‹ Le cadet de familleChapitre 3 sur 13 · LE C\DE · texte numérisé non relu

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du nombre des gentilshorumes qui s'associèrent a la i'ortiinc des princes, frères du roi, et qui formèrent le noyau de l'armée de Condé; il dut, pour cela, se séparer de sa jeune femme, dont il était passionnément épri?, sadriGant ainsi son foyer et ses plus chères affections à sa foi politique; mais ayant appris que la marquise, qu'il avait laissée enceinte, était tombée dangereusement malade, il n'hésita pas a rentrer en France, et a braver l'arrêt de proscription lancé contre lui en sa qualité d'émigré. Le malheur voulut qu*' madame fie Beuvron, dont les plus cruelles émotions étaient venues si souvent troubler la grossesse, mourût en melianl au monde un fils ainsi déshérité, dès le berceau, des baisers et d( s raresses de sa mère-

Ce ûls, qui reçut le nom d'Autoine, eu mémoire de sa mère, Marie-Antoinette de Ghejlade, n'était pas d'ailleurs le seul gage d'une union prématurément brisée. Trois ans avant qu'il vînt au monde, la marquise de Beuvron-Hauleroche avait donné a son mari un premier né. Celui-ci se nommait, ainsi que son père, Enguerrand, par une sorte d'apanage consacré depuis plusieurs générations pour l'aîné de la famille.

Rentré en France dans sa châtellenie, pour y recueillir le dernier soupir d'une mourante, M. le marquis de Beuvron avait éprouvé une si violente douleur que, pendant bien longtemps, il s'était refusé à porter ses regards sur linuocente créature

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dont la venue au moudo lui avait enlevt» l'épouse qu'il adorait. Peu s'en fallut même alors qu'en proie à un profond dés^oûl de la vie, il n'en fît volontairement le sacrifice, en allant porter sa tête sur l'échafaud révolutionnaire; mais, dans ces temps de trouble et de confusion , il paraît qu'on avait négligé d'inscrire le nom de M. de Beuvron sur la liste des émigrés, ce qui eût entraîné contre lui la sentence de mort, dont il se montrait si avide. Retenu d'ailleurs par ses domestiques etpar les paysans de ses domaines, il échappa ainsi, presque malgré lui, aux conséquences de la détermination qu'il avait prise, et, par un contraste malheureusement trop rare, alors que notre nation, en proie à un horrible vertige , se trouvait partagée eu deux

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camps, dont l'un ne conlenait que des dénonciateurs et des bourreaux, et l'autre que des victimes, on vit, dans un petit coin sauvaiie et ignoré des montaj>nes d'Auvergne, toute une population s'ingénier et conspirer pour sauver la tèle de son ancien seigneur.

Peu à peu, M. le marquis de Beuvron se rattacha à la vie; mais il ne fallut rien moins, pour opérer un pareil changement, que la vue et les caresses de son premier né, dont les traits, dès Tâge le plus tendre, offraient une ressemblance frappante avec ceux de sa mère. Gel en faut, qui avait alors trois ans, devint pour son père ro!)jet d'une sorte d'idolâtrie. M. de Beuvron avait reporté sur celle blonde et charmante

tète loul ce qu'il y avait dans son cœur de tendresse el d'affeclion ; et, comme il arrive souvent en pai*eil cas, le caractère de cet attachement devint bientôt si exclusif qu'il ne laissa plus de place pour aucun autre. Ainsi, le pauvre Antoine se trouva en quelque sorte orphelin dès le berceau; car, au souvenir fatal qui s'élevait déjà contre lui, vinrent bientôt se joindre d'autres impressions sous l'influence desquelles il devait être accablé tôt ou tard.

Autant la nature s'était montrée prodigue de ses dons envers l'aîné des deux enfaiits, autant elle se montrait avare envers le cadet, surtout dans les premiers temps de son enfance.

Le jour où, cédant aux naïves prières

(lu jeune Enguerrand, x\!. le marquis de BeuvroD corisentit à admettre en sa présence son second fils, qui avait alors plus d'un an, il ne put réprimer un geste de pénible surprise en contemplant ce pelit être déjà plein de force et de vie, mais bruni par le hâle du solciî, et d'une ptiysionomie presque informe encore. Comme l'enfant, terrifié sans doute par l'aspect froid et sévère de l'auteur de ses jours, cherchait a cacher sa tête dans le sein de sa nourrice :

— Laissez-le faire, dit sèchemenl le marquis, il a bien raison de ne pas se montrer, surtout auprès de son frère!

Puis il ajouta en levant les yenx au ciel :

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— Est-ce bien la l'enfant de ma charmante Marie-Antoinette? est-ce jjien là un Beu vron-Hau teroche ?

La nourrice, belle cl fraîche montagnarde aux. vives couleurs, blessée de l'accueil fait à son nourrisson, repartit avec une indignation qui n'excluait pas pourtant le respect :

— Plût a Dieu, monseigneur, que tous les enfants de la maison Beuvron-IIauteroche fussent taillés comme celui-là; il n'y aurait pas de risque de voir s'éteindre la race! Et quant k être un Beuvron, il n'y a qu'b regarder ce portrait; par ma sainte patronne, mon nourriss( .) ressem-

ble déjà a ce seigneur que je vois là en peiûlure.

Le portrait que montrait du doigt la nourrice était celui du bisaïeul du marquis, contemporain du roi Louis XIV, grande Ggure a tête léonine, représentée en costume de guerre, avec les brassards et la cuirasse d'acier poli a rabat de dentelle, les gantelets de peau de daim et le casque en tête.

Cédant a un instinct macbinal, ou bien à l'iuîpulsion de sa nourrice, le pclit Antoine se redressa en ce moment et tendit les bras vers le portrait en lui souriant. M de Bcuvron, sans y faire attention, se

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pencha vers l'aîné de ses enfants, el imprimant un baiser sur son front :

— Et vous, Enguerrand, lui dit-il, trouvez-vous aussi que votre frère ressemble a ce portrait?

— Je ne sais, répon<]il l'enfant, mais le portrait est bien laid.

— Il n'importe, mon fils, reprit le marquis, c'était un grand homme de guerre; et j'espère que vous lui ressemblerez un jour... sous ce rapport.

— Oh! s'écria l'enfant, je le veux bien, pourvu que je ne sois pas si laid.

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La -dessus le marquis congédia la nourrice, en lui rnetianl dans la main une pistole ; mais chacun pul reaiarquer qu'il n'avait pas même embrassé l'innocent petit êlre qu'elle tenait entre ses bras, el auquel il avait donné le jour.

La pauvre nourrice en versa des larmes de dépit, et le bruit se répandit bientôt dans toute la contrée (|ue M. le marquis de Beuvron n'avait d'yeux et d'oreilles que pour l'aîné de ses fils. Au surplus, un pareil fait, qui, dans toute autre partie de la France, serait devenu un sujet de scandale, ou tout au moins de surprise, fut accueilli ^généralement dans la haute Auvergne comme la chose la plus naturelle du monde. S'il y a un pays où le droit d'aï-

nesse ait poussé de profondes racines, c'est à coup sûr dans ces âpres montagnes. Les habitants ont adopté ce principe du droit coulumier, et le conservent encore aujourd'hui même, en dé[)it des prescriptions du Code Napoléon, comme une sorte de do((me, dof^me non moins sacré pour eux que le respect de l'autorité paternelle et la haine des droits réunis. Ceci soit dit h la décharge de M. le marquis de Beuvron- Hauleroche.

Lorsque le petit Antoine eut atteint l'âge de deux ans et qu'il put être retiré des mains de sa nourrice, on le confia, suivant l'usage, aux soins d'une vieille religieuse, proche parente delà famille, et qui avait dû quitter son couvenla la suppression de

tons les ordres monastiques. Cette cligne sœur était déjà chargée de l'éducation de l'aîné des deux, enfants du marquis de Beuvron, concurremment avec un pauvre abbc, ancien aumônier des dragons de la • reine, recueilli par charité au château. Tout ce qui louchait au physique et au moral était du ressort de la religieuse; le domaine de l'intelligence avait été spécialement réservé k l'abbé, qui savait le latin et même un peu de grec. A cette occasion, ces deux importants personnages se virent décorés des titres pompeux de gouverneur et de gouvernante.

Ce ne fut pas toutefois sans quelque mauvaise humeur que la religieuse et l'abbé accepteront un accroissement de

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labeurs qui n'élait compensé par aucun bénéfice. Voués d'ailleurs depuis bien lon^;lemps au culte des anciennes traditions, ils s'étaient fait une sorte d'honneur de la tâche qui leur était confiée auprès de l'aîné d'une illustre maison; mais un ca- ^ det, fi donc ! ne pouvait-on se décharger des soins qu'il allait imposer sur quelque pauvre clerc sans occupation et sur quelque fille de service? M. le marquis de Beuvron n'eût pas hésité sans doute à adopter cette manière de voir; mais une raison puissante s'opposait k ce qu'il en fit l'application.

La maison de Beuvron-Hauteroche, illustre entre toutes par ses alfiances, par ses hauts faits et par ses services, n'élait

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niallieureusemenl pas aussi riche en écus sonnants qu'en vieux parchemins. Les ancêtres du marquis el le marquis lui-même avaient aliéné successivement le plus clair de leurs biens pour faire figure à la cour, tant qu'il y avait eu une cour, et maintenant que le naufrage de la monarchie était bien décidément consommé, et que dans ce naufrage avait été engloutie la feuille des pensions et des bénéfices, il ne restait plus que le revenu bien sec d'une chàlellenie jierdue dans les montagnes de la haute Auvergne, c'est-b-dire les moyens de faire subsister fort maigrement le nombre de domestiques strictement nécessaire pour servir un seiçfneur aussi distingué que M. le marquis de Beuvron-Hauteroche, et l'abbé el la religieuse par-dessus le mar-

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ché. Donc il fallait taire, comme on dit, (ic nécessité vertu, el se résigner a cet accouplement si peu orthodoxe d'un aîné et d'an cadet. Gomme on le pense bien, qui eut le plus a souffrir d'un semblable état de choses? ce fut le pauvre cadet.

Jamais Cendrillon ni Peau-d'Ane, de féerique mémoire, ne furent si maltraiU'os par l'entourage de leur orgueilleuse parenté. Et ce n'était pas encore assez de porter le poids de ses propres fautes, il fallait y ajouter la responsabilité des faits et gestes fralernels. Lorsque Enguerrand se laissait choir, en jouant avec son frère, la religieuse et l'abbé accouraient aussitôt en maugréant contre Antoine, qui était infailiiblemcjit considéré comme la cause

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de ia chute, el châlié en conséquence. Bien plus, lorsque Enguerrand ne savait pas sa leçon, ou la récitait de travers, Antoine était immédiatement fouetté comme ayant donné des distractions k son frère. Par le fait, le châtiment n'était pas aussi dénué (le logique qu'on pourrait le supposer tout d'ahord;carEnguerrand, qui était doué d'un excellent naturel, et qui avait beaucoup d'attacliement poiir son frère, éj)rouvait une vive peine des châtiments injustes qu'on lui faisait subir, et évitait avec le plus irrand soin de tomber en fauie, de peur qu'on ne s'en prît a son cadet.

Ce fut bien pis lorsque Antoinese trouva en âfie d'apjïrendre à son tour le latin et

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d'étudier les premières règles du rudiment de Lhomoud, dans un teujps où son frère aîné, de trois ans plus âgé, on s'en souvient, traduisait déjà, k livre ouvert, VEpitome historiœ grœcœ. L'abbé , qui était tout émerveillé des progrès de son élève chéri, ne pouvait admettre que le cadet ne se mît pas en quelques semaines au niveau de son aîné pour l'instruction classique, comme il l'avait déjà rejoint et dépassé même pour la taille. Enguerrand était appelé, sans aucun doute, a devenir bientôt un puits de science, tandis que son cadet lie serait jamais qu'un âne. Tel était l'horoscope que tiraieutà qui mieux mieux le gouverneur et la gouvernante, sur les destinées futures de leurs élèves.

Le fait es! qu'Antoine ne mordait guère

h ce fruit si amer au début, qu'on appelle la science. Il faisait force solécismes et barba risQies dans ses thèmes, force contre-sens dans ses versions. En revanche, son corps se développait à merveille, et il acquérait tous les jours une force musculaire et une souplesse peu communes; grimpant au sommet des châtaigniers avec l'agilité d'un singe, pour aller cueillir des i'ruits ou dénicher des petits oiseaux, qu'ilrapportait ensuite triomphalement à son fj'ère.

Par une douce et touchante réciprocité, celui-ci se montrait empressé à fabriquer les devoirs que l'abbé donnait à Antoine, eu ayant soin de les émailler d'un nombre de fautes suffisant pour tromper la vigi-

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lance du terrible pédagogue. Il n'y avait que les leçons pour lesquelles Enguerrand ne pouvait rendre .les mêmes services à son cadel, dont la mémoire était assez rebelle ; aussi, Dieu sait avec quelle terrible acîivilé fonctionnait la férule du gouverneur. C'est en vain qu'Enguerrand se faisait le répétiteur de son jeune frère, et qu'empruntant tour à tour avec une gravité comique l'attitude de l'abbé et celle de la religieuse, il cherchait "a inculquer dans la cervelle d'Antoine les règles de la syntaxe et de la méthode. Celui-ci, mal^^ré son bon vouloir, son opiniâtreté même, ne pouvait parvenir à graver dans sa mémoire celte scolastique barbare, et, il faut bien le dire, parfois si peu intelligible que tous, tant que nou5 sommes, parvenus à

^ âge de virililé, nous nous élonnons k bon droit d'avoir pu digérer et nous assimiler aux jours de notre enfance.

De temps b autre, le marquis se faisait rendre compte des progrès des deux enfants, et en apprenant combien l'aîné se montrait supérieuràson frère, un sourire mélancolique venait éclairer son visage pâle et taciturne; puis, quand on lui parlait de l'inefficacité des efforts faits pour instruire le cadet, il remuait tristement la tête, et levant les yeux au ciel, il lui arrivait de s'écrier :

— 11 faut que ma pauvre Antoinette ait emporté avec elle là-haut la lumière qui

devait éclairer cet espril et qu'elle ne m'ait laissé qu'iiD corps.

Puis il prenait par la main son fils aîné, son Enguerrand, et l'emmenait dans sa bibliottièijue pour voir les beaux livras à estampes qu'il se faisait un plaisir de lui expliquer lui-même. Pendant ce temps-là, le cadet, l'œil morne, la tête baissée, restait exposé aux quolibets de la religieuse et de l'abbé, auxquels les gens du château ne craignaient pas parfois de joindre les Jeurs.

En général, Antoine demeurait insensible^ au moins en apparence, à ces railleries, parce qu'il y était habitué de longue

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date; mais la froideur de son père était pour lui le plus cruel des supplices. Celle grande figure n'apparaissait que rareuierst dans le milieu où vivaient les enfants et les subalternes, et il s'altacbait dès-lors à ces apparitions un caractère de solennité tout prriiculier. En Auvergne, nous l'avons déjà dit, l'autorité paternelle a gardé, surtout dans les familles nobles, tout le prestige dont elle était environnée jadis dans les pays où la féodalité a laissé ses traces les plus profondes. Depuis la mort de la marquise, le chef de la maison de BeuvroD vivait fort retiré au fond de son appartement, et pendant la plus grande partie de l'année on le voyait seulement à l'église, où il ne manquait pas de se rendre les dimanches et jours de fète& pour

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eiilendrelii messe dans sa chapelleseigneurinie, escorté de ses fils, de la jçouvernanle et de l'abbé: Parfois, dans les beaux jours d'été, quelques rares visites de parents ou d'amis, quelques excursions ou quelque partie de chasse dans les environs venaient rompre la monotonie de cette existence; puis le château rentrait dans sa solitude accoutumée.

Que de fois le pauvre Antoine, laissé seul dans quelque coin pendant que son frère recevait des embrassements et des caresses dont il était, lui, déshérité, se prit a fondre en larmes, et, tout enfant qu'il était, a maudire sa destinée et a invoquer la mort! Dans ce village, perdu au plus profond des montagnes, il ne pouvait

faire un pas sans voir dans les familles des plus grossierSjdes plus sauvages habitants, le père et la mère portant dans leurs bras, à tour de rôle, leur nombreuse progéniture, jouant avec un chacun, et prodiguant h tous indistinctement les baisers et les doux sourires. N'était-il donc pas assez malheureux de n'avoir point connu sa mère, sa mère morte en le mettant au monde? Oh! si elle avait vécu, elle aurait intercédé pour lui et elle serait parvenue, sans aucun doute, à fléchir son père!... N'est-ce point dans ce bas monde le rôle presque divin des mères?... Mais hélas!

Antoine, le pauvre Antoine élaitcondamné, dès sa naissance et du vivant mêmede son père, à être doublement orphelin.

Ces tristes pensées commencèrent à

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germer dans son cœur du moment où la réflexion lui permit de réagir sur ses sensations ; sous celte influence, l'enfant, qui était d'un naturel fort doux, devint presque sauvage. Il fuyait toute espèce de société, el, dans les heures de récréation, il s abstenait ujéme des jeux de son âge, a moins que son frère aîné, pour lequel il professait une sorte d'idolâtrie, parce que seul il s'était montré sympathique s ses soutTrances, n'exprimât l'interitiondejouer avec lui Du moment où Enguerrand pouvait se passer de sa compagnie, il allait se cacher, l'hiver, dans quelque coin bien sombre, l'été, dans quelque creux d'arbre ou de rocher, et il y demeurait solitaire et rêveur pendant des heures entières. Aussi la religieuse, et, h son exemple, tous les

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gens du château, avaient Gni par le désigner sous le nom de liihou de Beuvron- Hauteroche.

L'abbé seul, fidèle à des souvenirs classiques malheureusement sans écho dans les montagnes de la haute Auvergne, avait coutume de dire que l'aîné de ses élèves lui rappelait incessamment, par sa joyeuse humeur, un célèbre philosophe de l'antiquité, nommé Démocrite, tandis que le cadet, avec sa physionomie morose, était Héraclyte tout craché.

Cependant les deux enfants grandissaient, et ils étaient entrés dans la période de l'adolescence. Enguerrand avait

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