THEOPHILE GAUTIER
ELEGIAQ.UE
Pour le livre : Le Tombeau de Théoùhile Gautier
IVIattre, l'envieux n'a pu satisfaire Sur toi son cruel et lâche désir.
Ton nom restera pareil à la sphère, Qui n'a pas de point par où la saisir.
io8 LE CAHIER ROUGE.
Pourtant il fallait nier quelque chose A l'œuvre parfaite où tu mis ton sceau. Splendeur et parfum, c'est trop pour la rose; Ailes et chansons, c'est trop pour l'oiseau.
Ils ont dit : Ces vers sont trop purs. Le mètre. La rime et le style y sont sans défauts. C'en est fait de l'art qui consiste à mettre Une émotion sincère en vers faux.
Tu leur prodiguais tes odes nouvelles Embaumant l'avril et couleur du ciel.
Eux, ils répétaient : Ces fleurs sont trop belles. Tout cela doit être artificiel.
Et, poussant bien fort de longs cris d'alarmes, Ils t'ont refusé blessure et tourments, Parce que ton sang, parce que tes larmes Etaient des rubis et des diamants.