MARTINIQUE
Pendant longtemps, les Arabes fournissaient seuls à l'Europe le café qui y était consommé et, pour se conserver le monopole de cette production, ne permettaient pas le transport des caféiers en pied. On avait bien essayé de faire germer des graines, mais comme on n'y réussissait pas, on prétendait que les Arabes, avant de les vendre, les trempaient dans Teau bouillante ou les faisaient sécher au four, ce qui était inexact d'ailleurs, car des graines transportées à Batavia, sous un climat convenable y germèrent parfaitement (i). Ce premier essai est dû à Nicolas Witsen, d'Amsterdam. Le gouverneur de Batavia en
(i) Un Français réussit en 1670 à faire germer des graines aux environs de Dijon ; mais la végétation s'arrêta bientôt, ce qui n'avait rien que de très naturel sous un climat aussi peu approprié à cette culture.
envoya la môme année un pied dans les serres d'Amsterdam, d'où un exemplaire fut apporté en France par M. de Ressons, lieutenant-général d'artillerie. Ce plant fut présenté à Louis XIV, à Marly,
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FiG. 53. — Exportation de café de la Martinique et de la Guadeloupe. Moyennes
décennales.
en 171 2, et ensuite confié au Jardin des Plantes de Paris, où il produisit des fleurs et des fruits, mais ne tarda pas à mourir. Heureusement, le bourgmestre d'Amsterdam, M. de Brancos, en fit tenir un autre plant à Louis XIV, et c'est de ce pied que proviennent
LA PRODUCTION DU CAFÉ 271
les caféiers d'Arabie que l'on cultive actuellement dans les colonies françaises.
La première tentative de transport dans nos colonies date de 1716 et les caféiers furent confiés au médecin Isambert ; mais ce médecin étaiit mort peu après son arrivée, ce premier essai ne donna aucun résultat.
En 1728, le capitaine de Clieux, qui se rendait à la Martinique, fut chargé d'y transporter un pied de café. La traversée fut longue et dangereuse; Teau manquait sur le vaisseau et n'était plus distribuée que par petites rations ; de Clieux, qui sentait toute l'importance de sa mission et voulait conserver à son pays une nouvelle source de richesses, partagea avec le précieux arbuste l'insuffisante ration d'eau qu'il recevait et grâce à ses soins il eut le bonheur de le conserver sain et sauf (i). Il le planta dans son jardin à l'endroit le plus convenable, l'entoura d'une haie d'épines et le fit garder à vue. A la première récolte, il obtint deux livres de graines. Il en remit une partie à Survillier, colonel des milices de la Martinique et à divers habitants de l'île qui en plantèrent.
Le Père Labat rapporte qu'à la date du 22 février 1726, il existait 9 arbres hors de terre, depuis 20 mois ; 200 arbres portant fleurs et fruits; plus de 2,000 moins avancés et quantité d'autres qui étaient seulement en germination. Jusqu'à cette époque, la culture du cacaoyer constituait la principale richesse de l'île; mais le 7 novembre 1727, un effroyable tremblement de terre qui se fit sentir pendant plusieurs jours détruisit toutes les plantations de cacaoyers. On se mit alors à cultiver le café, et les colons se
(i) Esménard, dans son poème de la Navigation, a célébré Tadmirable dévouement de de Clieux.
livrèrent avec tant d'activité et de succès à cette nouvelle exploitation que la colonie pouvait bientôt fournir plus de café qu'on en consommait en France. Et cependant, de Clieux, qui avait enrichi la Martinique, mourut pa:uvre et ignoré en 1775. On projeta bien de lui élever un monument dans la colonie en i8o4, mais ce projet ne reçut jamais d'exécution.
En 1789, la production annuelle pouvait être évaluée à 5,000 tonnes; mais cette culture fut supplantée par celle de la canne. Cependant, au commencement de ce siècle, la culture du café était relativement prospère à la Martinique, comme le montre le chiffre des exportations :