ALEXANDRE DE LAVERGNE
PAIUS
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in 2010 with funding from
Univers ity of Ottawa
http://www.archive.org/details/lecadetdefamille01Jave
L'éducation.
Il y a aujourd'hui environ un demisijcle, dans l'une des plus antiques et des plus nobles châtellenies de la haute Auvergne, sur les conriDS du département du
Cantal, et en se rapprocliant de la chaîne 1 1
des monts Dore, vivait un gentilhomme qu'on appelait le marquis de Beuvron- Hauleroche. C'était un des g:lorieux débris de cette noblesse d'épée, comme elle s'intitulait jadis avec ori^ueil, qui, depuis le règne de Louis XIV et les justes sévérités du tribunal des grands jours, ne briguait d'autre faveur que de faire partie des compagnies rouges et de servir de rempart à la personne du roi, en paix comme en guerre, trop heureuse quand, au bout d'une longue et honorable carrière, elle rapportait dans ses foyers la croix de Saint-Louis, un patrimoine seulenieni tant soit peu écornt' par le séjour de Paris et de Versailles, et le brevet de mestre-decamp.
Ce fut en effet, h coup siir, ulh des chefs-
Oh FAMILLE 3
d'œuvre de la politique de celui qu'a tort ou à raisou l'on a appelé le ^rand roi, de métamorphoser en courtisan, à l'aide d'un brevet de gendarme de la garde et d'un justaucorps rouge, galonné d'or fin , ces indomptables suzerains, si fiers de la noblesse de leur race, qui, du haut de leurs donjons, avaient déclaré la guerre aux lois et k la société, et faisaient simultanément la chasse aux bèie^ et aux gens, pour s'entretenir la main.
Il y a eu, à cet égard, beaucoup de déclamations auxquelles ce n'est point ici le lieu de répondre. L'homme est toujours, et en tous pays, le même, tant que la civilisation n'est pas venue modifier ses instincts et assouplir sa nature. Cette civili-
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salion, dont la France est à bon droit si
lîère, n'a commencé que bien tardivement pour certaines de ses provinces, et, il faut bien le dire, plus tardivement peut-être pour la tiaute Auvergne que pour toute autre partie du territoire. Aujourd'hui encore, cette région de raonlagnes et de volcans est, jusqu'à l'heure où nous écrivons, demeurée impénétrable aux chemins de fer et a la vapeur, cet agent nouveau desliné à révolutionner le monde. Qu'on juge, par ce seul fait, de ce que pouvait être, il y a cinquante ans, un pays où les voies de communication étaient alors surtout si rares, et où elles devenaient même impraticables pendant une grande partie de l'année, a raison des neiges.
A l'époque dont nous parlons, M. le
marquis de Beuvron-IIauteroche était sur le point d'accomplir son douzième lustre. Celait un beau vieillard à l'air grave et imposant, et qui n'avait nullement besoin de la croix de Saint-Louis pendue à sa boutonnière, bien qu'on fût alors en plein empire, pour qu'on reconnût immédiatement en lui l'un des survivants d'une caste privilégiée, dont il ne nous appartient pas d'excuser les fautes, mais qui les avait cruellement expiées.
M. le marquis de Beuvron avait, ainsi que ses ancêtres, fait lon^çtemps partie des gendarmes de la garde du roi, et il y était parvenu au grade de sous-lieutenant, ce qui lui donnait le rang de marécbal de camp. Lorsque la révolution éclata, il fut