilTérence au fond des veux sans foi.
La rue a moins de bruits : lentement désertée, Comme un fleuve profond que son onde aurait fui, Elle enferme aux deux bords de ses noires jetées Le calme mortuaire où s'étendra la nuit.
Cependant, du jardin captif des hautes grilles. Qui s'obscurcit dans l'air blême et décoloré, Un souille naît, chargé de parfums, comme brille Dans l'ombre un rayon clair qu'on n'a pas espéré.
Le miel troublant des fleurs et la senteur vivace Des écorces gonflées de sucs puissants et mûrs S'allient dans cette haleine inattendue qui passe Sur la ville assoupie entre ses sombres murs.
Puis vient la matité muette des ténèbres
Qui prennent la couleur du vieil argent terni,
Et le souflle léger, sous leurs lourds plis funèbres.
Se perd dans l'insondable et dans l'indéfini.
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Telle surgit parfois en mon cœur las de vivre, Gagné par l'ombre ainsi qu'une paie cité, Souvenir (jui l'exalte, espoir dont il s'enivre, La senteur oubliée de la lélicilé.
Je revois mon passé dont riieure lut si lière : — O désirs infinis, flamboiements souverains, O grande plage ardente où tintait la lumière, Où le ciel d'or vil)i'ait sur les sables marins!
Je veux marclier encor sur l'éclatante live
Où résonnait nu)n pas, à l'Age radieux.
Quand je suivais, ayant Tété dans ma chair vive,
La jeunesse et l'amour, inégalables dieux!
Hélas ! j'ai désappris le sens secret des signes Qui me guidaient jadis au bord du flot doré ; Les eaux luisent fleuries de roses et de cygnes. Je ne leur souris plus, pour avoir trop pleuré.
Le malheur m'a vêtu de solitude et d'ombre.
Les gloires du soleil efTarouchent mes yeux
Et les larmes me sont une habitude sombre.
La joie m'effraie, mon cœur ne sait plus être heureux.
Aussi quand le passé s'illumine, il tressaille,
Pour le ressusciter, il fait un brusque etTort,
Furtif comme un parfum, bref comme un feu de paille,
Et retombe brisé dans la paix de sa mort.
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AUTOUR \yv}< vii:ux cvphks
A c. AUJiKirr.
Autour d'un vieux cyprès qui depuis cent ans dort, Les pêchers et les amandiers, flore nouvelle, Pressent ingénument leur ronde fraternelle, ('>omme une douceur pure enveloppe un deuil d'âme, Comme, belle malgré ses sanglots, une femme Enlace de ses bras divins son amant mort.
Pareil à ce cyprès, dans un sombre sommeil, Mon cœur s'est enfermé, prisonnier volontaire. Il désire l'oubli qu'on trouve sous la terre. Car au devoir d'amour il fut cruel et lâche. Avant le crépuscule il déserta sa tâche. Il dort, il dort dans l'ombre, à ce cyprès i)areil.
Vous aurez beau fleurir, amandiers et pêchers, O printemps rose et blanc, vous aurez beau répandre Votre flamme légère et votre grâce tendre, Vous n'éveillerez pas l'arbre fait de nuit noire, Pas plus que les ramiers en y posant leur moire N'arrachent un sourire aux moroses clochers.
Et vous, flammes des yeux, lèvres qui d'un éclair Dites l'essentiel et donnez confiance, Femmes, fleurs et parfums, éternelle influence. Ah! vous tentez un cœur dégoûté de lui-même. Sûr de supplicier et de trahir s'il aime, Il ne sortira pas de son sommeil amer.
LK CADAVRK ET LKS HOSKS
LA NUIT EST RKLKiIKUSE
A .l/ii'^ R. M... et A F.
La nuit est religieuse, La lune est silencieuse Parmi l'éther inconnu.
O silencieuse lune !
Les belles Heurs sont fanées.
J'ai maudit mes destinées.
Mon c(uur n'est plus ingénu.
Tais-toi, mémoire importune.
La nuit est une prière, Pâle toutï'e de bruyère La lune s'ofïVe au ciel doux.
O pure nuit, lune pure!
Mon cœur ne s'olfre à personne.
Il ne prie et ne frissonne.
Les anges sont partis tous.
Ma vie est dure, très dure.
3«S HKNK-AI.HKMT Kl KL'MY
i<:tains
A M. (illIIKSEVF.
Ces étains couleur d'automne Qui décorent les vieux murs De la salle monotone, Je les trouve doux et purs.
Ils évoquent une cendre Où quelque argent est mêlé.
Ils semblent un chagrin tendre, Résigné non consolé.
Pour sortir de leur pénombre Ils ne font aucun effort, Demeurant, ni clairs, ni sombres.
Entre la vie et la mort.
Et tel moi-même je reste.
Très paisible est ma douleur.
Mais qui me dira, mon cœur.
Si je vis ou si je meurs Mes jours calmes et funestes.