J'AI FAIT I)K L'AMOUR
J'ai fait de l'ainour un jeu, Un jeu plein d'impostures, Plein aussi de postures.
Nous y mettions quelque l'eu.
J'en ai l'ait un beau mystère Aux majestueux enrens, Une musique aux accents Beaucoup trop purs pour la terre.
Oh! n'en pourrais-je, une fois, Faire cette tendre grâce Qui ne passe ni ne lasse Et qui ressemble une voix, Une voix élernelle et douce dans les bois?
2(> ni:M-:-ALHi:Hr i-i.ix'iiv
JK VIS KW'ICLOPPK
,1c vis enveloppé d'une vapeur soyeuse, Je vis dans une vaste bulle merveilleuse, Au milieu de l'amour je vis.
Belle, rejoignez-moi dans le royal nuage. Veuillez, belle, m'aimer, m'aimer et je m'engage A tenir tous vos sens et votre cœur ravis.
Nous sentirons bon la jeunesse.
Oh! Nous serons le thym sur le coteau. Nous nous revêtirons de rires et d'ivresse. Le bonheur nous sera la hutte et le château.
La terre apparaîtra divine à nos prunelles. Nous serons possédés des eaux et des grands cieux Et nous croirons à des planètes éternelles Pour les morts, après des trépas délicieux.
Puis non, ne venez pas. Ce sont de tristes choses. •Mon nuage est d'or pur, mais il deviendrait noir Si vous veniez à moi. L'amour meurt de savoir : La vie est un automne où se fanent les roses.
l.E CADAVHK ET LES HOSES 27
HROXZK
A. E. WITTIG.
Ce bronze fauve était d'un sculpteur mort d'amour, Œuvre de feu, de sang, modelée en un jour.
C'était la fenuiie nue et cju'on voyait attendre L'instant funèbre et doux d'être prise et de prendre.
I^ar ses lèvres, ses yeux, ses membres écartés, D'avance elle donnait toutes les voluptés.
Sur son corps fou d'espoir, déjà l'on pouvait lire L'àpre sublimité de son prochain délire.
Entr'ouverte et couchée, elle était bien la chair. Gouffre innocent, ciel infernal, magique mer.
Dans la fuite elle olfrait et fuyait dans l'offrande, Comme je la trouvais méprisable et si grande !
Comme elle était })areille au flot agile et fort, A tout ce qui s'enroule et se tord et vous tord î
Toi qui m'étais venue au hasard d'iiuc vente, Eve, je t'adorais ingénue et savante.
Et je te nuirmurais une chaude oraison Chaque fois où Vénus visitait ma maison.
Et je te confondais. Exaltée et Maudite, Eve, avec l'infinie et terrible Aphrodite.
Tu figurais i)our moi la déesse et l'autel
Et je bridais l'encens sur ton sexe immortel.
28 liKNK-AlJJHHI M.KL'IiY
LrMii:i{K
A SEVAIJJIAX.
Ses cheveux l)runs sont du gui dans les branches
Et son visage une colombe blanche.
Ses cheveux bruns sont un fleuve, la nuit ;
Et son visage est la lune qui luit,
Songe léger, au fil errant de l'onde.
Elle est le charme et la douceur du monde,
La soL'ur rieuse et chaste de la mer,
Dans sa prunelle elle crée un ciel clair.
Elle est pour tous une vivante fête.
Son geste pur calme toute tempête,
Elle est égale à la grâce du jour.
Lorsqu'elle va par les champs d'alentour,
On croirait voir l'aubépine nouvelle.
Les longs regards des choses naturelles
Et le parfuni du printemps éternel
Et la candeur du pays d'Avenel
Ensemble ont fait son sourire. Son àme
Est la chanson de l'air, la vive flamme
De l'aube, amie exquise de l'été,
Qui sur l'eau glisse en soulfle de clarté.
Heureux celui qui, cher aux destinées, A son fover ravonnant l'a menée.
Elle est pour lui le cœur de la maison, Elle est pour lui l'étoile et l'iiorizon, La belle Vie et le Hcve sans leurre, La Hoselys que n'altère pas l'heure.
S'il sait marcher d'un pas harmonieux Vers le lointain qu'elle porte en ses yeux, — Divinité d'une amour juste et fièrc — Tous envieront sa Route et sa Lumière.
30 miNK-Ai.mj'.r i i.iirnv
UNE IXCONNUK
Sur SCS traits la tristesse a mis un grave liàle Pareil à l'ombre d'un long soir.
Elle a les yeux très pâles Et pleins de désespoir.
Le souvenir s'élève, ange rêveur qui pleure, Au crépuscule bleu de ses profonds regards. Elle semble sans fin suivre au cours lent de l'heure Un vol d'anciens baisers épars.
Et parfois, souriant de sa lèvre muette. Tremblant comme au retour d'un Unique Exilé (Ainsi l'on voit sur l'eau de la mer inquiète Les lueurs du matin à la nuit se mêler),.
Dans sa soufTrance coutumière, Dans son morne silence et sa sombre fierté,
Elle reçoit une lumière.
Une étonnante, une immortelle volupté.
Elle frissonne et plie. Elle donne sa bouche. Sur un lit qu'elle rêve elle se livre au feu. 11 est là, prodiguant sa caresse farouche. Le bien-aimé cruel, le cher traître, le dieu.
Il est là. Mais voici (|ue le cliarnie se fane. Le fantôme s'enfuit comme s'enfuit l'amant. O fin d'un jour i)lus doux que le jour! Ariane Rappelle en vain le spectre et le divin tourment.
Que vous avez aimé, très sul^limc blessée! Que vous avez aimé, que vous aimez encor!
O délice Apre et fort :
Rallumer le flambeau des fêtes trépassées Et retrouver la vie en leur navrante mort!
32 iu:M.-Aijn.ui m.imhv
ori^ijj-: AMI-:
A !.. lIAVi.MAUI).
Ail! Quelle Ame sera |)()ur moi la haute mer Kt le port tout enseinble, apaisant, sûr cl clair?
Quelle, pour moi, sera l'élonnanlc aventure Dont le vent fait trembler l'agrès et la mâture?
Ht (fuelle aussi sera le long règne enchanté De la ])lus noble joie et de la volupté?
Quelle, si ce n'est toi, chimérique et charmante, Toi l'Héroïque, toi la Sainte, toi IWmante?
N'ai-je pas vu surgir la sj)lendeur de ton corps Sur la montagne, un jour, comme un fantôme d'or?
N'ai-je pas vu ton cœur lancer de belles flammes, Ardente, fière, pure entre toutes les femmes?
Oh! Ne l'ai-je pas vu pleurer à larges pleurs Sur un petit enfant trouvé mort dans les fleurs?
C'est toi. Montre au loin l'œuvre et mets sur moi ton signe. Je ne reviendrai pas ou je reviendrai digne.
Digne d'un rêve illustre et tendre et solennel, Et d'un bonheur où passe un peu de l'éternei.
D'un bonheur plus brillant que le Temple et son voile. D'un bonheur comparable à la Marche à l'Etoile.
LK CADAVKK KT LKS KOSKS 33
L'KTOILK DE MOUT
Ma belle divine repose Au suave jardin du soir.
Elle est une éclatante rose Dans un palissant ostensoir.
J'ai voulu fuir comme une flèclie Vers les éblouissantes mers.
L'eau farouche est-elle assez fraîche Pour calmer un amour amer?
Mais, comme à l'arbre tient l'écorce, Je reste où ma Très Belle vil, Par une invulnérable force.
Enchaîné, consumé, ravi !
Un de ses noms est le M} stère, Le Désir est son Séraphin.
Oh ! sa ville sainte est la Terre Et son temple l'A^c sans (in.
Femme d'un jour, éternelle l^vc, Qu'il est doux le terrible sort De ceux-là pour qui tu te lèves Ainsi (ju'une étoile de Mort î