‹ Le cadet de la Vérendrye ou Le trésor des montagnes de roches [microforme]Chapitre 5 sur 18 · FOR · texte numérisé non relu

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L’AIGZE NOIR . 37

Les sauvages étuient environ une vingtaine. Leur chef s'approcha de Brossard et lui parla, mais ce misérable ne put répondre. La terreur paralysait sa langue. Au même instant un sauvage avait voulu faire un festin du restant du souper des blancs, mais son palais reconnut bien vite la substance étrangère qui y avait été mêlée.

our causer l’assoupissement des sens et le sommeil léthargique dont es Français étaient victimes.

Il vint aussitôt annoncer sa découverte à son chef’

Celui-ci ayant vu Brossard penché au-dessus de Joseph endormi, comprit tout de suite qu'il avait affaire à un voleur; et le fit surveiller plus étroitement.

Les sauvages firent ensuite un grand feu, afin de mieux voir, et comptèrent leur butin. :

Enfin, à la pointe du jour, ils allèrent chercher leurs canots cachés près de là, la veille, et les mirent à l’eau après y avoir placé les soldats toujours sous l'influence du narcotique, et remontèrent la rivière tous ensemble.

Trois heures plus tard les peaux-rouges arrivaient à leur village et jetaient dans une grande cabane, les blancs toujours garrottés, puis ils s’ascemblèrentlen conseil pour délibérer sur ce qu’il conviendrait de faire des visages-pâles.

Pendant qu'ils délibèrent et discutent sur le sort des Français, voyons ce que font ceux-ci.

L'AIGLE NOIR

Pendant que le conseil des sauvages décidait de la vie des dix Français, l'effet du narcotique administré par Brossard se dissipait, et ces braves gens reprensient leurs sens.

Comment décrire leur stupéfaction lorsqu'ils se reconnurent prisonaiers des sauvages ?

Pour mettre un peu d'ordre dans ses idées encore vagues, Joseph voulut xvoir. 4es sentinelles, les détails au sujet de leur capture.

Que pouvaient-elles dire ?

Elles avouèrent, honteuses et confuses, que le sommeil, mais un sommeil irrésistible s'était emparé d'elles, et que c'était tout ce qu'elles savaient.

Il questionna ses autres hommes qui affirmèrent avoir éprouvé ie même besoin impérieux de dormir. Brossard dis comme ses com-

ons, | ie De la Vérendrye ne savait d’abord qu'en penser. Comme ce n'étai qu'après le souper que cet engourdi: tement de ses hommes avait

eu lieu, il conçut un soupçon contre son cuisinier, Une seule chose

issait vraisemblable : le souper devait contenir une substance de Ÿ

nature à produire le sommeil.

L’AIGLÈ NOIR

Dans quel but ?

Il ne pouvait s'imaginer que le secret de l’amulette fut connu d’un tiers, et il attribua un autre motif à l’action de Brossard. Un vol vulgaire, probablement ?

Ii se promit de le surveiller.

Il en était là de ses réflexions, quand la porte de la hutte s'ouvrit ;

un chef sauvage entra, promenant ses regarda sur chacun des prisonniers. Il vit, aux vêtements de Joseph et de Pierre, que ces deux-là étaient d’un rang supérieur, et il leur parla, mais Joseph, qui ne connaissait que quelques idiômes de l'Ouest, ne comprit pas les paroles du chef. Il branla la tête et soulevu les épaules pour signifier qu’il n’entendait rien de ce qu'il lui disait.

Le sauvage employa un autre langage, celui des Mandanes, que Joseph connaissait bien. :

T1 lui fut donc facile de répondre. a

Il apprit w’ils étaient au pruvoir de la vrillante nation des Kinongé-Ouili: |

De la Vére::.:.: on éprouva un serrement de cœur. Les Kinongé-

Ouilini avaient 1a :<; ‘ation d'être féroces, cruels et sanguinaires. —Quelle est votre intention à notre égard ? demanda-t-il. —Vous l’apprendrez aujourd'hui, dit le chef en se retirant.

La séance au conseil n'avait pas été longue ni orageuse. D'un commun accord, il fut décidé que les étrangers périraient. Si on les laissait vivre et continuer leur chemin, plus tard ne reviendraient-ils pas plus puissants ? Il valait mieux les anéantir à présent ; n'avoir rien à craindre de ce côté.

Telles étaient les idées des sauvages.

Les blancs devaient donc mourir.

Quand les rayons du soleil furent un peu moins ardents, c'est-àdire vers les trois heures de l’après-midi, ces Kinongé Ouilini vinrent chercher leurs captifs pour les amener sur leur place publique ; large carré de terrain qu'entourait la cabane du conseil et les ouigouames des chefs de la bourgade.

Presque tous les sauvages étaient réunis là, attendant les Fran-.

çais, avec lesquels on avait songé à s'amuser, avant de les tuer.

Chaque fois que des guerriers amènent des prisonniers à leur village, ils ont l'usage de les faire pes par les baguettes avant d’entrer dans l’enceinte palissadée de la bourgade. |

Comme les blancs, pour une cause connue, n'étaient pas en état de passer par les baguettes à leur arrivée, on avait remis à quelques heures plus tard cette cérémonie,

Les sauvages ont dû apprendre ce jeu des matelots : car dans la

marine la peine de la bouline est très ancienne, et ressemble assez au

jeu des baguettes pour être la même chose sous deux différents nos. Ce châtiment était infligé ds ol d’une valeur de moins de cinquante livres ; absence au poste dans un combat par poltronnerie, ou autres délits. Pas plus de trente marins armés de garcettes ne pouvaient former la haie double à travers laquelle le coupable passait. Au pas-

ep, +"

sage les coups pleuvaient, Franchir cette haie une itis s'appelait une

brave.

L’AIGLE NOIR 39

course, et trois courses était le plus que l'on pôt infliger à un homme, d'une même haleine. Cette peine de la bouline, a été abolie en 1848.

Les guerriers indiens étaient disposés en deux longues rangées, laissant entre eux un vide où devait s'engager la personne à torturer. Chaque peau-rouge tenait en main une hart ou deux avec lesquelles

. il fouettait l'air. Les sifflements que produisaient ces harts, les ravis-

saient et ils attendaient joyeux le passage de la victime,

Brossard fut choisi le premier pour satisfaire à l'amusement barbare de la tribu. On le dépouilla de ses vêtements, puis on:le poussa entre les deux haies terribles.

Aussitôt les branches d'osier, souples et flexibles, s'abattirent sur ses épaules, sur son corps, laissant des traces livides de leurs caresses brûjantes. :

Brossard hurlant de douleur voulut biaiser à travers les des Kinongé-Ouilini, mais ils le rzpoussèrent et frappèrent plus fort, Alors, il se lança à tête perdus dans la haie, faisant mille gambades et sauts de côté pour éviter les coups. Et les sauvages riaient, de le voir tant se démener ! Il y en avait qui en pleuraient de rire, ma foi !

‘ Beaucoup demandèrent de le faire passer dé nouveau, il était si amusant, mais le maître de cérémonie, le chef qui avait visité les prisonniers dans la hutte, déclara que les visages-pâles auraient chacun leur tour, qu'ils en verraient probablement de plus comiques que le

. premier.

De Noyelles était furieux.

—Ah ! les bandits !.... les démons !.... disait-il, si j'ai jamais la chance de leur retourner le compliment, ils n’y perdront pas!

De la Vérendrye, calme au milieu de cette scène, attendait héroïquement le bon plaisir de la meute humaine.

Un des soldats eut la seconde place. C'était un brave, celui-là, qui avait frisé la mort de près bien souvent, quand il avait fait la traite, qu’il chassait le bison et l’ours dans les vastes régions de l'Ouest. Le visage impassible il vint jusqu'aux rangées de Kinongé-Ouilini, et se tournant vers ses amis, leur dit en souriant, sans forfanterie :

—Regardez-moi ! c'est comme ça qu'il faut y aller !

Et prenant son courage à deux mains, il bondit dans l’allée douloureuse, où les coups lui tombèrent dru sur le corps, mais il en sortit sans avoir proféré une plainte ou un gémissement.

Les bourreaux étaient dans l'admiration et se disaient :

—Celui-là est un vaillant ! |

Mais un. mouvement se fit parmi eux et ils agitèrent nerveusement leurs fouets, cinglant le vide, pour s'assurer qu'ils n'avaient pas

-perdu de leur flexibilité.

Les deux acolytes du maître de cérémonie, venaient de s'emparer de Joseph, le capitaine de la petite troupe, et le dépouillaient de ses habits.

- On le lançait le troisième.

Les sauvages avaient hâte de voir si le chef dés blancs serait bien

fa

En enlevant la chemise du chevalier, et mettant à nu sa poitrine,

DA GT a MT de A A PORT RME MOT AT OR MR Te Sn D MA SR A cn.

L’AIGLE NOIR

+ le chef Kinongé-Ouilini eut un cri de surprise en apercevant un objet noir suspendu au cou du visage-pâle.

C'était l'amulette léguée par le Bison que Joseph portait sur sa poitrine depuis le départ de Ville-Marie, qui causait cette exclamation.

Un cercle de curieux se forma instantanément autour d'eux.

Le chef parlait maintenant avec volubilité à ceux qui l’entouraient'

Que disait-il ?

Joseph eut bien voulu le savoir, mais les paroles du sauvage rat incompréhensibles pour lui, le chef s'exprimant en Kinongé-

uilini.

Néanmoins, il fut bientôt évident qu'un sentiment favorable naissait subitement dans la tribu à leur égard.

Le supplice des baguettes ne se continua pas et l’on ramena les Français à leur prison. ,

Qand ils furent seuls, chacun voulut contempler l'amulette qui les sauvait la plupart d’entre eux d’une course à la bouline. ei

—Cepita‘r:, demandait-on à Joseph, cet objet doit avoir une histoire : si vous la connaissez, dites-la-nous, s'il vous plaît ! Car c’est sans doute ce talisman qui nous a valu un répit que nous pourrons tourner à nct"e av: 1tage.

De la Vérendrye se rendit partiellement à leur désir, et leur raconta le drame du Bison à Montréal, mais il eut soin de ne faire aucune mention du secret.

— Une idée m'est venue, dit Joseph à ses gens ; je crois que le chef a connu le frère, ou qu'il est peut-être le frère du Bison, et qu'il a été étonné de me voir ce talisman au cou.

.. Comme il parlait, ce personnage, accompagné d’autres chefs, entra, alla à Joseph et lui dit en Mandane :

. . —Homme au visage-pâle, je viens apprendre de ta bouche comment il se fait que tu possèdes l’amulette que tu portes sur toi ?

—En quoi ceci peut-il intéresser le grand chef des Kinongé-Oui- | lini ? demanda Joseph. |

—Que le guerrier blanc réponde d’abord. |

—Eh bien ! cet objet qui excite vivement ta curiosité m'a été donné par un ami à moi, chef de la tribu des Mandanes, que j'ai trouvé un soir gisant sur le sol, dans une grande bourgade de ma nation. Il venait de tomber sous le couteau d'un assassin qui le voulait voler.

—Comment se nommait le Mandane ?

—Le Bison. ;

Le chef inclina un peu la tête et murmura deux mots que l'o- : reille de Joseph saisit :

—Pauvre frère |

Deux larmes s’échappèrent des yeux du sauvage malgré son stoïcisme, |

—Le visage-pâle voudrait-il raconter ce qu'il sait du Bison.

—ÆEs-tu son frère, l’Aigle-Noir ? de —Oui. Si tu connaïssaie bien le Bison, il a dû te confier que ce

SE AAA EN er AE KO MENTON MN es es ni A Pam es AE

L’AIGLE NOIR

talisman a été fait par moi et échangé avec lui à la suite d’une folle ambition de ma part !..., De la dignité que je convoitais, j'ai jouï à l'espace de cinq fois dix lunes après la disparition de mon frère. Un jour, je fus fait prisonnier par un parti de Kinongé Ouilini et conduit ici. Tu connais l'habitude des peaux-rouges ? J’allais être attaché au poteau de torture, quand la fille de l’un des chefs, me réclama —Cétait son privilège—et m'adopta pour partager son ouigouam. C’est ainsi que j'obtins la vie. Avec le temps je suis parvenu au poste de chef de ce village, qui compte cinq cents guerriers.

L’Aigle-Noir se leva alors pour prendre congé des Français. En passant à côté de Joseph il lui glissa ces mots :

—Veillez, cette nuit!

Dès que l’Aigle-Noir et ses confrères furent dehors Joseph ranimu ses hommes et leur communiqua les bonnes paroles du chef.

Il n'y avait pas à craindre que les Français s’endormissent, cette fois ! Seulement, pour tromper leur gardien, qui mettait le nez dans la porte de temps en temps, ils simulèrent un profond sommeil.

Au milieu de la nuit ils entendirent un bruissement. [a porte de leur cabane s’ouvrit silencieusement, et une forme indistincte se coula à l’intérieur.

L’Aigle-Noir revenait, selon qu'il l'avait promis. Il s’approcha de la Vérendrye et lui souffla quelques mots à l'oreille.

—Visage-pâle, lui dit-il, en souvenir de ce que tu as fait pour son frère, l’Aigle-Noir vient vous libérer, mais il faut agir prudemrent. Je veux vous sauver, mais si mon projet était connu ou soupconné l'on aurait soin de l’enitraver. Je vais commencer par couper vos liens, puis, nous sortirons d'ici et vous vous jetterez sur le gurdien ; vous devrez l'empêcher de crier, le baillonner et le jeter ici, à votre place, et je vous conduirai à la rivière, dont nous habitons les rives. Montés dans vos canots encore chargés de leur cargaison, vous continuerez votre voyage et je protégerai votre fuite.

Et l’Aigle-Noir, d'un geste rapide, tranchait à chacun les liens qui paralysaient leurs membres.

Le projet d'évasion du chef sauvage s’accomplii heureusement, et ce fut avec des sensations indéfinissables de gratitude envers, Dieu, que nos amis s'éloignèrent à la hâte de ce lieu qu'ils croyaient devoir leur être si funeste.

Ils nagèrent toute la nuit et le jour suivant, st ce ne fut que lorsque la fatigue s'empara d'eux complètement qu'ils voulurent atterrir et se reposer, tant ils avaient redouté de retomber au pouvoir des barbares qu’ils venaient de quitter.

Dès lors, les Français se gardèrent mieux, mais ce fut la seule sd éadhé que Dieu leur envoya avant d'atteindre les Montagnes Rocheuses. :

Si le lecteur consulte une carte moderne du Nord-Ouest, en partant de l'embouchure de la rivière Saskatchewan, il verra un endroit où.se lit : Rocky Mountain House.

À l’autome de 1781, c'est là que débarquérent les dix hommes partis du-fort Paskoyac, le 29 mai précédent,

Le site sur le côté nord de la rivière était bien favorable pour l'emplacement d'un poste militaire. La rivière faisait là un coude et le terrain figurait un vaste plateau. Aussi, M. de la Vérendrye jugea l'endroit excellent pour la construction d’un fort. î

Tout le monde se mit à l’œuvre avec ardeur et, en peu de temps : on établit un poste fortifié qui reçut le nom du gouverneur de la Nouvelle-France : La Jonquière.

Du fort La Jonquière, par une journée ensoleillée, l’œil humain apercevuit, bien loin, au sud-ouest. les Montagnes Rocheuses. Un peu plus au nord, la rivière de la Sa-katchewan, comme un ruban argenté flottant au gré de la brise, s’arrondissait et se déroulait à tra. vers le pays en de capricieux méandres.

Ce cours d'eau prenait certainement er source dans les monts perdus à l’horizon. |

La construction du fort avait occupé, pendant trois semaines, la petite bande éourageuse et, lorsque tout fut terminé, de la Vérendrye attendit M. de Niverville qui, au fort Paskoyac, lui avait promis de le suivre à un mois de distance.

et explorant le pays-voisin il découvrirait probablement la mine d’or mentionnée dans les papiers secrets, légués pur le Bison mourant.

A cet effet, il choisit trois de.ses hommes, des plus sûrs, fidèles, et résolut de partir le lendemain. Il n’ÿ avait pas de temps à perdre parce qu’il voulait être au fort quand M. de Niverville arriverait. |

Il confia la charge du poste à M. de Noyelles et lui recommanda | de faire bonne garde. NS

—Tuü n'es pas assez expérimenté pour te mesurer avec les rusés peaux-rouges, lui dit-il en partant. Ne leur donne pas accès au fort durant mon absence, Contente-toi de communiquer avec ceux qui viendront—s’il en vient—du haut de l’enceinte de nos fortifications. Je te laisse Brossard. qui s'entend un peu à baragouiner le Kristinot et quelques autres idiômes ; il te servira d'interprête,

De la Vérendrye partit le matin de bonne heure, dans l’une des embarcations qui avaient servi jusque-là. ne

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L'après-midi du même jour, sur la rive sud, vis-à-vis le fort, apparut une grosse troupe de guerriers sauvages,

Ils semblaient étonnés à lu vue de cette construction‘au-dessus de laquelle fluttait le drapeau fleurdelisé.

Bientôt un détachement de ces guerriers ayant trouvé un gué, traversu et vint parlementer jusqu’à lu porte du fort.

De Noyelles eut recours à Brossard comme interprête. Il apprit que les sauvages qu'ils voyait étaient des Assinibouëls, qui désiraient fumer avec lui le calumet de l'amitié. 4 à

Pierre leur fit répondre par Brossard qu'il recevrait les chefs seulement, mais ce n’e: pas ce que transmit l'interprête fourbe. Que dit-il aux sauvages ? Nous le saurong dans les lignes suivantes.

Néanmoins, les étrangers se retirèrent, et Brossard annonça à De Noyelles que les chefs viendraient, le matin du jour suivant, pour faire échange de promesses amicales.

Le soir, Pierre, qui n'avait que cinq hommes avec lui, songea à faire bon guet durant la nuit, pour empêcher toute surprise de la part des démons tuivrés de la rive opposée, qui pourraient bien avoir l'envie de venir lui rendre visite alors que l'obscurité se prêterait à

. un coup de main.

IL plaça trois sentinelles aux postes les plus importants ; celles-ci seraient relevées par lui et ses deux hommes. Après un repos, les premiers reprendraient leurs places, et ainsi, à tour de rôle, la nuit durant.

Ces sentinelles avaient une faction de deux heures à faire avant d’être relevées.

Tauë qu'il fit clair, les blancs pouvaient du haut de la palissade observer les gestes des Assinibouëls, mais quand la nuit devint de plus en plus dense, seuls les feux de ces redoutables enfants des bois étaient visibles comme d'énormes flambeaux.

Parfois, à l'oreille attentive des’ Français faisant le guet, des cris sauvages, de joie ou de méchanceté, arrivaient audessus de l'onde endormie.

Brossard montait la garde, de minuit à deux heures du matin Du moius, c'était ce que lui avait assigné M. de Noyelles, mais ce dernier aurait été étrangement surpris s’il eût pu faire une ronde et passer au poste du suidat déloyal, vers une heure du matin. Il aurait constuté l'absence de Brossard de son poste.

En étfet, ce miserable, à cette heure-là, franchissait la rivière à là nage, et se présentuit devant le chef des Assinibouëls. Il venait otirr de livrer le fort La Jonquière et ses habitants si l'on s'engageait en retour à se saisir de la Vérendrye, absent du fort, et de son ami de Noyelles, et à lui donner tous les effets ou habits que posséduient ces deux officiers. Il promettait aux indiens un riche butin,

. et neuf chevelures.

Les sauvages pouvaiënt-ils refuser cette offre avantageuse ? Brossard savait le contraire ; le chef lui jura tout ce qu'il voulut.

- Ue drôle retourna donc avec diligence au fort, se félicitant inté-

rieurement de ce que si, sa trahison réussissait, il mettrait enfin la

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main sur l'amulette de l’Aigle-Noir, et, maître du secret, il découvrirait le trésor sans tarder.

Son absence n'avait pas été remarquée, et le gredin, tout heureux, relevé de sa faction, s'en alla, sur son lit du corps de garde, mûrir ses projets de traître.

Au jour, M. de Noyelles ne mit qu'une sentinelle en faction et

rit des’ dispositions pour recevoir les chefs Assinibouëls, qui vien- Meaiebt fumer le calumet,

Vers les neuf heures, il était occupé dans sa chambre à préparer les présents qu'il donnerait pour se concilier les sauvages, quand Bros:ard vint lui dire que deux cents Assinibouëls environ venaient de s'introduire dans le fort. Muis ce que le traître ne dit pas, c'est que c'était lui qui leur avait donné accès dans l'enceinte fortitiée.

Ces indiens, tous armés, se dispersèrent en un instant dans toutes les maisons, et, plusieurs entrèrent chez M. de Noyelles.

Il courut à eux et leur, dit vertement qu'ils étaient bien hardis de venir en foule et armés chez lui. |

L'un d'eux répondit en Kristinot qu'ils venaient pour fumer, ce à quoi le jeune officier leur dit que ce n'était pas ainsi qu'ils devaient s'y prendre, et qu’ils eussent à se retirer sur-le-champ.

La fermeté avec laquelle il leur parla les intimida, surtout lorsqu'il mit à la porte quatre de ces ee les plus résolus, sans qu'ils eussent dit un seul mot de cette façon d'être éconduite. :

Au même instant, lu'n des soldats vint l’avertir que le corps-degarde étuit en possession des Assinibouëls et qu'ils s'étaient rendus maîtres des armes. Pierre se hâta donc de ce rendre au corps-de-

rde.

: Il fit demander à ces sauvages, par Brossard, qui ne le lâchait pas d’une semelle, quelles étaient leurs vues, mais son interprète, qui le trahissait, lui dit qu’ils n'avaient aucun mauvais dessein. Un orateur Assinibouël, qui n'avait cessé de faire de belles harangues à l'officier, dit à Brossard que, malgré lui, sa nation voulait tuer et piller les Français.

A peine Pierre eut-il compris leur résolution, qu'il oublia qu'il fallait prendre les armes. Il se saisit d’un tison de feu ardent, enfonça lu porte de la poudrière et, défonçant un baril de poudre sur lequel il promena son tison, il fit dire à ces barbares, d’un ton assuré, qu'il ne périrait point par leurs mains, mais qu'en mourant il aurait la satisfaction de leur faire subir son sort à tous.

Les braves Assinibouëls virent DRE le tison et le baril de poudre défoncé qu’ils n’entendirent Brossard. Ils s’enfuirent à la hâte et en désordre, ébranlant considérablement la porte du fort, tant ils scrtaient avec précipitation.

M. de Noyelles jeta bien vite son tison et n’eut rien de plus pressé que d’aler fermer la porte du fort.

Le péril dont il venait heureusement d’être délivré ne lui avait pas enlevé toute inquiétude ; Joseph pouvait revenir avec ses trois hommes et tomber aux mains des peaux-rouges, qui leur feraient certainement un mauvais parti.

Mais ces derniers s'éloignèrent bientôt et, le lendemain, de la Vérendrye rentrait au fort avec ses compagnons, sains et saufs, et leur canot chargé de gibier.

Ils furent reçus aveë joie par de Noyelles et les autres soldats (1).

Pierre mit aussitôt son ami au courant des faits de la veille, et lui apprit en même temps que, après l'évacuation pressée des sauvages, il avait constaté que Brossard uvait disparu, entraîné probablement par les Assinibouéls.

—Mais pourquoi avais-tu permis à tout ce monde d'entrer daus le fort ? demanda Joseph. . C'était extrêmement dangereux, et nulle. nent nécessaire. : 7 Re

—Je ne leur ai pas donné accès au fort, et mes hommes interrogés sur ce point, m'assurent énergiquement être innocents de cette imputation : sauf Brossard que je n'ai pu questionner, puisqu'il a disparu.

—La figure de cet homme, déclara Joseph, ne m'allait pas du tout, mais ce ne serait pas une raison pour le juger. Depuis l'affaire de notre étrange et profond sommeil, qui a permis notre facile capture par les Kinongé-Ouilini, j'ai des doutes sur l'honnêteté et la loyauté de ce gaillard envers nous ; et je t'avouerai bien, mon cher Pierre, que je le crois capable de nous avoir trahis encore une fois. Heureusement, ton courage nous a sauvés d’un désastre, ou plutôt, d'une mort terrible. Eh ! bien ; maintenant qu’il n’est plus avec nous, j'en suis content.

—Mais il devait avoir un motif pour agir ainsi ?

—Certes !.... À mon avis, Brossard connaît quelque chose de notre secret, mais pas assez pour travailler seul.

—Tu te trompes, Joseph ; comment aurait-il réussi à connaître ce que nous avons toujours caché ? Personne n'a vu nos papiers, et nous n'avons jamais conversé ensemble sur ce sujet assez haut pour qu'une oreille indiscrète en bénéficiât.

—Dieu veuille qu’il en soit ainsi, mais c’est mon opinion que je t'exprime.... Et, maintenant, mon cher Pierre, j'ai à t'apprendre une bonne nouvelle : les petites cartes contenues dans l’amulette sont exactes ; car en remontant cette rivière jusqu'à sa source, j'ai presque côtoyé la montagne La Pipe ; j'ai passé à l'extrémité Est des deux Jumelles, et du mont Rond, et finaler:::; nous nous sommes arrêtés entre les Crocs. J'en savais assez ; et ;: ie me suis pas attardé plus longtemps dans cette partie du pays. Il nous reste à combiner un plan pour extraire l'or du fianc de l’une des Jumelles, et déterrer la fameuse pépite près de la grotte, sans que nos hommes aient vent de nos affaires.

—Oui ; parce que la fièvre de l'or n'aurait qu'à s'emparer d'eux ; ils exigeraient part égale, et notre vie pourrait être en danger.

—C'est cela ! Et M. de Niverville qui doit venir bientôt !....

: Ne erois-tu pas qu'il serait préférable de le mettre dans le secret, lui ?

demanda Joseph.

. (1) M. de Saint-Pierre raconte une aventure semblable qui lui arriva au fort la Reine. #

VENGEANOE DE PEAU-ROUGE

— Cela vaudrait mieux, en effet, Mais, s'il ne venait pas ?.... Notre tâche serait de beaucoup simplitiée.

—Dans tous les cas, s'il ne vient pas à l’époque désignée, nous attendrons une quinzaine de jours encore ; après quoi, nous aurons carte blanche, car nous ne le reverrons qu'au printemps. 1l aura été arrêté en chemin et ne parviendra pas jusquà nous ; ou bien il lui sera arrivé quelque chose à Paskoyuc, un accident, une maladie, etc, l’'empêchant de nous suivre.

Les jours qui suivirent cette conversation furent emplovés à la chasse aux alentours du fort. Les Français y allaient par tour de rôle. Ceci apportait un peu de variété à leur vie, et les surmiliarisait avec les environs de la Tonoutlis.

L'automne s'avancçait ; et comme M. de Niverville ne paraissait pas, de la Vérendrye et de Noyelles commencèrent à croire qu'il ne viendrait pas.

VENGEANCE DE PEAU-ROUGE

Un beau matin, comme Joseph montait sur la plateforme principale près de lx porte du fort, le soldat en faction lui apprit qu'il venait justement d'apercevoir vers le sud, très loin, une troupe r sauvages, selon toute probabilité, mais il ne pouvait distinguer 1ppartenaient à une nation amie. |

Alors le commandant à son tour scruta l’horizon au point indiqué. Il n’y avait pas à s’y tromper : plus d'une centaine d'hommes s’acheminuient au nord, et devaient indubitablement arriver au fort dans quelques heures.

Il convenait donc d'être en garde, dans le cas où les nouveaux venus auraient des tendances belliqueuses. Mais si leurs sentiments étaient pacitiques, la vue de soldats bien armés ne manquerait pas d’avoir un résultat salutaire.

M. de la Vérendrye fit prévenir ses soldats, et disposa tout pour repousser unc attaque, si cette éventualité se produisait,

On s’alarmait à tort ; les sauvages signalés n'avaient aucune pensée ou projet sanguinaire—pour le inoment du moins.

Ces gens appartenaient aux Yhatchéilini, peuplade nomade, vivant de chas$e et de pêche.

Ils demundèrent la permission de se grouper autour du fort. Joseph ne voulut pus la leur accorder, inais leur perwit de s'établir à l’ouest de son poste, à une centaine de mètres. De la sorte, il serait toujours fucile d'exercer une surveillance plus efficace sur un point seul que sur les quatre côtés du fort.

1l eut la visite des principaux chefs. PE

Le calumet de la paix et de l'amitié fut allumé et fumé par lès chefs et les deux officiers canadiens.

Puis, ayant fait des présents aux sauvages, Joseph les congédia

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VENGEANCE DE PEAU-ROUGE 47

‘En partant, les Yhatchéilini lui firent promettre qu'il irait avec son frère blanc, les voir à leur ouigouums.

Joseph et Pierre, naturellement, acquiescèrent à ce légitime désir

Les sauvages établis près du fort comptaient quarante-deux fa milles, et environ une soixantaine d'hommes en état de porter les armes.

Le grand chef se nommait le Corbeau.

Quand MM. de la Vérendrye et de Noyelles visitèrent le village des sauvages, ils remarquèrent les fils de Patte-d'Ours, l’un des chefs subalternes. Ils étaient bien taillés et pouvaient être très utiles aux officiers pour le plan qu'ils mûrissaient, relativement à la découverte de la mine. |

Ils déclarèrent à Patte-d'Ours qu'ils aimeraient à explorer le pays avoisinunt et requerraient les services de deux hommes solides, de qu'en voyant ses fils, ils avaient cru trouver ceux dont ils avaient

esoin,

Ils ajoutèrent immédiatement que de jolis présents seraient leurs récompenses, à lui et à ses garçons, s'ils répondaient à leurs espérances,

Flattés par ces paroles et plus encore par la perspective de présents des blancs, Patte-d'Ours et ses dignes rejetons n'hésitèrent pas à conclure un arrangement. L'un se nommait le Renard, c'était l'aîné, âgé de vingt-cinq ans, et l'autre, l'Ecureuil, de deux ans plus jeune.

Le choix de Joseph avait créé quelque jalousie dans la tribu des Yhatchéilinis ; notamment chez plusieurs jeunes braves, et entr'autres Œil-de-Faucon, le fils du Corbeau.

Et de toutes manières, ces derniers s’ingénièrent à nuire au Renard et à l’Ecureuil. Muis les fils de Patte-d'Ours veillaient, et l’on ne pouvait jamais les prendre en défaut ; ils se défendaient trop bien.

Atin d'être en mesure de juger de l'intelligence et de la bonne volonté des deux frères, Pierre et Joseph, allant à la chasse, se faisaient toujours accompagner par eux. Ils se convainquirent, en peu de temps, qu'ils avaient fait une bonne affsire, et que le Renard et l’Ecureuil leur étaient tout dévoués.

: L'hiver approchait.

—$Si nous attendons trop longtemps, déclara un jour M. de Noyelles à-son ami, pour aller chercher notre or, la terre sera couverte de neige, et il nous sera peut être impossible de reconnaître l'endroit où nous devrons travailler.

—Tu ss raison, répondit Joseph. Si l'hiver nous surprend avant

‘ que nous ayons rien fait, nous serons forcés de rester inactifs jusqu'au

printemps ; car, comme tu le dis, ‘a neige rendrait notre tâche plus ditticile, , —ÆEh bien, pourquoi ne partons-nous pas demain ? = —Demain ? dit Joseph. C’est bien, deinain au point du jour. Je

vais avertir mon sergent que je pars en exploration pour une dizaine ‘de jours, et lui donnerles instructions à suivre pendant notre ab- ‘ : 4 Lu à

sence.

Nous aménons nos deux Yhatchéilinis ?

dE à ÿ 4

s À RD, Ç sex

VENGEANOX DÉ PEAU-ROUGE

—Certainement. Il faüt que nous parcourions la distance qui nous sépare de la Pipe dans la journée de demain et, comme c'est assez loin, je désire partir de bonne heure. - —C'est très bien. Je vais me préparer pour ce voyage. De la Vérendrye avait une raison spéciale pour fixer son départ à une heure si matinale : c'était afin de n'être pas remarqué des Yhatchéilinis. Sachant les deux officiers absents pour un espace de temps —le plus long qu'ils eussent été absents du fort—les sauvages pouvaient songer à en profiter et vouloir s'emparer de la Jonquière pour . le piller. | Mais malgré toutes leurs précautions, Œil-de-Faucon fut témoin invisible de leur départ. | —-Puissent les manitous leur jouer un mauvais tour, grommsist-il, quand il aperçut les fils de Patte-d'Ours accompagnant les deux «Canadiens, et écraser ces blancs qui ont préféré le Renard et l'Ecureuil au fils du Corbeau. - | Une journée, deux; trois puis quatre, s'écoulèrent, et les explorateurs ne revenaient pas. .

Œil-de-Faucon qui comptait les jours se dit : a —Ma prière a peut-être été exaucée, et les mauvais esprits auront détruit les visages-pâles. a Pour s'assurer de la durée de l’absence des Français il se présenta au fort, et l'air bonnusse, il dit au sergent qui vint:lui répondre à la rte :

é —Mon frère blanc ne trouve-t-il pas que les deux chefs sont longtemps à revenir ? Le Yhatchéilini craint pour eux un accident dû aux mauvais manitous qui demeurent dans les montagnes où se couche le soleil. Œil-de-Faucon vient s'offrir pour aller à leur recherche si son frère le désire. at —Mes chefs seront ici bientôt ; ne crains pas pour eux, brave guerrier, répondit le sergent de sa voix rude. Tu t'alarmes à tort, mais merci tout de même de tes. bonnes intentions. —Ah !.... bientôt ?..., le guerrier blanc sait-il où ils sont allés ?

—Oui ! ) —Quand reviennent-ils ?

—Je te l'ai dit : bientôt !

fermant brusque nent le guichet, il laissa là le cuivré interloqué. Œil-de-Faucon ne pouvant en savoir plus long, retourna, maus-

sade, au ouigouam de son père, mais deux, trois et quatre jours

s'étant encore écoulés et ne voyant pas reparaître les officiers cana-

diens ni les deux Yhatchéilinis, il se dit que c'était impossible qu'un

malheur ne leur fût pas arrivé. SE Re

Et alors lui trotta par la tête l’idée d'’ane vengeance contre les

2 so,

«. VENGEANCE DE PEAU-ROUGE

[Ui ; es Français, parce qu'ils ne l'avaient pas choisi, lui, le fils du grand chef | mais avaient pris le Renard et l’Ecureuil. ads | Il réunit-ceux de sa bourgade qui comme lui jalousaient la bonne art fortune de leurs deux camarades ; ensemble, ils tramèrent un complot at- | pour s'emparer du fort, et massacrer sa garnison. 1ps | C'était le nervième jour du départ de Joseph et de Pierre, et le ou- lendemain soir, au moment où la nuit serait plus noîre, Œil-de-Fanur con et ses amis, au nombre d’une douzaine, avaient décidé d’escalader [I le fort et de s'en rendre maîtres.

oiu | à La nature semblait vonloir les aider. Le soleil avait à peine À brillé le matin ; d'épais nuages l'avaient dérobé aux regards des hu- 19 | mains de ce coin du globe terrestre ; et les aquilons mis en liberté eux par le dieu Eole, sifflaient durement dans les airs lcu- . Dans l'après-midi, Œil-de-Faucor avec ses compagnons s'en allèrent dans un bois distant d’un demi-mille de leur village et y choisior'&- , rent deux longs pins qu'ils dépouillèrent en partie de leurs branches ; celles qui demeurèrent furent coupées à deux pieds du tronc pour former des échelons.

rits | Pour mieux faire comprendre à ses amis comment ils opèreraient | leur envahissement, le fils du Corbeau appuya les deux pins sur l’une enta desbranches basses d’un gros arbre, puis dé monta lestement dans cette à la | nouvelle échelle.

| us Les jeunes Yhatchéilinis approuvèrent avec joie l'idée de leur sont cnel.

t dû L. Par ce moyen, il devait être aussi facile de s'emparer du fort que se de grimper dans un arbre pour y cueillir .des noix. ré- | Pour se les rendre favorables et les décerminer à le suivre, Œilde-k'aucon leur avait fait-entrevoir un butin magnifique pour récom- RSA pense de leur aide. :

bort Il ne comptait pas sur un échec, car les blancs, sans chefs, seraient surpris et ne pourraient opposer qu'une faible résistance. e soné L'attaque ou l’envahissement du fort devait s'effectuer au milieu ÿ de Fe nuit, moment propice aux noirs projets de tout être cherchant le mal.

à Pendant ce temps-là, où étaient MM. de Noyelles et de la Vérenrye? ,

À quoi s’occupaient-ils ?

Ne pensaient-ils pas au retour, après dix jours d'absence du poste de la Jonquière ?

Où bien, leur était-il arrivé quelque malheur, quelque accident ?

LA PÉPITE D'OR

Les deux gentilshommes et les deux fiers Yhatchéilinis, après

avoir luissé le fort, ne tirent qu'une courte halté vers le milieu du

remier jour, pour manger, Leur course fut rude, mais ils arrivèrent e soir à la montagne la Pipe. î es

Lu

Li PÉPITE D'OR

Immédiatement, ils se mirent à la recherche de la grotte indiquée sur la petite carte, et la trouvèrent assez difficilement. Des broussailles croissaient à son entrée et la masquaient, (C'était une fissure large au plus assez pour livrer passage à un homme se courbant, mais l’intérieur était spacieux.

Les quatre hommes allumèrent un feu et, tout en prenant le sepas du soir, se reposèrent autour de ce foyer bienfaisant.

Puis, Joseph et Pierre firent une inspection de leur asile, tan‘lis

ue le Renard et l’Ecureuil roulaient de grosses pierres qu’ils descellèrent des parois de lu grotte pour en boucher l'entrée et en fermer l'accès aux s.nimaux féroces.

Pierre compta quinze pas de longueur, et Joseph traversa la grotte dans sa plus grande largeur, en mesurant six pas.

Il ne paraissait pas y avoir d'issue autre que c° "" qui leur avait permis d'entrer en ce lieu. Pierre, élevant alors au- :ssus de sa ‘tête une branche résineuse de sapin en guise de torche, la promena tout

autour de la caverne.

Au centre, à droite de l'entrée, il vit qu'il existait une cuvité.

—Ce serait là une bonne cachette pour le précieux métal jaune que nous cherchons, dit Pierre à Joseph, si ce trou est assez profond.

—Quoi ! si ce trou est assez profond ? demanda Joseph. On dirait, à t'entendre, que tu crois que nous allons manœuvrer l'or à pleines mains.

—Je n’en demande pas autant que cela. Voici ce que j'ai voulu dire : Si un hasard dévoilait cette retraite à d autres que nous, ce creux pen nous servir de récipient ou de cassette aurifère sans révéler

acilement la richesse de son contenu ?. s

—Oh ! c'est différent !.... Eh ! assurons-nous en !.... Je vais te hisser et, à ton tour, de là-haut tu m’aideras en me tendant la main pour m'attirer vers toi. Allons ! une, deux trois ! Y es-tu ?

Et joignant le geste à la parole, Joseph faisait un étrier de ses deux mains jointes, rs lequel son ami avait posé le pied droit en s'élevant aussi haut que possible.

—Tiens ferme ! dit Pierre, j'y suis !

Puis se penchant sur ie bord du trou il tendit la main à Joseph

—AÀ ton tour, dit-il. Ar

De la Vérendrye se donnant un élan, et prenant la main offerte,

‘arriva facilement au but.

La cavité qu'ils venaient d'atteindre semblait profonde. Ils firent quelques pas, croyant toucher le fond, mais rien ne les arrêta. 1ls con-

tinuèrent à marcher, et s’enfoncèrent plus avant dans le sein dela .

rie ; le creux devenait boyau ou couloir, et paraissait bien ong.

. Ce que voyant, les deux Canadiens rebroussèrent chemin, et vinrent sauter dans la caverne près des Yhatchéilinis effrayés, qui croyaient leurs maîtres perdus, dévorés par les mauvais manitous de la montagne.

oseph les rassura immédiatement et leur fit part de sa décou- :

verte

LA PÉPITE D'OR Gi

Comme ils étaient bien épuisés par la fatigue, ils attendirent au

i- lendemain pour explorer leur nouvelle demeure. ” Le jour suivant les quatré personnages que nous avons sous les . e yeux, furent vite sur pieds. Après un bon déjeuner, ils se mirent en sr | campagne.

1 * Sortant d a grotte, de la Vérendrye grimpa au sommet de la

js Pipe pour reconnaître le pays. Il en descendit bientôt, et dit à Pierre : dis —A un mille d'ici sont les Jumelles. C’est à l'extrémité ouest de

] la plus rapprochée de nous que l’on a trouvé l'énorme morceau d’or +. | enterré ensuite près de cette grotte. Allons voir si ce terrain aurifère

er est aussi riche qu'on l'a fait entendre,

Les chercheurs d’or avaient apporté du fort deux pics et deux la pelles, dont ils se servirent pour creuser et travailler la terre, et en $ extraire le métal précieux qu'elle recélait.

ait Ils piochèrent dru, tout ce jour, le suivant, et le surlendemain ête sans rencontrer la plus petite parcelle d'or. out Non découragés, ils continuèrent bravement deux jours encore. Hélas ! sans plus de succès !

Cinq jours d’un rude labeur s'étaient écoulés sans aucun résultat fie appréciable. Cinq jours en ne comptant pas la journée employée à nd. k e 0 voyager du fort La Jonquière à la montagne la Pipe ! En tout,

* presqu'une semaine, et ils n'étaient pas plus avancés.

r à Trois fois vingt-quatre heures à demeurer encore en cet endroit, “lé et puis il faudrait retourner au fort, car Joseph ne voulait pas pro-

longer son absence au-delà du terme fixé au sergent qu'il avait laissé 4 en charge là-bas.

48 À la fin de la sixième journée, én prenant le repas du soir. Pierre dit :

ds —Joseph, si tu veux m'en croire, nous fouillerons le sol demain .. entre la source et notre caverne. Je veux savoir si le gros morceau d'or existe réellement.

sis : C'est bien ; nous chercherons demain.

8 —Vois-tu, nous avons gardé cette affaire-là pour la dernière, pour la bonne-bouche ; et qui sait ? il n’y a peut-être rien ! eph —S'il en était ainsi nous ne passerions pas un quart d'heure ici.

—Crois-tu que le vieux Mandane ait pu nous tromper à ce point ? Fe —Non. Mais à demain, et ne nous décourageons pas tron vite. phil : —Dis donc, reprit Pierre, quand il eut fini de manger, si nous continuions notre examen du couloir ? et il indiquait la cavité béante au-dessus de leurs têtes.

—Tu as raison : cela nous distraira.

Après le souper, Pierre, Joseph, le Renard, et l'Ecureuil, bien armés et munis de torches s’aventurèrent dans le boyau découvert le premier soir de leur arrivée dans la grotte. | Is marchèrent pendant environ une heure, tantôt montant, tantôt descendant dans l'étroit chemin. Enfin, ils arrivèrent dans une petite grotte, sans issue.

Ea rebroussant chemin Joseph parla :

—8i le magot existe, et qu'il soit enfoui entre la

caverne etls

A ME RANGERS dE An D Ma à 37 #0 fete Qu À 6e pe AA ane TR DE M EE SEE Gi Eu

52 LÀ PÉPITE D'OR

source, nous pourrons l'apporter dans cette seconde grotte que nous venons de découvrir.

—Une idée ! exclama Pierre. J'y songe tout à coup. Sais-tu ? notre grande caverne, c'est le fourneau de la Pipe, et....

7 nous venons d'en parcourir le tuyau, interrompit Joseph.

—C'est ça !

—Eh bien ! c’est toujours bon à savoir !

Le lendemain matin, armés de leurs pics et de leurs pelles, ies quatre hommes attaquèrent le sok avec ardeur, à mi-chemin entre la source et la grotte. À un pied de profondeur, Pierre, au bout de son pic, rencontra un corps dur.

:: Emu, tremblant à la pensée que ce pouvait être l'énorme pépite enfouie par l’auteur des petites cartes, il s'arrêta, mais le son rendu au contact de l'outil et de la substance inconnue n'était pas celui de l'acier frappant sur le métal.

* Maîtrisant son émotion, ÿ continua son travail et mit bientôt à jour une masse informe et noirâtre, : Il promena la pointe de son pic dessus. C'était mou comme la laine. C'était un morceau d’étoffe bruns qui se déchira, pourri par l'humidité du sol.

En ce moment, un rayon de soleil, glissant jusque dans le trou fait par Pierre, éclaira cette masse sombre, et, frappant sur la déchirure de l’étoffe, produisit un éclair fauve.

Plus de doute : ii avait sous les yeux la pépite de la victime de l'Œil-Croche.

Maïs elle pesait beaucoup, et il dut employer ses deux mains et st appel à un bon coup de jarret et de reins pour la jeter hors de son lit. |

—Euréka ! cria-t-il gaiement,

Joseph, qui travaillait un peu plus loiu, accourut.

La dépouillant de son enveloppe pourrie, ils la contemplèrent | sus aveu une-joie sutffocante, délirante. |

Quel joli caillou ! murmurait de Noyelles. |

Mentalement Joseph supputait le nombre de pièces d’or que cette | * masse leur rapporterait. :

Apparemment que ce calcul lui plut, car il eut un sourire satisfait.

Puis, ils transportèrent l'or dans la caverne, et prenant le couloir ou le tuyau de la Pipe, comme disait Joseph, il le portèrent à la deuxième grotte.

Encouragés par cette riche trouvaille ils retournèrent aux Ju- ] melles, mais après y avoir travaillé deux autres journées sans succès, ils se décidèrent à abandonner leurs recherches pour le présent et à ‘ L

retourner au fort.

Ayant pris un court repos, ils partirent aux premières heures du jour, en masquant soigneusement l'ouverture de la caverne. Ils retournaient d'une allure moins rapide qu’il n'étaient venus. On aurait dit qu'ils quittaient à regret leur trésor, quoiqu'ils dussent revenir bientôt.

Si les deux Canadiens eussent possédé un chronomêtre, ils au-

LA PÉPITE D'OR

us raient pu voir qu'il était onze heures du soir lorsqu'ils atteignirent le | village des Yhatchéilinis. \ | 1? | Les chiens des Yhatchéilinis reconnaissant le Renard et l'Feureuil

El ne jappèrent pas au passage de ces derniers, ni de Joseph et de Pierre. | Au moment où ils passaient près du ouigouam du Corbeau, un chant doux et triste se fit entendre.

Pierre et Joseph s’arrêtèrent stupéfaits.

es | La voix qui s’exhalait ainsi plaintive et navrée n’appartenait pas la à la race des Yhatchéilinis, ni à celle d'aucun peau-rouge. La personne on qui chantait s’exprimait en espagnol. C'est ce qu'ils pensèrent.

; Puis, subitement, ‘le chant fit place aux sanglots. ‘+ ite De Noyelles se penchant à l'oreille de son ami dit tout bas: du —Tu viens d'entendre cette voix ! Que penses-tu de ceci ?

de | :. —Chut ! souffla Joseph. Ecoute. et sois immobile !

L Une autre voix, rauque et gutturale, mais qui ‘’efforçait d'être t à moins dure—celle du Corbesu ou de son fils probablement—se fit pic 1 entendre. Puis elle se tut, mais reprit au bout d’un instant, ayant ans | évidemment attendu une réponge qui n'était pas venue. Cette fois, la "1

voix du Yhatchéilini était plus rude. :

rou L’Ecureuil et le Renard, aux côtés des deux amis, tremblaient, et hi- ces derniers s'en aperçurent

| —Qu'y a-t-il ? demanda à voix basse le commandant canadien de au Renard.

| —Œil-de-Faucon, le fils du grand chef, mauvais sauvage, parle à , et l'esclave blanche. ... mais.... pst !—fit-il soudainement. Chef blanc, de | fais le mort !

Cette admonition était prononcée à propos.

Le tils du Corbeau sortait du ouigouam de son père ; il fit quelques pas dans les ténèbres, dans la direction du petit groupe silenent | + cieux.

I] s'arrêta et modula doucement je cri de la chouette, Presqu'aussitôt un autre cri semblable répondit à courte distance.

tte Fe) Et les quatre hommes, immobiles comme des statues, protégés par l’obscurité, entendirent peu après le colloque suivant entre les sa- | sauvages, qui s'étaient rapprochés.

| | —Est:ce toi, l'Epervier ? interrogeait une voix. oir — Oui, chef, répondait l'Epervier.

eu- —Les jeunes braves sont-ils tous au rendez-vous ? —Oui, On n’attend plus que toi. Je, venais t'avertir que tout est Ju- prêt, quand j'ai perçu ton signal.

ès, : —C'est bien ! Les jeunes guerriers Yhatchéilinis vont bien sa tà muser cette nuit, et Œil. de Fascon sera vengé. .. —Malheur aux visages-pâles | du L si : —Allons au rendez-vous retrouver nos amis ; pressons-nous,

l'heure va sonner pour l'assaut du grand ouigouam des blancs.

Les deux sauvages s’éloignèrent.

Quand Joseph les juges suffisamment loin, il s'élança suivi de ses Hp vus le fort, où quelques minutes plus tard ils arrivaient

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L'ESCLAVE BLANOHE DES YHATOHÉILINIS

Le sergent les ayant reconnus, leur ouvrit, et aussitôt Joseph, rassembla son monde. En peu de mots il mit ses hommes au courant du danger menaçant que la Providence, fortuitement, lui avait fait connaître, et il prit immédiatement des mesures pour se protéger.

.. La garnison ne fut pas longtemps sur le qui-vive. Lorsque les sauvages appuyèrent leur échelle contre la palissade, le soldat apposté là, courut prévenir de la Vérendrye.

Celui-ci sachant maintenant à quel endroit les envahisseurs pénètreraient dans l'enceinte de la Jonquière, y accourut avec cinq hommes.

Bientôt, ils entendirent monter dans l'échelle, puis ils devinèrent plutôt qu'ils ne virent un indien à cheval sur le rempart. Se cram-

nnant des mains, le sauvage se laissa glisser le long du mur, et âcha prise. Il tomba.... entre les bras des soldats qui, en un clin d'œil le baillonnèrent et le ficelèrent, comme s’il se fût agi d'un fagot. Un autre se présenta, qui eut.le même sort ; et ainsi de suite jusqu'au dernier de la bande.

Quand le dernier fut pris, les soldats n’en voyant plus venir, enlevèrent l'échelle et traînèrent les sauvages au corps de garde et les y tinrent prisonniers à vue.

Ce bon coup fait, Joseph et Pierre se retirèrent pour prendre du repos.

7 La longue course de la journée et les incidents émouvants de la nuit exigeaient qu'ils prissent un repos réparateur.

Mais le sommeil ne vint pas vite fermer leurs veux ; une question troublante se posait à eux avec persistance,

Quelle était cette personne au chant si triste, mais à la voix mélodieuse, qui habitait le ouigouam du chef principal de la tribu des Yhatchéilinis ?

Le lendemain ie leur apprendrait-il ?

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