‹ Le café: culture-manipulation, productionChapitre 14 sur 116 · CHAPITRE Vn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vn

Soins d'entretien. — Pendant it^s premiers temps, quand les caféierw viennent d'être mis en terre, il est absolument néf'essairc d'entretenir autour d'eux la plus grande propreté, car le développement des mauvaises herbes entraverait celui des caféiers ; c'est sans doute parce que les cultures pratiquées par les indigènes dans certains pavs, et en particulier à Java, laissent fort a désirer ù ce point de vue qu'elles n'ont pas donné tous les résultats qu'on en attendait. Dans les coiunicncements, le terrain doit être sarclé avi moins tous les deux mois ; de cette façon, les matériaux nutritifs de la terre ne seront pas utilisés par les mauvaises herbes et profiteront uniquement aux caféiers ; de plus, leau pénétrera plus facilement dans le sol ; l'unique inconvénient de ces sarclages est de favoriser le développement do la canne à sucre dans tous les terrains où elle a été autrefois cultivée et oii ses racines se sont conservées.

Un planteur de Java qui a entiepris des expériences comparatives sur la culture du caféier de Libéri» recommande de remuer profondément le sol

autour des jeunes caféiers, trois mois environ après le repiquage. On a soin de laisser autour du pied une zone de o",3o de rayon et de bêcher la terre sur un cercle de un mètre environ. On recommence ce travail trois mois après mais sur une largeur plus grande ; enfin, trois mois plus tard, on retourne complètement la terre entre les caféiers, en ne respectant que la petite zone au milieu de laquelle se trouve chacun d'eux.

Pour exécuter ce travail, on peut se servir simplement de la bêche mais encore mieux d'instruments analogues au scarificateur, en ayant soin d'égaliser ensuite la surface du sol par le passage de la herse.

Dans les années suivantes, on se contentera de sarclages assez rapprochés pour que la plantation ne soit jamais envahie par les mauvaises herbes. Au Brésil, on avait autrefois l'habitude de nettoyer les cafésaes trois ou quatre fois par an. Ce travail était effectué à la houe. Le nombre de ces façons données à la terre était variable suivant le nombre des esclaves employés et aussi suivant la rapidité avec laquelle se produisait l'envahissement par les mauvaises herbes. Les vieux planteurs affirment, avec raison, que la régularité de ce travail exerce une influence très favorable sur la régularité de la floraison et par conséquent de la fructification.

Mais, aujourd'hui, on a du restreindre ce travail; on se contente de couper une ou deux fois les mauvaises herbes et de sarcler avant la période de la récolte, ordinairement au mois de mai. Il faut éviter d'ailleurs de remuer la terre profondément autour de l'arbre au moment de la floraison ; l'expérience a montré, en effet, que toutes les atteintes portées sur les racines au moment de la formation des fruits di-

minuaient sensiblement la récolte. Le mieux serait évidemment de labourer et de sarcler la plantation trois ou quatre fois par an, en ayant soin d'éviter toute atteinte aux racines pendant la période de floraison.

Au Brésil, on n'a jamais contesté la nécessité de maintenir dans les plantations la plus grande propreté possible. Aussi a-t-on fini, en ce qui concerne le nombre de « carpas » (remuages à la houe), par atteindre, dans les bonnes plantations brésiliennes, le point correspondant aux plantations les plus mal tenues de l'Inde, c'est-à-dire cinq opérations par an. Il est vrai que le climat du Brésil est moins humide et la végétation moins rapide.

Dans ces derniers temps, on s'est aff'ranchi, en beaucoup d'endroits, du travail manuel en employant la houe à cheval et on n'emploie la houe à main que pour la partie située au voisinage immédiat du tronc, sous les branches pendantes. On peut employer dans les lignes soit une houe à cheval traînée par un cheval ou par deux ânes, soit la houe américaine universelle de Planet J"*^ Quelques planteurs ont essayé d'employer la charrue à la place de la houe ; mais, avec cet instrument, on aff*ouille trop profondément le sol, ce qui provoque une trop grande perte de terre fine à chaque pluie.

Une plantation régulièrement travaillée de cettç façon est bien vite débarrassée du gros de l'herbe folle, surtout si on prend soin de ne jamais laisser ces herbes pousser jusqu'au moment de la formation des graines.

Les herbes ne doivent pas être directement retournées dans le sol (si elles portent des graines), car ce serait préparer leur prochaine réapparition. II vaut

mieux les réunir en tas et les enfouir dans des trous creusés entre les caféiers, à une distance suflisante des racines. On les recouvre de terre et on obtient, après décomposition, un engrais végétal dont on pourra se servir avantageusement plus tard pour fumer les caféiers.

Au Brésil, on dispose souvent ces tas d'herbes de façon à contrarier Técoulement des eaux ; on atténue ainsi le ravinement.

Quand le sol de la plantation est très incliné, le ravinement se produit à chaque chute de pluie au grand détriment des caféiers dont les racines se dénudent. 11 n'est pas rare de voir des arbres âgés de i5 ou 20 ans perdre peu à peu leur vigueur à la suite de cette mise à nu des racines. Le planteur doit donc, par tous les moyens possibles, diminuer les causes de ravinement ; le creusement de canaux peu profonds entre les rangées de caféiers constitue déjà un premier moyen ; il est bon, en outre, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, de disposer les arbres en quinconce. Enfin, dans beaucoup de plantations, quand la pente est considérable, on établit autour de chaque arbre une petite terrasse horizontale en reportant au-dessous de Tarbre la terre qui était au-dessus. On laisse ensuite pousser les herbes sur ce talus en ayant soin de les couper de temps en temps sans bêcher la terre, pour donner le moins de prise possible à Faction des eaux. En Arabie, dans les montagnes du Râmed, les habitants élèvent autour de chaque plant de café une espèce de muraille destinée à retenir la terre que les pluies ou les torrents pourraient entraîner. Ces murs de soutènement sont grossièrement bâtis avec les pierres des terrains qu'ils sont destinés à maintenir.

go LE CAFÉ

Ècimage. — Quand les caféiers tendent à pousser excessivement en hauteur au détriment des branches^ latérales il est bon de couper la cime. Cette section doit se faire à dix ou quinze centimètres au-dessous du bourgeon terminal et à deux ou trois centimètres au-dessus de deux branches latérales ; souvent on coupe celles-ci en même temps, à une certaine distance de la tige principale ; mais beaucoup de planteurs se contentent de couper les rameaux qu'elles portent. Cet écimage devra se renouveler tous les ans, au moment où le caféier contient le moins de sève. En effet, quand on a coupé le sommet de la tige il sort toujours des jets droits appelés gourmands immédiatement au-dessus des deux branches latérales conservées. Ces deux gourmands fourniraient de nouvelles tiges si on ne les arrêtait. On les coupera donc annuellement après la récolte, de même que toute branche qui tendra à prendre une direction verticale.

A la Guadeloupe, il est d'usage de pincer le caféier au sommet quand il atteint environ i'",25 de hauteur; dans les régions basses du pays, au contraire, on laisse la plante végéter librement et on obtient le caféier gaiilette par opposition au caféier arrêté, nom sous lequel on désigne le caféier étêté. L'écimage a pour but de provoquer \e développement des branches inférieures qui donnent plus de fleurs et de fruits ; de plus, la récolte est plus facile et les vents sont moins à craindre ; mais cette opération provoque le développement de gourmands qu'on est obligé de couper; de plus, Técimage diminue la résistance de Tarbuste vis-à-vis des affections parasitaires en diminuant sa puissance végétative.

Les caféiers d'Arabie peuvent généralement se

passer de cet écimage, car ils n'atteignent jamais une grande hauteur. Cependant, quand certains arbustes tendent exceptionnellement à devenir très élevés au détriment des branches latérales, on fera bien de pratiquer l'écimage.

Les caféiers de Libéria, au contraire, peuvent devenir, dans un terrain favorable, de véritables arbres, et il est bon de limiter leur hauteur pour faciliter la taille et la récolte. A Libéria, d'après Dabry de Thiersant, on étète les caféiers à une hauteur qui n'est jamais moindre de cinq pieds, à cause de la force des branches primaires latérales. Quelques planteurs ' laissent l'arbre atteindre huit pieds d'élévation. Pour se rendre mieux compte de la hauteur qu'il convient de donner à l'arbre, il est bon de faire des essais à partir de cinq pieds.

On peut essayer également, si les caféiers de Libéria sont plantés en lignes un peu espacées, et, s'ils forment des haies, un système qui est préconisé par quelques agriculteurs et qui consiste à écimer la moitié des arbres d'une même ligne et à laisser les autres atteindre toute leur hauteur. Par ce procédé, les arbres ne se gênent pas entre eux. En outre, comme les arbres non écimés sont plus précoces, parce qu'ils sont plus exposés à l'air et au soleil, les fruits acquièrent plus vite leur maturité et on peut employer successivement le personnel de la plantation à la récolte des fruits sur les arbres non écimés, et ensuite sur les autres.

L'opération de l'écimage présente, surtout quand il s'agit de caféiers de Libéria, plusieurs autres avantages. En effet, l'entretien de la plantation et la récolte des fruits se trouvent considérablement facilités ; car si on laissait l'arbre atteindre 25 ou 3o pieds

ija LE CAFÉ

de hauteur, il faudrait recourir à des échelles pour recueillir les fruits et on risquerait de briser les branches à fruits et de détruire les bourgeons et les fleurs. D'autre part, Tarbre écimé est moins exposé à la fureur des vents ; sa forme devient plus parfaite : ses branches inférieures acquièrent plus de force et de vigueur et pourront supporter une plus grande quantité de fruits.

En ce qui concerne le café du Kouilou (C canephora) il est bon de ne pas le laisser pousser en arbre car sous cette forme il produit peu ; il est préférable de Técimer et de lui faire prendre la forme d'un buisson.

Èlagage. — L'élagage a pour objet de dépouiller Tarbre de toutes les branches mortes et de toutes celles qui sont improductives ; celles-ci, constituées par les gourmands qui poussent verticalement et sans rameaux, ne peuvent que nuire au développement général du caféier en faisant servir la sève à la production exclusive du bois. On les reconnaît tout de suite à leur direction verticale ; il est bon de les supprimer dès qu'ils apparaissent et pour cela il suffît de les pincer entre le pouce et l'index.

En règle générale, toutes les fois qu'on pratiquera une section, il sera bon de la faire aussi nette que possible à l'aide d'un instrument bien tranchant ; il faut aussi éviter de déchirer l'écorce, car la blessure ne se cicatriserait que lentement et aff'aiblirait l'arbre. Quand on sectionne une branche, cette section doit toujours être très voisine d'un bourgeon situé au-dessous. Si on opérait autrement il resterait toujours au-dessus de ce bourgeon développé en rameau un bout de bois sec dont l'enlèvement exigerait une nouvelle taille.

SOINS D'ENTBETIEN — ÉCIMAGE, TAILLE, ETC. 93

Taille. — En pratiquant la taille du caféier, on doit poursuivre plusieurs buts bien déterminés. En effet, tailler un arbre ce n'est pas, comme le croient certaines personnes, couper tout ce qui dépasse, avec un sabre d'abatis, pour diminuer le branchage. Une taille ainsi comprise ne pourrait donner que de très mauvais résultats.

11 faut se rappeler tout d'abord que les gourmands qui naissent sur la partie inférieure du tronc ou sur les branches doivent être rigoureusement enlevés ; c'est là une première opération indispensable. Ensuite, il est bon de donner de Tair autour de la tige principale. L'arbre se compose, en effet, de la tige principale, des branches primaires et des branches secondaires, tertiaires, etc., qui naissent successivement.

Pour dégager la tige principale, on enlèvera par la taille toutes les branches secondaires qui en sont trop rapprochées ; on empêchera ainsi le branchage des caféiers de devenir un fouillis inextricable, et on pourra plus facilement enlever sur la tige les mousses et les autres plantes parasites qui tendraient à s'y développer.

Les fleurs et par conséquent les fruits du caféier ne poussent pas sur les rameaux de Tannée, mais sur ceux de l'année précédente. Si on examine une branche primaire d'un caféier de neuf ans, par exemple, on voit près de la tige principale une région dépourvue de feuilles ; ensuite, en vient une autre portant feuilles, fleurs et fruits ; enfin, à l'extrémité, la région la plus éloignée de la tige principale porte des feuilles et des bourgeons ; c'est cette région qui donnera, l'année suivante, les fleurs et les fruits. La partie moyenne ne fleurira pas l'année

suivante ; mais il s'y développera des rameaux secondaires qui porteront des fleurs un an après leur apparition.

Dans le principe ce sont les branches primaires qui donnent les fleurs ; mais si elles sont trop nombreuses, on fera bien d'en sacrifier quelques-unes pour ne pas fatiguer inutilement le caféier. Plus tard, quand les branches secondaires se sont développées, il est bon de couper celles qui se trouvent trop près de la tige principale, comme nous l'avons dit plus haut; ensuite, quand il en existe plusieurs au même nœud, on peut n'en conserver qu'une, en les faisant alterner à droite et à gauche d'un nœud à l'autre.' La section doit toujours se faire très nettement et aussi près que possible de l'attache de la branche.

Quand les branches secondaires ont donné du fruit pendant deux années consécutives, il est bon de les tailler à leur extrémité. De nouveaux rameaux naîtront alors des branches primaires ou secondaires et donneront fleurs et fruits.

On ne taille ordinairement pas les branches latérales. Cependant, si quelques-unes d'entre elles tendaient à acquérir un trop grand développement, on pourrait les pincer près de leur extrémité ; on peut même tordre la branche par un procédé quelconque pour opposer un obstacle au mouvement de la sève.

A la suite d'une récolte exceptionnellement abondante, il arrive que des caféiers paraissent épuisés et perdent leur belle couleur, verte. Il est bon de tailler, plus qu'on ne le fait d'ordinaire, ces arbres atteints de dépérissement; on fera bien, en même temps, de répandre des engrais au pied de l'arbre.

Rajeunissement. — Enfin, quand les caféiers sont

trop âgés et que les récoltes qu'ils fournissent diminuent de plus en plus, on peut les rajeunir, pour ainsi dire, en les coupant à o™,2o ou o™,25 du sol. L'année suivante-, le tronc sera entouré de rejetons qu'il faudra couper à l'exception des deux plus beaux •et des mieux formés. La troisième année, on écimera ces deux rejetons et le caféier ainsi rajeuni ne tardera pas à porter des fruits.

Greffe, — La résistance plus grande du caféier de Libéria aux. attaques de l'Hemileia a donné l'idée de greffer* le caféier d'Arabie sur le caféier de Libéria ; on a pensé qu'il serait possible de donner ainsi à ce dernier une plus grande vigueur et plus de résistance aux maladies. Les greffes de caféiers ont été pratiquées en Europe par un horticulteur français et par le directeur du Jardin botanique de Leyde. Un planteur de la Réunion, M. Manès, a présenté à la Chambre d'agriculture de Saint-Pierre deux caféiers du pays greffés sur des caféiers de Libéria.

La greffe par approche paraît le procédé le plus avantageux. Le sujet et le greffon sont maintenus liés ensemble tant que la soudure n'est pas complète.

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